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Full text of "Revue des sciences naturelles appliques"

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DES  ! 


SCIENCES   NATURELLES   APPLIQUÉES 


BULLETIN  BIMENSUEL 

DE   LA 

SOCIÉTÉ  NATIONALE  D'ACCLIMATATION  DE  FRANGE 


VERSAILLES,    IMPRIMERIE   CERF   ET   C''^,   59,    RUE   DUPLESSIS. 


REVUE 


DES 


SCIENCES  MTORELLES  ÂPPLIQOÉES 


BULLETIN  BIMENSUEL 

DE  LA 

SOCIÉTÉ  NATIONALE  D'ACCLIMATATION  DE  FRANCE 

Fondée  le  10  février  1854 

RECONNUE  ÉTABLISSEMENT  D'UTILITÉ  PUBLIQUE 

PAR   DÉCRET   DU  26   FÉVRIER    I800 


1892  —  DEUXIEME  SEMESTRE 


TRENTE-NEUVIEME   ANNEE 


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PARIS 

AU    SIÈGE    DE    LA    SOCIÉTÉ 

41,    RUE    DE    LILLE,    41 

1892 


I.  TRAVAUX  ADRESSES  A  LA   SOCIETE  H 


L'ÉTAT   ACTUEL 

DE   L'HIPPOPHAGIE  EX  EUROPE 

Par  m.  E.  LECLAINCHE, 
Professeur  à  l'Ecole  vétérinaire  de  Toulouse 

Et  m.  Ch.  MOROT. 
Vétérinaire  municipal  à  Troyes. 


«OTANfCAL 


Un  travail  récent  de  l'un  de  nous  a  donné  une  idée  de  la 
progression  de  l'alimentation  avec  la  chair  des  solipèdes 
dans  un  grand  nombre  de  pays  (1).  De  nouvelles  statistiques 
françaises  et  étrangères  vont  nous  permettre  de  compléter 
cette  étude  et  de  faire  connaître  le  degré  d'extension  de  la 
consommation  de  la  viande  de  cheval  dans  presque  toute 
l'Europe. 

L'hippophagie  a  presque  toujours  été  chargée  d'éloges  exa- 
gérés par  les  nns  et  d'anathèmes  non  moins  exagérés  par  les 
autres.  Elle  ne  mérite  ni  cet  excès  d'honneur  ni  cette  indi- 
gnité. Comme  toutes  choses  en  ce  monde,  elle  a  ses  qualités 
et  ses  défauts.  La  viande  normale  des  vrais  chevaux  de  bou- 
cherie est  réellement  bonne,  cela  est  incontestable  ;  pour 
mieux  dire,  elle  est  bonne  dans  son  genre.  Mais  c'est  com- 

(*)  La  Société  ne  prend  sous  sa  responsabilité  aucune  des  opinions  émises 
par  les  auteurs  des  articles  insérés  dans  la  Bévue. 

(1)  Ch.  Morot  :  Des  Progrès  de  VHippophagie  en  France  et  à  l'étranger 

[Documents  statistiques),  in  Bulletin  du  Comice  agricole  départemental  de 

l'Aube,  n"  195  (mars  1891)  et  Brochure.  Troyes  1891.  Ce  mémoire  a  été 

traduit  en  espagnol  et  en  anglais  :  1"  Del  progreso  de  la  Hippofajia  en 

Francia  g  en  cl  extranjero  [Documentas  estadisticos),  por  M.  Ch.  Morot. 

Traduccion  de  D.  Juan  Morcillo  Olalla  in  Gaceta  Medico-Velcrinaria. 

Madrid.  1891,  7  y  14  de  agosto,   num.    635  y  036.  2'^  The   Progress  of 

Kippopliagy  in  France  and  on  the  Continent,  as  sliovn  frora  statistics  bg 

^  M.  Ch.   Morot.    Translated  by  Lecs  Kno\\-lcs,  hl.  P.  in  Journal  of  the 

i^jRogal  Htatistical  Societg,  september  1891.  Loudon,  vol.  LIV,  part,  iir, 

^;p.  519  et  suivantes. 

Çj^,  3  Juillet  1S92.  < 

a; 


2  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

promettre  une  cause  bonne  et  gagnée  déjà  que  de  prétendre 
cette  viande  meilleure  que  la  bonne  viande  de  bœuf.  Il  est 
inutile  d'établir  une  comparaison  entre  ces  deux  viandes  qui 
ne  sont  nullement  comyiarables.  S'ingénie-t-on  à  trouver  des 
rapprochements  entre  la  chair  du  porc  et  celle  du  mouton? 
On  mange  d-e  l'une  et  de  l'autre  parce  qu'elles  sont  bonnes, 
sans  chercher  laquelle  est  la  meilleure.  Chacun  peut  suivre 
cet  exemple  pour  le  bœuf  et  le  cheval,  en  tenant  compte  soit 
des  préférences  variables  de  son  goût,  soit  des  conditions 
inéluctables  ou  voulues  de  son  budget.  Mallieureusement, 
dans  certaines  localités,  on  abuse  de  l'hippophagie  en  sacri- 
fiant l'intérêt  général  à  des  intérêts  particuliers  :  on  y  voit  de 
nombreuses  boucheries  chevalines  qui  reçoivent  couramment 
des  chevaux  étiques,  cachectiques,  etc.,  dont  la  place  est 
absolument  indiquée  aux  clos  d'équarrissage.  Et  puis,  disons-le 
bien  haut,  beaucoup  de  consommateurs  mangent  et  achètent 
du  cheval  sans  le  savoir,  dans  des  restaurants  et  des  char- 
cuteries qui.sont  censés  ne  débiter  que  du  bœuf  et  du  porc  (1). 
Il  y  a  là  des  abus  et  des  fraudes  déplorables  que  les  adminis- 
trations municipales  doivent  à  tout  prix  empêcher;  elles  le 
peuvent  certainement.  L'hippophagie  n'a  rien  à  craindre  do 
la  sévérité  des  règlements  pour  son  développement  intensif, 
au  contraire.  Mais,   si  elle  est   l'objet   d'un  mercantilisme 

(1)  On  débite  comme  saucissons  ordinaires  dos  quantités  con- 
sidérables de  saucissons  exclusivement  ou  presque  exclusivement 
composo's  de  viande  de  cheval.  «  La  composition  de  ces  pro- 
duits, leur  mode  de  fabrication,  sont  tellement  variables,  tellement 
complexes,  qu'il  est  souvent  impossible  d'indiquer  la  nature  des 
viandes  dont  ils  se  composent  »  (Moulé).  Divers  procéde's  ont  e'te' 
proposés  pour  rdve'ler  cette  fraude,  notamment  cehii  de  Klein  (*) 
et  celui  de  Niebel,  de  Berlin  (**),  sur  lesquels  nous  ne  pouvons 
nous  étendre  ici.  Les  auteurs  de  ces  procédés  assez  compliqués 
affirment  en  avoir  obtenu  de  bons  re'sullats.  Nous  ne  récusons  pas 
la  valeur  scientifique  de  ces  me'tbodes  de  laboratoire,  mais  nous 
ne  croyons  pas  qu'elles  soient  d'une  application  courante.  Ce  qu'il  faut 
avant  tout,  ce  sont  des  procédés  pratiques,  rapides  et  sîiis  pour  recon- 
naître la  composition  de  toutes  les  espèces  de  saucissons.  Espe'rons 
qu'on  les  aura  bientôt,  si  MM.  Klein  et  Niebel  continuent  leurs 
recherches  ou  s'ils  trouvent  des  imitateurs. 

(*)  Moulé  [d'après  Klein).  Di/Tiù-eiices  entre  les  saucissons  composi's  de  viande 
de  bœuf  et  de  porc  et  ceux  falsifiés  avez  de  la  viande  de  cheval  (A). 

(**)  Uebcr  den  Nachwciss  des  Pferdefleisches  in  Nalirungsmittcln,  von 
Niebel  [B'). 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAriIE  EN   EUROPE.  3 

effréné,  elle  risquera  de  s'arrêter  dans  son  essor  ou  même  de 
succomber.  Is.  Geoffroy  Saint-Hilaire  s'est  du  reste  exprimé 
à  ce  sujet  d'une  façon  très  pratique  et  pleine  de  bon  sens  : 
«  Est-ce  à  dire,  cependant,  qu'il  faille  livrer  indifféremment 
tous  les  chevaux  à  la  consommation  ?  écrit  ce  savant.  Non  ; 
mais  encore  moins  faut-il  les  exclure  tous  ;  et  parce  qu'il  peut 
y  en  avoir  de  mauvais,  rejeter  aussi  les  bons,  qui  sont  de 
beaucoup  les  plus  nombreux.  Que  fait-on  contre  les  bœufs  et 
les  moutons  charbonneux  ?  On  leur  refuse  l'entrée  des  mar- 
chés où  l'on  favorise,  au  contraire,  l'arrivée  des  bœufs  ou  des 
moutons  sains.  Faites  de  même  pour  l'espèce  chevaline  : 
écartez  de  la  consommation  les  viandes  des  animaux  malade>;  ; 
appliquez-leur,  et  plus  sévèrement  encore,  les  mesures  dont 
l'expérience  a  démontré  l'efRcacité,  mais  ne  renoncez  pas  à 
l'usage  de -peur  de  l'abus  ;  ne  privez  pas  le  peuple  de  deux 
millions  de  rations  de  bonne  viande  à  bon  marché,  pour  éviter 
qu'il  ne  se  glisse  parmi  elles,  de  loin  en  loin,  quelques  kilo- 
grammes de  qualité  suspecte  ou  mauvaise.  En  un  mot,  sur- 
veillez, ne  prohibez  pas  »  (C).  Il  appartient  aux  défenseurs  de 
riiippophagie  et  aux  inspecteurs  vétérinaires  de  ne  proposer 
et  de  ne  recevoir  pour  l'alimentation  humaine  que  des 
solipèdes  se  trouvant  dans  les  conditions  indiquées  par 
Is.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

Avant  que  d'aller  plus  loin,  nous  tenons  à  remercier  les 
confrères  obligeants  (I)  qui  ont  eu  l'amabilité  de  nous  fournir 

(1)  M.  Deligne,  d'Abbeville  (1)  ;  M.  Guitlard,  d'Astaffort  (2);  M.Guit- 
tard,  d'après  M.  CapcUe,  d'Auch  '2a]  et  M  Pages,  de  Cahors  (2 il  ; 
M.  Bossert,  d'Amiens  (3)  ;  M.  Niord,  d'Angoulême  (4)  ;  M.  Crochot, 
d'Auxerre  (5)  ;  M.  Baillet,  de  Bordeaux  (6)  :  M.  Gallier,  de  Caen  (7)  ; 
M.  Pernet,  de  Châlons  (8)  ;  M.  Guillaumot,  de  Chaussin  (9)  ;  M.  Paruit, 
de  Chaiieville  (10)  ;  M.  Fournier,  de  Chartres  [11]  ;  M.  Labrousse,  de 
Chàteauroux  (12)  ;  M.  Orillard,  de  Châtellerault  (13)  ;  M.  Desnouveaux, 
de  Cliaumont  (14)  ;  M.  Carieau,  de  Dijon  (15);  M.  Charmeteau,  phar- 
macien à  Saint-Dizier  (16)  ;  M.  Garet,  de  Douai  (17)  ;  M.  Dumont,  du 
Havre  (18)  ;  M.  Detroyes,  de  Limoges  (19)  ;  AL  Auzat,  de  Lorient  (20)  ; 
M.  Leclerc,  de  Lyon  (21)  ;  M.  Raillard,  de  Moulargis  (22)  ;  M.  Berbain, 
de  Nancy  (23)  ;  M.  Guerrin,  de  Nevers  (24)  ;  AI.  A'crain,  de  Provins  !.25^; 
M.  Girard,  de  Reims  (26);  M  Bailleau,  de  Romilly  (27)  ;  M,  Veyssiére, 
de  Rouen  (28);  AL  Duflfaut,  de  Toulouse  (29);  AL  Fachet,  de  Tours  (30); 
AL  Thomas,  de  Verdun  (31);  AL  Lavault,  de  Versailles  (32)  ;  AL  Col- 
lard,  de  Vitry  (33)  ;  M.  Alandel,  de  Alulhouse  (34)  ;  AL  Koudelka,  de 
Wiscbau  (35)  ;  M.  Van  Hertsen,  de  Bruxelles  (36)  ;  AL  Dèle^  d'Anvers 
(37)  ;  AL  Dèle,  d'après  AIAL  Weemaes  (37«)  ;  et  Dehlock  (37 i),  d'An- 


4  REVUE  LES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

(les  renseignements  manuscrits,  renseignements  bien  précieux 
en  l'absence  d'une  statistique  otîîcielle  publiée  sous  les  aus- 
pices du  Gouvernement. 

FRANCE. 

ANjeville  —  Somme  (1).  Il  \  a  quelque  temps,  une  bou- 
cherie hippophagique  débitait  2  chevaux  par  semaine  ;  elle 
n'a  pu  tenir  que  deux  ans. 

Agen  —  Lot-et-Garonne  [2].  Il  y  a  plusieurs  années,  une 
boucherie  hippophagique  a  fonctionné  quelque  temps,  mais 
sans  aucun  succès.  —  A  Astaffort,  tous  les  chevaux  sains 
sacrifiés  pour  cause  d'accidents'  sont  consommés  par  les 
habitants. 
Amiens  —  Somme  (3).  En  1890,  423  solipèdes  consommés. 
Angoulème  —  Charente  (4).  Une  boucherie  hippophagique 
existe  depuis  sept  ou  huit  ans.  Elle  ne  va  guère  que  l'hiver  ; 
l'été  elle  est  parfois  un  mois  et  demi  sans  vendre  un  cheval. 
En  1890,  elle  a  débité  une  cinquantaine  de  solipèdes,  dont 
une  partie  pour  la  nourriture  des  meutes. 

Aiich —  Gers  (2a).  La  moyenne  annuelle  des  chevaux  con- 
sommés dans  ces  dernières  années  varie  de  270  à  280,  et  celle 
des  ânes  de  45  à  50. 

A/'.xerre  —  Yonne  (5).  En  1890,  deux  équarrisseurs  de  la 
ville  ont  abattu  pour  la  consonnnation  12  chevaux  et  10  ânes. 
Ils  n'ont  débité  pour  l'alimentation  humaine  qu'une  faible 
partie  de  la  viande  de  ces  animaux  ;  ils  ont  vendu  le  reste 
pour  les  chiens  ou  l'ont  jeté  à  la  voirie  après  quelques  jours 
d'étalage. 

Bordeaux  —  Gironde  (G).  Le  nombre  des  solipèdes  con- 
sommés a  été,  en  1888,  de  538  chevaux,  43  ânes  et  20  mulets. 
—  En  1889,  de  650  chevaux,  55  ânes  et  25  mulets.  —  En  1890, 
de  1,080  chevaux,  99  ânes  et  61  mulets.  —  En  1891,  de 
1,710  chevaux,  ânes  et  mulets.  En  1891,  80  solipèdes  ont  été 
saisis  comme  impropres  â  la  consommation.  La  progression 

vers  ;  M.  Lambert,  de  Garni  (38)  ;  M.  Brouwier,  de  Liège  (39)  ; 
M.  Kvatcbkoff,  de  Sistova  (40);  M.  Morcillo  Olalla,  de  .Jativa  (41); 
M.  Dnont,  de  Rotterdam  (42);  M.  Furlanetto,  de  Trevise  (43)  ;  M.  Boc- 
calari,  de  Gêues  (44)  ;  .\L  Furtuna,  de  Conslaula  (45)  ;  M.  Mantu,  de 
Braïla  (46)  ;  M.  Neiman,  de  VViadicaucase  (47;  ;  M.  Str^bel,  de  Fri- 
bourg  S.  (48). 


L'ETAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPUAGIE  EX  EUROl'E.  5 

de  riiippophagie  est  due  à  l'élévation  du  prix  de  la  viande 
ordinaire.  Les  boucheries  hippophagiques  étaient  au  nombre 
de  10  en  1891,  et  de  13  au  l"""  mars  1892.  Le  prix  de  la  viande 
de  cheval  varie  de  25  centimes  à  1  fr.  le  demi -kilo,  selon  les 
catégories. 

Caen — Calvados  (7).  Une  boucherie  hippophagique  est 
installée  depuis  1885.  En  raison  de  l'opposition  faite  par  les 
bouchers  ordinaires,  le  propriétaire  de  cet  établissement  n'a 
pas  été  autorisé  par  la  municipalité  à  occuper  une  place  à 
l'abattoir  communal.  Il  a  une  tuerie  extra-muros  qui  n'est 
soumise  à  aucun  contrôle  ;  il  introduit  ensuite  sa  viande  en 
ville  et  la  débite  dans  son  étal,  sans  inspection  préalable  le 
plus  souvent.  C'est  ainsi  qu'à  Caen  on  méconnaît  les  droits 
de  l'hygiène  publique  pour  ne  pas  augmenter  par  des  frais 
d'inspection  les  dépenses  budgétaires  de  la  commune  et  pour 
donner  aux  bouchers  ordinaires  une  mesquine  satisfaction 
d'amour-propre.  A  Caen  on  tue  en  moyenne  par  an  90  che- 
vaux, 1  ou  2  mulets  et  4  ou  5  ânes.  Les  prix  de  la  viande  de 
cheval  sont  les  suivants  par  demi-kilo  :  Filet  =^  90  centimes 
—  faux- filet  =  60  centimes  —  gite  ==  40  centimes.  Pour 
les  divers  autres  morceaux  ils  varient  de  20  à  30  centimes. 

CaJiors  —  Lot  (2/y).  Févi'ier  1892.  Il  existe  deux  boucheries 
hippophagiques.  Il  vient  d'être  abattu  dans  dix  mois  156  soli- 
pèdes,  dont  92  chevaux,  4S  ânes  et  16  mulets. 

Châlons-sur- Marne — Marne  (8).  Il  existe  une  seule  bou- 
cherie hippophagique,  ouverte  depuis  le  2  mars  1880  et  qui 
a  débité  : 

Années..  18S0   1SSI    ISSS   ISSÔ   ISSi    ISSo    IS86   U87   I8SS   iSSO    1800    IS!)I 


Chevaux. 

12D 

108 

115 

98 

104 

110 

93 

82 

87 

7(3 

95 

128 

Anes  . .  . 

23 

16 

9 

H5 

1(3 

15 

8 

18 

11 

15 

15 

16 

La  viande  de  cheval  se  vend  les  prix  suivants  par  demi- 
kilo  :  Biftecks  épluchés,  60  centimes;  aloyau,  50  centimes  ; 
train- de-côtes,  40  centimes  ;  plat-de-côtes,  30  centimes  ; 
jarret,  20  centimes  ;  rognures,  10  centimes  ;  saucisson, 
70  centimes. 

Chalon-sur-Saône  —  Saône -et -Loire  (9).  Il  existe  une  seule 
boucherie,  dont  le  débit  est  intermittent  et  qui  vend  au  plus 
1  cheval  par  semaine.  Cet  établissement  est  presque  cons- 
tamment fermé  en  été. 


6  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  AFFLIQUÉES. 

Cliarleville—Ar demies  (10).  19,000  liaLitants.  La  première 
l)Ouclierie  hippophagique  s'ouvrit  le  5  septemhre  1869.  Fer- 
mée après  faillite  en  juillet  1873,  elle  ne  fut  remplacée  par 
une  autre  boucherie  qu'à  la  fin  d'octobre  de  la  même  année. 
Deux  nouveaux  étaux  hippophagiques  s'installèrent  en  1889 
et  depuis  cette  époque  il  y  en  a  toujours  eu  trois.  La  viande 
de  cheval  se  vend  aux  prix  suivants  par  demi-kilo  :  Filet, 
90  centimes;  biftccJis,  60  centimes  ;  polaK-feu,  30  et  40  cen- 
times; saucisson,  60  centimes  ;  graisse  brute,  40  centimes  et 
graisse  fondue,  50  centimes,  En  1871  et  1872,  après  200  pe- 
sées, M.  Paruit  a  obtenu  une  moyenne  de  235  kilos  pour  les 
quatre  quartiers  des  chevaux  de  boucherie  de  Charleville.  Il 
a  contrôlé  ce  chitfi'e  depuis  et  n'a  trouvé  qu'une  variation  de 
5  kilos.  Le  nombre  des  chevaux  sacrifiés  à  l'abattoir  de 
Charleville  a  été  : 

En  1S<>9    1S70    1S7t    ^,S7*  i87,y    7,S7.i  iS75    iS7G    iS77    IS7S    1S7!)    ISSO 

De  169  312  S86  127   95  159   90  13G  1S8  214  221  222 
En  l8St    mSi    iSS5    iSSi    iSSÔ    ISSU   1SS7    ISSS    tSSO    1S00    1SUI 

De  230  258  292  273  359  350  344  3i:5  G3l)  558  380 

On  a  tué  en  outre  quelques  ânes  et  mulets  chaque  année, 
notamment  68  ânes  et  2  mulets  de  1869  à  1873  inclusivement. 

Chartres — Eure-et-Loir  (11).  Deux  boucheries  hippo- 
phagiques ;  l'une  est  ouverte  depuis  1870,  et  l'autre  depuis 
1891.  Le  demi-kilo  de  viande  de  cheval  désossée  et  énervée 
se  vend  aux  i)rix  suivants,  selon  les  catégories  -  Filet, 
1  fr.  25  cent.  ;  faux-filet,  roomsteclis  et  tranche,  60  cen- 
times; épaule  et  f/ite  à  la  noix,  50  centimes  ;  autres  mor- 
ceaux, 10  à  40  centimes. 

NOMBRK    DE    SOLIPEDES    ABATTUS. 

Années ISSS         4889  I8UU  ISOi 

Clievaiix 224  176  296  207 

Anes  et  Mulels 35  21  34  68 

Châteauroux  —  Indre  {\^).  Il  n'existe  qu'une  seule  bou- 
cherie hippophagique,  dont  les  débuts  remontent  à  vingt  ans. 
On  a  sacrifié  à  l'abattoir  de  la  ville  :  en  1890  ,  103  che- 
vaux et  10  ânes  ou  mulots  ;  en  1891,  101  chevaux  et  18  ânes 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'IlIl'POl'HAGIE  KX  EUROPE.  7 

OU  mulets.  Prix  mojen  de  la  viande  de  cheval  :  50  centimes  le 
demi-kilo. 

Cliâlelleraiilt' — Vienne  (13).  Une  seule  boucherie  hippo- 
phagique. Elle  fait  peu  d'afflures  l'hiver  et  encore  moins 
l'été  ;  elle  débite  quelques  chevaux  et  un  peu  plus  d'ânes. 

Chat ill on- sur- Seine  —  Cùle-cVOr.  4,877  ha])itants  en  1891. 
Deux  individus  débitent  d'une  façon  plus  ou  moins  intermit- 
tente de  la  viande  de  cheval,  au  marché  couvert,  aux  prix 
suivants  par  demi-kilo  :  Filet,  50  centimes  ;  faux-filet, 
cuisse  et  épaule,  30  centimes  ;  côtes,  bas  morceaux  et  débris 
pour  les  chiens,  10  centimes  ;  graisse  brute,  50  centimes.  La 
graisse  fondue  se  vend  1  franc  le  litre.  Nous  donnons  ci- 
dessous  la  statistique  hippophagique  de  ces  dix-huit  der- 
nières années  établie  par  l'administration  municipale,  d'après 
les  registres  de  l'abattoir  communal  : 

Années..  I S7  i      1873      181H      /,S77  -/STS  1H19     4SH0     iHHI      ISfiS 

Chevaux.   10    2    11    3     8     9    li>    W        25 
Anno'es  . .  ISS.J     /.SSî  ISSï      tSSfl     1887     -1888      188!»     1890      tSDI 

Chevaux.    21    23    46    40    35    26    20    33    25 

Chaum  ont  —  Haute -Marne  (14).  En  1889,  on  a  abattu 
27  chevaux;  en  1890,  on  en  a  tue  41,  dont  9  pour  une  ména- 
gerie. On  consomme  aussi  quelques  chevaux  dans  quelques 
autres  localités  de  la  Haute-Marne,  notamment  à  Joinville, 
Langres  et  Nogent-le-Roi  (14). 

Dijon  —  Côte-cVOr  (15).  Le  nombre  des  boucheries  hippo- 
phagiques était  de  trois  en  1888-1889  et  de  quatre  en  1890. 
On  a  consommé  : 

En  1888 240  Chevaux.   =    Gl, 367  kilos  viande. 

—       26  Anes....   =       2,116  — 

En   1889   313  Chevaux.   =    "76.501  — 

—       51  Anes....    =      4,736  — 

En  1890 421  Chevaux.   =:  105.115  — 

—       60  Anes =       6,59u  — 

Saint-Dizier — Haute-Marne  (16).  En  1890,  il  existait  deux 
boucheries  hippophagiques.  Le  nombre  de  solipèdes  consom- 
més s'est  élevé  aux  chiffres  suivants  : 


REVUE   LES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 
Années... !Sfi5     188G     ISfiJ      ISSS      I8S9      1890 


Chevaux 302       289       234       282       228       262 

On  a  consomme  en  cuire  2  Anes  en  1890. 

I>ôlc — Jura  (9 1.  La  \ente  hippophagique  n'a  lieu  que  l'hi- 
"ver.  Pendant  cette  saison,  un  ancien  boucher  tue  environ 
3  chevaux  par  mois  et  les  débite  au  marché. 

Douai — Nord  (17).  On  a  commencé  à  vendre  de  la  viande 
chevaline,  il  y  a  environ  vingt-cinq  ans;  au  début,  on  débitait 
à  peu  près  1  cheval  par  semaine.  Actuellement  fl"'"  avril  1892) 
il  y  a  à  Douai  trois  boucheries  hi[)pophagiques,  qui  étendent 
leur  vente  jusqu'à  12  et  15  kilomètres  dans  le  bassin  houiller. 
Le  demi-kilo  de  viande  de  cheval  désossée  se  vend  pour  bif- 
tecks 50  et  40  centimes,  selon  les  catégories.  Le  nombre  des 
solipèdes  abattus  à  Douai  s'est  élevé  à  212  en  1888;  204  en 
1889:  230  en  1890  et  234  en  1891.  (Beaucoup  de  chevaux; 
très  peu  d'ânes  et  mulets.) 

Saint- Eiiamc  —  Loire.  Le  nombre  de  solipèdes  consom- 
més a  été  :  en  1889  de  534  chevaux,  18  ânes  et  10  mulets, 
en  1890  de  G7G  chevaux,  24  ânes  et  10  mulets.  A  Saint- 
Etienne,  la  viande  de  cheval  est  employée  en  grande  partie 
pour  la  confection  des  saucissons  ;  elle  y  est  peu  appréciée 
à  l'état  Irais.  «  La  classe  ouvrière,  qui  trouverait  dans  la 
viande  de  cheval,  aux  époques  de  crises  industrielles,  un  ali- 
ment sain  et  à  bon  marché,  éprouve  de  la  répugnance  pour 
rhii)pophagie  en  raison  de  certain  préjugé  aussi  absurde 
que  peu  fondé,  qui  consiste  à  admettre  comme  article  de  foi 
que  le  cheval  n'a  pas  de  vessie,  que  par  conséquent  la  chair 
a  la  saveur  de  l'urine  (1).  »  Chose  curieuse  à  noter,  cette 
croyance  erronée  a  aussi  cours  en  certains  endroits  d'Italie, 
ainsi  que  nous  rapi)rend  M.  I.  Xosotti,  vétérinaire-inspec- 
teur des  abattoirs,  autrefois  à  Pavie  et  actuellement  à  Rome 
(D).  A  Saint-Etieuue,  il  a  été  saisi,  en  1890,  19  solipèdes  im- 
propres à  la  consommation,  dont  12  pour  morve  chronique 
et  1  pour  morve  aiguë. 

Le  Havre  —  Seine- Laférieure  (18).  La  première  boucherie 
hippophagique  a  été  ouverte  le  4  octobre  1869.  11  y  a  actuel- 

(1)  LabuUy.  Service  de  l'Inspection  des  viandes  de  la  ville  de  Saint- 
Etienne.  Statistique  annuelle  1890.  Brochure.  Saint-Etienne  1891. 


L'ÉTAT  ACTUEL  LE  L'HIPPOPHAGIE  EN  EURÛfE. 


9 


lement  quati-e  boucheries  de  c]ieval(P'  mars  189'2).  La  \iaiitle 
de  cheval  se  vend  aux  prix  suivants  par  demi-kilo  :  Filci, 
1  franc  ;  lilfleclis,  60  centimes  ;  les  autres  morceaux,  40  cen- 
times; le  saucisson  de  première  qualité,  1  Ir.  50  et  celui  de 
deuxième  qualité,  90  centimes. 


STATISTIQL 

ES 

CONSOMltATION. 

HIPPOPHAGIQUES. 

NOMBKE 

DE 

TÊTES 

ANNÉES. 

CHEVAUX. 

ANES. 

1888 

315 

2 

1889 

390 

2 

1890 

431 

4 

1891 

482 

6 

SAISIES  TOTALES.       SAISIES    TOTAEES 
NOMBRE    DE    TÊTES.        ET  PARTIELLES. 
CHEVAUX.  POIDS    NET. 


8 
13 
10 

6 


2,125  kilos. 
12,000      — 
2,305      — 
1,730      — 


La  maison  Sansinena,  de  Buenos-Ayres,  qui  importe  des 
moutons  réfrigérés  de  la  Plata  en  France,  amène  en  même 
temps  au  Havre  de  la  viande  de  cheval  congelée,  qui  est  en- 
suite expédiée  à  des  fabriques  de  saucissons  de  diverses  lo- 
calités de  la  France.  Depuis  trois  ou  quatre  ans  cette  viande 
chevaline  réfrigérée  n'est  plus  admise  pour  la  consommation 
locale  ;  elle  ne  l'a  du  reste  été  antérieurement  que  pendant 
très  peu  de  temps.  Le  chiffre  considérable  des  saisies  hippo- 
phagiques de  1889  est  dû,  pour  la  plus  grande  partie,  à  un 
envoi  américain  reconnu  avarié  au  débarquement. 

Lille  —  Nord.  En  1847  la  viande  de  cheval  se  vendait  déjà 
depuis  plusieurs  années  à  Lille,  sans  autorisation  officielle, 
au  prix  de  12  centimes  le  kilo,  lorsque  le  Conseil  central 
dliygiène  du  Nord  demanda  qu'elle  lut  soumise  à  l'inspec- 
tion sanitaire  (E).  11  a  été  consommé  900  chevaux  en  1888 
et  autant  en  1889  ;  il  y  en  a  eu  10  de  saisis  en  1889  (1). 

Limoges — Hau.fe- Vienne  (19).  Le  nombre  des  solipëdes 
consommés  a  été  de  20  du  15  octobre  au  31  décembre  18^9 
et  de  197  en  1890.  C'est  à  partir  du  15  octobre  1889  qu'un 
étal  hippophagique  a  pu  réussir  à  Limoges,  grâce  à  l'éléva- 
tion du  prix  de  la  viande  ordinaire.  Avant  cette  époque 
plusieurs  commerçants  avaient  tenté  infructueusement  de 
monter  des  boucheries  chevalines  ;  après  avoir  tué  1  ou  2 
chevaux    demeurés    invendus,    ils  avaient  été    obligés    de 


(1)  Yittu.  Rapport  au  Maire  sur  l'abattoir  de  Lille  en  tSSO.  Brochure 
iu-8.  Lille  1890. 


10  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

fermer  leurs  établissements.  C'est  plutôt  la  classe  demi- 
bourgeoise  que  la  classe  ouvrière  qui  mange  du  cheval . 

L07'ienf  —  MorljUian  (20).  Le  nombre  des  chevaux  con- 
sommés a  été  de  123  en  1888,  56  en  18^9,  64  en  1890  et  61 
du  1*^''  janvier  au  16  septembre  1891. 

Lyon  —Rhfyne  (21).  Nombre  de  solipèdes  consommés  : 


TOTAL 

ANNÉIÎS. 

CHEVAUX. 

ANES. 

MULETS. 

DES    SOLIPÈDES 

1888 

2,944 

111 

118 

3,173 

1889 

2,733 

110 

85 

2,928 

1890 

2.969 

103 

91 

3,163 

1891 

2,608 

117 

91 

2,816 

Le  nombre  des  solipèdes  saisis  a  été  de  110  en  1888,  108  en 
1889  et  81  en  1890,  en  tout  en  trois  ans  299  saisies  totales  dont 
107  pour  morve,  22  pour  carcinose,  22  pour  mélanose,  16  pour 
infection  purulente,  33  i)our  péritonite  et  pleurésie,  34  pour 
maigreur  extrême,  46  pour  fièvre  générale  et  19  pour  mort 
natui'olle.  Il  y  a  eu  en  outre  2690  saisies  partielles  (abats  et 
viscères)  dans  les  trois  années  précédentes.  Chaque  cheval 
livré  à  la  consommation  iiaie  un  droit  d'abatage  de  8  francs. 
Au  l^- janvier  1892,  il  y  avait  à  Lyon  seize  étaux  hippopha- 
giques tenus  par  douze  bouchers.  La  viande  de  cheval  se 
débite  actuellement  aux  prix  suivants  par  demi-kilo  :  Filet, 
90  centimes.  Cuisse,  40  centimes.  Quartier  de  devant,  20  cen- 
times. Saucisson,  1  franc. 

Mézières  —  Ardennes  (10).  Une  boucherie  hippophagique 
s'est  montée  en  1889  et  n'a  duré  que  quelques  années.  Elle 
n'avait  qu'un  débit  restreint  et  s'approvisionnait  de  chevaux 
abattus  à  Charleville. 

iMontargis  —  Loiret  (22).  Un  équarrisseur  des  environs 
vient  de  temps  à  autre  débiter  de  la  viande  de  cheval  à 
Montargis. 

Nancy — Meurthe-et-Moselle  ('23}.  Le  premier  cheval  de 
boucherie  fut  vendu  à  Nancy  le  15  mai  1866,  sous  les  aus- 
pices de  la  société  régionale  d'Acclimatation  du  Nord-Est.  La 
première  boucherie  hippophagique  date  de  1866  et  la  seconde 
du  15  septembre  1871.  Les  solipèdes  de  boucherie  ne  com- 
mencèrent à  être  inspectés  régulièrement  qu'en  1869.  Au  l'='' 
janvier  1892  il  y  avait  onze  étaux  hii)i)Ophagiques  tenus  par 
huit  bouchers.  Le  i)rix  de  la  viande  de  cheval,  excessivement 


L'ÉTAT  ACTUEL  LE  L'IIIPPOPHAGIE  EX  EUROPE.  11 

arbitraire,  varie  actuellement  de  30  à  80  centimes  le  demi- 
kilo.  Le  nombre  des  solipèdes  consommés  a  été  : 

En  ISGO  1870    IS7I    /.S7»  ISlô    IS74    -/STJ"  IS76    1877    1878    1870    1880 

De  31  i  2S9  245  194  ITT  103  210  3GT  562  756  "705  691 

En  1881  1882   i8S3    I88i  ISS-ï      1886      1887     1888     188!)     1890     1891 

De  610  793  1,041  954  1,149  1,337  1,329  1,280  1,340  1,561  1,194 

Parmi  les  solipèdes  consommés  annuellement,  on  peut 
compter  approximativement  '20  ânes  et  10  mulets  ;  le  reste  se 
compose  de  chevaux  (1). 

JSevers —  JSièvrc  (24i.  Le  nombre  des  solipèdes  con- 
sommés a  été  de  :  36  chevaux  et  10  ânes  en  1889  ;  40  che- 
vaux et  13  ânes  en  1890  ;  23  chevaux  et  14  ânes  dans  le 
P''  trimestre  de  1891. 

Nouzon — Ardcmies  (lOi.  La  première  boucherie  de 
cheval  s'est  montée  en  1883;  il  s'en  est  installé  d'autres 
ensuite;  il  y  en  a  eu  jusqu'à  cinq  à  la  l'ois.  Comme  elles 
taisaient  toutes  de  médiocres  affaires,  elles  ont  disparu 
actuellement  et  l'on  ne  tue  i)lus  de  chevaux  à  Tabattoir  de 
Nouzon.  Depuis  décembre  1891  un  bouclier  hippopliagique 
de  Charleville  va  deux  fois  par  semaine  à  Nouzon  et  y  débite 
dans  ces  deux  jours  environ  100  kilos  de  viande  fraîche  et 
une  certaine  quantité  de  saucissons  de  cheval.  Le  nombre 
des  chevaux  abattus  à  Nouzon  a  été  : 

En  1885      1884      188:i      1886      1887      1888      1889      1S90      1891 
De   62    47    58    72   117   53    44    22    9 

plus  15  ânes  de  1883  à  188^  inclusivement. 

Pœr-is  et  banlieue  —  Dêparicmenl  de  la  Seine.  Les  débuts 
de  l'hippophagie  sont  beaucoup  plus  anciens  qu'on  ne  le  croit 
généralement.  Ainsi  M.  le  D'"  Hector  George  rappelait  der- 
nièrement qu'on  avait  été  obligé  de  manger  du  cheval  au 

(1)  Les  chiffres  des  anne'es  1873  à  1878  différent  plus  ou  moins 
sensiblement  de  ceux  figurant  dans  la  2'^  e'dition  du  Traité  d'insvection 
des  viandes,  de  M.  L.  Baillet,  1880,  p.  632. 


12  RKVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

siège  de  Paris  par  Henri  IV  (1).  On  ne  doit  pas  s'étonner  que 
cet  essai  forcé  n'ait  pas  eu  de  suite,  si  l'on  admet  avec  M.  le 
mar(xuis  de  Cherville  que  le  siège  de  Paris  de  1870-1871 
a  plutôt  retardé  que  favorisé  la  propagation  de  l'hippo- 
pliagie  (2). 

La  statistique  agricole  annuelle  du  Ministère  de  l'Agri- 
culture pour  1886,  1887,  1888,  1889  et  1890  donne  sur  le  dé- 
partement de  la  Seine  les  renseignements  suivants,  auxquels 
nous  ajoutons  ceux  de  1891  fournis  par  le  Recueil  de  méde- 
cine vétérinaire  (A*)  : 

SOLIPÈDES    LIVRÉS    A    LA.    CONSOMMATION 

dans  le  département  de  la  Seine  à  diverses  époques. 


ANNEES. 

cuEVAtrx. 

ANES. 

MULETS. 

SOLiPÈDIiS. 

TOTAL    EN    VIANDE 

188G 

17,617 

343 

39 

18,029 

3,377,490  kilos. 

1««7 

15,958 

204 

38 

16,200 

3,529,430      — 

1888 

16.940 

241 

43 

17,224 

3,748,310      — 

1889 

17,948 

196 

31 

18,175 

3,965,180      — 

1890 

20,889 

227 

40 

21,156 

4,615,730      — 

1891 

21,231 

275 

61 

21,567 

4,697,990      — 

flj  Le  cheval  de  boucherie,  lu  Journal  d'Agriculture  pratique,  Paris, 
1891,  t.  II,  n"  53,  p.  941  ~  1892,  t.  III,  n"  14,  p.  504.  Le  même  auteur 
nous  apprend  qu'on  mangea  également  du  cheval  au  siège  de  Molz. 
par  Charles  Quint.  Après  avoir  recommande  l'alimentation  des  armées 
en  campagne  par  la  viande  des  chevaux  tués  à  la  guerre,  il  insiste 
non  moins  justement  sur  l'avantage  qu'ont  «  les  proprie'taires  et  les 
fermiers  à  consommer  la  chair  des  chevaux  mis  hors  de  service  par 
accident...  et  les  matelots,  celle  des  chevaux  tués  ou  blesses  grave- 
ment, que  jadis  on  jetait  à  la  mer  ». 

(2)  On  a  prétendu  que  le  siège  avait  favorise  le  développement  de 
l'bippophagie  ;  nous  croyons,  au  contraire,  qu'il  en  a  momentanément 
paralysé  l'essor.  Quand  on  a  été'  pendant  cinq  mois  au  régime  exclusif 
du  cheval,  on  est  bien  excusable  de  n'en  pas  avoir  le  fanatisme.  Nous 
n'en  sommes  pas  moins  convaincu  qu'elle  est  appele'e  à  faire  une  cer- 
taine ligure  dans  l'avenir  ;  le  jour  viendra  où,  au  lieu  de  faire  du  vieux 
serviteur  une  bête  martyre,  en  lui  imposant  un  labeur  que  ses  forces 
c'puisecs  ne  lui  permettent  pas  d'accomplir,  on  le  préparera  par  l'en- 
graissement, c'est-à-dire  par  quelques  mois  de  repos  et  de  bonne 
nourriture,  au  dénouement  fatal  auquel  nul  ici-bas  ne  peut  se  llatter 
(réchapper.  Ce  sera  un  bienfait,  non  seulement  pour  l'alimentation 
publique,  qui  trouvera  dans  cet  appoint  un  utile  renfort,  mais  pour 
l'animal  lui-même,  auquel  il  épargnera  la  longue  et  douloureuse 
agonie,  que  rcpre'sente  la  vieillesse  du  cheval.  »  [Les  Bêtes  en  robe  de 
chambre.  Paris,  1890.  Lei  chevaux  à  Paris,  p.  229  et  230.) 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAGIE  EX  EUROPE.  13 

Quelques-uns  de  ces  chiffres  offrent  de  légères  différences 
avec  ceux  donnés  dans  les  statistiques  publiées  par  M.  De- 
croix,  et  le  Comité  de  la  viande  de  cheval. 

SOLIPÈDES    NON    LIVRÉS    A.    LA.  CONSOMMATION. 
ANNÉES.  REFUSÉS   SUR   PIED.  SAISIS   APRÈS   ABATAGE. 

188G...  5  Chevaux,  1  Mulet.  295  Chevaux,  S  Anes,  1  Mulet. 

1887...  »                  >>  244  Chevaux,  1  Mulet. 

1888...       9  Chevaux :107  Chevaux,  5  Anes. 

1889.  . .     38  Chevaux 372  Chevaux,  2  Anes,  2  Mulets. 

1890 ...       8  Chevaux 394  Chevaux,  2  Ane.s. 

1891 ...     21  Solipèdes 733  Solipèdes. 

Le  nombre  des  étaux  hippophagiques  était  de  108  an 
l-^'- juillet  1886  et  au  P-"  janvier  1887;  de  118  au  P-- juillet 
1887;  de  127  au  p-"  janvier  1888  ;  de  130  au  l^^  juillet  1888  ; 
de  132  au  P-"  janvier  et  au  l"''  juillet  1889  ;  de  138  au  P'' jan- 
vier et  au  P-- juillet  1890  ;  de  180  au  1«'- janvier  1891  et  de  184 
au  31  décembre  1891.  Les  prix  de  la  viande  des  solipèdes  (sans 
distinction  d'espèces)  ont  été  établis  de  la  façon  suivante  au 
demi-kilo  :  P  filet,  1  fr.,  de  1886  à  1890  ;  2°  faux-filet,  75  cen- 
times en  1886  et  1887  et  50  à  75  centimes  en  1888,  1889  et 
1890  ;  3«  tranche  et  train  clç  côtes,  50  à  60  centimes  en  1888 
et  1889  et  40  à  60  centimes  en  1890  ;  hasse-viande,  10  à  20  cen- 
times en  1886,  10  à  15  centimes  en  1887  et  20  à  30  centimes 
en  lb'88,  1889  et  1890.  Le  poids  en  viande  nette  des  solipèdes 
a  été  fixé  en  1886  à  190  kilos  par  cheval,  à  190  kilos  par  mu- 
let et  à  50  kilos  par  âne  ;  en  1887,  1888,  1889,  1890  et  1891  à 
220  kilos  par  cheval,  à  220  kilos  par  mulet  et  à  50  kilos  pav- 
ane (1). 

Dans  son  Rapport  sur  le  service  cVlnspection  de  la  hou- 
clierie  de  Paris  pour  1S90,  p.  40,  M.  Villain  nous  apprend 
qu'il  est  sorti  des  abattoirs  de  Villejuif  et  de  Pantin,  pour  la 
consommation  publique,  20,771  chevaux,  242  ânes  et  68  mu- 

(1)  Le  28  fe'vrier  1892,  un  banquet  hippophagique  a  eu  lieu  à 
Paris,  chez  Véfour,  au  Palais- Royal,  en  l'honneur  de  M.  Decroix,  le 
zélé  propagateur  de  la  consommation  de  la  viande  de  cheval.  Au 
dessert,  les  bienfaits  de  Thippophagie  ont  été'  vantés  dans  des  dis- 
cours prononces  par  MM.  Decroix,  Geoffroy  Saint-Iîilaire,  directeur 
du  Jardin  d'Acclimatation,  et  Pelvey,  président  de  la  Société  protec- 
trice des  animaux.  [Pedi  Journal,  du  mardi  1"  mars  1892,  n"  10658.) 


14  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

lets.  (A  signaler  une  différence  entre  ces  chiffres  et  les  sta- 
tistiques hippophagiques  du  département  de  la  Seine  pour 
1890  publiées  par  le  Comité  de  la  viande  de  cheval,  21,291 
chevaux,  229  ânes,  40  mulets,  représentant  4,015,830  kilos 
de  viande).  Il  a  été  saisi  après  abatage  413  chevaux,  dont 
46  morveux,  non  compris  les  saisies  partielles  s'élevant  à 
13.118  kilos  de  viande.  Ces  chiffres  de  consommation  donnés 
par  M.  Villain  diffèrent  un  peu  de  ceux  émanant  du  Minis- 
tère de  VAgriculUire.  D'après  M.  Villain,  le  préjugé  contre  la 
viande  de  cheval  est  toujours  très  fort  à  Paris.  La  classe 
pauvre  n'en  achète  pas  et  les  indigents  dédaignent  les  bons 
hippophagiques  des  bureaux  de  bienfaisance.  Les  boucheries 
de  cheval  ont  une  clientèle  assez  restreinte,  composée  de 
petits  rentiers,  de  commerçants  nourrissant  leurs  emploj'és, 
d'établissements  ayant  des  pensionnaires,  de  restaurants  po- 
pulaires et  aussi  de  ménagères  économisant  sur  les  repas  à 
l'insu  de  leurs  maris.  En  résumé,  il  y  aurait  «  plus  d'acheteurs 
discrets  que  d'amateurs  ayant  le  courage  d'acheter  ouverte- 
ment ».  On  peut  aussi  compter,  comme  clients  importants  des 
abattoirs  hippophagiques,  les  pharmaciens  qui  fabriquent  des 
l)oudres  nutritives  avec  la  viande  de  cheval,  ainsi  que  les 
propriétaires  des  ménageries  ambulantes  si  nombreuses  aux 
diverses  foires  et  fêtes  du  département  de  la  Seine.  M.  Vil- 
lain estime  que  les  deux  tiers  de  la  viande  des  solipèdes 
abattus  à  Villejuif  et  à  Pantin  servent  a  fabriquer  des  sau- 
cissons destinés  à  être  vendus  un  peu  partout.  «  La  viande 
hachée,  ajoute-t-il,  est  même  expédiée  en  province  ;  elle 
sert  alors  à  faire  des  saucissons  mélangés  de  bœuf  et  de 
porc,  (lui  nous  reviennent  ensuite  sous  les  noms  pom- 
peux de  saucissons  de  Lyon,  d'Arles  et  de  Lorraine.  » 

[A  suivre). 


LES  MIGRATIONS  DES  CANARDS 

et  inductions  à  en  tirer  sur  la  mer  libre  du  pôle  Nord 
Par  m.  Gabrel  ROGERON  (1). 


Les  migrations  des  Canards  vers  le  sud  sont  de  deux 
sortes.  Les  migrations  régulières  à  époque  fixe,  à  la  fin  de 
l'automne,  et  les  migrations  irrégulières  à  époques  indéter- 
minées, dans  le  courant  de  l'iiiver. 

Les  premières,  les  migrations  régulières  à  époque  fixe,  ont 
lieu  vers  la  fin  d'octobre,  ne  variant  que  de  peu  de  jours 
chaque  année  et  ne  tenant  aucun  compte  de  la  température 
douce  ou  froide,  mais  seulement,  d'ordinaire,  de  la  direction 
du  vent.  Ces  premières  migrations  semblent  être  absolument 
de  long  cours,  par  longues  traites  et  s'étendre  de  l'extrême 
nord  au  centre  du  continent  africain.  Les  Canards  qui  en  font 
partie  passent  rapidement  et  s'arrêtent  peu.  Aussi  font-ils 
souvent  le  désespoir  des  chasseurs  qui  connaissent  bien  ces 
sortes  de  canards  et  qui  ne  peuvent  le  plus  souvent  parvenir 
à  les  faire  descendre,  malgré  toutes  les  séductions  de  leurs 
apjyelants. 

Quelquefois,  blottis  dans  leur  hutte,  ils  entendent  à  cette 
époque  les  sifflements  des  ailes  de  ces  nombreux  voyageurs 
une  nuit  entière  sans  pouvoir  tirer  un  seul  coup  de  fusil  ;  bien 
que  ces  malheureux  oiseaux  s'arrêtent  trop  encore,  comme 
l'attestent  les  multitudes  de  leurs  cadavres  que  leurs  bandes 
sèment  sur  leur  route,  lesquels  viennent  grossir  nos  marchés 
sur  leur  long  itinéraire.  Et  il  m'est  arrivé  de  revenir  d'un 
voyage  d'Italie  à  cette  époque  ;  d'un  bout  à  l'autre  de  la  pé- 
ninsule, depuis  Naples  jusqu'à  Gênes,  les  étalages  des  mar- 
chands de  gibier  regorgeaient  de  ces  oiseaux. 

Les  Canards  sauvages  proprement  dits,  les  cols  verts  {Anas 
Bosclias)  faisant  partie  de  ces  passages  réguliers,  sont  aussi 

[1]  Lecture  faite  au  Congrès  des  sociétés  savantes  le  9  juin  1892. 


'IG  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

(l'une  race  plus  pure,  plus  fine  ;  le  coloris  de  leur  plumage 
est  également  d'un  plus  vif  éclat,  preuve  qu'ils  viennent  de 
régions  inhabitées  où  leur  espèce  n'a  pu  être  en  contact  avec 
notre  race  domestique. 

Ces  migrations  régulières,  que  rien  n'explique  puisqu'elles 
semblent  se  produire  sans  motif  apparent,  alors  que  ni  le 
froid  ni  le  manque  de  nourriture  à  cette  époque  ne  sont  en 
cause,  pour  lesquelles  on  ne  peut  pas  même  alléguer,  comme 
chez  certains  oiseaux  de  passage,  l'instinct  migrateur  de  la 
race,  car  une  partie  d'entre  eux  n'émigre  pas  alors  des  con- 
trées du  nord  comme  on  va  voir  tout  à  l'heure,  ces  migra- 
tions régulières  d'automne,  dis-je ,  ne  seraient-elles  pas 
causées  par  les  nuits  des  contrées  polaires  que  ces  oiseaux 
habiteraient  ? 

On  présume,  en  effet,  que  sous  l'influence  des  courants 
d'eau  chaude  sous-marins,  du  gulf-stream,  il  existe  une  mer 
li])re  au  p(31e  baignant  des  ])ays  tempérés,  des  continents  et 
des  lies  couverts  de  végétation.  De  liardis  voyageurs,  l'Amé- 
ricain Kane  et  ses  compagnons  en  18."34  ont  même  prétendu 
l'avoir  découverte.  Après  avoir  traversé  d'immenses  déserts 
de  glace,  ils  auraient  trouvé  cette  mer  libre  peuplée  d'une 
innombrable  multitude  d'oiseaux  d'eau,  Mouettes,  Canards, 
Oies  sauvages,  etc. 

Mais,  néanmoins,  quand  même  les  rigueurs  du  froid  ne  se 
feraient  jamais  sentir  dans  ces  régions  i)olaires,  (|u'on  y 
Jouirait  toujours  de  la  plus  agréable  température,  les  longues 
nuits  qui  les  enveloppent  pour  plusieurs  mois,  sont  à  elles 
seules  un  obstacle  insurmontable  au  séjour  continuel  de  ces 
oiseaux.  11  leur  faudrait,  à  un  moment  donné,  fuir  ces  ténè- 
bres menaçant  de  les  envahir,  et  émigrer  du  cijté  du  jour  et 
du  sud,  comme  ils  le  feraient  sous  l'impulsion  du  froid.  Aussi,, 
ces  grandes  migrations  régulières  des  Canards  ont-elles  lieu 
vers  la  fin  d'octobre  et  le  commencement  de  mars  pour  le 
retour,  époque  coïncidant  précisément  avec  celle  où  com- 
mence et  finit  la  .nuit  polaire. 

Les  autres  migrations  de  Canards  sont,  au  contraire,  irré- 
gulières, parce  qu'elles  coïncident  avec  les  froids  dont  elles 
sont  la  conséquence.  Quand  les  bulletins  météorologiques 
annoncent  une  forte  baisse  de  température  dans  le  nord  de 
l'Europe,  on  peut  s'attendre  à  voir  apparaître  ces  dernières. 


LES  MIGRATIONS  DES  CANARDS.  17 

et  d'autant  plus  nombreuses  que  la  zone  de  t'roid  est  plus 
étendue  et  surtout  que  celui-ci  est  plus  intense.  Car  tous  ne 
partent  pas  ensemble  ;  beaucoup  ne  déménagent  qu'à  la  der- 
nière extrémité,  et  quand  les  cours  d'eau  qui  se  glacent  ordi- 
nairement plus  tard  que  les  étangs  et  marais,  sont  également 
pris.  De  plus,  ceux-là  ne  demandent  pas  mieux  que  d'émigrer 
le  moins  loin  possible,  de  s'arrêter  chez  nous  et  d'y  séjourner, 
s'ils  le  peuvent,  ne  semblant  s'avancer  qu'à  regret  vers  le 
midi  et  seulement  à  mesure  que  ces  contrées  deviennent  in- 
habitables à  cause  du  froid,  ou,  ce  qui  est  plus  exact,  au  fur 
et  à  mesure  de  la  congélation  des  eaux,  car  toute  cette  race 
peut  supporter  les  plus  basses  températures  sans  inconvé- 
nient. 

De  même,  par  contre,  dès  que  le  dégel  est  arrivé,  et  qu'un 
vent  plus  tiède  vient  à  soutÏÏer  du  sud,  sans  prendre  garde  à 
l'époque  oii  on  se  trouve,  la  plupart  d'entre  eux  ont  hâte  de 
regagner  les  régions  du  nord,  quitte  à  revenir  un  peu  plus 
tard  nous  rendre  visite  encore  le  même  hiver  si  des  froids 
nouveaux  les  y  contraignent.  Aussi,  leurs  allées  et  venues 
du  nord  au  sud,  nous  semblent-elles  un  présage  de  froid  ou 
de  chaleur.  Comme,  en  effet,  la  zone  de  froid  gagne  d'habi- 
tude de  proche  en  proche,  et  qu'ils  ont  tout  intérêt  à  la  de- 
vancer de  la  puissance  de  leurs  ailes,  on  aperçoit  d'ordinaire 
leurs  avant-gardes  avant  que  le  froid  ne  soit  devenu  rigou- 
reux. Quant  au  temps  doux,  c'est  à  tort  qu'on  se  figure  cette 
fois  qu'ils  l'annoncent.  Ils  le  constatent  seulement,  puisqu'ils 
ne  remontent  vers  le  nord  que  lorsque  le  dégel  est  déjà  arrivé 
dans  le  pays  qu'ils  traversent. 

Les  Canards  de  cette  seconde  catégorie  de  voyageurs,  de 
ces  migrations  d'hiver,  sont  d'ordinaire  beaucoup  moins  dis- 
tingués de  formes,  plus  épais,  de  couleurs  plus  ternes,  et 
même  un  certain  nombre  sont  plus  ou  moins  chamarrés  de 
blanc  et  d'une  multitude  de  nuances  appartenant  à  nos 
canards  domestiques,  mais  étrangères  à  la  livrée  du  véritable 
tj'pe;  preuve  évidente  de  rapprochements,  de  mésalliances 
avec  les  races  domestiques,  preuve  également  que  leur  patrie 
est  voisine  des  lieux  habités  par  l'homme.  Et  chose  remar- 
quable, ce  sont  ces  (]anards  sauvages,  si  étrangement  cha- 
marrés (il  en  est  même  de  tout  blancs),  connus  de  nos  chas- 
seurs d'Anjou  sous  le  nom  de  Canes  O'étangs,  qui  forment 
toujours  l'arrière-garde  de  ces  migrations  d'hiver,  car  il  faut 

0  Juillet  1892.  2 


18  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

des  froids  excessifs  du  nord  pour  que  nous  les  voyions  appa- 
raître chez  nous.  Il  est  donc  à  supposer  qu'avec  le  sang- 
domestique  qui,  sans  doute,  coule  plus  ou  moins  dans  les 
veines  de  ces  derniers,  joint  à  leur  corps  plus  pesant,  à  leurs 
ailes  moins  robustes,  il  leur  en  coûte  davantage  pour  prendre 
le  parti  de  s'expatrier  et  qu'ils  ne  peuvent  se  résoudre  à  cette 
dernière  extrémité  qu'après  que  tous  leurs  congénères  ont 
déjà  quitté  le  pays. 

Le  départ  par  les  grands  froids  de  ces  Canards  émigrant 
des  contrées  septentrionales  pour  gagner  les  nôtres,  et  ensuite 
celles  du  midi,  s'il  y  a  lieu,  semble  avoir  la  plus  grande  ana- 
logie avec  celui  de  nos  Canards  de  Maine-et-Loire,  qui  n'a- 
bandonnent, eux  aussi,  leurs  étangs  que  lorsqu'ils  sont  glacés, 
pour  gagner  évidemment  de  même  le  sud.  Les  uns  comme 
les  autres  sont  atteints  fréquemment  d'albinisme,  semblent  à 
peu  près  sédentaires,  en  principe  du  moins,  dans  le  pays  qu'ils 
habitent,  ne  le  quittant  que  sous  l'impulsion  du  froid,  avec 
cette  diirérence  seulement  que,  dans  le  nord,  ils  sont  plus 
souvent  forcés  de  se  résoudre  à  cette  extrémité,  puisque  les 
grands  froids  y  sont  plus  rigoureux  de  même  que  plus  fré- 
quents. Et  ainsi  de  suite  les  migrations  doivent  être  de  moins 
en  moins  fréquentes  en  avançant  vers  les  contrées  méridio- 
nales oii,  enlin,  l'hiver  finissant  par  ne  plus  jamais  faire 
sentir  ses  rigueurs,  les  canards  qui  les  habitent  semblent  ne 
plus  devoir  émigrer. 

On  peut  .donc  induire  de  la  différence  de  ces  deux  sortes  de 
migrations ,  que  la  première,  celle  d'automne ,  périodique 
régulière  (lin  d'octobre)  est  formée  de  Canards  venant  di- 
rectement de  la  mer  libre.  Sinon,  pourquoi,  parmi  tous  ces 
Canards  venant  également  du  nord,  les  uns  arrivent-ils  à 
époque  fixe,  a^ec  une  régularité  parfaite,  indépendante  de  la 
température,  tandis  que  les  migrations  des  autres  sont  l'irré- 
gularité même  et  toujours  soumises  à  l'impulsion  d'un  motif 
connu,  le  froid?  Pourquoi  cette  apparente  difierence  de 
mœurs  et  d'habitude  chez  des  oiseaux  de  même  espèce  et 
semblant  venir  des  mêmes  régions  ? 

Une  seule  explication  est  donc,  en  effet,  possible,  c'est  la 
mer  libre  (et  cette  mer  n'aurait  pas  été  découverte  qu'il  fau- 
drait la  supposer),  c'est  que  les  Canards  de  la  migration  d'oc- 
tobre  viennent    de    fuir    la    longue  nuit   de  six  mois,  qui 


LES  MIGRATIONS  DES   CANARDS.  19 

l)récisément  à  cette  époque  vient  de  voiler  leur  pays  pour 
jusqu'au  retour  du  printemps.  Quelle  autre  cause  plausible 
aurait  pu  forcer  à  émigrer  à  époque  fixe  cette  race  si  volon- 
tiers sédentaire,  alors  que  le  froid  n'existe  pas  encore,  et  que 
leurs  congénères  n'émigreront  que  plus  tard,  peut-être  même 
]>as  du  tout,  et  seulement  sous  rimpulsion  des  froids  les  plus 
vifs  •? 

D'ailleurs,  si  Kane  a  réellement  vu  cette  multitude  de  Ca- 
nards et  autres  oiseaux  aquatiques  dont  il  fait  mention,  il  ne 
peut  en  être  autrement  pour  ces  oiseaux  ;  car  il  ne  leur  reste 
aucun  choix  ;  il  leur  faut  émigrer  sous  peine  d'être  enve- 
loppés dans  ces  ténèbres.  Et  à  quelles  contrées  iront-ils  alors 
demander  l'hospitalité,  ces  oiseaux  habitués  à  une  lumière 
sans  fin,  à  cette  longue  journée  d'une  demi -année  et  à  un 
soleil  si  chaud  qu'il  est  capable,  dit-on,  de  fondre  le  gou- 
dron? Ce  ne  peut  être  aux  plus  rapprochées,  plus  ou  moins 
glacées,  privées  presque  de  soleil  pendant  l'hiver,  et  par  là 
même  si  différentes  de  leur  pays  l'été.  Ce  ne  serait  d'ailleurs 
([u'une  installation  désagréable  et  précaire,  puisqu'il  faudrait 
émigrer. de  nouveau  d'un  instant  à  l'autre  aux  premiers  froids 
plus  rigoureux. 

N'est-il  donc  pas  supposable,  au  contraire,  qu'obligés  de 
quitter  leur  pays  pour  une  période  longue  et  fixe,  ils  choisis- 
sent une  contrée  d'où  ils  ne  risquent  pas  d'être  dérangés  par 
le  froid,  presque  aussitôt  arrivés,  et  oi^i  ils  retrouvent,  sinon 
une  journée  de  six  mois,  au  moins  de  longs  jours,  le  soleil, 
et  un  climat,  malgré  sa  situation  si  différente,  devant  pré- 
senter une  certaine  analogie  avec  leur  précédent,  l'été.  Mais 
pour  rencontrer  ce  pays  sans  hiver,  il  faudra  entreprendre  un 
long  voyage,  s'installer  sans  doute,  jusque  dans  l'Afrique  cen- 
trale, ce  qui,  d'ailleurs,  n'est  pas  fait  pour  les  effrayer  avec 
la  puissance  de  leurs  ailes,  leurs  savantes  combinaisons  de 
route  fen  ligne,  en  angle,  où  chaque  membre  de  la  troupe 
vient  se  reléguer  pour  fendre  l'air)  et  le  soin  qu'ils  ont  de 
profiter  du  vent  pour  les  aider  dans  leur  marche  vers  le  sud. 
Tandis  que  les  autres  Canards  du  nord,  mais  dont  la  patrie 
est  en  deçà  de  la  région  des  nuits  d'hiver  perpétuelles,  et 
qui  par  là  même  n'ont  d'autre  cause  de  migration  que  des 
froids  momentanés,  s'écartent  le  moins  possible,  et  seulement 
vers  la  limite  des  fortes  gelées  afin  de  pouvoir  rentrer  chez 
eux  dès  la  période  de  froid  passée  ;  temps  toujours  relative- 


âO  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

ment  court  et  pouvant  prendre  fin  à  chaque  instant.  De  plus, 
liabitués  à  habiter  les  pays  froids  ou  tempérés,  ils  ne  ressen- 
tent pas  le  besoin  d'émigrer  dans  des  pays  différents  des  leurs. 

Ainsi  plusieurs  raisons  semblent  donc  confirmer  la  théorie, 
que  la  première  migration,  celle  d'octobre,  nous  \ient  des 
régions  entrevues,  mais  encore  inconnues  et  inexplorées,  du 
pôle.  Ces  raisons  sont  :  l'instinct  assez  volontiers  sédentaire 
des  Canards  qui  ne  les  porte  pas  à  se  déplacer  aussi  loin  sans 
motif;  le  lieu  même  où  il  est  présumable  qu'ils  séjournent 
l'hiver;  leur  façon  d'émigrer  si  différente  de  celle  des  autres 
Canards  du  nord  qui  ne  le  font  que  sous  l'impulsion  de  la 
température  la  plus  rigoureuse,  tandis  qu'eux  nous  arrivent 
avant  que  les  froids  sérieux  aient  envahi  les  régions  du  nord; 
les  multitudes  de  Canards  vus  sur  la  mer  libre  qui  doivent 
évidemment  émigrer  quelque  part,  quand  celle-ci  est  cou- 
verte de  ténèbres  ;  l'époque  où  ils  arrivent  qui  est  précisé- 
ment celle  oii  la  nuit  polaire  commence  ;  enfin  la  pureté  du 
plumage  des  cols-verts  de  cette  première  migration,  semblant 
évidemment  prouver  qu'ils  viennent  de  contrées  où  l'homme 
n'habite  pas,  puisque  partout  ailleurs,  les  mélanges  avec  les 
Faces  domestiques  influent  plus  ou  moins  sur  leur  coloration. 


VISITES    FAITES 

AUX  ÉTABLISSEMENTS  D'AVICULTURE 

Par  m.  MAROIS 


ÉTABLISSEMENT  DE  M.  POINTELET 

AVICULTEUR    A    LOUVECIENNES    (sEINE-ET-OISe). 


L'établissement  avicole  de  M.  Pointelet  est  divisé  en  deux 
parties,  situées  à  droite  et  à  gauche  de  la  première  rue  qui 
suit  le  3^  pont  du  chemin  de  1er,  après  la  station  de  Louve- 
ciennes,  ligne  de  Marly-le-Roi. 

Première  partie  à  gauche. 

Grand  jardin  planté  d'arbres  fruitiers  avec  massifs  de 
fleurs,  clôture  sur  la  rue  par  un  mur  bahut  avec  grille  au- 
dessus,  porte-grille  à  deux  vantaux.  Tout  au  pourtour,  mur 
de  clôture  ordinaire. 

A  droite  en  entrant,  partie  figurée  au  plan  lettre  B. 

Parquet  en  partie  couvert  en  planches  avec  papier  gou- 
dronné sur  le  dessus,  au-devant  volières  en  grillage,  sol  de 
la  partie  couverte,  sable  fin;  le  sol  de  la  volière  est  recouvert 
avec  du  gravillon.  Plantation  d'arbres  verts  dans  la  volière. 
Les  eaux  du  toit  dans  ce  parquet  et  dans  chacun  des  autres 
sont  conduites  par  un  tuyautage  dans  un  puisard  en  pierre 
sèche,  de  sorte  que  les  cabanes  n'ont  aucune  humidité.  Dans 
ce  parquet,  au  fond,  cabane  contenant  dans  cette  saison  des 
Lapins  et  servant  pendant  la  chasse  et  à  la  fermeture  à  re- 
miser momentanément  les  Lièvres  et  les  Lapins  destinés  au 
repeuplement  des  chasses  (M.  Pointelet  s'occupant  beaucoup 
du  commerce  du  gibier  pour  le  repeuplement).  Au-dessus  de 
ces  cabanes,  6  autres  cabanes  beaucoup  plus  grandes  pou- 
vant servir  à  mettre  des  volailles  ou  faisans.  Les  dites  ca- 
banes sont  en  bois  avec  portes  en  fer  rond,  grillagées.  Grand 
coffre  à  grains  pour  la  nourriture  des  volailles. 

Races  de  volailles,  Lapins,  Canards, Pigeons  dans  ce  parquet. 


22  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

1  co(i  race  Langslian  ;  4  poules  ;  1  Canard  race  de  Pékin  ; 
3  canes  ;  Lapins  Angora  et  Japonais  ;  Pigeons  Montauban 
variés. 

Les  perchoirs  sont  en  bois  ronds  d'assez  forte  dimension  ; 
les  pondoirs  sont  en  bois  avec  paille  dans  l'intérieur  ;  les  nids 
à  pigeons  sont  en  plâtre. 

A  gauche  en  entrant,  16  parquets  figure  C. 

Détail  d'un  pour  tous  :  Partie  couverte  de  4'", 50  de  lon- 
gueur sur  3"\00  de  largeur  et  2'", 25  réduits  de  hauteur;  sur 
le  devant  volière  grillagée  en  tous  sens  de  2"\50  de  longueur 
sur  3"\00  de  largeur  et  1"\90  réduits  de  hauteur. 

Sol,  couverture,  perchoirs,  pondoirs  comme  le  parquet  B. 

Touffe  d'arbre  vert  dans  la  volière  et  de  plus  un  perchoir 
en  bois  comme  pour  les  perroquets,  mais  avec  plusieurs  tra- 
verses horizontales  en  bois.  Pour  les  pigeons,  les  nids  sont 
adossés  à  la  panne  longeant  les  parquets. 

Les  seize  parquets  sont  semblables.  Dans  quelques-uns  , 
cabanes  en  bois  à  pigeons  et  à  lapins  avec  i)ortes  en  grillage 
ou  en  fil  de  l'er.  L'ouverture  de  ces  parquets  est  intérieu- 
rement ;  la  raison  est  celle-ci  :  lorsque  ces  parquets  sont 
occupés  par  du  gibier,  il  y  a  moins  de  danger  à  en  laisser 
échapper  qu'avec  une  jtorte  de  communication  extérieure  à 
chaque  parquet;  c'est  pour  cela  que  le  1'=''  et  le  16«  parquets  ne 
sont  pas  destinés  à  recevoir  le  gibier. 

ler  parquet  :  1  coq  race  du  Mans  ;  4  poules,  Pigeons  Bou- 
lants et  Tunisiens. 

2"  parquet  :  1  coq  race  Hambourg  argenté  ;  3  Poules  ;  Pi- 
geons Tumblers,  Blondinettes,  Satinettes,  Faisans  dorés, 
(volière  en  bois  sous  la  )>artie  couverte  avec  bandeaux  en 
1er). 

3^  parquet  :  1  coq  race  de  la  Flèche  ;  5  poules  ;  Pigeons 
Brésiliens,  Polonais  rouges  (volière  comme  ci-dessus),  Faisans 
de  Mongolie. 

4«  parquet  :  un  coq  race  Coucou  de  Rennes  ;  3  poules  ;  Pi- 
geons Boulants  et  Capucins.  Cabanes  pour  couveuses  en  bois 
avec  portes  grillagées.  Faisans  Indiens. 

5°  parquet  :  1  coq  race  Dorking  argenté  ;  'A  [loules  ;  Pigeons 
Mondains,  Tunisiens,  Blancs  à  queue  noire, cabanes  à  lapins, 
en  bois  avec  portes  grillagées.  Faisans  de  Mongolie. 

6«=  parquet  :  1  coq  de  Crèvecœur  noir  ;  2  poules.  Collection 
de  Pigeons  Carriers,  cabane  à  lapins.  Faisans  panachés. 


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V 


Établissement  d'aviculture  de  M.  Pointelet. 


24  REVUE  LES  SCIENCES  NATURELLES- APPLIQUÉES. 

7°  parquet  :  1  coq  race  de  la  Flèche  ;  5  poules,  Pigeons 
étourneaux  ;  Faisans  de  Bohème  ;  dans  une  cabane  sous 
partie  couA^erte  :  un  coq  Courtes-pattes. 

S'^  parquet:  1  coq,  race  Bresse,  noire;  3  i)Ou]es,  Pigeons, 
poules  et  bouvreuils  d'Arkhangel  ;  Faisans  versicolores. 

9«  parquet  :  1  coq,  race  de  Houdan  ;  5  poules,  Pigeons  Tu- 
nisiens, Faisan  Indien.  > 

10<' parquet  :  1  coq,  race  de  Courtes-pattes;  3  poules; 
Pigeons  Gazzi  de  Modène. 

11"  parquet:  1  coq  race  Cochinchine  lauvc  ;  4  poules; 
Pigeons  Romains  bleu  et  pies. 

12"  parquet  :  Apiculture;  10  ruches  en  travail. 

13^  parquet  :  1  coq  race  Padoue  hollandais,  huppe  blanche  ; 
Pigeons  Tambours  de  Dresde  et  Mondains  rouges. 

14°  parquet  :  Parquet  de  Coqs  de  diverses  races  ;  Pigeons 
Mondains  et  Tunisiens  blancs. 

15»  i)arquet  :  1  coq,  race  Houdan  ;  1  poule  ;  Pigeons  Tuni- 
siens bleus  et  Mondain  :  Faisans  Isabelle. 

IG"  parquet  :  Poules  diverses  ;  Pigeons  Mondains. 

Parquet  marqué  A  contre  mur  du  Tond  :  le  parquet,  destiné 
à  l'élevage,  est  tout  en  planches  avec  grillage  sur  le  devant  ; 
couverture  en  bois  avec  ])apier  goudronné  sur  le  dessus. 
Dans  ce  parquet  :  cabanes  à  lapins  servant  dans  la  saison  à 
recevoir  lièvres  et  lapins  en  grande  quantité.  Dans  cette 
saison,  ces  cabanes  sont  occupées  par  des  poules  couveuses. 
La  litière  des  cabanes  des  couveuses  est  composée  de  loin, 
l)réservatir  contre  les  poux  et  autres  insectes. 

Ce  parquet  est  actuellement  occupé  par  2  coqs,  race  Pa- 
doue argentés,  3  poules  ;  Pigeons,  Poules  ou  Maltais. 

A  signaler  comme'  beaux  types  dans  ces  parquets,  les 
Langshan,  Padoue  argentés.  Courtes-pattes,  la  FlC-che  et  les 
Pigeons  en  général,  dont  les  nids  sont  occupés  par  des 
jeunes  ou  des  œul's. 

Au-devant  de  ces  volières,  beau  jardin  planté  d'arbres 
Iruitiers. 

Deuxième  partie  à  droite  de  la  rue. 

(Grande  volière  marquée  F.) . 

Deux  parties  couvertes  en  tuile  de  Bourgogne  sur  le 
dessus,  la  partie  contre  le  mur  de  clôture  sur  rue  sert  d'abri 


VISITES  AUX  ÉTABLISSEMENTS  D'AVICULTURE. 


9;^ 


pour  les  pigeons,  paons,  canards,  oies.  La  partie  au  fond, 
divisée  en  deux,  sert  :  le  haut  pour  magasin  d'emballage,  le 
bas  pour  les  volailles  et  poulailler.  Entre  ces  deux  parties 
couvertes,  partie  grillagée  sur  le  devant  et  le  dessus.  A  l'en- 
trée, contre  le  mur  sur  rue,  petit  magasin.  Le  sol  de  cette 
volière  est  en  partie  pavé  et  sablé  en  gravier.  Sous  la  par- 
tie couverte  au  fond,  le  sol  est  recouvert  de  sable  fin  sur  une 
épaisseur  de  0'",20.  Cabanes  à  lapins  et  lièvres,  cabanes  à 
pigeons,  etc. 

Dans  cette  volière  :  Oies  de  Toulouse,  Canards  de  Rouen, 
Mandarins,  Carolins.  1  coq  race  Dorking  argenté,  4  poules, 
Paons,  Pigeons  divers.  A  citer  de  très  beaux  Queue-de- 
Paon  blancs,  Lapins  Béliers,  Angora,  Géant  des  Flandres, 
Argentés.  Ce  parquet  est  remarquable  par  les  oiseaux  le 
composant. 

Au  fond  de  la  cour,  4  volières  contenant  des  oiseaux 
du  Sénégal ,  des  Perruches ,  des  Pigeons  Queue-de-Paon 
blancs.  Polonais,  Bouvreuils.  Dans  la  cour,  cabanes  â  pi- 
geons, marquées  E,  au  nombre  de  4.  Ces  cabanes  sont  en 
bois  ;  elles  sont  â  3  compartiments,  recouverts  sur  le  dessus 
en  bois,  avec  partie  fermée  en  bois  à  chaque  compartiment 
et  volière  grillagée  sur  le  devant. 

Dans  la  !■■«  cabane  :  Pigeons  Carriers  très  beaux  ;  dans  la 
2e  cabane  ;  Capucins  noirs,  Queue-de-Paon,  Poules  ou  Mal- 
tais ;  dans  la  3°  cabane  :  Pigeons  Tambour  de  Dresde; 
dans  la  4"  cabane  :  Pigeons  Montauban  divers. 

Dans  la  cour,  en  liberté  :  le  superbe  lot  de  Langshan, 
prix  d'honneur  du  concours  général  de  Paris  en  1892  (éle- 
vage spécial  de  M.  Pointelet). 

Dans  un  jardin,  en  dehors  de  l'établissement  :  remise  pour 
les  paniers,  boîtes  d'envoi  pour  le  gibier  :  cerfs,  chevreuils, 
lièvres,  lapins,  faisans.  Un  lot  de  Dindons, prix  d'honneur  du 
Jardin  d'acclimatation  en  1892. 

Isourritiire  des  animaux.  —  Volailles  :  maïs,  sarrasin, 
blé.  Pendant  la  ponte,  du  chémoise. 

Pigeons  :  blé,  maïs,  sarrasin,  millet. 

Lapins  :  avoine,  luzerne,  carottes.  Deux  fois  par  semaine 
du  son  mouillé. 

Emploi  de  couveuses  ordinaires  ;  pas  de  couveuses  arti- 
ficielles. 

Les  boîtes  d'élevage  en  bois  pour  les  volailles  et  gibier, 


26  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

système  Pointelet,  sont  remarquables.  La  boîte  est  divisée  en 
trois  parties,  la  première  pour  la  poule,  à  la  suite  un  compar- 
timent pour  la  sortie  des  poussins  :  cette  partie  est  vitrée. 
Sur  le  dessus,  couverture  mobile  en  bois  s'enlevant  à  volonté 
pour  couvrir  la  boîte  en  cas  de  pluie  et  pendant  la  nuit.  La 
boîte  a  comme  dimensions  l'",25  de  longueur,  sur  0'",40  de  lar- 
geur et  0'",40  de  hauteur.  Le  compartiment  pour  la  mère  a 
0"\45  sur  0'",40  et  0'n,50  de  hauteur.  Cette  boite  est  portative 
et  se  déplace  à  volonté.  A  voir  aussi,  dans  la  remise  du  jar- 
din, en  dehors  de  l'établissement,  les  boîtes  servant  à  l'em- 
ballage des  envois  de  gibier  :  cerfs,  chevreuils,  faisans, 
lièvres,  perdreaux.  Ces  boîtes  sont  très  bien  faites  et  d'une 
grande  commodité  ;  avec  le  système  Pointelet,  la  perte  est 
nulle. 

Au  rez-de-chaussée  delà  maison  d'habitation,  se  trouve  le 
bureau,  salon  de  réception  de  M.  Pointelet.  Les  murs  sont 
recouverts  de  massacres  de  cerfs,  chevreuils,  daims,  plu- 
sieurs sujets  naturalisés  de  faisans,  perdreaux,  volailles. 

Dans  une  vitrine  sont  exposées  les  récompenses  obtenues  : 

Prix  d"honneur  de  la  reine  du  Danemark,  ministre  du 
Danemark,  Société  de  Rosemberg,  concours  régionaux  de 
Chàteauroux,  Versailles,  Comice  de  Seine-et-Oise,  Jardin 
d'Acclimatation,  médaille  d'or  à  l'Exposition  universelle  de 
LS89.  Concours  français  et  étrangers  :  Médailles  or,  argent, 
vermeil,  bronze,  au  nombre  de  548. 

A  la  i)lace  d'honneur,  contre  le  mur  à  gauche,  en  entrant, 
le  magnifique  prix  d'honneur  du  Concours  général  de  Paris 
en  1892. 

La  maison  Pointelet  a  été  fondée  par  son  propriétaire  ac- 
tuel en  1881.  Elle  est  dirigée  par  M.  Pointelet,  assisté  de 
M"'^  et  M"«  Pointelet,  qui,  j'ose  le  dire,  apportent  un  dévoue- 
ment spécial  dans  les  soins  à  donner  aux  animaux,  ce  qui 
contribue  à  augmenter  chaque  jour  le  développement  de  leur 
maison.  La  réception  que  l'on  y  trouve  est  charmante  :  on 
est  toujours  sûr  de  recevoir  un  bon  accueil  et  des  rensei- 
gnements précieux  au  point  de  vue  pratique. 

Cette  maison  est  digne  d'être  visitée  pour  la  bonne  tenue, 
la  régularité  et  les  espèces  diverses  de  volailles,  pigeons, 
oies,  dindons,  lapins  et  gibiers,  composant  les  éléments  de 
cet  établissement. 


L'OLIVIER 

SON  AVENIR,  SES  PRINCIPAUX  ENNEMIS, 
MOYENS  DE  DESTRUCTION 

Par  m.  DECAUX, 

Membre  de  la   Sociélé  entomologique  de  France. 
fSUITE  *  ) 


Insectes  s"attaquant  a  l'Olive. 
Dacus  olete  Meig. 

Mœurs  et  destruction.  —  De  tous  les  ennemis  de  l'Olivier, 
la  Mouche  ou  Keïron,  appelée  scientifiquement  Daçus  oleœ 
est  celui  qui,  depuis  plus  de  cent  ans,  préoccupe  le  plus  vive- 
ment les  cultivateurs.  Un  nombre  considérable  de  publica- 
tions (plus  de  soixante)  sur  ses  mœurs  et  les  moyens  de  le 
détruire  ont  été  faites  par  de  savants  observateurs  :  cepen- 
dant aujourd'hui,  comme  il  y  a  un  siècle,  ce  moucheron, 
cette  ridicule  bestiole,  longue  de  cinq  millimètres,  continue 
à  détruire  les  2/5  de  la  valeur  de  cette  riche  production. 

Pour  notre  étude,  en  plus  de  nos  observations  personnelles 
poursuivies  sans  relâche  depuis  1862,  en  France  et  en  Es- 
pagne, nous  avons  utilisé  les  travaux  des  savants  auteurs 
qui  nous  ont  précédé  (1).  Notre  intention  en  écrivant  ces 
pages  est  de  prouver  qu'avec  certaines  précautions,  il  serait 
facile,  sinon  de  faire  complètement  disparaître  le  Dacus 
oleœ,  du  moins  d'en  atténuer  considérablement  les  ravages. 

Le  Dacus  oleœ  (Meig.)  est  un  insecte  de  la  famille  des 
Athéricères,  tribu  des  Muscides  {Fig.  /). 

Cette  Mouche  élégante,  moins  grosse  que  notre  Mouche 
commune  (5  millimètres)  est  d'un  gris  cendré  sur  le  dos,  la 
tète  d'un  jaune-orange,  porte  deux  antennes  à  palette ,  ayant 
chacune  à  leur  base  un  petit  poil,  plus  long  que  les  antennes, 

(■*)  Voyez  Revue,  année  1892,  1*'  semestre,  p.  375. 
[1)   Voir  Index  hibliofjraphique. 


28  RKVUE  LES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

les  yeux  verts  et  le  Iront  jaune  marqué  de  deux  points  noirs  ; 
son  corselet  est  orné  de  quatre  taches  d'un  jaune  pâle,  les 
jambes  et  les  pieds  jaunâtres  ;  les  ailes,  au  nombre  de  deux, 
sont  transparentes,  irisées  ;  abdomen  ovale\  noirâtre  avec 
une  bande  longitudinale  jaune  à  son  milieu  ;  la  tarière  ou 
l'oviducte  des  femelles  est  également  noir;  ses  mouvements 
sont  brusques  et  saccadés. 

La  larve  de  forme 
conique  est  molle, 
apode,  sa  longueur 
est  de  6  millimè- 
tres, sa  couleur  est 
])lanc-jaunâtre;  la 
t(He  [)ortedeux  cro- 
chets noirâtres  qui 
lui  servent  à  ronger 
la  i>ulpe  de  l'olive. 
La  chrysalide  en 
forme  de  barillet  de 
4  millimètres  n'est 
que  la  peau  de  la 
larve  durcie,  elle  est  d'un  ovale  parfait  et  jaunâtre  avec  la 
ligne  des  anneaux  légèrement  plus  foncée. 

Ponte  :  Vers  le  15  juillet  lorsque  les  ohves  sont  formées  ;  la 
femelle  du  Dacus  étant  fécondée,  commence  par  explorer 
une  olive  de  tous  côtés,  en  la  touchant  avec  ses  petites  an- 
tennes et  avec  sa  trompe  pour  voir  si  d'autres  mouches  n'ont 
]tas  déjà  pondu  sur  le  fi-uit  et  pour  juger  s'il  offrira  à  sa  pos- 
térité toutes  les  conditions  désirables  d'existence.  Pour 
pondre  elle  rapproche  ses  pattes  de  devant  de  celles  de  der- 
rière, élève  ainsi  son  dos,  courbe  son  ventre  en  dessous  et 
porte  son  oviducte  verticalement  sur  la  peau  du  fruit.  On  la 
voit  alors  faire  des  efforts  pour  percer  la  peau  de  l'olive  avec 
sa  tarière ,  et  elle  est  tellement  absorbée  par  ce  travail 
l)énible,  qu'on  peut  s'en  approcher  et  assister  à  cette  opéra- 
tion. Tout  à  coup  la  mouche  est  saisie  d'un  frémissement 
général,  ses  ailes  qu'elle  a  tenues  étendues  jusqu'ici ,  sont 
agitées  comme  si  l'insecte  volait,  c'est  le  moment  de  la  lîonte. 
Enfin  tout  se  calme,  l'oviducte  est  retiré,  la  mouche  reste  un 
instant  immobile  comme  si  elle  était  épuisée  par  les  efforts 
qu'elle  vient  de  faire  ;  on  la  voit  enfin  se  ranimer  sous   l'in- 


Fiij.  I.  —  Le  Dacus  olea;  l'cmeîlo,  qui  (iépose 
ses  œufs  dans  l'Olive. 


L'OLIVIER,   SES  ENNEMIS  29 

lluence  du  soleil,  elle  s'envole,  va  chercher  une  autre  Olive 
afin  d'y  déposer  un  autre  œuf,  jusqu'à  ce  qu'elle  ait  placé 
ainsi  sur  autant  de  fruits,  les  trois  cents  œufs  qu'elle  pond, 
au  dire  des  savants  les  plus  compétents  et  confirmé  par  des 
observations  anatomiques. 

Quelquefois  lorsque  la  récolte  n'a  pas  été  très  abondante, 
on  trouve  jusqu'à  trois  ou  quatre  dépouilles  dans  la  même 
Olive  ;  mais  si  la  récolte  est  abondante,  le  plus  souvent,  on 
ne  trouve  qu'une  seule  larve  par  Olive. 

La  mouche  commence  toujours  son  funeste  travail  dans  les 
sites  les  'plus  abrités,  les  plus  chauds,  vers  les  parties  de 
l'arbre  les  plus  exposées  au  soleil,  et  particulièrement  sur  les 
Oliviers  chétifs  qui  ont  des  Olives  en  petit  nombre  et  par  cela 
même  plus  aA'ancées  dans  leur  maturité.  Au  contraire,  les 
Oliviers  vi^ioureux,  chargés  de  fruit,  sont  en  général  les  der- 
niers à  être  attaqués  par  la  mouche. 

Par  une  température  convenable,  il  faut  environ  quinze  à 
seize  jours  pour  que  les  larves  aient  acquis  toute  leur  crois- 
sance. Alors  leur  peau  se  contracte,  leur  corps  diminue  de 
longueur  et  se  transforme  en  une  coque  ovalaire  nommée 
pupe  ;  vue  à  la  loupe  cette  pupe  présente  du  coté  de  la  tête 
une  fine  suture  qui  marque  une  calotte  soudée  seulement,  et 
que  la  mouche  en  éclosant  pourra  faire  sauter,  en  poussant 
un  peu  avec  la  tête. 

Douze  à  quinze  jours  après  la  métamorphose  en  chrysalide, 
la  mouche  éclot  ;  il  lui  a  donc  fallu  vingt-sept  à  trente  jours, 
depuis  le  moment  où  l'œuf  a  été  pondu.  On  voit  que  cette 
espèce  peut  se  reproduire  chaque  mois  et  donner  deux  ou 
trois  générations  de  fin  juillet  à  octobre. 

Que  deviennent  les  larves  provenant  de  la  ponte  de  fin 
.septembre  et  même  des  premiers  jours  d'octobre  ? 

Cette  question  a  donné  lieu  à  bien  des  explications  di- 
verses, qui  peuvent  être  toutes  justes,  selon  le  moment  et  la 
température  où  l'observation  a  été  faite. 

Selon  nos  observations  souvent  répétées  en  France  et  en 
Espagne,  voici  ce  qui  se  passe  : 

Lorsque  vers  le  15  octobre  la  température  descend  et  tend 
à  se  rapprocher  de  10  degrés  centigrades,  par  un  instinct  de 
prévoyance  et  de  conservation,  les  larves  arrivées  à  toute 
leur  croissance  quittent  l'Olive  pendante,  se  laissent  glisser  à 
terre  (pendant  la  nuit  ou  par  un  temps  sans  soleil),  y  pénè- 


30  REVUE  DES  SCIENCES   NATURELLES  APPLIQUÉES. 

trent,  se  changent  en  pupe  et  y  demeurent  jusqu'au  prin- 
temps suivant. 

Aussitôt  que  la  température  ne  dépasse  plus  10  degrés 
centigrades,  les  œufs  et  les  jeunes  larves  restent  engourdis 
dans  l'olive  pendante,  cessent  de  manger  et  de  croître.  Ce 
sont  celles-ci  que  l'on  trouve  dans  les  tas  d'olives  mises  en 
magasins  après  la  cueillette,  et  que  l'on  voit  sortir  pour  se 
métamorphoser  à  la  laveur  de  la  chaleur  dégagée  par  la 
fermentation. 

Normalement,  pendant  la  saison  de  juillet  à  octohre,  la  mé- 
tamorphose du  Dacus  se  fait  dans  l'olive  pendante.  On  peut 
s'assurer  de  cette  règle  générale,  en  ouvrant  les  olives  per- 
cées de  cette  catégorie,  qui  contiennent  toujours  la  pupe 
avec  la  calote  ouverte. 

Quelle  que  soit  l'époque,  si  une  olive  un  peu  mûre  tombe, 
ce  qui  arrive  souvent  quand  elle  est  rongée  par  le  ver  du 
Dacus,  la  larve  continue  à  manger  jusqu'à  son  entier  déve- 
loppement et  sort  du  fruit  pour  se  métamorphoser  en  terre. 
Il  en  est  de  même  pour  la  larve  provenant  de  l'œuf  non 
éclos  au  moment  de  la  chute,  qui  continue  à  se  nourrir  et 
quitte  rolive  pour  se  transformer  en  terre.  Mais  si  l'olive 
tombe  lorsqu'elle  est  encore  verte,  peu  charnue  et  coriace,  la 
larve  meurt,  à  moins  qu'elle  ne  soit  arrivée  au  moment  de  se 
transformer,  dans  ce  cas  elle  sort  du  fruit  et  entre  en  terre 
pour  se  chrysalider. 

Si  la  Mouche  née  à  la  fin  de  septembre  ou  au  commence- 
ment d'octobre  est  surprise  par  un  abaissement  de  tempéra- 
ture à  10  degrés  centigrades,  elle  ne  s'accouple  pas,  ou,  si 
elle  est  fécondée,  ne  pond  pas,  elle  cherche  un  abri  dans  le 
creux  des  arbres,  sous  les  écorces,  etc.,  pour  y  passer  l'hiver. 
Ce  sont  ces  dernières  qui  se  réveillent  en  avril  et  pondent 
sur  les  olives  oubliées,  ou,  ce  qui  est  plus  grave,  celles 
sorties  des  olives  pas  encore  récoltées.  Cette  première  ponte 
est  désastreuse  pour  la  nouvelle  récolte  ;  elle  multiplie  le 
nombre  des  femelles  de  celle-ci  par  les  300  œufs  que  chacune 
confie  aux  anciennes  olives,  et  lorsque  arrive  la  fin  de  juillet 
ces  premières  éclosions  renforcées  par  les  Dacus  qui  se  sont 
transformés  en  terre  se  répandent  sur  les  nouvelles  olives  et 
ont  bientôt  anéanti  la  récolte. 

Dans  ce  cas  particulier,  il  faut  suivre  le  conseil  donné  par 
Guérin-Méneville  en  1841,  c'est-à-dire  récolter  hâtivement; 


L'OLIVIER,  SES  EXXEMIS.  31 

il  est  démontré  que,  dans  le.s  années  du  ver,  les  olives  mû- 
rissent beaucoup  plus  tôt,  et  les  détriter  le  plus  vite  possible 
pour  détruire  les  larves  qu'elles  contiennent. 

Ce  savant  a  fait  plusieurs  expériences  près  de  Toulon,  qui 
démontrent  que  16  doubles  décalitres  d'olives  avaient  donné, 
jusqu'au  12  octobre,  33  à  34  litres  d'une  liuile  de  médiocre 
qualité,  mais  que,  passé  cette  époque  et  jusqu'au  21  octobre, 
la  même  mesure  ne  donnait  plus  que  13  à  16  litres  de  la  plus 
mauvaise  huile.  Plus  tard,  le  résultat  était  tellement  minime 
et  de  si  mauvaise  qualité,  qu'on  avait  renoncé  à  porter  les 
olives  au  moulin. 

Toujours  les  olives  récoltées  les  premières  dès  le  1^'"  oc- 
tobre, ont  donné  plus  que  celles  qui  avaient  attendu  l'é- 
poque habituelle  de  la  récolte.  Cette  récolte  de  33  à  34  litres 
d'une  huile  médiocre  est  loin  du  résultat  obtenu  dans  les 
bonnes  années  (de  60  à  80  litres),  mieux  vaut  cependant  une 
demi-récolte,  que  de  n'avoir  rien,  surtout  quand  ce  procédé 
a  encore  l'avantage  de  faire  périr  une  grande  partie  des  vers 
destinés  à  perpétuer  cette  race  nuisible. 

Nous  avons  eu  souvent  occasion  de  remarquer,  et  de  nom- 
breux cultivateurs  sérieux  l'avaient  fait  avant  nous,  que  les 
oliviers  récoltés  en  automne,  ou  qui  pour  causes  clima- 
tériques  ne  conservent  pas  le  fruit  dans  cette  saison,  se  char- 
gent de  fleurs  et  de  fruits  l'année  suivante.  Nous  pourrions 
citer  comme  exemple  l'arrondissement  d'Aix,  où  la  cueillette 
se  fait  en  novembre,  les  récoltes  ont  lieu  presque  régulière- 
ment tous  les  ans. 

Quelques  personnes  croient  que  la  Mouche  vient  de  la 
putréfaction  des  résidus  que  les  moulins  de  recense  laissent 
entassés  dans  leur  voisinage  ;  c'est  une  erreur  qui  a  été 
démontrée  par  de  nombreuses  expériences  faites  par  M.  Gi- 
mon  en  1859. 

De  quoi  vit  le  Dacus  oleœ  ? 

En  s'appuyant  sur  ce  que  l'on  connaît  de  la  manière  de 
vivre  des  mouches  en  général,  on  s'aperçoit  que,  lorsqu'elles 
sont  arrivées  à  leur  état  parfait,  elles  ne  se  nourrissent  plus 
des  mêmes  aliments  qui  servent  à  les  développer  lorsqu'elles 
sont  à  l'état  de  larves  et  que  toutes  recherchent  les  matières 
sucrées . 

La  Mouche  de  l'Olive  suit  la  même  règle,  à  l'état  libre,  elle 
suce  la  gomme-résine  qui  découle  des  oliviers,  le  suc  des 


32  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

fleurs,  des  fruits  mûrs  sucrés,  jamais  de  l'olive;  peut-être 
bien  des  sécrétions  des  pucerons  et  cochenilles  de  l'Olirier  ? 
D'après  A.  Peragallo,  elle  recherche  les  matières  excré- 
mentielles et  elle  suce  les  larves  mortes  de  ses  semblables  ; 
nous  n'avons  pu  confirmer  ces  observations. 

Cauvin  rapporte  qu'il  a  pu  conserver  en  captivité  des 
Dacus  pendant  huit  à  dix  mois,  en  leur  donnant  du  miel  et 
des  raisins  secs  écrasés. 

A.  Peragallo  préconise,  comme  moyen  de  destruction,  de 
faire  usage  des  liquides  de  M.  Bertrand,  suspendus  au  milieu 
des  arbres,  ou  de  tout  autre  liquide  sucré,  visqueux  et  aro- 
matisé ;  des  ficelles  miellées  tendues  entre  les  branches,  oii 
les  Mouches  viendraient  s'engluer.  Nous  avons  expérimenté 
ces  conseils,  les  vases  dont  nous  nous  sommes  servis,  ont 
englué  quelques  papillons,  dont  il  sera  parlé  plus  tard  ;  et  à 
peine  deux  ou  trois  mouches  par  vase  dans  l'espace  d'une 
semaine  du  mois  d'août.  Les  ficelles  se  sont  desséchées  et 
n'ont  rien  détruit. 

Norbert  BonaCous  a  lait  une  série  d'expériences,  que  nous 
avons  refaites  avec  le  plus  grand  soin,  vu  l'importance 
qu'elles  peuvent  avoir  pour  la  destruction  du  Dacus  au  mois 
d'avril  surtout.  Nous  laisserons  parler  M.  Bonafous  : 

«  En  octobre  1859,  j'ai  retiré  d'olives  véreuses  un  certain 
»  nombre  de  chrysalides  ;  j'en  ai  fait  trois  parts,  et  les  ai  intro- 
»  duites  dans  trois  verres  difierents,  que  j'ai  ensuite  recou- 
»  verts  d'une  toile  en  canevas.  J'ai  obtenu  dans  chaque  verre 
»  des  Mouches,  que  j'ai  traitées  de  la  manière  suivante  : 

»  Sous  la  toile  du  verre  n"  1,  j'ai  déposé  quelques  gouttes 
»  de  miel.  Les  Mouches  se  sont  appi'ochées  du  miel  et  en  ont 
»  sucé  avec  avidité  ;  huit  jours  après,  elles  sont  vigoureuses 
>y  et  promettent  de  vivre  aussi  longtemps  que  je  leur  four- 
»  nirai  du  miel  et  de  la  chaleur. 

»  Sous  la  toile  du  verre  n°  2,  j'ai  exprimé  le  jus  d'une 
.)  olive.  Les  Mouches  n'ont  pas  touché  au  jus  d'olive  et  sont 
»  mortes  de  faim,  le  ventre  desséché,  six  jours  après  leur 
»  naissance. 

»  Et  sous  la  toile  du  verre  n"  3,  j'ai  versé  quelques  gouttes 
v>  de  miel,  mélangé  avec  du  Cobalt  en  poudre.  Les  Mouches 
»  se  sont  approchées  du  cobalt  emmiellé,  en  ont  mangé,  et 
»  sont  toutes  mortes,  les  unes  le  même  jour,  les  autres  le 
»  lendemain.  >> 


L'OLIVIER,  SES  EXXEMIS.  33 

Dans  les  expériences  que  nous  avons  faites  avec  20  à  25 
mouches  par  bocal,  le  jus  d'olive  exprimé  chaque  jour  n'a 
pas  empêché  toutes  les  Mouches  de  mourir  de  faim,  entre  le 
cinquième  et  le  septième  jour. 

Dans  le  bocal  où  nous  avions  déposé  du  miel  additionné  de 
1  p.  •'jo  d'acide  arsénieux,  les  Mouches  en  ont  mangé  et  sont 
toutes  mortes  entre  la  quatrième  et  la  quinzième  heure. 

Nous  avons  tenté  l'expérience  à  l'air  libre,  en  plaçant  dans 
un  olivier  bien  abrité  du  vent,  et  exposé  au  soleil,  un  vase 
plat  contenant  un  peu  de  miel  arsénieux,  nous  avons  vu  des 
Mouches  s'en  repaître,  une  seule  est  morte  sur  place,  les 
autres  se  sont  envolées  ;  il  est  présumable  qu'elles  seront 
mortes  quelques  heures  plus  tard  ? 

Ces  expériences  établissent  d'une  manière  certaine  que  l'on 
pourrait  détruire  un  bon  nombre  de  Dacus  de  cette  façon. 
C'est  surtout  contre  les  mouches  qui  se  réveillent  au  mois 
d'avril  et  qui  doivent  former  la  première  génération,  que  ce 
procédé  doit  être  employé.  Nous  rappellerons  qu'une  femelle 
détruite  à  cette  époque  diminue  (eu  théorie),  la  deuxième 
génération  de  300  fois  300  individus,  soit  90,000  Mouches,  qui 
à  la  troisième  génération  donneraient  27  millions  de  Dacus. 
Heureusement  qu'en  réalité,  il  n'en  est  pas  ainsi,  les  oiseaux 
et  autres  ennemis  du  Dacus  réduisent  ce  nombre  dans  de 
grandes  proportions.  Cependant  on  peut  estimer  que  cette 
femelle  sera  cause  de  la  perte  de  plusieurs  milliers  d'olives  ? 

Il  ne  nous  a  pas  été  possible  de  nous  assurer  si  des  oiseaux 
ont  été  incommodés,  pour  avoir  mangé  des  mouches  ayant 
sucé  le  miel  arsénieux.  Si,  contrairement  à  nos  prévisions, 
on  s'aperçoit  que  la  faible  quantité  d'acide  arsénieux  absorbé 
par  les  Mouches  offre  des  dangers  pour  la  vie  de  ces  défen- 
seurs de  nos  plantations  agricoles,  nous  espérons  que  nos 
savaTits  chimistes  découvriront  un  toxique  mortel  pour  les 
mouches  et  inoffensif  pour  les  oiseaux  qui  les  mangeraient. 

Dans  les  années  de  grandes  récoltes,  les  moulins  manquant 
pour  détriter  les  olives  au  fur  et  à  mesure  de  la  cueillette,  on 
a  la  fâcheuse  habitude  de  les  entasser  dans  des  chambres  ou 
des  greniers  ;  la  fermentation  amène  une  chaleur  assez  forte 
pour  ranimer  les  larves  de  Dacus,  qui  ne  tardent  pas  à  sortir 
de  l'olive  pour  se  chrysahder  dans  la  crasse.  Nous  ne  saurions 
trop  recommander  de  changer  les  tas  d'olives  de  place  chaque 
jour,  de  recueillir  avec  soin  les  balayures  et  de  les  brûler. 

r.  Juillet  1892.  3 


34  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

En  se  conformant  strictement  à  cette  recommandation,  on 
diminuera  la  fermentation  et  les  chances  de  moisissures,  en 
outre  on  détruira  une  quantité  considérable  de  pupes,  qui  ne 
tarderaient  pas  à  se  transformer  en  mouches,  qui  profite- 
raient du  premier  beau  jour  pour  s'échapper  au  dehors. 

M.  Boyer  de  Fonscolombe  propose,  pour  détruire  les  vers 
et  les  mouches,  de  tenir  fermé  le  local  où  sont  entassées  les 
olives,  d'y  mettre  des  rouges-gorges,  des  bergeronnettes,  des 
mésanges  ;  ces  oiseaux,  qui  recherchent  volontiers  nos  habi- 
tations pendant  l'hiver,  se  nourrissent  d'insectes  et  feront  la 
chasse  au  Dacns  oleœ. 

Ce  conseil  est-il  d'une  application  facile?  Nous  lui  préférous 
le  procédé  qui  précède,  qui  diminue  la  fermentation  et  la 
moisissure,  tout  en  détruisant  un  grand  nombre  de  pupes. 

En  répondant  à  la  question  que  deviennent  les  larves  de 
Dacns,  provenant  de  la  ponte  du  commencement  d'octobre, 
nous  avons  vu  qu'en  plusieurs  circonstances,  un  certain 
nombre  de  larves  pouvaient  se  transformer  en  terre  en  tous 
temps,  et  que  la  ponte  d'automne  fournissait  plus  parti- 
culièrement un  assez  grand  nombre  de  larves,  qui  passent 
l'hiver  en  terre,  sous  la  forme  de  pupe. 

Nous  })ensons  qu'il  serait  possible  de  détruire  le  plus  grand 
nombre  possible  de  ces  mouches,  devant  servir  à  former  une 
des  souches  de  la  première  génération,  i)bui-  l'année  sui- 
vante : 

1°  En  labourant  légèrement  à  la  main,  afin  de  ne  pas 
blesser  le  chevelu  de  l'arbre  (le  plus  souvent  possible),  la 
terre  sous  les  Oliviers,  en  été  et  surtout  en  décembre,  janvier 
et  février,  de  façon  à  ramener  les  pupes  à  la  surface  du  sol, 
où  elles  seront  dévorées  par  les  oiseaux  ou  détruites  par  les 
intempéries  ; 

2''  En  semant  sous  les  arbres,  après  le  labour  du  printemps, 
un  mélange  par  parties  égales  de  suie  de  cheminée  et  de 
cendres  de  bois,  qu'on  pourra  renouveler  vers  le  15  sep- 
tembre. 

Ce  procédé  est  basé  sur  les  nombreuses  observations  faites 
par  nous,  particulièrement  contre  la  larve  d'un  Diptère  voisin 
du  Dacus,  la  Pegomija  hyoscyami,  qui  mine  les  feuilles  de  la 
betterave  à  sucre,  et  sur  diverses  clienilles  se  transformant 
en  terre,  qui  ont  démontré  que  toutes  larves  enveloppées 
par  ce  mélange  sont  prises  de  convulsions,  et  ne  tardent  pas 


L'OLIVIER,  SES  ENNEMIS.  35 

à  périr.  Or,  pour  entrer  en  terre,  les  larves  doivent  traverser 
d'abord  la  légère  couche  de  suie  et  cendres  et  périront  pour 
la  plus  grande  partie. 

.3°  En  employant  de  préférence  des  chiffons  de  laine,  im- 
prégnés de  pétrole  comme  engrais. 

11  nous  a  été  démontré  par  des  expériences  répétées  pen- 
dant trois  années,  sur  plus  de  cent  hectares  de  récoltes  di- 
verses :  betteraves,  céréales,  etc.,  que  les  chiffons  pétroles 
conservent  leur  pouvoir  antiseptique  pendant  plusieurs  an- 
nées, et  que  les  larves  souterraines  d'insectes  ne  pouvaient 
pas  vivre  dans  son  voisinage. 

La  nature  toujours  prévoyante  a  créé  plusieurs  parasilcs 
qui  dévorent  la  larve  du  Dacus,  dans  l'intérieur  de  l'Olive  et 
qu'il  ne  faut  pas  détruire. 

Euloplius  %)Cctinicornis  (Latrkille.)  [Fig.  2.) 

Longueur  3  millimètres,  d'un  beau  vert  métallique,  avec 
les  cuisses  de  même  couleur  et  les  tibias  jaunâtres  ;  les  quatre 
ailes  sont  diaphanes. 

Cet  Hyménoptère,   de   la   famille   des  Chalcidites,   a    été 
signalé,   en    1880,    par  M.    Laugier, 
directeur  de  la  station  agronomique 
de  Nice.  Il  dépose  un  œuf  dans  l'O- 
liA^e  habitée  par  le  Dacus,  quelques 
jours  après,  il  naît  une  petite  larve, 
qui  s'attache  à  celle  du  Dacus  et  la 
dévore  ;  lorsqu'elle  a  acquis  tout  son  Fig.  ».  —  UEulophus  pecti- 
développement,  elle  se  transforme  en     'licomis  lemeiie,  parasite 
nymphe  d  un  non'  luisant  et  sort  in- 
secte parfait  pour  procéder  à  une  nouvelle  génération. 

Les  espèces  suivantes  ont  été  obtenues  d'éclosion  par  A. 
Peragallo  en  1882,  elles  vivent  généralement  aux  dépens  de 
la  larve  du  Dacus. 

Eurytoma ...  ? 

Ce  Chalcidien  de  3  à  4  millimètres  de  long  est  d'un  noir 
mat,  avec  les  pattes  de  derrière  blanchâtres,  les  4  ailes  sont 
diaphanes . 


36  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

Ephialtes  cUvinator  (Gravenson). 

Cet  Ichneumonide.  de  10  millimètres  de  long,  a  le  corselet 
rougeàtre,  l'abdomen  noirâtre  sur  le  dessus  et  blanchâtre  sur 
les  C(3tés, 

Nous  pensons  qu'il  serait  possible  d'élever  et  propager 
(comme  nous  l'avons  fait)  ces  précieux  parasites;  il  suffirait 
de  recueillir  les  balayures  contenant  les  pitpcs  trouvées  dans 
les  tas  d'Olives  en  magasin,  de  verser  le  tout  dans  un  grand 
baquet  recouvert  d'une  toile  quelconque  ;  après  quelques 
jours,  on  obtiendrait  l'éclosion  des  parasites  et  des  Dacus. 
En  levant  la  toile  le  soir  (éclairé  d'une  lanterne),  il  serait 
facile  d'écraser  le  Dacvs  avec  les  doigts  et  de  donner  la 
liberté  aux  parasites  accrochés  à  la  toile.  Cette  opération, 
qui  ne  nécessite  que  quelques  soins,  doit  être  renouvelée  tous 
les  deux  ou  trois  jours,  jusqu'à  ce  qu'il  n'y  ait  plus  d'éclo- 
sion  de  parasites,  puis  on  jette  les  balayures  au  feu. 

Mais  ce  que  nous  devons  protéger  avant  tout,  ce  sont  les 
petits  oiseaux  insectivores,  qui  détruisent,  chaque  jour,  un 
nombre  considérable  de  Dacus  et  de  Chenilles,  et  autres  in- 
sectes nuisibles  à  l'Olivier.  Nous  })ensons  qu'il  serait  possible 
d'attirer  un  certain  nombre  de  ces  oiseaux,  en  plaçant  des 
nichoirs  artificiels  dans  les  Oliviers  où  les  Mésanges,  Rouges- 
queues,  etc.,  viendraient  établir  leurs  nids. 

Nous  avons  eu  occasion  d'observer  un  nid  de  Mésange 
charlionnière  ayant  6  petits,  le  père  et  la  mère  ont  apporté 
chacun  12  à  13  becquées  par  heure,  soit  300  insectes  par 
jour  pour  les  petits  et  en  comptant  150  à  200  pour  la  nourri- 
ture des  parents  on  peut  estimer  la  destruction  à  400  ou  500 
Dacus  et  autres  larves  ;  les  petits  se  sont  envolés  le  quinzième 
jour  et  ont  continué  à  être  nourris  par  les  parents  pendant 
cinq  jours,  ce  qui  porte  à  environ  dix  mille  insectes  détruits 
par  une  seule  couvée  en  vingt  jours.  La  Mésange  fait  ordi- 
nairement trois  couvées  par  an. 

[A  suivre.) 


II.  EXTRAITS  DES  PROCÈS -VERBAUX  DES  SÉANCES  DE  LA  SOCIÉTÉ. 


SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  20  MAI  1892. 

PRÉSIDENCE   DE   M.    A.   GEOFFROY    SAINT-IIILAIRE,    PRÉSIDENT. 

Le  procès- verbal  de  la  séance  précédente  est  lu  et  adopté. 
M.  le  Président  proclame  les  noms  des  membres  récem- 
ment admis  par  le  Conseil  : 

MM.  PRÉSENTATEURS. 

!A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 
P  -\m.  Pichot. 
Raveret-Wattei. 


[  J.  de  Claybrookc. 
Gâté    (Henri),    propriétaire,    à    la    Ville- ^    ^    «Pnff.nv  Snint- 

Houx,  à  Sainl-Servan.  / 


A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 


Vigour. 


Gouyon-Beaufort   (le    vicomte   de],    au  l  J.  de  Claybrookc. 

château  de  Beaufort,  à  Plerguer  (lUe-et-  j  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

Vilaine).  (  E.  Wuirion. 

LOMBARDON ,    négociant    en    couleurs    et  (   Chartier. 

vernis,    137,   faubourg    Saiut-Martin,   à  <  A.  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

Paris.  f  E.  Wuirion. 

{  D'-  Heckel. 
Pierre  (Em.),  directeur  du  Jardin  d'essai,  )  ^^^^^  Grisard 

à  Libreville  (Congo  français).  |  ^    Paillieux.* 

[  D'  Le  Fort. 
PoiLLY  (le  baron  de),  53„  rue  Ponthieu,  à      ^   ^^^^^.^^^  Saint-Hilaire. 

^^"^'  (  Comte  de  Puylou laine.  . 

M.  le  Secrétaire  procède  au  dépouillement  de  la  corres- 
pondance. 
—  M.  de  Confevron  écrit  de  Flagey  (Haute-Marne)  : 

«  Eu  même  temps  que  celte  lettre,  vous  sera  remis  un  colis  postal 
contenant  desbrauclies  tleuiies  d'un  Poirier  sauvage  que  j'ai  de'couvert 
dans  les  champs  loin  de  toute  habitation.  Vous  remarquerez  que  ces 
lleurs  durèrent  sensiblement  du.  type  connu,  sont  très  gracieuses  et 
plus  décoratives  que  celles  de  bon  nombre  d'arbres  cultive's  pour  l'or- 
nement des  jardins.  J'en  ai  fait,  ces  jours  derniers,  un  surtout  de  table 
qui  a  été'  fort  admiré. 

»  Voici,  selon  moi,  les  caractères  qui  distinguent  ce  nouveau  Poi- 
rier et  sur  lesquels  j'appelle  votre  attention: 


38  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

■D  Les  boutons  sont  roses,  la  fleur  dans  son  ensemble  est  plus  arron- 
die, ainsi  que  les  pétales,  régulièrement  concaves  en  dessus  et  colo- 
rés en  dessous  d'une  charmante  teinte  rose.  11  n'y  a  pas  là  anomalie 
ou  bizarrerie,  j'ai  attendu  pour  signaler  le  fait;  tel  cet  arbre  a  fleuri 
l'année  dernière,  tel  il  fleurit  aujourd'hui.  J'ajoute  que  les  anthères 
sont  roses,  que  la  feuille  ressemble  beaucoup  à  celle  du  Poivrier  sau- 
vage commun,  peut-être  un  peu  plus  ronde  avec  le  pe'tiole  un  peu 
plus  allonge.  Le  fruit,  très  petit,  a  beaucoup  d'analogie  avec  celui 
du  Poirier,  connu  dans  ce  pays  sous  le  nom  vulgaire  de  bieusson, 
c'est-à-dire  dont  l'amertume  s'oppose  à  ce  qu'il  soit  mangé  autrement 
que  blette. 

»  Cet  arbie  est-il  une  espèce  ou  un  hybride  de  Poirier  avec  Pom- 
mier ou  encore  de  Poirier  avec  l'Epine  blanche,  dont  les  fleurs  ont 
l'odeur  très  typique  de  Hanneton,  sur  laquelle  j'avais  omis  d'appeler 
votre  attention  et  que  vous  remar(|uerez  ? 

»  Quoi  qu'il  en  soit,  le  trouve  le  cas  intéressant  et  ces  questions 
que  je  me  pose,  je  vous  prie  de  les  soumettre  à  notre  Société',  ainsi 
qu'aux  personnes  très  compétentes,  tant  eu  botanique  (ju'eu  horticul- 
ture, que  vous  pouvez  connaître. 

»  Une  des  rai  ;ons  qui  me  feraient  pencher  en  faveur  de  l'hybridation, 
c'est  que  les  pistils  ne  sont  pas  en  nombre  égal  sur  chaque  fleur,  les 
unes  en  ont  trois,  d'autres  quatre,  d'autres  deux  seulement. 

»  J'oubliais  de  vous  dire  que  la  floraison  a  lieu  plus  -tardivement 
que  celle  du  Poirier  sauvage  commun.  » 

Dans  une  autre  lettre,  notre  confrère  adresse  les  rensei- 
gnements suivants  : 

«  Je  liens  à  signaler  à  notre  Société  un  fait  de  pêche  assez  curieux, 
qui  s'est  produit  dernièrement  dans  la  Haute-Marne  et  qui  mérite  à 
mon  avis  de  fixer  l'attention  des  ichtyologisles  et  des  pisciculteurs. 

»  Dans  le  re'servoir  du  canal  de  la  Marne  à  la  Saône,  créé  sous 
Langres  et  mis  en  eau,  il  y  a  quelques  années  seulement,  les  fermiers 
de  la  pêche  ont  pris,  en  assez  grand  nombre,  un  poisson  inconnu  d'eux, 
et  qu'ils  ont  envoyé'  à  l'aquarium  de  Paris  où  il  a  o'to  détermine'  pour 
le  Coregonus  clupeoïdes.  11  paraît  que  le  bassin  en  question  renferme  une 
grande  quantité'  de  ces  poissons  relativement  rares  et  qui  ne  se  trou- 
vent guère  qu'en  Ecosse. 

»  Aucun  sujet  de  cette  espèce  n'ayant  été  mis  dans  le  réservoir  dit 
de  la  Liez,  nous  ne  pouvons  que  croire  qu'ils  y  ont  été'  importes  à  l'e'tat 
d'œufs  non  digére's,  par  des  oiseaux  aquatiques,  grands  rapaces  ou 
palmipèdes,  et  nous  devons  en  induire  que  ces  oiseaux  font  le  trajet, 
d'Ecosse  au  centre  de  la  France,  dans  un  temps  très  court. 

»  J'ai  pris  mes  mesures  pour  être  mis,  lorsque  la  pêche  sera  réou- 
verte, en  possession  de  quelques-uns  des  poissons  en  question,  que 
j'aurai  l'honneur  d'adresser  à  notre  Socie'tè.  » 


PliOCÈS -VERBAUX  DES  SÉANCES  DE  LA  SOCIÉTÉ.  39 

—  ^r.  le  baron  F.  Von  Mueller  écrit  de  Melbourne   (Aus- 
tralie), à  M.  le  Président  : 

«  Par  le   courrier  de  celle  semaine,  je  me  pcrmcls  de  vous  envoyer 
des  fruits  frais,  séchés  avec  soin  cl  contenant  des  graines  miîres  de 
Mesembrianthemum  œquilatemle.  Elles    ont   été  recollées   dernièrement 
pour  être  envoyées  à  la  Société  nationale   d'Acclimatation.  Si  ce  Me- 
sembrianthemum était  acclimate  dans  le  Sahara  ou  tous  autres  terrains 
salés,  il  deviendrait  une  grande  ressource  pour  les  Chameaux.  Quand 
l'expédition   de  Sir  Thomas  Elder's.  conduite  par  M.  Lindsay  et   que 
j'avais   fait  venir  moi-même,  explora  en  Australie  le  grand  désert  du 
sud  de   Victoria,   elle  fut  sauvée  par  ces  plantes,  parce   que,  n'ayant 
pas  trouvé  d'eau  pendant  trente-quatre  jours,  les  Dromadaires  élau- 
chèrent  leur  soif  au  moyen  de  ces  végétaux.  » 

Dans  une  autre  lettre  notre  confrère  s'exprime  ainsi  : 

«  Vous  recevrez  par  ce  courrier  des  graines  fraîches  de  deux  <'  Salt- 
bushs  ^>  de  l'Australie  centrale,  pour  pâturages,  et  aussi  de  Cyprès 
du  désert  faciles  h  acclimater  [Callitris  verrucosa)  et  d'un  Acacia  du 
désert,  pour  le  cas  où  vous  désireriez  introduire  ces  plantes  de  haute 
valeur  dans  l'intérieur  de  l'Afrique,  dans  des  endroits  sans  eau.  Je 
vous  enverrai  des  graines  dans  ce  but,  quand  l'occasion  s'en  pré- 
sentera. » 

—  M.  Durand,  professeur  à  l'Ecole  nationale  d'Agricul- 
ture de  Montpellier,  adresse  la  note  suivante  sur  le  Genêt 
d'Espagne,  dans  l'arrondissement  de  Lodève  (Hérault)  : 

«  Le  Genêt  d'Espagne  (Sparliutn  juncsim  h.)  qui,  presque  partout, 
n'est  utilisé  que  comme  menu  bois  de  chauÊfage,  était  encore  il  y  a 
une  trentaine  d'années,  dans  l'arrondissement  de  Lodéve,  l'objet  d'une 
petite  industrie  qui  tend  de  plus  en  plus  à  disparaître.  La  filasse  ex- 
traite des  fibres  libériennes  des  jeunes  rameaux  coupés  à  la  serpe  en 
août  ou  septembre,  était  employée  à  faire  de  la  toile  qui  s'y  fabriquait 
pendant  l'hiver. 

»  Les  centres  de  récolte  et  de  fabrication  étaient  les  communes  des 
Plans,  Olmet-et-Villecun,  Lavalelte,  Dio-et-Valquiéres,  Latour  sur- 
Orb,  Lunas  (hameau  de  Cannas),  Saint-Pierre-la-Fage  (Parlalges). 
Saint-Étienne-de-Gourgas,  Saint-Jean-!a-Blaquière,  Usclas,  le  Bosc, 

Saint-Privat,  etc. 

»  La  toile  de  Genêt  n'a  jamais  été  fabriquée  que  sur  commandes 
faites  par  les  haliitants  du  pays  qui  préparaient  et  filaient  eux-mêmes 

la  filasse. 

V  Suivant  l'état  de  finesse  du  fil,  on  obtenait  une  toile  plus  ou 
moins  grossière,  mais  toujours  solide  et  d'un  long  usage,  avec  laquelle 
on  confectionnait  des   sacs,  des  civières,  des  serpillières  pour  trans- 


40  KEVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

porter  les  fourrages,  et  même  des  draps  de  lit,  du  linge  de  table  ou  do 
corps,  qui  restaient  dans  le  pays. 

»  Le  prix  moyen  du  fil  est  actuellement  de  2  francs  le  kilog. 

»  Celte  petite  industrie  locale  aura  bientôt  disparu;  quand  dans 
une  commune  un  tisserand  meurt,  il  n'est  remplacé  que  difficilement; 
il  n'y  en  a  généralement  plus  qu'un  pour  plusieurs  communes. 

»  Nulle  part,  dans  la  région,  on  ne  sème  aujourd'hui  le  Genêt  d'Es- 
pagne, qui  y  croit  spontanément,  surtout  dans  les  terrains  silicieux.  » 

—  M.  le  Président  dépose  sur  le  bureau  la  seconde  édition 
du  Potager  dhoi  curieux  par  MM.  Paillieux  et  Bois.  (Voyez 
plus  haut,  l*^'"  semestre,  p.  657.) 

—  M.  le  D-"  Laboulbène  fait  hommage  à  la  Société  d'une 
communication  qu'il  a  faite  à  la  Société  nationale  d'Agricul- 
ture sur  les  ravages  causés  par  le  Hanneton  et  les  meilleurs 
moyens  de  le  combattre.  L'auteur  i»réconise  principalement 
le  ramassage  et  la  destruction  de  l'insecte  parlait.  Il  étudie 
aussi  les  moyens  de  diminuer  le  nombre  des  lam-es  par  des 
labours  et  hei^sages,  destruction  par  les  Poules,  etc. 

—  M.  Decaux  fait  une  communication  sur  l'Olivier,  ses 
ennemis  et  les  moj^ens  de  les  détruire. 

A  cette  occasion  une  intéressante  discussion  a  lieu  entre 
M.  le  D""  Laboulbène  et  l'auteur,  au  sujet  des  mœurs  des  in- 
sectes qui  vivent  sur  cet  arbre  utile. 

—  M.  le  Président  déiwse  sur  le  Bureau  une  note  sur  l'in- 
cubation artificielle  en  Egypte,  rédigée  par  M.  Cazard,  élève 
chancelier  au  Consulat  de  France  à  Alexandrie,  et  adressée 
en  communication  par  M.  le  Ministre  de  l'Instruction  pu- 
blique. 

M.  Magaud  d'Aubusson  donne  lecture  de  ce  document. 

Notre  confrère,  qui  a  visité  en  Egypte  des  établissements 
analogues,  dit  que  les  renseignements  fournis  par  cette  note 
sont  parl'aitement  exacts.  C'est  bien  là  la  manière  de  procé- 
der des  Egyptiens.  Ces  fours  à  poussins  sont  indispensables 
parce  que  la  poule  du  pays,  connue  sous  le  nom  de  Poule 
arabe,  ne  couve  pas.  Ces  poules  sont  très  petites,  leur  plu- 
mage varie  beaucoup,  il  y  en  a  de  fauves,  de  grises,  etc.  .. 
quelques-unes,  d'un  bleuâtre  cendré,  sont  fort  jolies. 

A  côté  des  poules  arabes,  existe  une  autre  race  que  l'on 
nomme  dans  le  pays  Poules  indiennes,  Poules  Dongolaivi. 
Ce  dernier  nom  vient  de  ce  qu'il  en  arrive  beaucoup  du  Don- 
gola,  par  les  dahabieh,  qui  descendent  le  Nil.  Cette  race  res- 


PROCÈS-VERBAUX  DES  SÉANCES  DE  LA  SOCIÉTÉ.  41 

semble  à  nos  races  de  combat,  à  la  race  malaise,  mais  elle 
est  un  peu  moins  fortement  membrée.  Cette  poule  est  excel- 
lente mère,  mais  dans  les  villages  lellahs  on  livre  générale- 
ment tous  les  œufs  destinés  à  la  reproduction  aux  fours  à 
poussins.  Les  deux  races  vivent  côte  à  côte  dans  les  villages 
et  s'y  mêlent  sans  que  les  habitants  prennent  aucun  souci  de 
la  sélection.  Lorsque  les  poussins  sont  éclos  dans  les  fours, 
on  les  distribue  aux  intéressés,  au  bout  de  quelques  Jours,  et 
les  femmes  les  élèvent.  Les  poussins  n'ont  pas  à  redouter, 
comme  en  d'autres  pays,  les  pluies,  les  orages,  l'humidité, 
aussi  la  mortalité  n'est-elle  pas  aussi  élevée  qu'on  pourrait  le 
croire,  à  la  vue  de  l'espèce  d'abandon  dans  lequel  on  les  laisse 
souvent. 

Une  maladie  que  Ton  rencontre  fréquemment  chez  les  vo- 
lailles qui  arrivent  en  dahabieh  et  que  l'on  porte  ensuite  sur 
les  marchés,  est  la  gale  des  pattes.  Cette  gale  gagne  la  tête, 
l'oiseau  dépérit  et  finit  souvent  par  mourir.  Un  remède,  que 
notre  collègue  a  indiqué  à  plusieurs  fellahs,  propriétaires  de 
volailles  malades  et  qui  a  parfaitement  réussi,  est  le  lavage 
des  parties  atteintes  avec  du  pétrole. 

M.  Magaud  d'Aubusson  ajoute  que  les  essais  d'introduction 
des  races  européennes  en  Egypte  n'ont  pas  trop  bien  réussi 
jusqu'à  présent,  mais  il  pense  que  l'on  n'a  pas  pris  tous  les 
soins  nécessaires.  Les  races  qui  ont  le  mieux  réussi  sont  :  les 
Cochinchinois  et  les  Bramapoutras.  Nul  doute  que,  malgré 
quelques  difficultés,  on  n'arrive  également  à  acclimater 
d'autres  races. 

Sur  une  question  posée  par  M.  le  Président,  M.  Magaud 
d'Aubusson  répond  que  l'usage  des  fours  à  poussins  existe 
dans  toute  la  vallée  du  Nil. 

—  M.  J.  Grisard  donne  lecture  d'une  note  de  M.  Tcherni- 
gofï'sur  les  Oies  en  Russie. 

Pour  le  secrétaire  des  séances, 

Jules  Grisard, 
Secrétaire  du  Comilé  de  rédaction. 


III.  CHRONIQUE  ÉTRANGÈRE. 


Un  Congrès  d'acclimatation,  organisé  par  les  soins  de  la 
Société  Impériale  Russe  d'Acclimatalion  des  animaux  et  des  plantes, 
se  tiendra  à  Moscou  du  2  au  9  septembre,  à  la  suite  des  Congrès 
internationaux  d'Archéologie  préhistorique,  d'Anthropologie  et  de  Zoo- 
logie. Nous  avons  parlé  en  son  temps  de  l'Exposition  d'acclimatation 
des  plantes  qui  doit  s'ouvrir  au  Jardin  zoologique  de  Moscou  le 
27  juin  et  sera  fermée  le  13  octobre  (1).  Primitivement,  le  programme 
n'avait  pas  d'autre  objet,  mais  l'importance  et  la  multiplicité  des 
questions  qui  sont  venues  prendre  place  à  l'ordre  du  jour  ont  déter- 
miné les  organisateurs,  qui  ont  à  leur  tète  l'éminent  savant  russe,. 
M.  Anatole  Bogdanoff,  à  convier  une  réunion  de  spécialistes,  atin  de 
faire  connaître  ce  qui  est  fait  et  d'indiquer,  ne  serait-ce  que  dans  ses 
grandes  lignes,  la  marche  à  suivre  dans  l'avenir  immédiat.  Le  Comité 
d'organisation  fait  donc  appel  à  toutes  les  bonnes  volonle's  pour  lui 
proposer  des  programmes  d'études,  lui  poser  les  questions  à  élucider 
et  lui  indiquer  les  personnes  dont  le  concours  serait  utile  au  Congres. 
Voici  quelques-unes  de  ces  questions  -• 

—  Quelles  sont  les  essences  forestières  déjà  acclimate'cs  en  Europe 
qui  sont  les  plus  utiles  dans  la  sylviculture  en  ge'ne'ral  et  qui  seraient 
particulièrement  désirables  pour  la  Russie  ? 

Ou  sait,  en  ellct,  que  de  nomi)reux  arbres  et  arbustes  originaires  de 
l'Amérique  septentrionale,  du  Japon,  etc.,  ont  été  acclimates  en 
Europe,  mais  il  serait  into'ressant  de  savoir  ceux  qui  offient  le  plus- 
d'avantages,  dans  les  cultures,  soit  par  leur  croissance  rapide  et  la 
solidité  de  leur  bois,  soit  pur  leur  nature  pou  difficile  sur  le  choix  du 
terrain  qui  permettrait  leur  cullurc  là  oii  les  ^n-brcs  européens  ne 
pourraient  vivre,  etc. 

Quels  sont  parmi  les  ve'gélaux  exotiques  ne  se  prêtant  pas  à  l'accli- 
malation  dans  l'Europe  occidentale,  ceux  qui  auraient  chance  de 
réussir  en  Russie? 

La  Russie,  avec  son  immense  territoire,  la  diversité  de  ses  climats, 
présente  des  conditions  particulièrement  favorables  pour  l'acclimata- 
tion. C'est  ainsi  que  le  Jikus  verdie' fera  qui  fournit  aux  Japonais  le- 
vernis  si  apprécié  n'a  pu  Otre  acclimaté  dans  l'Europe  occidentale  qu'à 
Francfort-sur-Mein.  Il  trouverait  dans  le  Caucase  et  môme  un  peU' 
plus  au  nord,  d'excellentes  conditions  pour  son  développement. 

—  Quelle  est  lextrèmo  limite  nord  de  la  culture  de  la  Vigne  à  ciel 
ouvert,  et  quels  sont  les  ceps  les  plus  résistants? 

Il  y  a  en  Russie  des  exemples  isolés  de   vigne  cultivée   e     dont  le 

(t)  Voyez  Revue,  1892,  V'  semestre,  p.  334. 


CHRONIQUE  ÉTRANGÈRE.  43 

raisin  a  acquis  une  parfaite  maturité,  dans  des  localités  situées  consi- 
dérablement plus  au  nord  que  la  limite  généralement  admise  pour  la 
propagation  de  C3  végétal.  Tel  est  le  cas  de  la  ville  de  Ranenbourg, 
gouvernement  de  Riasan,  d'une  propriété  des  environs  de  Saint- 
Pétersbourg,  etc.  En  outre,  la  vigne  croissant  au  Turkestan,  par 
exemple,  offre  évidemment  une  résistance  suffisante  aux  froids  hiver- 
naux de  ce  pays,  tout  en  donnant  des  fruits  parfaitement  mûrs. 

—  La  culture  du  Jute  [Corchorus  capsularis]  est-elle  à  introduire  en 
Russie  sur  une  grande  échelle  ? 

Cette  plante,  qui  croît  dans  des  marécages,  fournit  six  fois  plus  de 
fibres  textiles  que  le  chanvre.  Les  essais  de  culture  dans  les  marais 
du  Caucase  ont  donné  d'excellents  résultats,  mais  il  serait  prudent, 
avant  de  se  lancer  plus  avant  dans  cette  voie,  de  s'assurer  un  débit 
dans  l'industrie  russe  ou  étrangère.  Les  fabriques  allemandes  se  ser- 
vent du  produit  provenant  des  Indes. 

—  Est-il  démontré  que  les  vallées  à  l'abri  du  vent  et  ayant  le  ver- 
sant exposé  au  Nord  sont  plus  propices  à  l'acclimatation  des  plantes 
ou  arbres  fruitiers  exotiques  que  celles  tournées  au  Midi  ? 

Il  existe,  en  effet,  une  opinion  d'après  laquelle  les  versants  méri- 
dionaux, tout  en  étant  plus  favorables  à  la  culture  des  variétés  tendres, 
offrii'aient  l'inconvénient  d'être  trop  accessibles  aux  variations  brusques 
de  température,  pendant  les  changements  de  saisons,  ce  qui  a  quel- 
quefois pour  effet  de  faire  périr  les  plantes.  Sur  les  versants  Nord, 
abritées,  elles  sont  plus  vigoureuses  et  ne  périssent  qu'exceptionnel- 
lement. Cette  opinion  se  justifierait  surtout  en  ce  qui  concerne  le* 
arbres  fruitiers.  Les  récoltes  de  fruits,  plus  abondantes  sur  les  versants 
méridionaux,  y  sont  cependant  plus  rares,  et  à  prendre  la  somme  de 
récolles  faites  sur  l'un  et  l'autre  versants,  pour  une  durée  de  10-15  an- 
nées, on  verra  l'avantage  en  faveur  des  terrains  orientés  au  Nord.  Ce 
n'est  là  qu'une  opinion  qu'il  serait  intéressant  de  contrôler  par  la 
pratique. 

—  Quelles  sont,  parmi  les  plantes  servant  à  fixer  les  remblais  de 
chemins  de  fer,  celles  qui  remplissent  le  mieux  ce  but,  et  peuvent- 
elles  être  introduites  en  Russie  ? 

La  question  est  d'actualité  eu  Russie,  où  l'on  a  déjà  expérimenté 
avec  succès  les  plantations  de  Sapin  et  des  Graminées,  telles  que- 
YElymus  arenariiis  et  le  Carex  arenaria. 

—  Quelles  sont,  parmi  les  plantes  médicinales  déjà  acclimatées 
définitivement  en  Russie,  celles  qui  pourraient  trouver  un  débit  au 
dehors  ? 

Comme  exemple,  nous  citerons  le  Camphora  offlcinarum,  qui  croît 
librement  et  se  développe  fort  bien  à  Soukhoum  (Caucase),  tandis  que 
l'on  continue  à  importer  le  camphre  de  la  Chine. 

—  UApocynum  venetuni  donne-t-il  réellement  le  filament  le  plus 
résistant  pour  filets  de  pêche,  et  a-  t-ou   déjà   obtenu  en  Russie  (en 


44  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

dehors  du  Turkestan)  ou  ailleurs,  des  résultais  satisfaisants  dans  sa 
culture  ? 

Cette  plante,  que  l'on  rencontre  à  l'état  sauvage  sur  les  bords  de 
l'Amou-Daria,  occupe  actuellement  l'attention  des  agriculteurs  et  des 
industriels.  Des  expériences  vont  être  faites  pour  savoir  si  elle  pourrait 
être  utilisée  pour  lions  de  moissonneuses.  Reste  à  savoir  si  la  culture 
de  la  plante  peut  être  entreprise  avec  succès  en  dehors  de  son  pays 
natal  et  si,  par  la  culture  artificielle,  la  fibre  ne  perdrait  pas  de  sa 
solidité  (1). 

—  La  culture,  au  Caucase,  des  orangers  cl  citronniers  a-t-elle  un 
grand  avenir  industriel,  et  quel  serait  le  moyen  d'encourager  ces  inté- 
ressantes tentatives  ? 

Les  Orangers  et  Citronniers  croissent,  en  etlet,  à  Soukhoum  et  à 
Gogri  et  dans  certaines  autres  localités  de  la  Transcaucasiu,  et  don- 
nent des  fruits  d'une  saveur  au  moins  égale  et  même  supérieure  à  celle 
des  produits  importe's.  En  outre,  ces  arbres  poussent  dans  des  terrains 
pierreux  inutilisables  d'aucune  autre  manière. 

—  Quelles  sont,  parmi  les  plantes  économiques  exotiques,  celles 
qui  auraient  pu  être  introduites  eu  Russie  et  devenir  objet  de  com- 
merce, à  l'inte'rieur  ou  à  l'exte'rieur  ? 

En  effet,  l'Acacia  d'Australie,  Acacia  decurrens,  dont  le  iirincipe  tan- 
nant dépasse  cinq  fois  en  puissance  relui  que  fournit  le  Chêne,  et  qui, 
fort  demandé  en  Angleterre,  a  été'  introduit  avec  succès  au  Caucase. 
Le  Melaleuca,  qui  fournit  un  bois  très  dur,  fort  appre'cic  dans  l'Europe 
occidentale,  y  croît  également.  Des  essais  fort  heureux  de  la  culture 
du  Boehmeria  ont  éto  faits,  mais  abandonnés  par  suite  de  l'absence  de 
débit.  On  préconise  surtout  racclimatation  du  Macrochloa  (enacissima 
dont  les  filaments  sont  importés  en  assez  grande  (juantité  par  les  fabri- 
cants de  papiers  russes. 

—  h'Encaliijjtua  globitlus  et  VE.  amygdalina  qui  se  sont  si  bien  accli- 
matés au  Caucase,  peuvent-ils  avoir  une  utilisation  industrielle  quel- 
conque en  Russie  ou  à  l'étranger?  Ces  arbres  se  développent  au  Cau- 
case avec  la  même  aisance  que  dans  leurs  lieux  d'origine,  ils  y  attei- 
gnent, en  douze  années,  environ  15  mètres  de  hauteur  et  plus  de 
35  centimètres  de  diamètre.  Ils  croissent  dans  des  endroits  maréca- 
geux impropres  à  toute  autre  culture. 

—  Quels  sont  les  effets  de  la  culture  sur  les  principes  actifs  conte- 
nus dans  les  plantes  me'dicinales  et  e'conomiques  ? 

Il  a  e'ié  constaté  maintes  fois  que  la  culture  avait  une  influence  fâ- 
cheuse sur  les  plantes,  au  point  de  vue  de  leur  richesse  en  principes 
actifs,  ce  que  l'on  allribue  généralement  aux  conditions  dilierentes  du 
développement.  Mais,  d'autre  part,  les  arbres  à  quinine,  par  exemple, 
sont  plus  riches  en  alcaloïde,  cullive's,  que  les  arbres  à  l'elat  sauvage. 

(1>  Voyez  Revue,  1892.  1'''  semestre,  p.  687. 


CHRONIQUE  ÉTRANGÈRE.  45 

11  importe  donc  de  comparer  et  d'étudier  les  résultats  obtenus  dans 
diflërents  pays,  de  façon  à  déduire  quelles  sont  les  conditions  qui  dé- 
terminent telle  ou  telle  modification. 

Les  questions  inte'ressant  la  zoologie  parvenues  jusqu'à  ce  jour  con- 
cernent surtout  la  Marmotte  de  Sibérie,  qui  exerce  en  Russie  de  vé- 
ritables ravages  dans  les  champs.  Elles  portent  sur  les  conditions 
topograpbiques  et  climate'riques  favorisant  la  multiplication  de  l'ani- 
mal, et  sur  les  mesures  à  prendre  pour  arrêter  sa  propagation. 

La  se'riculture  tient  e'galement  une  place  importante  dans  les 
pre'occupations  des  membres  du  Congrès.  Ce  sont,  d'une  part,  des 
questions  à  résoudre  sur  les  moyens  pour  enrayer  la  multiplication 
des  parasites  qui  envahissent  les  végétaux  nourriciers  des  Vers  à 
soie,  et,  d'autre  part,  l'attention  à  attirer  sur  les  conditions  particu- 
lières de  rélevage  en  Russie. 

Parmi  ces  questions,  nous  citerons  les  suivantes  : 

—  Quelles  sont  les  localités  de  l'empire  russe  oii  l'on  se  livre  à 
l'élevage  du  Ver  à  soie  et  à  l'industrie  de  tissage  de  soies  ? 

—  Quelles  sont  les  conditions  du  sol,  du  climat,  méte'orologiques 
et  commerciales  de  ces  pays  ? 

—  Quelles  sont  les  mesures  à  prendre  pour  le  de'veloppement  de 
celte  industrie  et  eç  particulier  pour  faire  renoncer  aux  me'thodes 
actuelles  de  l'élevage  fort  de'fectueux  et  faire  adopter  le  grainage 
cellulaire? 

—  Est-il  possible  de  faire  régénérer  les  races  primitives  des  Vers 
russes,  et,  si  cela  est,  par  quels  moyens  ;  dans  le  cas  contraire,  quelles 
sont  celles,  parmi  les  espèces  étrangères,  qui  pourraient  être  intro- 
duites en  Russie  ? 

—  La  concurrence  asiatique  est-elle  vraiment  à  redouter  pour  l'in- 
dustrie europe'enne  ".' 

—  Le  prix  de  main-d'œuvre  s'e'tant  conside'rablement  augmenté 
depuis  le  commencement  du  siècle,  dans  quelle  mesure  cela  a-t-il 
influé  sur  l'industrie  séricole  ? 

On  connaît  l'importance  qu'a,  en  Russie,  l'apiculture  ;  les  points 
suivants,  la  concernant,  seront  à  élucider  dans  les  séances  du 
Congrès  : 

—  Dans  quelle  mesure  les  Abeilles  sont-elles  utiles  à  la  fe'conda- 
tion  des  plantes  cultive'es  ? 

—  Le  miel,  qui  a  été'  remplacé  par  le  sucre  dans  la  vie  usuelle, 
peut-il  l'être  généralement,  dans  les  pre'parations  pharmaceutiques  ? 

—  Quel  est  le  succe'dane'  de  la  cire  ! 

Nous  £(urons  soin  de  tenir  nos  lecteurs  au  courant  des  questions 
posées,  au  fur  et  à  mesure  qu'elles  parviendront  au  Comité  d'organi- 
sation. Calh.  Kkantz. 


IV.  CHRONIQUE  GENERALE  ET  FAITS  DIVERS. 


Les  Rennes  de  l'Alaska.  —  La  tentative  que  l'on  a  faite 
{Revue,  1891,  p.  312)  pour  introduire  dans  l'Alaska  le  Renne  de  Sibérie 
et  l'y  domestiquer,  paraît  re'ussir.  Il  y  a  quatre  mois,  on  avait  lâche' 
dans  l'île  Saint-Laurent  deux  de  ces  animaux  ;  depuis  ce  "moment, 
ils  ont  su  trouver  leur  nourriture  et  ils  semblent  prospérer.  G. 

L'élevage  des  Chevaux  en  Irlande.  —  On  s'occupe  main- 
tenant d'améliorer  la  race  des  petits  Chevaux  et  des  Poneys  dans  les 
districts  de  l'Ouest.  On  vient  d'y  introduire  de  petits  étalons  du 
Yorkshirc  pour  le  service  des  attelages,  choisis  dans  la  meilleure  race, 
mentionnée  d'ailleurs  sur  les  livres  des  haras.  De  S. 

Nouveau  désiniectant  pour  oiseaux.  —  D'après  les  recher- 
ches de  M.  Fischer,  le  pouvoir  dc'sinfectant  de  la  naphtaline  dans  les 
fermentations  organiques  et  inorganiques,  de'passe  celui  de  l'iodo- 
forme  ;  de  plus,  n'e'tant  point  un  poison  comme  ce  dernier,  la  naphta- 
line peut  être  employée  en  quantité  indéterminée  pour  saupoudrer 
plaies  et  blessures.  Môle'e  à  de  la  vaseline  (par  moitié'),  elle  combat  la 
gale.  Dans  les  maladies  infectieuses  (diphtérie,  cholc'ra,  etc.',,  il  est 
utile  d'en  répandre  sur  le  sol.  En  outre,  la  naphtaline  est  destructive 
de>  puces,  poux,  mouches,  etc.  A  l'établissement  d'aviculture  modèle 
«le  Lic'snoï  (prés  Saint-Pétersbourg),  on  s'en  sert  depuis  un  an  avec 
un  succès  constant.  Aussitôt  que  l'on  aperçoit  des  parasites  sur  un 
oiseau,  on  frotte  ce  dernier  avec  de  la  naphtaline  ;  douze  heures  plus 
tard,  oiseau  ou  poussin  est  frais  et  dispos,  et  sans  trace  d'insectes. 

La  naphtaline  est  soluble  dans  l'alcool  et  la  te'rébenthine,  elle  est 
plus  commode  à  manier  sous  cet  aspect.  C.  K. 

Engourdissement  des  Poissons.  —  Le  Zoologische  Oarten  rap- 
porte des  observations  récentes  que  l'on  a  faites  sur  la  résistance  des 
poissons  enfermés  sous  la  glace.  L'on  savait  déjà  que  la  Carpe  (S'i/pri- 
nus  carpio)  perd  le  mouvement  quand  la  tempe'rature  de  l'eau  s'abaisse 
au-dessous  de  4'^  R. 

Pour  établir  de  nouvelles  expériences,  on  prit,  dans  le  mois  de  jan- 
vier, vingt  à  trente  exemplaires  des  espèces  suivantes  :  Véron  com- 
mun {Pkoxinus  l(evis\  Goujon  [Gobio  fluv'atilis),  Able  du  Slym- 
phale  (1)  {Leucaspius  delineatus)  et  la  Loche  franche  [Cobitis  barbatula). 
On  mit  ces  poissons  en  plein  air  dans  des  vases  à  large  embouchure, 
dont  le  fond  e'tait  recouvert  d'une  couche  de  limon.  Après  un  gel  con- 

(1)  Suivant  Siebold,  le  Leucaspius  delineatus  =  Lcuciscits  stjmphaliciis  Cuv. 
et  Val. 


CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS.  47 

tinu,  ces  récipients  se  couvrirent  de  glace  atteignant  plusieurs  centi- 
mètres d'épaisseur  (la  lempe'rature  de  l'eau  était  de  1/2  à  3/4°  G.)-  On 
vit  bientôt  les  poissons  se  renverser  les  uns  sur  le  dos,  les  autres  sur 
le  flanc,  et  rester  immobiles.  On  remai-qua  que  les  cbromalopboros, 
surtout  cbez  PJioxinus  lœvis  et  Cobitis  barbatiUa  e'taient  devenus  plus 
intenses  qu'à  l'époque  du  frai. 

Tous  ces  animaux  paraissaient  morts.  Mais  quand  on  eut  fait  un 
trou  dans  la  glace,  bientôt  ils  remuèrent  leurs  ouïes,  d'abord  len- 
tement, i>uis  plus  vite.  Ce  ne  fut  qu'après  plusieurs  beures.  lorsque 
l'eau  fut  re'cbauffée,  qu'ils  reprirent  leur  vivacité  ordinaire.  Ces  expé- 
riences plusieurs  fois  répéle'es  ont  toujours  donne  le  même  ro'sultat.  11 
arriva  même  que  des  Vérons  et  des  Goujons  restèrent  engourdis  pen- 
dant une  semaine,  sans  en  souffrir. 

Nag'Jère  on  croyait  encore  que  des  poissons  gele's  dans  la  glace 
continuaient  à  vivre,  et  qu'ils  reprenaient  leurs  fonctions  quand  on 
les  faisait  dégeler  avec  certains  soins.  On  sait  maintenant  qu'ils  pé- 
rissent. Mais  l'observation  vient  de  nous  prouver  qu'ils  peuvent  sub- 
sister quelque  temps  engourdis  dans  l'eau  glace'e,  comme  on  en  voit 
d'autres  s'enfouir  dans  la  vase,  pour  se  réveiller  ensuite.         De  B. 

Conservation  du  poisson.  —  Il  arrive  souvent  aux  pècbeurs 
à  la  ligne  de  voir,  par  les  grandes  cbaleurs,  le  produit  de  leur  pècbc 
se  gâter  avant  d'arriver  à  destination.  Voici  un  simple  moyen  d'éviter 
celte  de'convenue  :  Il  suffit  d'ouvrir  l'abdomen  du  poisson  dans  toute 
sa  longueur,  de  la  mâcboire  inférieure  jusqu'à  l'anus,  d'en  retirer  les 
brancbies  et  les  viscères,  d'essuyer  bien  à  sec  toute  la  région  et  d'y 
mettre  du  papier  non  collé  imbibe' d'acide  salycilique  et  se'cbé.  Chaque 
poisson  doit  être  enveloppe'  dans  un  linge  sec.  G.  K. 

Sur  les  migrations  du  Saumon.  —  On  sait  que  les  smoUs  (1) 
ne  remontent  pas  tous  dans  les  eaux  fluviales  après  leur  court  séjour 
dans  la  mer;  l'observation  l'a  prouve'.  En  outre,  on  s'est  assure'  que 
les  SmoUs  séjournent  en  mer  pendant  plus  d'un  an  avant  de  retourner 
dans  les  eaux  douces.  Les  Parrs  des  lacs  et  des  rivières,  qui  devien- 
nent plus  tard  des  SinoUs,  restent  le  même  temps  avant  de  descendre 
dans  l'eau  sale'c.  Il  est  certain  que  l'abondance  de  la  remonte  des 
Saumons  dépend,  en  une  certaine  mesure,  des  crues  des  cours  d'eau; 
le  prolongement  de  leur  écoulement  attire  vers  le  rivage  les  poissons 
qui,  autrement,  se'Journeraient  plus  longtemps  dans  la  mer.  Dans  ces 
■  conditions,  on  voit  parfois  des  Saumons,  comme  d'autres  genres  ana- 
dromes,  tels  que  la  Morue,  le  Merlan,  pénétrer  dans  des  rivières  d'où 
ils  ne  sont  pas  originaires. 

(1)  Le  parr  est  le  premier  âge  du  Saumon,  quand  il  est  de  couleur  terne. 
Le  second  âge,  avec  l'éclat  rr.étallique  est  désigné  sous  le  nom  de  smolt.  Le 
fjrilse  s'applique  au  Saumon  qui  a  séjourné  dans  la  mer. 


48  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Mais  chaque  cours  d'eau  a  ses  Saumons  particuliers.  Dans  des  ri- 
vières voisines,  dont  les  conditions  de  milieu  sont  identiques,  on  re- 
connaît ceux  de  chacune  d'elles,  et  le  pêcheur  de  profession  dis- 
tingue tout  de  suite  le  poisson  e'tranger  qui  s'y  serait  aventuré.  En 
Irlande,  ou  a  vu  souvent  les  Saumons  du  Bundrowse  passer  dans 
l'Erne.  Or,  bien  que  ces  deux  rivières  soient  très  voisines,  alimente'es 
par  des  lacs  à  peu  près  semblables,  la  migration  des  Salmonidés  s'y 
fait  à  des  époques  différentes.  Dans  la  Bundrowse,  le  fort  passage  des 
Grilses  s'effectue  bien  avant  que  ceux  de  l'Erne  aient  commence'  à  se 
remuer. 

Ces  faits  concernant  les  poissons  anadromes  ne  sont  pas  tous  expli- 
qués. On  arriverait  peut-être  à  les  éclaircir  en  se  servant  d'un  pro- 
ce'dé  qui  exigerait  un  soin  considérable.  Ce  serait  de  pêcher  des  Sau- 
mons, à  diverses  époques  de  l'année,  et  dans  leurs  différents  âges,  de 
les  marquer,  puis,  de  le  rejeter  dans  la  rivière.  On  enregistrerait  ces 
captures. 

On  admettait  généralement  que  la  crue  des  eaux  était  favorable  à  la 
multiplication  des  Saumons.  Bien  au  contraire,  les  nouveaux  arrivants 
déplacent  le  frai  dépose-  par  les  premiers,  et  une  eau  trop  abon- 
dante lave  pu  couvre  de  limon,  les  depuis  d'œufs  qui  auraient  dû  être 
fécondes. 

La  meilleure  saison  est  celle  où  l'eau  est  de  hauteur  moyenne,  pen- 
dant les  mois  d'octobre  et  de  novembre.  Les  Saumons  producteurs 
gagnent  facilement  les  régions  supérieures  des  rivières.  Si  le  temps  est 
sec  et  tempéré,  les  œufs  ne  seront  pas  déranges  jusqu'au  moment  de 
l'éclosiou.  Autrement,  la  culture  artificielle  est  le  seul  moyen  de  lutter 
contre  des  conditions  météorologiques  défavorable.  De  S. 

Une  plante  migratrice.  —  l.'  A  pied  ru  m  lnjriienale,  plante  tuber- 
culeuse qui  se  rencontre  isolément  dans  toute  l'Auiérique  du  Nord, 
depuis  le  Canada  jusqu'à  la  Floride,  et  y  porte  vulgairement  les  noms 
A" Adam  ani  Eve  et  de  Puttj-Foot,  jouit,  paraît-il,  de  la  propriété  de 
so  déplacer  de  deux  à  trois  centimètres  par  au. 

Cette  plante  émet,  en  effet,  chaque  année  dans  le  sol,  un  tubercule 
relié  au  tubercule  de  l'année  précédente,  qui  se  corrompt,  disparaît, 
par  une  sorte  de  lige  souterraine,  et  la  nouvelle  racine  se  pare  de 
tiges,  faisant  ainsi  progresser  lentement  la  piaule.  II.  B. 


Le  Gérant  :  Julks  Grisakd. 


I.  TRAVAUX  ADRESSES  A  LA  SOCIETE. 


LES  ÉGHASSIERS  D'EGYPTE 

LISTE  RAISONNÉE  DES  ESPÈCES  QUI  ONT  ÉTÉ  OBSERVÉES 

DANS  CE  PAYS 

Par  m.  MAGAUD  D'AÛBUSSON. 


Les  Échassiers  sont  de  grands  voyageurs.  Leurs  troupes 
nomades  sillonnent  infatigablement  les  plaines  de  l'air  et, 
selon  les  saisons,  promènent  leur  inconstante  destinée  à  tous 
les  vents  de  la  planète.  Les  uns  parcourent  de  vastes  espaces, 
d'autres  ne  font,  pour  ainsi  dire,  qu'errer.  Souvent  ceux  qui 
habitent  sur  le  bord  de  la  mer  suivent  la  C(3te  par  étapes  et 
accomplissent  de  la  sorte  de  longues  pérégrinations. 

Dans  chaque  hémisphère,  l'Échassier  est  tourmenté  du  be- 
soin de  voyager.  11  semble  que  Dieu  l'ait  créé  pour  de  perpé- 
tuelles caravanes.  Sous  les  tropiques,  oîi  il  est  en  nombre 
incalculable,  il  se  déplace  aussi  à  des  époques  régulières. 

Les  espèces  qui  nichent  dans  nos  zones  tempérées,  dans  le 
nord  de  l'Europe,  émigrent  et  <uient,  sous  des  cieux  plus 
doux,  le  froid  de  nos  hivers.  Beaucoup  entreprennent  de 
lointains  voyages  et  vont  chercher,  de  l'autre  côté  de  la  mer. 
des  rivages  attiédis,  des  eaux  que  les  glaces  n'emprisonnent 
jamais,  de  chauds  limons  que  la  gelée  ne  vient  jamais  durcir. 
L'Egypte  est  une  de  ces  stations  privilégiées.  En  hiver,  le 
Delta  est  couvert  d'Échassiers. 

Les  milliers  de  canaux,  de  petits  cours  d'eau,  les  mares,  les 
étangs,  les  lacs  sont  encombrés  de  ces  hôtes  ailés  qui  prennent 
leurs  ébats,  fouillent  la  vase,  courent  sur  les  berges,  lissent 
leur  plumage  ou  s'épluchent  avec  béatitude.  Quelques-uns 
circulent  dans  les  terres  de  culture  qui  font  l'inépuisable  ri- 
chesse de  l'Egypte  et  qu'enserrent,  comme  les  mailles  d"un 
filet,  les  innombrables  travaux  d'irrigation.  Leur  présence 
anime  la  monotonie  de  ces  steppes  d'herbages,  aux  vastes  ho- 
rizons de  verdure,  et  captive  agréablement  l'attention,  tandis 
que  les  Chameaux  et  les  Buffles,  la  tête  levée,  l'œil  vague, 

20  Juillet  1892.  4 


50  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

VOUS  regardent  passer  stupidement  avec  une  impassible  séré- 
nité. Les  rizières,  au  sol  humide  ou  inondé,  donnent  aussi 
asile  à  une  multitude  d'Échassiers,  et  il  n'est  pas  jusqu'aux 
immenses  champs  de  Cotonniers  et  de  Cannes  à  sucre  où  je 
n'aie  tiré  souvent  des  Pluviers,  des  Vanneaux  et  des  Sic-Sacs 
[hoplopterus  spinosu.s)  (1). 

De  temps  à  autre,  dans  cette  plaine  uniforme  et  verte,  sans 
accident  de  terrain,  sans  clôture,  sans  arbres  qui  arrêtent  le 
regard,  un  village  apparaît,  blotti  parfois  au  milieu  d'un  bou- 
quet de  palmiers,  pauvres  huttes  en  argile  ou  en  briques 
crues,  s'adossant  sans  ordre  les  unes  aux  autres  tantôt  grises, 
tantôt  blanchies  à  la  chaux,  d'un  ton  éclatant.  Une  mare  est 
auprès,  et  autour  de  cette  eau  croupissante  s'abattent  des 
bandes  d'Échassiers ,  Pluviers ,  Bécasseaux ,  Chevaliers , 
Échasses  aux  longues  jambes  rouges.  Tous  ces  oiseaux,  si 
farouches  en  Kuroiie,  viennent  là  avec  confiance,  car  ils 
savent  qu'ils  peuvent  compter  sur  l'amicale  hospitalité  de 
l'homme.  On  voit  les  Échasses,  ordinairement  si  prudentes, 
entrer  dans  l'eau  jusqu'à  mi-jambe  et  chercher  paisiblement 
leur  nourriture  sous  l'œil  bienveillant  de  l'indigène  qui  ne  les 
trouble  jamais  et  semble  prendre  plaisir,  au  contraire,  à  la 
société  de  ces  johs  oiseaux. 

L'espèce  de  tendresse  instinctive  (pi'a  le  fellah  ]iour  la  na- 
ture animée  se  manifeste  d'une  façon  encore  plus  marquée 
dans  l'intimité  de  ses  rapports  avec  un  autre  Échassier.  Cet 
oiseau  caractéristique,  pour  ainsi  dire,  de  la  campagne  égyp- 
tienne est  le  Héron  Garde-Bouif  [Buhulcus  ibis).  Son  plu- 
mage blanc,  qui  tranche  sur  le  vert  un  peu  dur  de  la  plaine, 
produit  un  effet  très  original  :  de  loin,  on  dirait  de  grandes 
Heurs  blanches  semées  dans  l'herbe.  D'un  pas  lent  et  grave, 
il  visite  les  champs  de  Blé  et  de  Bercim  et  les  débarrasse 
de  toute  sorte  de  vermine.  Il  vit  en  amitié  avec  les  troupeaux 
de  Buffles  et  fait  la  chasse  aux  divers  insectes  qui  les  tour- 
mentent. Les  Arabes  le  nomment  Aboii-rjhanams  le  pèye  aux 
troupeaux,  et  ce  nom,  qui  équivaut  à  celui  de  Garde-Bœuf, 
lui  convient  parfaitement.  Au  moment  des  labours,  il  suit  la 
charrue  du  fellah,  pour  saisir  les  insectes  et  les  larves  qu'elle 
met  au  jour,  cette  charrue  primitive  qui  n'a  guère  varié  de- 
puis l'époque  des  Pharaons,  trahiée  [)ar  des  Bullles,  tirant  de 

(1)   Le  désert,  comme  on  le  verra,  a  aussi  ses  échassiers. 


LES  ÉCHASSIERS  D'EGYPTE.  51 

répaiile  aux  extrémités  d'un  joug  grossier.  Souvent  un  Cha- 
meau est  accouplé  avec  un  buttle  ;  ailleurs,  un  Ane  remplace 
le  Chameau.  Le  Héron  hianc  sert  d'escorte  à  ces  attelages 
étranges  cxue  pousse  mélancoliquement  le  malheureux  l'ellah. 
vêtu  de  sa  longue  chemise  bleue  [galabieh],  appuyant  des 
deux  mains  sur  le  maigre  instrument  de  bois  (1).  Les  Hérons 
se  sentent  si  bien  protégés  qu'ils  se  livrent  à  leurs  occupa- 
tions tout  près  des  lieux  habités  et  perchent  même  sur  les 
toits  en  terrasse  des  maisons  des  villages.  Les  indigènes 
peuvent  passer  à  quelques  pas  d'eux  sans  les  effra3'er.  On  di- 
rait des  oiseaux  domestiques.  La  saison  des  amours  ne  les 
rend  pas  plus  déliants.  Ils  nichent  en  colonie  sur  un  Mimosa 
ou  un  Sycomore,  souvent  à  proximité  des  habitations.  Sous 
la  protection  de  tous,  ils  savent  qu'ils  n'ont  rien  à  redouter, 
et  leur  sécurité  est  complète. 

Les  hivernants  ne  s'arrêtent  pas  tous  dans  le  Delta  ;  des 
bandes  de  touristes  s'avancent  le  long  du  Nil,  le  remontent 
en  s'égrenant  sur  la  route.  Les  uns  s'établissent  dans  la 
Haute-Egypte,  dans  la  Nubie,  les  autres  s'enfoncent  encore 
plus  profondément  dans  le  Sud.  Plusieurs  poussent  sans 
doute  jusqu'aux  sources  mystérieuses  du  fleuve. 

A  partir  du  Caire,  ils  rencontrent  sur  ses  bords  l'ami  du 
Crocodile,  le  Pluvian,  le  fameux  Trochylits,  dont  les  habi- 
tudes curieuses,  connues  des  anciens,  ne  firent  que  provoquer 
l'incrédulité  des  modernes,  jusqu'à  ce  que  E.  Geoffroy  Saint- 
Hilaire,  comme  on  le  verra  plus  loin,  eut  réhabilité  Hérodote. 
Mais  il  faut  aller  maintenant  dans  la  région  supérieure  du 
Nil  pour  être  témoin  du  singulier  commerce  qu'a  ce  petit  oi- 
seau avec  le  redoutable  reptile,  car  le  crocodile,  si  commun 
autrefois  en  Egypte,  a  presque  entièrement  disparu,  reculant 
peu  â  peu  vers  le  sud,  devant  les  armes  à  feu  de  l'homme  et 
l'agitation  produite  par  les  bateaux  à  vapeur.  Quand  il  passa 
devant  Qénéh,  Cliampollion  vit  jusqu'à  quatorze  Crocodiles 
réunis  eji  concUialmle  sur  un  ilôt.  Une  pareille  bonne  for- 
tune ne  peut  plus  échoir  aujourd'hui  au  voyageur,  car  il  n'y 
a  plus  de  Crocodiles  au  nord  d"Assouan . 

(11  La  charrue  des  anciens  EL';yplieus  était  également  en  bois  dur,  sans 
armature  de  1er,  en  raison  de  la  facilité  du  labourage.  Ils  possédaient  plusieurs 
races  de  bœufs  à  longues  cornes,  analogues  aux  bœufs  du  Dougola,  et  ces 
bœufs  étaient  attelés  parles  cornes.  On  trouve  auss',  sur  des  monuments  égyp- 
tiens, la  figure  du  Zébu. 


52  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

Les  oiseaux  de  l'ordre  des  Echassiers  représentés  le  plus 
souvent  sur  les  monuments  ou  mis  à  contribution  par  l'écri- 
ture liiéroglypliique  sont  la  Grue,  le  Héron,  l'Ibis  et  le 
Vanneau. 

La  Grue  était  une  des  formes  que  prenait  l'âme  humaine, 
car  si  l'âme  du  juste,  après  avoir  passé  son  jugement,  avait 
encore  à  subir  des  épreuves  et  des  dangers  avant  de  mériter 
ses  destinées  heureuses,  elle  était  libre  de  prendre  toutes  les 
formes  qu'il  lui  plaisait  de  revêtir,  celles  de  l'Epervier  d'or, 
du  Lotus,  du  Phénix,  de  la  Grue,  de  l'Hirondelle,  de  la 
Vipère.  Chacune  de  ces  formes  était  une  des  figures  de  la 
divinité,  et  l'entrée  de  l'âme  en  elles  marquait  l'assimilation 
de  l'homme  au  type  divin  qu'elles  représentaient. 

L'Ibis  était  consacré  au  dieu  Thoth,  identifié  par  les  Grecs 
avec  Hermès.  Tlioth  est  représenté  avec  une  tète  d'Ibis.  Il 
personnifie  l'intelligence  divine  qui  a  présidé  à  la  création. 

Quand  les  eaux  du  Nil,  dispensateur  et  conservateur  de 
toute  vie,  commençaient  à  monter,  rjbis  apparaissait  en 
Egypte  et  annonçait  par  sa  présence  que  le  Dieu  allait  de 
nouveau  répandre  sur  le  pays  ses  bienfaits,  car  le  Nil  était 
considéré  comme  un  écoulement  des  membres  de  la  Divinité 
pour  faire  vivre  les  hommes  et  germer  les  plantes. 

Aussi  quelle  vénération  et  quel  amour  pour  l'oiseau  mes- 
sager de  la  bonne  nouvelle  !  On  le  regarde  lui-même  comme 
un  être  divin.  On  veut  soustraire  son  corps  à  la  putréfaction 
du  tombeau,  on  l'embaume  conmie  les  cadavres  humains. 

Près  des  Pyramides  de  Saqqarah  se  trouve  le  Puits  des 
oiseaux,  tombe  profonde  où  étaient  déposés  les  Ibis  sacrés. 
Chaque  oiseau,  soigneusement  embaumé  et  enroulé  d'une 
toile  fine  était  enfermé  dans  un  vase  de  terre  long,  pointu 
par  le  bas,  en  forme  d'amphore  et  fermé  d'un  couvercle.  Ces 
vases  placés  en  rang  dans  la  salle,  l'un  à  côté  de  l'autre,  sont 
entassés  par  couches.  Les  siècles  ont  accumulé  en  nombre 
incalculable  ces  momies  singulières  et  ce  sépulcre  paraît  iné- 
puisable. 

Aujourd'hui  l'Ibis  sacré  luit  l'Egypte.  Il  ne  vient  plus  an- 
noncer la  crue  du  Nil  à  la  terre  bénie  des  Pharaons  oii  sa 
race  fut  comblée  de  tant  d'honneurs  et  où  dorment  encore 
dans  les  nécropoles  oubliées  la  longue  série  des  ancêtres, 
tout  un  peuple  d'Ibis,  enveloppés  de  bandelettes  et  confits 
dans  les  aromates.  A  peine  de  loin  en  loin  aperçoit-on  (]uel- 


LES  ÉCIIASSIERS  D'EGYPTE. 


53 


ques  voyageurs  égarés.  Fidèle  pourtant  à  sa  mission,  il  pré- 
cède encore  le  flot  du  fleuve  nourricier  mais  il  s'arrête  au 
sud  de  la  Nubie.  On  dirait  qu'il  a  peur  d'entrer  en  Egypte  ou 


1 .  Pot  en  terrre  cuite  servant  à  renfermer  une  momie  d'Ibis. 

2.  Momie  d'Ibis  retirée  de  son  pot  et  enveloppée  de  ses  bandelettes. 

(Proviennent  de  Saqqarah,  dépendance  de  Tancienne  Memphis.j 


que,  inconsolable  de  sa  gloire  abolie,  il  ne  veuille  plus  revoir 
ce  pays  décliu  lui-même  de  son  antique  splendeur  où  vivants 
les  Ibis  n'ont  plus  de  temples  et  morts  plus  de  tombeaux. 


54  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

Bien  que  l'Ibis  sacré  ne  puisse  plus  être  compté  au  nombre 
des  oiseaux  qui  visitent  l'Egypte,  il  a  joué  un  rôle  trop  con- 
sidérable dans  la  mythologie  des  anciens  habitants  de  ce 
pays  pour  que  je  ne  consacre  pas  quelques  lignes  à  ses  appa- 
litions  antérieures.  Si  j'en  crois  d'ailleurs  Savigny,  l'Ibis 
fréquentait  encore  le  Delta,  pendant  la  crue  du  Nil,  à  l'é- 
poque de  l'expédition  d'Egypte.  Il  n'y  venait  plus  assurément 
en  aussi  grande  quantité  qu'autrefois,  et  Savigny  prévoyait 
le  jour  prochain  où  il  aurait  disparu  sans  retour,  mais  ce 
naturaliste  a  pu  néanmoins,  grâce  à  des  observations  suivies, 
recueillir  sur  les  habitudes  de  cet  intéressant  oiseau  des  ren- 
seignements certains. 

On  lit,  en  effet,  dans  le  Système  des  oiseaux  de  V Egypte  et 
de  la  Syrie,  qu'à  leur  arrivée,  les  Ibis  se  portent  d'abord  sur 
les  terrains  bas,  qui  sont  recouverts  par  les  eaux  avant  tous 
les  autres  ;  mais  quand  l'inondation  fait  des  progrès,  que  les 
eaux  deviennent  plus  profondes  et  s'étendent  chaque  jour, 
les  Ibis  refluent  vers  des  terres  plus  élevées  :  ils  s'approchent 
alors  du  Nil,  viennent  autour  des  villages,  où  ils  se  posent 
dans  les  rizières,  les  luzernes,  le  long  des  canaux,  et  sur  les 
petites  digues  dont  on  environne  la  plupart  des  terrains  cul- 
tivés. Lorsqu'ensuite  les  eaux,  parvenues  -  au  terme  de  leur 
accroissement,  baissent  et  se  retirent  peu  à  peu,  les  Ibis  les 
suivent,  et  ne  s'éloignent  de  même  que  lentement.  Les  Ibis  ne 
s'approchent  point  du  Caire,    dont  les  environs  sont  trop 
arides  et  trop   fréquentés.    Savigny  n'a  pu  les  examiner  à 
loisir  que  dans  les  environs  de  Damiette  et  de  Menzaleh,  et 
ne  les  a  retrouvés  en  certain  nombre  que  près  de  Kafr-Abou- 
Said,  sur  la  rive  du  Nil,  à  trois  mille  mètres  de  ce  fleuve  et 
à  vingt  mille  de  Damiette,  dans  de  grandes  inondations  qui 
s'étendent  jusqu'au  lac  Bourlos,  et  qui  produisent  en  hiver 
quelques  prairies  naturelles  où  les  Arabes  conduisent  des 
troupeaux.  Là  ces  oiseaux  ne  se  laissent  pas  aisément  at- 
teindre ;  car  on  ne  peut  parvenir  jusqu'à  eux  qu'après  les 
avoir  poursuivis  à  travers  des  marécages  profonds,  ou  sur 
des  plages  de  vase  encore  liquides  et  impraticables.  Des  co- 
([uillages,  comme  les  Cyclostomes,  les  Planorbes,  les  Ampul- 
laires,  etc.,  des  vers,  de  petits  poissons,  des  insectes  aquati- 
ques sont  les  aliments  dont  se  nourrit  l'Ibis  blanc. 

L'Ibis   blanc  s'appelle  en  Egypte  mengel,  aboif-mengel, 
nom  qui  exprime  la  courbure  de  son  bec,  et  qui,  traduit  lit- 


LES  ÉCHASSIERS  D'EGYPTE.  55 

téralement  signifie  père  de  la  faucille.  Dans  la  Lasse  Ethio- 
pie, il  porte  le  nom  de  ahou-hannès,  ({in  veut  direpèr^  Jean, 
parce  que  c'est  vers  la  fête  de  la  Saint-Jean,  époque  à  la- 
quelle commencent  les  pluies  dans  l'Abyssinie,  qu'il  paraît 
sur  les  bords  du  Nil  (1). 

On  a  cru  longtemps  que  les  Egyptiens  avaient  accordé  un 
culte  si  extraordinaire  aux  Ibis  parce  que  ces  oiseaux  fai- 
saient une  guerre  acharnée  aux  serpents  et  en  purgeaient 
ainsi  le  sol  de  l'Egypte.  Cette  erreur,  que  la  tradition  et  les 
opinions  fabuleuses  des  auteurs  anciens  avaient  accréditée,  ne 
tarda  pas  à  s'évanouir  devant  les  observations  précises  des 
naturalistes  modernes.  Savigny  montra  bien,  du  reste,  que  le 
bec  de  l'Ibis,  sa  langue  courte  qui  ne  peut  attirer  vers  l'œso- 
phage les  aliments  qui  seraient  saisis  par  l'extrémité  de  ce 
long  bec,  la  courbure  même  de  ce  bec,  ses  bords  émoussés 
incapables  de  couper,  sa  mollesse  et  ?a  sensibilité,  propres 
uniquement  à  pénétrer  dans  la  vase  et  à  y  choisir  les  ali- 
ments, ne  pouvaient  indiquer  un  oiseau  ophiophage. 

Cuvier  prétendait  avoir  trouvé  dans  une  momie  d'Ibis, 
des  débris  non  encore  digérés  de  peau  et  d'écaillés  de  ser- 
pent et  en  avait  conclu  que  ces  oiseaux  ont  pu  être  ophio- 
pliages.  Ce  fait,  le  seul  cité  par  Cuvier,  est  contradictoire 
avec  les  observations  faites  en  Egypte  par  Savignj-  sur  un 
grand  nombre  d'individus  vivants  qu'il  a  ouverts,  et  dans  le 
gésier  desquels  il  a  constamment  trouvé  des  coquillages  uni- 
valves  et  fluviatiles  la  plupart  des  genres  cyclostome,  am- 
pullaire  et  planorbe. 

Le  fait  signalé  par  Cuvier  peut  aisément  s'expliquer,  sui- 
vant Savigny,  par  l'usage  dans  lequel  étaient  les  Egyptiens 
d'embaumer  tous  leurs  animaux  sacrés,  qu'ils  fussent  entiers 
ou  qu'il  n'y  eût  qu'une  partie  de  leur  corps,  et  plusieurs 
espèces  de  serpents  étaient  comptées  parmi  les  animaux 
sacrés  (2) . 

Savigny  ajoute  que  dans  le  Picits  des  oiseaux  à  Saqqarah, 

(1)  Descrij)ti(jii  de  VEjtjpte ,  t.  XXIII.  Histoire  naturelle.  Zoolofjie.  — 

Si/stème  des  oiseatix  de  rEriypte  et  de  la  Sijrie,  par  Jules-César  Saviguy, 
membre  de  l'Institut,  1828,  p.  399. 

(2)  L'Ibis  sacré,  dit  Brelim,  dans  mon  opinion,  peut  bien  manger  de  petits 
serpents,  mais  je  ne  crois  pas  qu'il  s'eu  prenne  aux  individus  de  forte  taille  et 
aux  serpents  venimeux.  Pendant  la  saison  des  pluies,  il  se  nourrit  principa- 
lement, sinon  exclusivement,  d'insectes.  Dans  quelques-uns  de  ceux  que  j'ai 
tués,  j'ai  trouvé  des  Sauterelles  et  des  Coléoptères.  Oiseaux,  t.  II,  p.  G'20. 


36 


REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 


on  trouve  des  momies  d'Ihis,  dans  l'intérieur  desquelles  se 
voient,  parmi  des  coquilles  d'œufs  d'Ibis,  de  petits  mammifères 
d'espèces  diverses,  les  uns  entiers,  les  autres  incomplets, 
et  dont  on  n'avait  évidemment  recueilli  que  des  débris. 

Ce  n'est  donc  pas  comme  destructeur  de  serpents  que  l'on 
commença  à  vénérer  l'Ibis;  mais,  dit  Savigny,  dans  la  savante 
et  judicieuse  monographie  qu'il  a  consacrée  à  cet  oiseau, 
"  au  milieu  de  l'aridité  et  de  la  contagion,  fléaux  qui,  de  tous 
temps,  lurent  redoutables  aux  Egyptiens,  ceux-ci  s'étant 
aperçus  qu'une  terre  rendue  féconde  et  salubre  par  les  eaux 
douces,  était  incontinent  habitée  par  l'Ibis,  de  sorte  que  la 
présence  de  l'une  indiquait  toujours  celle  de  l'autre  (autant 


Momie  d'Ibis,  dépouillée  de  ses  enveloppes.  [Piovicnl  de  Thèbes.) 

que  si  ces  deux  choses  fussent  inséparables)  leur  crurent  une 
existence  simultanée,  et  supposèrent  entre  elles  des  rapports 
surnaturels  et  secrets.  Cette  idée  se  liant  intimement  au 
phénomène  général  duquel  dépendait  leur  conservation,  je 
veux  dire  aux  épanchements  })ériodiques  du  fleuve,  fut  le 
premier  motif  de  leur  vénération  pour  l'Ibis,  et  devint  le  fon- 
dement de  tous  les  hommages  qui  constituèrent  ensuite  le 
culte  de  cet  oiseau  (1).  » 

On  a  trouvé,  comme  je  l'ai  dit,  des  quantités  énormes  de 
momies  d'Ibis,  mais  leur  aspect  varie  suivant  leur  provenance. 
A  Saqquarah,  on  a  fait  usage,  dans  la  méthode  d'embaume- 
ment, d'un  bitume  qui  transforme  les  premières  enveloppes, 
les  téguments  et  la  chair  en  une  masse  compacte  et  homogène. 


(1)  Histoire  naturelle  et  mythologique  de  llhis,  1805.  p.  70. 


LES  ÉCHASSIERS  D'EGYPTE.  57 

A  Tlièbes,  au  contraire,  on  se  contentait  d'envelopper  l'oiseau 
de  toiles,  et  de  le  préserver  par  ce  moyen  du  contact  de  l'air. 
On  l'abandonnait  ensuite  dans  des  cavernes  profondes,  où  la 
température  est  toujours  égale,  et  on  obtenait  ainsi,  par 
dessèchement,  sa  parfaite  conservation.  La  figure  que  je 
donne  d'une  momie  de  Tlièbes,  dépouillée  de  ses  bandelettes, 
permet  de  constater  que  l'aspect  est  assez  informe.  La  tète  est 
reportée  en  arrière,  les  pattes  sont  ployées  sous  le  ventre  ; 
les  ailes  ramenées  en  avant  sur  le  corps,  ne  laissent  aper- 
cevoir que  l'extrémité  du  bec.  Les  plumes  se  font  remarquer 
par  leur  conservation,  du  moins  dans  la  forme,  car  elles  ont 
perdu  leur  couleur  primitive  et  sont  devenues  si  fragiles 
qu'on  les  brise  en  essayant  à  peine  de  les  soulever. 

Une  autre  illustration  de  la  mythologie  égyptienne,  gran- 
deur tombée  comme  l'Ibis,  mais  celle-là  enveloppée  de  plus 
de  mystère  est  le  Bennou,  le  Phénix,  vénéré  à  Pléliopolis, 
sous  la  figure  du  Vanneau. 

Héliopolis,  que  les  Egyptiens  nommaient  An,  était  la  ville 
deRa  ou  du  Soleil,  de  là  son  nom  grec.  Son  temple,  aussi 
vieux  que  l'adoration  de  l'astre  du  jour  â  laquelle  se  rattache 
tout  l'ensemble  de  la  théologie  dans  la  vallée  du  Nil,  jouissait 
d'une  célébrité  qui  s'étendait  au  loin.  Dans  l'antiquité  clas- 
sique, le  renom  de  son  collège  de  prêtres  attira  Solon,  Platon, 
Eudoxe.  qui  vinrent  y  étudier.  De  la  ville  proprement  dite, 
il  n'est  rien  resté,  elle  a  disparu  jusqu'aux  fondements. 
Etlam  perieyx  ruinœ  !  Seul,  un  obélisque  de  vingt  mètres 
de  hauteur,  le  plus  ancien  de  tous  les  obélisques  d'Egypte,  se 
dresse  dans  la  plaine  et  marque  l'endroit  où  s'élevait  la  façade 
principale  du  temple.  Là,  au  dire  des  Grecs,  le  Phénix  arrivait 
tous  les  cinq  cents  ans.  Il  apportait  avec  lui,  prétendaient 
les  uns,  le  corps  de  son  père  enveloppé  de  myrrhe;  suivant 
les  autres,  il  venait  se  faire  brûler  lui-même  sur  un  bûcher 
de  bois  odorants.  En  réalité,  le  Bennou,  type  de  la  fable 
gréco-égyptienne  du  Phénix,  était  l'image  de  la  résurrection. 
Il  passait  pour  l'incarnation  d'Osiris,  comme  l'Ibis,  pour  l'in- 
carnation de  Toth.  Sa  présence  à  Héliopolis  symbolisait  le 
retour  d'Osiris  à  la  lumière.  Il  avait  donné  aussi  son  nom  à 
Vénus,  le  plus  beau  et  le  plus  brillant  parmi  les  astres  du  ciel 
oriental,  dont  les  apparitions  successives  au  soir  et  au  matin, 
semblaient  aux  vieux  Égyptiens  une  poétique  expression  des 
périodes  de  renouvellement. 


o8  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Ces  choses  sont  loin  de  nous.  La  charme  du  fellah  trace 
son  sillon  dans  la  poussière  des  morts,  et  quand  je  passai 
par  là,  chassant  la  Caille  dans  les  bercims,  un  Irais  tapis  de 
A'erdure,  éclatant  de  la  jeunesse  éternelle  de  la  nature,  recou- 
vrait la  place  où  fut  l'antique  cité  du  Soleil. 

Suit  la  liste  raisonnée  des  différentes  espèces  d'Echassiers 
qui  ont  été  observées  en  Egypte . 

Houbara  ondulée. 

Hoiibara  iinclulaia,  G.-R.  Gray. 

Cette  espèce  d'Outarde  habite  tout  le  nord  de  l'Afrique. 
Amie  des  plaines  arides  et  sablonneuses  oii  croissent  quel- 
ques rares  buissons,  elle  est  répandue  dans  les  régions  déser- 
tiques du  Maroc,  de  l'Algérie,  de  la  Tunisie  et  de  la  Tripo- 
litaine.  Moins  conmiune  en  Egypte.  On  la  trouve,  cependant, 
assez  fréquemment  au  marché  d'Alexandrie,  où  elle  arrive 
sans  doute  du  désert  libyque  fl). 

.le  ne  cite  que  pour  mémoire  l'Outarde  canepetière  {Oiis 
telrax,  Linné)  qui,  selon  Heuglin  (2),  ferait  des  apparitions 
dans  le  Nord-Est  de  la  Basse-Egypte,  et  l'Outarde  arabe 
{Eupodotis  arabs,  Linné),  dont  quelques  individus  isolés, 
d'après  le  même  auteur,  auraient  été  observés  en  Egypte  (3^. 

Courvite  Isabelle. 

{Ci(/'S(vii(S  isabclliiiHS,  Meyer.) 

Cet  oiseau  est  aussi  un  habitant  des  sables.  Il  recherche 
même  les  lieux  les  plus  arides  et  les  plus  secs.  On  le  trouve  à 
peu  près  dans  toutes  les  parties  désertiques  de  l'Egypte,  mais 
très  irrégulièrement  et  il  n'est  commun  nulle  part. 

Je  le  rencontrai,  pour  la  i^remière  fois,  i)eu  de  temps  après 
mon  arrivée,  vers  la  lin  du  mois  de  décembre.  J'avais  chassé 
dans  les  marais  de  Sabramente  et  je  suivais  l'ourlet  du  désert, 
en  me  dirigeant  sur  les  grandes  Pyramides  de  Ghizeh,  lors- 
que, à  quelques  centaines  de  mètres  de  la  statue  colossale  du 

(1)  Cette  Outarde  lait  des  a;  parilions  fréquentes  en  Espagne,  en  Portugal, 
en  Italie,  en  Grèce,  en  Turquie,  dans  les  îles  de  l'Archipel.  On  la  rencontre 
même  quelquefois  dans  le  midi  de  la  France. 

(2)  Syslematischc  Ucbersischt  der  Vorjel  Xord-Oit-Afriha's,  elc.  (I806', ,  p.  54, 

(3)  lèid.,  p.  53. 


LES  ÉCHASSIERS  L'EGYPTE.  59 

S])liiiix,  gardien  immobile  couché  à  leurs  pieds,  je  yis  deux 
de  ces  oiseaux  courant  très  \'ite  sur  le  sable.  En  cherchant  à 
les  approcher  pour  les  tirer,  je  fis  partir  toute  la  bande,  com- 
posée d'une  dizaine  d'individus,  que  je  n'avais  pas  tout 
d'abord  aperçus,  tant  la  couleur  du  plumage  de  ces  oiseaux 
se  confond  parfaitement  avec  la  teinte  du  sable  du  désert.  Je 
revins  souvent  dans  les  mêmes  lieux  sans  jamais  voir  de 
Courvites.  J'en  retrouvai,  le  mois  suivant,  aux  environs  d'Is- 
maïlia,  et  plus  tard,  au  mois  de  juillet,  dans  le  désert  libyque. 

Les  Courvites  cessent  d'aller  par  petites  troupes  au  mois  de 
février.  Ils  s'apparient  et  les  couples  se  dispersent  pour  se 
reproduire.  Leur  nid  consiste  en  une  simple  dépression  creu- 
sée dans  le  sable,  au  milieu  des  pierres,  protégée  générale- 
ment par  une  petite  touffe  d'herbe.  Les  œufs,  au  nombre  de 
deux  seulement,  je  crois,  et  non  de  trois  ou  quatre,  comme 
l'ont  écrit  plusieurs  ornithologistes,  sont  arrondis  et  assez 
gros,  relativement  à  la  taille  de  l'oiseau.  Ils  mesurent:  grand 
diamètre,  0'",034:;  petit  diamètre,  0"\030.  La  coquille,  mince 
et  terne,  estroussâtre,  couverte  détaches  brunes  et  grisâtres, 
plus  rapprochées  au  gros  bout,  où  elles  forment  parfois  une 
sorte  de  couronne.  Les  jeunes  naissent  vêtus  de  duvet.  Au 
bout  de  quelques  jours,  ils  sont  d'un  joli  roux,  varié  de  bru- 
nâtre en  dessus  et  de  fauve  très  clair,  tirant  sur  le  blanchâtre, 
en  dessous.  Ils  ont  les  tarses  d'un  gris  verdâtre  et  comme  un 
peu  enflée,  et  le  bec  brunâtre.  Vers  la  fin  de  l'automne,  jeunes 
et  vieux  ont  le  même  plumage. 

Ce  plumage  est  entièrement  de  couleur  Isabelle,  tirant  sur 
le  roux  aux  parties  supérieures  du  corps  et  au  jaunâtre  clair 
aux  parties  inférieures,  avec  la  gorge,  le  haut  de  la  face  an- 
térieure du  cou,  le  bas-ventre  et  les  sous-caudales  blan- 
châtres. L'occiput  est  d'un  gris-bleu  limité,  en  arrière  des 
yeux,  par  deux  raies  noires,  séparées  par  une  bande  blanche, 
se  réunissant  à  la  nuque  où  elles  forment  une  tache  triangu- 
laire, la  bande  noire  supérieure  s'élargissant  à  son  extrémité, 
et  recouverte  en  partie  par  les  plumes  cendrées  de  l'occiput. 
Les  pennes  des  ailes  sont  noires,  terminées  de  roussâtre.  La 
queue  est  couleur  isabelle  rougeâtre,  toutes  les  rectrices,  ex- 
cepté les  deux  médianes,  tachées  transversalement  de  noir  à 
leur  extrémité  et  terminées  de  blanchâtre.  Le  bec,  voûté  et 
recourbé  à  la  pointe,  est  noir.  Les  tarses,  longs  et  grêles,  sont 
d'un  blanc  d'émail,  le  dessous  des  doigts  est  jaunâtre.  L'iris  est 


60  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

d'un  brun  noisette.  Le  mâle  et  la  femelle  ont  le  même  plumage. 

Le  25  juillet,  j'ai  rencontré,  près  d'Aboukir,  dans  la  partie 
du  désert  qui  s'étend  entre  la  gare,  le  yieux  fort  et  la  mer, 
deux  bandes  de  Courvites.  J'ai  abattu^  dans  cliacxue  bande,  un 
individu.  C'étaient  des  jeunes  de  l'année.  Les  parties  supé- 
rieures étaient  variées  de  taches  et  de  traits  anguleux  bru- 
nâtres. Les  parties  inférieures  étaient  très  claires  et  le  dessus 
de  la  tête  parsemé  de  petites  taches  noirâtres.  Une  nuance 
d'un  brun  clair,  avec  quelques  points  blanchâtres  et  noirâtres, 
indiquait  les  raies  qui  s'étendent  derrière  les  yeux  (1). 

Les  petites  bandes  de  Courvites  que  l'on  rencontre  à  cette 
époque  de  l'année,  sont,  sans  doute,  formées  par  la  réunion 
de  deux  ou  trois  familles. 

Le  Courvite  s'égare  parfois  en  Europe.  On  l'a  tué  en  Picar- 
die, aux  environs  d'Abbeville  et  d'Amiens.  Des  captures  ont 
été  faites  également  sur  plusieurs  autres  points  de  la  France, 
notamment  aux  environs  de  Paris,  de  Dunkerque,  de  Saint- 
Omer,  de  Calais,  de  Metz  et  en  Provence. 

Pluvian  d  Egypte. 

{Pluvianus  œgijpLUis,  Linné.) 

«  Comme  il  vit  dans  l'eau  (le  Crocodile),  sa  gueule  est  rem- 
plie de  sangsues.  Tous  les  animaux  le  fuient  et  le  redoutent; 
mais  il  vit  en  paix  avec  l'oiseau  appelé  ïrochylus,  en  raison 
des  services  que  celui-ci  lui  rend.  Lorsque,  sur  la  terre  ferme, 
il  repose  la  gueule  ouverte  et  tournée  contre  le  vent,  le  Tro- 
chylus  se  glisse  à  l'intérieur  et  y  dévore  les  sangsues  ;  en 
récompense  de  ce  service,  le  Crocodile  ne  lui  fait  aucun  mal.  » 

Tel  est  le  récit  d'Hérodote.  Aristote,  Pline  et  le  vieux  na- 
turaliste de  la  Renaissance,  Conrad  Gesner,  répétèrent  à 
l'envi  l'afflrmation  de  l'historien  grec.  Mais  ces  renseigne- 

(1)  Je  me  suis  étendu  sur  la  description  du  Courvite  Isabelle  parce  que  celle 
qu'en  ont  donnée  la  plupart  des  Ornilholof^istes  est  inexacte  sur  plusieurs  points, 
notamment  en  ce  qui  concerne  les  pattes,  qui  sont  d'un  blanc  d'émail  et  non 
ù  na  jaune-paillc  ou  bleuâtres  arec  les  pieds  jaunâtres,  comme  l'ont  écrit  ces 
auteurs.  Ces  pâlies  deviennent,  en  etl'et,  d'une  couleur  de  corne  jaunâtre  par 
suite  de  la  dessiccation,  ce  qui  peut  expliquer  la  méprise  des  ornithologistes  qui 
ont  établi  leur  description  d'après  des  oiseaux  empaillés  ;  mais  je  suis  étonné 
que  Brehm,  qui  a  voyajré  en  Egypte  et  tué  certainement  des  Courvites,  soit 
tombé  dans  la  même  erreur,  si  feu  crois,  du  moins,  l'édition  française  qui  a  été 
donnée  de  son  œuvre.  Oiseaux,  t.  II,  p.  5i8. 


LES  ÉCHASSIERS  D'EGYPTE. 


61 


ments,  recueillis  de  la  bouche  des  prêtres  égyptiens,  furent 
traités  de  fable  par  les  modernes,  et  il  fallut  qu'Etienne  Geof- 
froy Saint-IIilaire  pût  vérifier  de  ses  propres  yeux,  pendant 
l'expédition  d'Egypte,  l'exactitude  du  témoignage  d'Hérodote, 
pour  qu'on  voulût  enfin  croire  à  la  véracité  du  Père  de  l'his- 
toire. Il  surprit  le  fameux  Trochylus  dans  l'exercice  de  ses 
fonctions  et  reconnut  en  lui  le  Pluvian. 


Pluvian  u'Égyple. 

Depuis  que  Geoffroy  Saint-Hilaire,  par  son  observation  per- 
sonnelle, est  venu  attester  la  sincérité  d'Hérodote,  d'autres 
naturalistes  ont  constaté  également  le  fait  curieux  raconté 
parles  anciens. 

Pour  n'en  citer  qu'un  seul,  Brehm,  qui  a  voyagé  dans  la 
vallée  du  Nil,  a  vu,  bien  des  fois,  le  Pluvian  rendre  au  Cro- 
codile les  services  qui  Pont  rendu  célèbre. 


62  REVUE  DES  SCIENCES   NATURELLES  APPLIQUEES. 

«  Il  vit  en  amitié  avec  le  Crocodile,  dit-il,  ce  n'est  pas  que 
celui-ci  soit  animé  à  son  égard  des  meilleurs  sentiments, 
mais  grâce  à  sa  prudence  et  à  son  agilité,  il  sait  se  mettre  à 
Fabri  des  attaques  du  Saurien.  Habitant  des  lieux  où  le  Cro- 
codile vient  dormir  et  se  chauffer  au  soleil,  il  le  connaît,  il 
sait  comment  il  doit  se  comporter  vis-à-vis  de  lui.  Il  court 
sur  sa  carapace  comme  il  le  ferait  sur  le  gazon  ;  il  mange 
les  vers  et  les  sangues  qui  y  sont  demeurés  attachés.  Il  lui 
nettoie  la  gueule,  il  enlève  les  débris  d'aliments  qui  sont 
restés  entre  ses  dents,  les  animaux  qui  sont  fixés  à  ses  gen- 
cives et  à  ses  mâchoires.  Je  l'ai  vu  et  bien  des  fois.  » 

Les  Arabes  nomment  cet  oiseau,  arertisscnr  du  Croco- 
dile. Et,  en  effet,  ajoute  Brehm,  «  il  avertit  bien  réellement 
le  Crocodile  et  tous  les  autres  animaux.  Rien  ne  le  trouve  in- 
différent et  il  le  témoigne  par  ses  cris Le  cri  qu'il  pousse 

en  voyant  quelque  chose  de  suspect  éveille  le  Crocodile  et  lui 
permet  de  se  réfugier  à  temps  au  sein  des  flots  (1)  <>. 

Le  Pluvian,  en  Egypte,  semble  être  exclusivement  attaché 
aux  bords  du  Nil.  Je  ne  l'ai  jamais  rencontré  ailleurs.  Il  se 
montre  sur  les  deux  rives  du  fleuve  à  partir  du  Caire  et  de- 
vient phis  commun  à  mesure  que  l'on  s'avance  vers  la  haute 
Egypte,  où  il  est  le  plus  abondant.  C'est  un  oiseau  peu  sociable 
qui,  généralement,  ne  vit  que  par  couples  ou  avec  sa  famille. 
On  le  voit  courir  sur  le  sable  très  rapidement  à  la  manière 
des  Pluviers,  ou  voler  à  la  surface  de  l'eau.  Son  vol  est  vif, 
facile,  et  lorsqu'il  prend  son  essor  il  pousse  plusieurs  fois  de 
suite  un  petit  cri  aigu.  Il  crie  aussi  en  courant.  Il  ne  vole 
jamais  bien  bien  loin,  est  peu  farouche  et  se  laisse  assez  faci- 
lement approcher. 

La  femelle  pond  à  découvert  sur  le  sable.  Ses  œufs,  au 
nombre  de  deux  ou  trois,  sont  d'un  jaune  rougeàtre,  couverts 
de  taches,  de  })oints  et  de  traits,  les  uns  superflciels  d'un 
brun  marron,  les  autres  profonds  d'un  brun  plus  clair.  Ils 
ont  la  forme  de  ceux  du  Courvite  et  mesurent  :  grand  dia- 
mètre, environ  0"'\032,  petit  diamètre,  0'",024. 

Le  Pluvian  se  nourrit  d'insectes  de  toutes  espèces,  de  vers, 
de  petits  mollusques. 

[A  suivre.) 


[\]  Edit,  franc.  Oiseaux,  t.  II,  p.  5o0. 


LES  GRANDES  PECHES  EN  NORVEGE 

Par  m.  Amédée  BERTHOULE. 

(suite  *\ 


IL  —  PÈCHE  DU  Hareng. 

En  deuxième  ligne,  dans  l'économie  iclityologifiiie  des  eaux 
Scandinaves,  doit  prendre  place  le  Hareng  ;  mais  ses  appari- 
tions sont  loin  d'offrir  la  régularité  de  celles  de  la  morue  ;  les 
migrations  d'hiver,  principalement,  présentent  de  longues  et 
inexplicables  intermittences.  Quelques  années  durant,  il  se 
montre  en  masses  compactes,  et  les  campagnes  de  pèche  sont 
mar(xuées  par  une  abondance  prodigieuse  ;  puis  ,  brusque- 
ment, il  fera  défaut,  et  on  verra  se  succéder  de  longues 
années  de  disette.  Les  dernières  périodes  heureuses  dont 
l'histoire  garde  le  souvenir,  embrassent  la  première  moitié 
du  dix-huitième  siècle  et  le  milieu  du  dix-neuvième.  Vers 
1860,  on  pouvait  compter  6,000  bateaux,  montés  par  25,000 
marins,  pratiquant  avec  succès  la  pèche  du  Hareng  prin- 
faûier,  de  janvier  à  avril  ;  l'exportation  annuelle  s'éleva  à 
500,000  barils,  elle  atteignit  même  et  dépassa  le  chiffre  de 
600,000,  de  1861  à  1865.  Cinq  ans  plus  tard,  la  production 
était  tombée  à  5  ou  6,000  mesures,  sans  cause  apparente,  sans 
que  rien  permit  d'augurer  une  reprise  prochaine  (1). 

Le  capricieux  nomade  ne  s'arrêtait  pas,  d'ailleurs,  dans  les 
passes  tranquilles  du  Nordland  ;  descendant  plus  au  sud  et 
longeant  les  côtes,  il  pénétrait  dans  le  Katégat,  et  peuplait  de 
ses  innombrables  légions  les  eaux  du  Bohuslan.  L'historique 
de  ces  incursions,  non  moins  incertaines  ici  que  dans  le 
Nord,  a  été  relevé  par  notre  aimable  consul  à  Goteborg, 
M.  Caravello,  dans  une  série  de  notes  pleines  de  précision  et 
d'intérêt. 

(=r]  Voyez  RcKiic,  1S92.  l'^''  semeslre,  p.  619. 

(1)  Le  tonneau  norvégien  est  de  IIG  litres  ;  le  tonneau  suédois,  de  5  pieds 
cubes,  contient  environ  480  s^os  Harenirs. 


64  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Les  plus  anciennes  chroniques  relatives  à  l'industrie  de  la 
pêche  du  Hareng  remontent  au  commencement  du  onzième 
siècle,  époque  à  laquelle  la  province  de  Bohuslan  faisait 
partie  des  Etats  de  Norvège.  Elle  était  en  grande  prospérité, 
lorsqu'un  malencontreux  édit  du  roi  Olaf  Haraldsson  vint  en 
paralyser  l'essor,  en  prohibant  l'exportation  de  ses  produits . 
Il  faut,  ensuite,  arriver  au  milieu  du  seizième  siècle  pour  re- 
trouver ses  traces. 

En  ce  temps,  plusieurs  nations  de  l'Europe  envoyaient  des 
bateaux  dans  ces  parages  ;  les  moindres  îlots  de  l'Archipel  se 
couvraient  d'habitants,  et  le  commerce  progressait  dans  des 
proportions  jusque-là  inconnues.  Du  seul  hameau  de  Mars- 
trand,  aujourd'hui  coquette  Tille  de  bains  de  mer,  le  Trou- 
ville  du  Nord,  on  exportait,  pendant  chaque  campagne,  des 
centaines  de  milliers  de  barils. 

Les  choses  allaient  ainsi,  quand,  en  1587,  se  montrèrent 
des  Harengs  d'une  apparence  tout  étrange,  dont  il  est  fâ- 
cheux que  la  description  n'ait  pas  été  conservée.  Les  marins 
superstitieux  y  virent  le  présage  certain  d'une  très  prochaine 
disparition  du  poisson,  et  leurs  tristes  pressentiments  se  réa- 
lisèrent malheureusement  dès  l'année  suivante.  On  traversa, 
par  la  suite,  une  période  de  soixante-treize  ans,  durant  la- 
quelle la  pèche  du  poisson  qui  nous  occupe  fut  absolument 
nulle  ;  cette  pêche  reprit  en  1660,  mais  pour  être  presque 
aussitôt  interrompue  par  de  longues  guerres  ;  et  quand,  bien 
longtemps  après,  dans  le  courant  du  siècle  suivant,  furent 
signalés  des  essaims  de  retour  dans  ces  mêmes  eaux,  on  man- 
(juait  de  tout  i)our  en  tirer  profit.  Il  fallut  reconstituer  la 
llottille  et   les  équipages,  les  engins  et  les  ateliers,  et  jus- 
qu'aux relations  commerciales  tombées  dans  le  néant.  On  en 
vint  à  bout,  mais  non  sans  avoir  perdu  un  temps  précieux. 
D'après  les  curieux  documents  mis  à  jour  par  M.  Caravello, 
dont  on  ne  saurait  trop  louer  les  patientes  recherches,  il  y 
avait,  en  1783,  dans  la  province  de  Bohuslan,  1,092  chau- 
dières en  activité  pour  la  cuisson  ou  la  fonte  du  Hareng  ; 
chacune  d'elles  pouvait  traiter  2  millions  et  demi  de  tonnes 
au  cours  de  la  saison.  Les  salaisons  absorbaient,  concurrem- 
ment, un  demi-million  de  tonnes  ;  on  en  fumait  4,000,  et  les 
pays  de  l'intérieur  en  consommaient  80,000.  La  pêche  four- 
nissait donc  au-delà  de  trois  millions  de  tonnes  de  poisson. 
Dix  ans  plus  tard,  on  exportait  303,000  tonnes  de  Hareng 


LES  GRANDES  PÈCHES  EN  NORVÈGE.  63 

salé,  et  60,850  tonnes  dluiile.  Ce  lut  l'apogée.  Le  déclin  suivit 
de  près,  rapide  et  complet,  jusqu'à  la  ruine:  en  1806,  l'ex- 
portation était  réduite  à  210,000  tonnes,  deux  ans  plus  tard 
elle  tombait  à  3,000.  Bientôt  même,  force  fut  de  recourir  à 
l'importation  pour  les  besoins  du  i)ays. 

Le  gros  Hareng  d'iiiver  envahit,  une  fois  encore,  les  eaux 
duBohuslan,  dans  le  courant  de  décembre  1877  ;  on  se  rap- 
pelle, d'après  ce  que  nous  disions  plus  haut,  qu'il  avait  cessé 
de  se  montrer  sur  les  côtes  septentrionales  de  la  Norvège 
vers  1870.  Mais,  ainsi  qu'il  était  advenu  un  siècle  plus  tôt, 
personne  n'était  préi)aré  à  le  recevoir  ;  à  peine  restait-il, 
dans  les  villages  encore  debout  depuis  les  temps  de  l'ancienne 
abondance,  quelques  vieillards  qui  en  avaient  gardé  le  sou- 
venir à  demi  effacé.  Les  traditions  industrielles  étaient  per- 
dues, et  chaque  jour  et  de  toutes  parts  les  masses  vivantes 
épaississaient  auprès  des  côtes. 

Cependant,  on  se  mit  vivement  à  l'œuvre.  La  bonne  nou- 
velle s'étant  répandue  au  loin,  il  arriva  des  renforts  de  bras 
vigoureux  des  divers  points  du  paj'S  ;  on  renfloua  les  barques 
désarmées,  on  en  équipa  de  nouvelles  ;  les  rochers  aban- 
donnés se  peuplèrent  derechef,  et  tandis  que  la  flotte  et  les 
équipages  se  reformaient,  en  toute  hâte  les  femmes  tissaient 
les  longs  filets. 

La  campagne  commença  ,   pénible  au  début ,  à  cause  du 
manque  d'hommes  et  de  leur  inexpérience,  plus  encore  peut- 
être  par  suite  de  la  pénurie  de  barils  et  de  sel,  et  de  l'absence 
des  acheteurs,  mais  bientôt  très  active,  tout  ce  qui  faisait 
défaut  dès  l'abord  n'ayant  pas  tardé  à  affluer.  Il  venait  des 
marins  de  Norvège,  du  sel  de  toui>  les  dépôts  et  de  l'étranger, 
des  futailles  de  tous  les  chantiers  (Stockholm  seule  en  expédia 
3,000  en  une  semaine);  enfin,  des  acheteurs  d'un  peu  partout. 
Un  jour  on  put  voir,  mouillés  côte  à  côte  sur  les  lieux  de 
pèche,  36  vapeurs  de  commerce.  De  gros  négociants  ache- 
taient le  poisson  au  sortir  des  filets,  le  salaient  à  leur  bord, 
et,  aussitôt  leur  plein  achevé,  levaient  l'ancre,  mettaient  le 
cap  sur  quelque  port  du  continent,  vendaient  leur  cargaison, 
et  sans  désemparer  revenaient  faire  un  nouveau  chargement. 
Les  prix  qui  étaient,  à  l'origine,  de  2  kr.  la  tonne,  qui  tom- 
bèrent même  à  60  ores  (le  poisson  non  salé,  s'entend)  qua- 
druplèrent en  peu  de  temps.  Qu'on  juge  du  bouleversement 
subi  par  les  transactions,  si  nous  disons  que,  précédemment, 

20  Juillet  1SQ2,  3 


66  REVUE  DES   SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

la  consommation  suédoise  demandait  très  couramment  aux 
])roducteurs  norvégiens  ces  salaisons  à  40  kr.  la  tonne. 

La  ville  de  Goteborg  fit  preuve,  en  ces  circonstances,  de  la 
l)lus  grande  vitalité  ,  par  l'élan  qu'elle  sut  imprimer  aux 
affaires. 

L'immuable  loi  de  l'ofïre  et  de  la  demande  exerça  son  ac- 
tion sur  ces  rivages  naguère  livrés  à  la  solitude,  et  y  attira 
un  afflux  des  objets  les  plus  rares  au  début.  Pour  n'en  citer 
qu'un  exemple,  on  vit  un  marché  s'y  établir  pour  les  tonnes 
vides,  introuvables  tout  d'abord,  et  peu  après  devenues  si 
abondantes  et  tombées  à  si  bas  prix  qu'il  fut  possible  d'en 
réexpédier,  de  second  trafic,  dans  d'autres  contrées. 

En  définitive,  l'année  lut  bonne  pour  les  pécheurs  suédois  ; 
mais  on  peut  affirmer  qu'à  leur  place,  avec  leur  expérience 
et  leur  outillage,  des  Norvégiens  en  eussent  fait  une  incom- 
parablement meilleure. 

Ainsi,  a-t-on  estimé  à  plusieurs  millions  de  Ivroners  ce  qu'ils 
manquèrent  de  gagner  à  cette  occasion  ;  sur  544  wagons 
partis  de  Goteborg,  une  notable  fraction  ne  put  être  utilisée 
que  comme  engrais,  par  défaut  de  préparation.  Néanmoins, 
vers  la  fin  de  cette  première  campagne,  en  février,  le  prix  du 
Hareng  salé  avait  pu  s'élever  à  18  kr.,  celui  du  Hareng  frais 
à  11  ou  12  kr.  la  tonne,  ce  qui  était  acceptable. 

Somme  toute,  avec  210,000  tonnes  de  poissons  de  toute 
taille,  on  réalisa,  pour  deux  mois  de  pêche,  un  produit  total 
de  489,957  kr.,  soit,  à  un  cinquième  près,  l'équivalent  de  la 
pèche  totale  de  ce  même  poisson  pendant  une  année  entière 
pour  la  Suède. 

Si  l'outillage  avait  fait  défaut,  les  premières  préparations 
ne  laissèrent  pas  moins  à  désirer  au  commencement  de  la 
campagne,  à  ce  point,  par  exemple,  qu'un  chargement  de  va- 
peur débarqué  à  Ilongo,  en  Finlande,  du  poids  total  de  1,400 
tonnes,  fut,  à  raison  de  sa  qualité  vicieuse,  adjugé  à  0  kr.  25 
la  tonne.  De  même,  ces  produits  eurent  quelque  peine  à  se 
faire  accepter  en  Allemagne  et  en  Hollande. 

Mais  ce  furent  là  les  hésitations  et  les  incertitudes  inhé- 
rentes aux  premiers  pas  ;  dès  l'année  suivante,  les  pêcheries 
suédoises  du  Bohuslan  étaient  prêtes  à  marcher  de  pair  avec 
celles  de  la  Norvège.  Malheureusement  les  froids  excessifs 
qui  marquèrent  l'hiver  1879,  et  les  violentes  tempêtes  qui  se 
succédèrent  sans  interruption,  ne  permirent  pas  à  cette  in- 


LES  GRANDES  PECHES  EN  NORVÈGE.  67 

diistrie  (le  s'exercer  dans  des  conditions  favorables.  Le 
rendement  resta  inférieur  à  30,000  tonnes,  qu'on  n'eut  même 
pas  à  préparer,  la  consonnnation  indigène  ayant  amplement 
suffi  à  en  absorber  l'intégralité.  La  campagne  suivante  ne 
débuta  guère  mieux  ;  mais  une  \i\e  reprise  se  dessina  ver.*;  la 
mi-janvier,  et  se  maintint  jusqu'en  fin  de  saison.  Le  résultat 
définitif  ne  fut  guère,  néanmoins,  que  le  dixième  de  celui 
obtenu  pendant  la  précédente. 

On  verra,  dans  le  tableau  ci-après,  les  oscillations  subies 
par  cette  pèche  pendant  les  dix  dernières  années  : 

Années.  Tonnes.    Valeur  en  kr. 

1879 26,070  108,194 

1880 25,805  149,745 

1881 56,092  807,738 

1882 194,175  832,952 

1883  79,739  352,506 

1884 208,278  317,822 

1885 234,7S7  658,718 

1886  553,662  730,432 

1887 808,908  659,051 

1888 1,096,981  1,078,633 

1889 -    880,574  1,255,121 

1890 645,495  2,059,336 

Quelle  sera  la  durée  de  ce  retour  du  gros  Hareng  vers  le 
Sud  ■?  Nul  ne  saurait  le  prévoir  ;  néanmoins,  l'expérience  du 
passé  inspire  de  trop  légitimes  craintes  pour  l'avenir.  On  peut 
faire,  en  tout  cas,  de  curieux  rapprochements  à  ce  point  de 
vue  entre  les  pêcheries  du  Nord  et  celles  du  Sud,  à  l'aide  des 
tables  statistiques  des  deux  pays.  Il  n'est  pas  invraisemblable, 
en  effet,  qu'il  se  révèle  de  l'une  à  l'autre  une  corrélation 
directe,  produisant  des  alternances  correspondantes  d'abon- 
dance et  de  disette. 

Le  gros  Hareng,  dont  nous  venons  de  montrer  l'incons- 
tance, arrive,  comme  la  Morue,  quand  il  daigne  se  montrer, 
pendant  les  trois  premiers  mois  de  l'année,  d'où  lui  vient  son 
nom  de  Hareng  pri7itanier,  et  disparaît  comme  elle  aux  ap- 
proches de  mai.  Autre  trait  commun  :  il  est  alors  au  temps  de 
sa  reproduction.  En  dehors  de  là,  l'obscurité  règne  sur  la 
suite  de  son  existence. 


68  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Heureusement  pour  les  pêcheurs  Scandinaves,  l'espèce  dont 
s'agit  leur  est-elle  plus  fidèle,  au  cours  de  l'été.  On  dirait  que 
plus  la  nature  s'est  montrée  avare  de  ses  dons  sur  leurs 
terres,  plus  elle  s'est  appliquée  à  leur  dispenser  généreuse- 
ment ses  laveurs  dans  les  eaux.  Tliétis  a  voulu  l'aire  par- 
donner à  Cérès.  Il  n'est  pas  de  saison  de  l'année  où  il  n'y  ait 
là  quelques  moissons  â  l'aire,  non  sans  peine  ou  sans  danger, 
il  est  vrai,  mais  aussi  sans  aucun  soin  de  labour.  Après  la 
Morue  et  le  Hareng  d'hiver,  nous  verrons  tout  à  l'iieure 
paraître  le  Saumon;  après  celui-ci  le  Hareng  d'été.  Nous 
passons  sous  silence  les  autres  espèces,  bien  qu'elles  payent, 
elles  aussi,  île  lourds  tributs,  parce  que  leur  pèche  n'offre 
rien  de  particulièrement  original. 

Le  Hareng  d'été,  appelé  aussi  Hareng  gras  {ister-sild.  Ha- 
reng (Vnxoiigc),  le  maatjes  des  Hollandais,  dans  toute  sa 
l'orme,  bien  en  chair  et  gras  à  fondre,  arrive,  comme  son 
nom  l'indique,  dans  le  courant  de  la  belle  saison,  à  partir  de 
juillet;  en  août  et  septeml)re,  on  le  rencontre  s'engageant 
dans  les  baies  par  masses  énormes.  Sa  présence  est  signalée 
de  loin  par  les  vols  d'oiseaux  de  mer  qui  s'acharnent  à  sa 
poursuite,  avitles  d'une  proie  abondante  et  facile. 

Pour  l'exploitation  de  ces  bancs,  les  pêcheurs  norvégiens 
sont  assez  ordinairement  groupés  en  associations  d'intérêt, 
Not-Brug,  dans  lesquelles  chacun  apporte  une  fraction  du 
capital  nécessaire  â  la  constitution  du  matériel  à  mettre  en 
jeu,  dont  la  valeur  atteint  facilement  15,000  kr.  ;  d'autres  fois, 
l'argent  est  fourni  par  des  capitalistes  non  pêcheurs,  sortes 
d'actionnaires  qui  se  rémunéreront  en  s'attribuant  la  pre- 
mière part  sur  le  rendement.  Plus  rarement  voit-on  des 
exemples  d'armateurs  seuls  propriétaires,  engageant  pour  la 
campagne  des  hommes  à  salaires  fixes  ;  l'association,  peut-on 
dire,  est  la  règle  générale. 

Nous  donnerons  plus  loin  la  répartition  de  la  prise. 

Le  télégraphe  étend  son  réseau  sur  tout  le  littoral  ;  ses  fils 
relient  les  moindres  villages,  de  telle  sorte  qu'à  la  première 
apparition  du  poisson  sur  un  point  quelconque  des  côtes,  les 
membres  de  ces  syndicats  peuvent  se  prévenir  et  se  trouver 
rapidement  réunis  pour  le  travail.  Les  communications  élec- 
triques leur  permettent  également,  lorsqu'ils  ont  réussi  à  em- 
prisonner un  banc  important  dans  les  enlacements  de  leurs 
filets,  de  demander  aux  stations  éloignées  les  fûts  vides  et  le 


LES  GRANDES   FÈCIIES   EN  NORVEGE. 


69 


sel  qu'exigera  le  caquage,  car  il  est  rare  qu'ils  en  aient,  au 
point  voulu,  un  approvisionnement  suffisant  ;  par  la  même 
voie  ils  pourront  ti'aiter  avec  les  grosses  maisons  de 
Trondlijem.  de  Bergen  ou  d'ailleurs,  pour  la  vente  de  leur 
pêche,  voire  même,  comme  nous  en  avons  été  témoin,  appeler 


Haiimies,  slaliou  de  pèche. 


à  eux,  dans  un  fond  de  baie  le  plus  souvent  très  reculé  et  en 
dehors  de  leur  route  réglementaire,  les  bateaiix  postiers,  qui 
n'hésiteront  guère  à  se  détourner,  pour  peu  que  le  fret  en 
vaille  la  peine  ;  ces  steamers  feront  ainsi  une  station  non 
prévue  sur  les  horaires,  s'endormant  mollement  sur  leurs  an- 
cres pendant  le  travail  d'embarillage  et  de  chargement,  sans 
autre  souci  du  retard  d'un  ou  de  plusieurs  jours  qui  en  résul- 
tera pour  le  courrier,  et  pour  les  passagers  dont  on  n'a  cure. 


70  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Pour  ceux-ci,  du  reste,  la  scène  ne  manque  ni  d'originalité, 
ni  d'intérêt,  et  s'ils  ne  craignent  pas  de  descendre  à  terre,  de 
se  mêler,  au  risque  de  quelques  éclaboussures,  au  pittoresque 
rassemblement  d'hommes  et  de  femmes  fiévreusement  oc- 
cupés à  la  mise  en  barils,  à  même  sur  les  rochers  de  la  plage, 
et  de  piétiner  dans  une  lange  glissante  de  débris  sanglants  de 
poissons,  ils  ne  regretteront  pas  trop  les  quelques  heures 
d'immobilité  qu'il  leur  faut  après  tout  subir,  bon  gré  mal  gré. 
Nous  aurons  occasion  de  revenir  bient(H  sur  ce  point. 

Les  paquebots  des  Bergenske  et  Nordenfjeldske  Dampskib- 
selskab,  qui  font  un  service  postal  hebdomadaire  de 
Trondhjem  à  Hammerfest  et  Vadso,  sont  d'assez  fort  tonnage 
pour  emmagasiner  dans  leurs  flancs  jusqu'à  .3,000  barils.  Les 
cales  pleines,  c'est  l'entrepont  qui  est  envahi,  puis  le  pont 
lui-même  ;  pour  un  peu  l'entreprenant  Hareng  s'emparerait 
de  la  spisesal  et  des  cabines. 

La  flotte  de  pêche  comprend  :  1°  Un  grand  bateau  de  .3  à 
()00  tonnes  (Logifartog-dœksfartr)j),  servant  de  logement  à 
tout  l'équipage,  de  magasin  général  pour  l'outillage  et  les 
engins,  et  d'une  valeur  de  2  à  5,000  kr.  ;  2°  un  ou  deux  ba- 
teaux de  50  à  120  T.  (notbaaden),  pouvant  coûter  de  GOO  à 
900  kr.  l'un,  montés  par  une  vingtaine  d'hommes,  et  destinés 
à  la  manœuvre  du  grand  filet  ;  3°  un  bateau  plus  petit  et  non 
ponté  ;  4''  enfin  plusieurs  barques  [smaàbaaden]  de  4  à  8 
tonnes. 

Quant  aux  engins ,  ils  se  composent  aussi  de  plusieurs 
parties,  qui  sont  :  1°  Un  énorme  filet,  stornot,  de  120  à  1.50 
famé  de  long  (1),  sur  10  à  15  de  hauteur,  quelquefois  même 
davantage  ;  c'est  la  rabatteuse,  dont  nous  verrons  tout  à 
l'heure  le  fonctionnement  ;  2°  un  filet  en  forme  de  senne  {mil- 
lenmot  ou  laasenot)  long  de  60  à  100  famé  ;  3*^  un  autre  filet 
d'une  vingtaine  de  famé  seulement  {smaanot  ou  or/iastnoi], 
([u'on  pourrait  appeler  l'onleveuse.  Ces  filets  ne  coûtent  pas 
moins  de  5  à  8,000  kr.,  suivant  leur  taille;  4°  enfin  un 
nombre  considérable  d'ancres  et  de  flotteurs,  500  à  1,000  mè- 
tres de  câbles,  2  à  3,000  mètres  de  fortes  cordes  ;  puis  toute 
une  série  de  menus  objets,  entre  autres  le  skimmel,  l'un  des 
plus  essentiels,  longue  sonde  en  métal,  en  forme  de  poisson, 
peinte  transversalement  de  blanc  et  de  noir. 

(1)   Le  famé  norvégien  correspond  à  une  mesure  d'environ  3  mètres. 


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72  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Pendant  que  la  flottille  réunie  mouille  à  proximité  de  terre, 
et  s'apprête  à  la  manœuvre,  le  capitaine,  NoUnand,  monté 
sur  une  des  smaabaade,  s'en  va  reconnaître  le  banc.  A  cet 
effet,  il  dévide  sa  corde  de  sonde  (skimmel)  à  la  profondeur 
où  celui-ci  se  trouve.  Dans  leurs  évolutions,  dirons-nous 
dans  leur  grouillement  ?  les  Harengs  heurtent  le  skimmel  et 
lui  impriment  des  vibrations  auxquelles ,  avec  son  expé- 
rience, le  capitaine  sait  reconnaître  la  situation,  la  direction 
et  l'importance  du  hanc  à  capturer. 

Dès  qu'il  en  a  circonscrit  le  rayon,  le  notmand  donne  aux 
équipages  le  signal  convenu.  Aussitôt,  rapidement  mais  sans 
bruit,  la  rabatteuse  (le  stornot)  est  déployée  de  laron  à  for- 
mer la  corde  de  l'arc,  dont  la  baie  forme  le  sommet  ;  les  bras 
en  sont  lialés  aussi  près  que  possible  des  rives.  Sans  désem- 
parer, l'un  des  bateaux  de  deuxième  rang  développe  en  de- 
dans de  cette  première  ligne  la  longue  senne,  le  laasenot,  qui 
va  fermer  l'enceinte  ;  en  môme  temps,  les  clialoupes,  prenant 
le  large  et  se  rabattant  progressivement  sur  les  flancs,  agi- 
tent d'autres  sondes  et  s'efibrcent,  en  coujjant  la  retraite  au 
poisson,  de  le  pousser  vers  le  centre.  Les  bras  du  filet  sont 
ramenés  jusqu'à  atterrir  ;  i)uis,  on  l'amarre  solidement  avec 
de  fortes  ancres  et  des  bouées,  car  il  va  rester  en  place  pen- 
ilant  toute  la  durée  de  la  pèche;  c'est  le  mur  de  la  prison,  et 
il  ne  se  relèvera  que  dans  plusieurs  jours  ou  dans  plusieurs 
semaines,  selon  la  quantité  de  Harengs  qu'on  sera  parvenu  â 
enserrer  ainsi.  Le  fermoir  une  fois  assuré  â  la  distance  et  à 
la  profondeur  vnubios,  on  relève  la  rabatteuse,  qui  a  joué 
tout  son  rôle. 

Après  ces  manœuvres,  que  la  configuration  des  lieux  et 
l'état  de  la  mer  rendent  plus  ou  moins  diflîciles,  la  pêche  pro- 
prement dite  va  commencer,  exempte  de  grandes  fatigues, 
puisque  tout  le  travail  se  réduira  à  puiser  à  i)leines  mains, 
comme  on  ferait  dans  un  simple  vivier.  Ce  système  n'est  pas 
sans  une  certaine  analogie  avec  celui  usité  sur  les  côtes  can- 
tabriques  pour  la  prise  de  la  Sardine,  et  connu  sous  le  nom 
de  cercorccde. 

Le  moment  est  venu  pour  les  petites  barques  d'entrer  dans 
l'arène.  Elles  jettent  leurs  orkastnot,  et  les  ramènent  à  l'ins- 
tant chargés  â  se  rompre.  Au  fur  et  à  mesure,  le  poisson  tout 
frétillant  est  versé  à  terre,  à  même  sur  la  grève,-oii  il  s'amon- 
celle en  tas  énormes,  à  côté  de  montagnes  de  sel. 


LES  GRANDES   rÈCHES  EX  NORVEGE. 


73 


Sur  la  plage  se  sont  groupés  la  foule  des  vieux  pêcheurs 
de  l'association,  des  femmes,  des  enfants,  ceux-ci  vêtus  de 
costumes  de  cuir  lustrés  à  l'user,  coifies  de  chapeaux  ronds 
aux  bords  rabattus  ;  celles-là  en  courtes  jupes,  la  tête  et  les 
épaules  enveloppées  d'amples  fichus  de  laine  ;  les  derniers, 
l)lus  bruyants  qu'utiles,  courant  d'un  groupe  à  l'autre,  l'al- 
lure espiègle,  mais  la  physionomie  étrangement  douce  avec 
leur  teint  mat  et  leurs  jolis  yeux  bleu  pâle  et  profond  comme 


Le  caquage  du  Hareng. 

le  tendre  azur  de  leur  ciel  du  Nord  ;  et  c'est  plaisir,  en  yérité, 
de  voir  l'animation,  l'entrain,  la  physionomie  ouverte  et  la 
bonne  humeur  de  chacun  dans  l'accomplissement  d'une  tâche 
assurément  peu  récréative. 

Les  uns  emplissent  sur  les  bords  du  tas,  successivement 
renouvelé  par  l'apport  des  pêcheurs,  de  larges  plateaux  de 
bois  qu'ils  servent  aux  femmes  debout  devant  les  rangées  de 
barils.  Celles-ci  prennent  les  Harengs  un  à  un,  et  armées  de 
ciseaux  à  pointe  incurvée,  les  égorgent  et  les  jettent  devant 
elles  dans  les  futailles,  où  d'autres  les  trient  et  les  rangent 
symétriquement  à  plat  par  couches  alternant  avec  des  lits 


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74  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

de  sel.  On  lait  ainsi  jusqu'à  cinq  ou  six  catégories  de  gran- 
deurs différentes  (1). 

A  peine  pleins,  les  barils  sont  fermés  et  roulés  de  côté 
pour  faire  place  à  d'autres  :  le  plus  souvent,  on  les  charge 
sans  plus  tarder  sur  des  chalands  qui  Yont  accoster  les  jœgts 
ou  les  vapeurs  ancrés  à  quelques  encablures,  et  dont  les 
vastes  flancs  auront  bientôt  fait  d'engloutir  ce  fret  encom- 
brant. 

L'étranger  peut  se  riquer  sans  crainte  sur  ces  chantiers 
pleins  de  caractère  et  de  couleur,  au  milieu  d'une  population 
honnête,  douce  et  hospitalière,  s'il  ne  redoute  pas  l'odeur  peu 
suave  qui  s'en  dégage  ou  les  chutes  sur  des  roches  rougies  de 
sang,  engluées  de  débris  et  affreusement  glissantes.  Au  de- 
meurant, le  \isiteur  y  est  rare,  et  les  seuls  témoins  de  ce  la- 
beur sont  des  nuées  d'oiseaux  de  mer  qui  volent  alentour, 
avides  de  la  curée  qui  s'apprête  pour  eux. 

La  mesure  norvégienne  du  tonneau  contient  de  600  à  1,000 
Harengs  :  elle  équivaut  à  116  litres,  dont  un  quart  environ  de 
sel.  Telle  quelle,  cette  préparation  d'aspect  peu  alléchant,  il 
faut  bien  en  convenir,  conserve  parfaitement  le  poisson  et 
lui  permet  de  subir  sans  altération  un  très  long  transport.  A 
l'arrivée  dans  les  grands  docks  d'entrepôt,  les  barils  sont 
visités.  Le  vide  qui  s'y  est  produit  pendant  ce  premier  trans- 
port, par  suite  du  tassement,  est  comblé  avec  du  poisson 
frais  et  du  sel,  et,  dès  lors,  ils  peuvent  être  expédiés  sur  les 
centres  de  consommation. 

De  très  amples  variations  se  manifestent  sur  la  valeur  vé- 
nale de  cette  denrée.  Les  prix  oscillent  en  moyenne  entre 
6  et  25  kr.  la  tonne  ;  ils  s'étaient  même  élevés  jusqu'à  35  kr. 
au  moment  de  notre  passage  à  Bodf),  en  plein  pays  de  pro- 
duction. Le  Hareng  le  plus  cher  est  le  premier  qui  apparaît, 
on  le  tient  pour  une  primeur  ;  c'est,  dit-on,  le  plus  fin  ;  il 
bénéficie,  en  outre,  des  besoins  de  marchés  démunis.  La 
taille  moyenne  est  généralement  préférée;  cependant,  si  le 
triage  au  moment  du  caquage  a  été  fait  avec  soin,  c'est-à- 
dire  s'il  n'y  a  pas  trop  de  mélange  de  grosseurs  différentes, 
c'est  le  gros  qui  l'emporte  ;  mais  il  n'en  est  ainsi  qu'au  com- 
mencement de  la  saison  ;  plus  tard,  au  contraire,  on  le  re- 

^1)  La  méthode  hollaadaise  est  un  peu  dillerente.  Au  lieu  d'être  mis  à  plat, 
le  poissou  est  placé  sur  le  dos  et  fortement  embarillé,  ce  qui  lui  imprime  une 
certaine  déformation. 


LES  TtRAndes  Pèches  ex  Norvège.  73 

cherche  moins  :  car  à  un  développement  avancé  des  ovaires 
correspond  aussi  un  notable  amaigrissement. 

L'ensemble  de  l'opération  de  pêche  et  d'embarillage,  que 
nous  avons  essayé  de  décrire  se  nomme  laasc  ;  elle  se 
pratifiue  partout  suivant  les  mêmes  procédés.  Le  nombre  des 
bras  employés  et  la  puissance  des  engins  difïerent  seuls.  Nous 
ne  parlons  pas  de  l'usage  du  garn  ou  filet  à  mailles,  qui 
donne  aussi  d'assez  bons  résultats,  mais  sans  offrir  aucune 
originalité. 

Dans  des  circonstances  heureuses,  le  laase  peut  produire 
200  tonnes  de  poisson  par  jour,  et  la  pèche  se  prolonge  par- 
fois plusieurs  semaines  sans  interruption. 

Le  partage  s'opère  ainsi  :  la  «  not-brug  »,  l'association,  ou 
l'armateur  propriétaire  des  engins  prélève  moitié  ;  le  surplus 
est  attribué  par  portions  égales  aux  hommes  de  l'équipage  ; 
seul,  le  capitaine  reçoit  deux  parts,  et  en  outre  un  traitement 
fixe  de  50  à  (50  kr.  par  mois. 

Lorsque,  pour  les  besoins  de  l'opération,  on  doit  mettre  le 
pied  sur  une  propriété  privée,  le  maître  du  sol  a  droit  â 
3  p.  %  sur  le  produit  total.  11  touche  cette  quote-part,  à  son 
gré,  en  argent,  au  cours  du  moment,  si  la  vente  lui  semble 
favorable,  en  nature  s'il  le  préfère  ;  en  ce  dernier  cas,  il  sale 
lui-même  pour  sa  propre  consommation. 

Le  prix  du  fret  pour  une  expédition  faite  par  exemple  de 
Bodo  â  Christiania  ou  Hambourg  est  débattu  chaque  fois 
entre  le  capitaine  du  bateau-transport  et  le  notmand.  Il  peut 
dépasser  2  kr.  par  baril  pour  une  petite  quantité  et  s'abaisser, 
en  raison  directe  de  l'importance  d'une  même  expédition, 
jusqu'à  1  kr.  50. 

Avant  d'arriver  au  consommateur,  l'infortuné  Hareng  ne 
passe  pas  par  moins  de  cinq  ou  six  mains  difïérentes,  de  la 
notbrug  à  l'entrepositaire  de  Bergen,  de  celui-ci  â  son  cor- 
respondant de  Hambourg,  puis  à  un  négociant  en  gros  de 
l'intérieur,  qui  le  livrera  enfin  au  marchand  en  détail.  Pas  un 
d'eux,  on  le  devine,  n'a  garde  de  prélever  son  profit  ;  néan- 
moins, à  la  faveur  de  tarifs  très  réduits  sur  les  chemins  de 
fer  allemands,  cette  denrée  si  précieuse  ne  coûte  pas  plus  de 
25  à  30  centimes  la  livre  en  hiver,  moins  encore  en  été. 

Nous  ne  saurions  mieux  faire  ,  pour  clore  cette  rapide 
étude  et  donner  une  juste  appréciation  de  l'importance  de 
l'industrie  harenguière   en  Norvège,  que   de  rapporter  ici, 


Quanlilés 

Valeur 

Prix  moyen 

en  hectolitres. 

en  kr. 

par  hectol. 

949,860 

3,964,401 

4,17 

1,352,116 

5,549,838 

4,10 

1,302,109 

2,957,415 

2,27 

1,233,196 

4,636,095 

3,76 

1,235,049 

3  836,724 

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76  UEVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

comme  pour  la  Morue,  le  relevé  des  tables  statistiques  olli- 
cielles  du  pays,  s'appliquant  à  la  seule  pèche  d'été. 

Année?. 

1885 

1886 

1887 

1888 

1889 

1890 454,620         2,972,721         6,54 

Grâce  à  une  obligeante  communication  de  M.  Tliorvald 
Grève  de  Bergen,  que  nous  ne  saurions  trop  remercier  de 
son  aimable  accueil  et  de  son  empressement  à  nous  venir  en 
aide,  nous  pouvons  indiquer  le  cliifïre  des  exportations  nor- 
végiennes pour  ce  dernier  exercice  ;  elles  se  sont  élevées  à 
6,210,400  kilogr.  de  Harengs  frais,  et  à  829,100  hectolitres 
de  Harengs  salés,  totalisation  faite  de  toutes  les  i)èches  de 
l'année,  pèches  d'hiver  ou  de  i)rintemps,  et  ])èclies  d'été. 

Enlin,  nous  compléterons  ces  documents  par  le  tableau 
suivant,  qui  s'applique  à  la  seule  pêche  d'été,  à  l'exclusion 
par  conséquent  du  Hareng  printanier,  pour  les  années  1889 
et  1890.  Il  permettra  de  se  rendre  exactement  compte  de  l'im- 
portance du  genre  de  pèche  que  nous  avons  spécialement 
décrit  :  16,000  à  17,000  hommes,  sur  les  40,000  inscrits  dans 
cette  catégorie,  s'y  adonnent  exclusivement,  montant  seule- 
ment 1,100  bateaux,  contre  i)rès  de  11,000,  pratiquant  le 
gaym  ;  et  néanmoins,  le  rendement  de  leur  travail  équivaut  à 
plus  des  deux  tiers  du  produit  total  de  la  pèche  d'été.  On  ne 
perdra  pas  de  vue,  toutefois,  ({ue  le  laasenot,  s'il  ofïre  une 
certaine  économie  de  main-d'œuvre,  met,  d'autre  part,  en 
Jeu  un  capital  incomparablement  plus  considérable. 


LES  GRANDES  PÈCHES  EX  NORVÈGE. 


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•78  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

Toutes  les  questions  se  rapportant  à  rindustrie  harenguière 
ne  pouvaient  manquer  de  se  présenter  à  la  conférence  de 
Gotebôrg  ;  elles  y  ont  été  traitées  avec  la  plus  grande  atten- 
tion. Successivement,  M.  le  docteur  Kolmodin  fit  la  descrip- 
tion d'un  ingénieux  appareil  de  sa  construction,  destiné  à 
permettre  au  pêcheur  de  reconnaître,  en  quelques  instants, 
les  profondeurs  auxquelles  il  convient  de  pécher,  par  la  dé- 
termination des  tranches  d'eau  renfermant  en  ahondance  la 
faune  pélagique  la  plus  recherchée  par  le  poisson  ;  cet  instru- 
ment n'est  pas  sans  analogie,  par  son  mode  de  fonctionne- 
ment, avec  les  filets  en  soie  mis  en  usage,  à  bord  de  Vlfb^on- 
clelle,  par  les  savants  collaborateurs  de  S.  A.  S.  le  prince  de 
Monaco. 

Puis,  M.  le  docteur  Malm,  de  Lysekil,  a  décrit  les  ])rocédés 
de  caquage  pratiqués  par  les  pêcheurs  de  différentes  nations, 
la  Norvège  et  la  Hollande,  en  particulier.  Tandis  que  les 
Norvégiens  disposent  les  Harengs  à  plat  dans  les  barils,  en  y 
laissant  le  moins  possible  séjourner  la  saumure,  les  Hol- 
landais les  rangent  sur  le  dos  et  les  compriment  fortement  ; 
ils  veillent  aussi  à  maintenir  les  caques  à  saturation  de  sau- 
mure, dans  la  pensée  que  ce  liquide,  loin  d'être  nuisible, 
comme  d'autres  le  prétendent,  est  au  contraire  un  élément 
essentiel  de  conservation  et  de  «  maturation  ».  Chacune  de 
ces  méthodes  communique  au  produit  un  goût  et  un  aspect 
très  dissemblables  ;  mais  il  ne  semble  pas  que  l'un  soit  plus 
recommandable  que  l'autre.  Il  faut  tenir  compte  de  l'état  du 
poisson,  de  la  saison,  et,  tout  en  s'efïbrrant  d'assurer  une 
bonne  conservation,  répondre  au  goût  spécial  du  consom- 
mateur avec  lequel  on  doit  se  mettre  en  relations  commer- 
ciales. 

La  conférence  a  formulé  des  vœux  pour  obtenir  des  réduc- 
tions dans  les  tarifs  de  transport  par  voies  ferrées.  Nous  en 
sommes  là  nous-mêmes,  et,  malgré  les  quelques  améliora- 
tions déjà  réalisées  sur  notre  réseau  du  Nord,  il-  reste  encore 
de  grands  progrès  à  faire  à  cet  égard,  dans  le  double  intérêt 
du  pêcheur  et  du  consommateur. 

(^1  suivre.) 


LES    BOIS    INDUSTRIELS 

INDIGÈNES  ET  EXOTIQUES 
Par  Jules  GRISARD  et  Maximilien  VANDEN-BERGHE. 

( SUITE  *  ) 


FAMILLE   DES  ZYGOPHYLLEES. 

Les  plantes  de  cette  famille  sont  des  végétaux  herbacés, 
frutescents  ou  arborescents,  à  rameaux  souvent  divariqués 
et  articulés  aux  nœuds.  Leurs  feuilles  sont  opposées  ou  al- 
ternes, par  défaut  de  l'une  d'elles,  stipulées,  composées, 
tantôt  pennées  avec  ou  sans  impaire. 

Les  Zygophyllées  croissent  spontanément  dans  les  régions 
extra-tropicales  chaudes  des  deux  hémisphères  ;  quelques- 
unes  s'avancent  jusqu'entre  les  tropiques.  Elles  fournissent 
plusieurs  plantes  utiles  en  médecine  ;  le  bois  et  l'écorce  de 
plusieurs  espèces  renferment  une  matière  résineuse,  amère 
et  acre  à  laquelle  elles  doivent  des  propriétés  stimulantes 
remarquables.  Les  Guaiaciim  ont  joui  pendant  longtemps 
d'une  grande  réputation  comme  bois  sudorifîque,  antirhuma- 
tismal et  antisyphilitique  :  les  Langea  offrent  des  propriétés 
analogues  qui  les  font  employer  dans  les  mêmes  conditions  ; 
quelques  Zygophyllum  trouvent  également  une  application 
dans  la  thérapeutique. 

BULNESIA  SARMENTII  LoR. 

Amérique  du  Sud  ■.  Palo  santo. 

Arbre  d'une  hauteur  de  15-20  mètres,  sur  un  diamètre  de 
50- "TS  centimètres,  à  feuilles  composées  de  folioles  ovales  ou 
obovales,  lisses  et  luisantes.  Originaire  de  l'Amérique  du  Sud, 
cette  espèce  se  rencontre  à  la  République  Argentine,  dans  la 

(*)  Voyez  Revue,  1891,  noie  p.  "Al,  et  plus  haut,  p.  93,  310  et  383. 


80  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

province  de  Tuciiman  et  au  Paraguay  dans  la  région  du  nord 
de  la  Conception. 

Son  bois,  de  couleur  fauve  foncé,  dur  et  très  lourd,  est 
employé  pour  les  travaux  de  tour,  de  menuiserie  et  d'ébénis- 
terie;  les  Argentins  l'utilisent  souvent  pour  confectionner 
une  foule  d'ustensiles  d'économie  domestique,  notamment  des 
coupes,  des  vases,  etc.  Sa  densité  moyenne  est  de  1,255.  Au 
Paraguay,  ce  bois  est  en  outre  employé,  sous  forme  de 
poudre,  comme  sudorifique  et  anti-syphilitique. 

LeBulnesia  Retamo  Gr.  (Rép.  Argentine  :  Retamo)  est  un 
petit  arbre  d'une  hauteur  de  6-8  mètres  croissant  naturel- 
lement à  la  République  Argentine,  dans  les  province  de  San 
Luis  et  de  Jujuy.  Son  bois,  lourd,  dur,  parsemé  de  belles 
veines  jaunes  et  noires,  formant  de  gracieux  dessins  ondulés, 
convient  admirablement  à  la  fabrication  de  petits  meubles  de 
luxe  ainsi  qu'a  la  confection  d'objets  tournés  :  on  en  fait  aussi 
des  poteaux,  des  cannes,  etc.  P:nlln,  ce  bois  est  excellent 
comme  combustible  et  pour  faire  du  charbon.  Sa  densité  est 

de  0.907. 

LeBulnesia  BonarlensisGR.  [Guaclc  o\\  GicacJiejoboniUo) 
de  la  Républidue  argentine,  est  une  espèce  également  utilisée 
pour  son  bois  et  comme  plante  médicinale. 

GUAIAGUM  OFFICINALE  L.  Gaïac,  Gayac. 

Bois  sain  ou  de  santé. 

Amérique  espagnole  :  Gmyarân,  Gnijacan,  Palo  santo.  Anglais  -.  JAijnum  vitts. 
Mexique  :  Hoaijacan,  Matlalquahuitl ,  Palo  de  rosa. 

Arbre  d'une  hauteur  de  8-10  mètres,  à  ramifications  nom- 
breuses et  à  feuillage  persistant,  dont  le  tronc,  d'un  diamètre 
moyen  de  0'",35,  est  recouvert  d'une  écorce  lisse,  gris  cen- 
dré, mince,  tenace  et  résineuse.  Ses  feuilles  sont  opposées, 
paripennées,  composées  ordinairement  de  2-3  paires  de  fo- 
lioles sessiles,  obovales  ou  arrondies,  entières,  fermes,  ou 
d'un  vert  sombre. 

Originaire  des  Antilles,  il  est  assez  commun  à  Cuba  et  à 
la  Jamaïque,  surtout  dans  les  terrains  arides  de  la  région 
méridionale,  on  le  rencontre  encore  dans  l'Amérique  tropi- 
cale et  sur  la  côte  ferme  du  nord  de  l'Amérique  du  Sud,  en 
Colombie  et  au  Venezuela. 

L'aubier  est  jaunâtre  et  de  faible  épaisseur;  le  bois  ordi- 


LES  BOIS  INDUSTRIELS  LVÛIGÈXES  ET  EXOTIQUES.  81 

nairement  d'un  beau  brun  verdàtre  vers  le  centre,  parsemé 
■de  larges  veines  brunes  varie  quelquefois  comme  couleur, 
■d'après  les  nombreux  échantillons  que  nous  avons  examinés, 
■du  jaune  rougeâtre  au  gris  noirâtre.  Ses  couches  annuelles 
sont  peu  ou  point  distinctes  et  les  rayons  médullaires  invi- 
sibles. ï)ans  chaque  couche  concentrique,  les  fibres  des  veines 
prennent  une  direction  différente,  oblique  par  rajjport  au 
rayon  et  à  la  tangente,  ce  qui  explique  pourquoi  ce  bois  ne  se 
fend  qu'avec  la  plus  grande  difficulté.  Le  Gaïac,  extrêmement 
lourd,  compact,  est  presque  aussi  dur  que  le  bois  de  fer.  Ino- 
dore à  froid,  il  exhale  une  odeur  aromatique  lorsqu'on  le 
frotte  énergiquement.  sa  saveur  amère  et  balsamique  est  due 
à  une  matière  résineuse  renfermée  dans  le  tissu  cellulaire. 

Employé  principalement  pour  le  tour,  le  Gaïac  offre  une 
texture  fine  et  serrée  qui  le  rend  propre  à  remplacer  les  mé- 
taux pour  la  confection  des  essieux  de  poulies,  des  roulettes 
•de  meubles,  des  dents  d'engrenages  et  autres  pièces  de  méca- 
nique, appelées  à  subir  des  chocs  et  des  frottements.  Il  est 
très  estimé  des  corroj-eurs  qui  en  font  des  chevalets  pour 
amincir  le  cuir.  On  en  fait  aussi  des  mortiers,  des  boules  à 
jouer,  des  montures  d'outils,  etc.  Aux  Antilles,  le  Gaïac  est 
recherché  pour  la  confection  des  diverses  pièces  qui  entrent 
dans  la  construction  des  moulins  de  canne  à  sucre. 

On  distingue  commercialement  deux  sortes  de  bois  :  le 
Gaïac  J)lanc,  que  l'on  reçoit  des  colonies  françaises,  espa- 
gnoles et  portugaises,  en  bûches  de  2  mètres  de  longueur, 
sur  un  diamètre  de  15-20  centimètres,  et  le  Gaiac  noir,  de 
Haïti,  [dus  dur  et  plus  foncé  que  le  précédent  ;  c'est  le  plus 
estimé  et  le  plus  cher,  ses  bûches  sont  aussi  plus  grosses. 

Considéré  au  point  de  vue  de  ses  propriétés  médicinales,  le 
Gaïac  a  joui  pendant  plusieurs  siècles  d'une  réputation  antisy- 
philitique et  faisait  partie  des  quatre  bois  sudorifiques  de 
l'ancienne  pharmacopée.  Sans  être  entièrement  abandonné 
<le  nos  jours,  on  ne  le  considère  guère  maintenant  que  comme 
un  adjuvant,  utile  dans  certains  cas. 

Le  bois  de  Gaïac  se  compose  chimiquement  de  résine,  d'un 
principe  extractif  amer,  et  piquant,  d'un  principe  extractif 
muqueux,  de  sels  minéraux  et  de  matière  colorante. 

La  ràpure  du  bois  agit  comme  sternutatoire.  Par  l'action 
de  l'air  et  principalement  de  la  lumière,  elle  subit  un  change- 
ment de  coloration  très  sensible.  D'abord  jaunâti'e,  elle  dc- 

20  Juillet   i«i)-2.  6 


82  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

vient  ensuite  plus  foncée  et  prend  lentement  une  teinte  ver- 
dâtre,  que  l'on  peut  obtenir  immédiatement  en  traitant  la 
poussière  ligneuse  par  l'eau  de  chlore  et  les  hypoclilorites 
alcalins. 

Nous  citerons  encore,  dans  ce  genre,  les  espèces  sui- 
vantes : 

Guaiacum.  o'rboreianDC.  [Zygophyllum  arborewnJ kCQ.)^ 
originaire  de  l'Amérique  centrale  où  il  est  désigné  sous  le 
nom  de  «  Vera,  Palo  sano,  Gayacan  »  au  Venezuela  et  de 
a  Quiebracha  et  Chumcintoc  »,  au  Mexique.  Bois  très  dur, 
incorruptible  dans  l'eau  et  inattaquable  par  les  insectes,  bon 
pour  l'ébénisterie  et  la  confection  des  traverses  de  chemins 
de  fer. 

Guaiacum  sancliim  h:  «  Bois  saint,  Bois  de  vie  ».  Cette 
espèce  diffère  du  Gaïac  officinal  par  ses  folioles  plus  nom- 
breuses, plus  longuement  obovales,  moins  rigides  et  moins 
lisses;  elle  habite  plus  particulièrement  les  régions  septen- 
trionales de  l'Amérique.  Son  bois,  semblable  à  celui  du  G. 
officinale,  ne  s'en  distingue  que  par  sa  teinte  plus  claire  vers 
le  centre  :  l'aubier  de  couleur  fauve,  translucide  sur  les  bords, 
et  d'apparence  cornée,  est  dur  et  compact.  Le  bois  et  l'écorce 
de  cette  espèce  servent  à  l'extraction  d'une  résine  employée 
en  médecine,  mais  considérée  comme  moins  active  que  celle 
du  Gaïac  ordinaire. 

Guaiacum  verticale  Ortega.  Cuba  :  «  Guayacancillo  •., 
Son  bois  s'emploie  dans  les. mêmes  conditions  que  le  Gaïac 
oflîcinal  et  plus  particulièrement  pour  i)oulies  et  monfiles  de 
vaisseaux. 

PORLIERA  HYGROMETRIGA  H.  et   Pav. 
Gaiac  du  Chili. 

Guaiacum  hi/grometncum  II.  Bn. 

Cliili  :  Gayacan.  Pérou  :  Turucasa.  République  Argeniine  :  Chucuj.i, 
Cucharrero,  Giiayacan. 

Arbre  de  très  petites  dimensions  dont  la  tige  est  recouverte 
d'une  écorce  très  rugueuse,  grise  à  la  surface,  mince,  dure, 
de  couleur  noirâtre  intérieurement.  Cette  espèce,  que  l'on 
rencontre  au  Chili,  à  la  Réi)ublique  Argentine  et  au  Pérou, 


LES  BOIS  INDUSTRIELS  INDIGÈNES  ET  EXOTIQUES.  83 

est  remarquable  par  les  mouvements  de  ses  folioles  qui  s'éta- 
lent ou  se  rapprochent,  suivant  que  l'atmosphère  est  sèche  ou 
chargée  d'humidité,  particularité  qui  lui  a  valu  son  nom 
spécifique. 

L'aubier  est  assez  mince  et  de  couleur  jaune  pâle  ;  le  cœur, 
d'un  vert  brun  très  foncé,  devenant  même  presque  noir  à 
l'air,  est  très  lourd  et  très  pesant.  Les  qualités  de  force  et  de 
résistance  de  ce  bois  le  font  employer,  malgré  ses  faibles 
dimensions,  pour  manches  et  montures  d'outils,  cannes, 
fouets,  etc.  En  médecine,  on  se  sert  de  sa  teinture  alcoolique 
comme  sudorifique  au  même  titre  que  celle  du  Gaiac. 

Au  Chili,  le  P.  hygrometrica  est  employé  en  médecine 
comme  vulnéraire  et  antisyphilitique  et  contre  les  douleurs 
rhumatismales. 


FAMILLE   DES   GERIANAGEES. 

Les  Géraniacées  sont  composées  d'herbes  étalées  ou  grim- 
pantes, d'arbrisseaux  quelquefois  charnus,  très  rarement 
d'arbres.  Leurs  feuilles  sont  opposées  ou  alternes,  avec  ou 
sans  stipules,  simples  ou  composées,  le  plus  souvent  à  ner- 
vures ou  à  divisions  palmées,  plus  rarement  pinnatiséquées. 
entières  ou  crénelées  sur  leur  contour. 

Les  espèces  de  cette  famille  se  rencontrent  dans  les  parties 
tempérées  de  l'Amérique  méridionale,  dans  presque  toutes  les 
régions  chaudes  ou  tempérées  de  l'Asie  orientale  et  dans 
l'Afrique  australe,  hors  des  tropiques;  fort  peu  appartiennent 
à  l'Europe. 

L'acide  oxalique  abonde  dans  les  parties  herbacées  d'un 
grand  nombre  d'espèces  et  dans  le  fruit  charnu  de  certaines 
d'entre  elles  ;  d'autres  espèces  contiennent  un  suc  aqueux, 
renfermant  une  substance  acre,  d'une  saveur  analogue  au 
cresson,  qui  leur  donne  des  propriétés  antiscorbutiques. 
Quelques  Géraniacées  ont  une  racine  tubéreuse,  amylacée, 
quelquefois  alimentaire. 

Les  Averrlioa  sont  des  arbres  cultivés  dans  la  plupart  des 
pays  chauds  pour  leurs .  fruits,  usités  comme  aliment  et 
comme  condiment,  auxquels  on  accorde  également  des  pro- 
priétés médicinales. 


84  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

AVERRHOA  BILIMBI  L.  Carambolier  Blimbing. 

BUmbiiigum  ter  es  Rumph. 

Brésil  :  ^ilimhi.  Dukni  :  Balambu.  Guadeloupe  :  Cornichon.  Java  :  Blimbinff, 
Rli.nnlimi.  Malais  :  Bliernbieng,  BUembienfi  oeloe.  ^ondanais  :  Baliembienq 
bissie.  Tamoul  :  PouUlcha  miron,  Pulich-chakhay.  Téleiif^a  :  Piilusu-Kayalu. 

Arbre  à  cîme  arrondie  et  diffuse  ;  feuilles  alternes,  impari- 
pennées,  composées  de  19-21  folioles  oblongues,  aiguës,  en- 
tières et  molles. 

Originaire  des  Indes  orientales,  cette  espèce  est  cultivée 
aux  Antilles,  au  Brésil,  etc. 

Son  bois,  de  couleur  rouge  clair,  veiné  de  brun,  est  fort  joli, 
d'un  grain  assez  fin,  lourd  et  durable;  il  olfre  une  certaine 
difficulté  dans  la  mise  en  œuvre,  tant  par  la  facilité  avec  la- 
quelle il  se  fend  pendant  le  travail,  qu'à  cause  des  nœuds 
rapprochés  qui  s'y  rencontrent.  On  en  fait  des  meubles  et  di- 
vers ustensiles  d'économie  domestique  ;  malheureusement 
les  pièces  intactes  sont  assez  rares.  Les  petits  échantillons 
sans  défauts  peuvent  être  employés  à  la  fabrication  de  me- 
nus objets  tels  que  peignes,  rouets,  etc. 

Les  fruits,  charnus,  bacci  formes  ,  oblongs  ,  obtusément 
pentagonaux,  de  couleur  jaune,  plus  petits,  dans  toutes 
leurs  parties,  que  ceux  du  Carambolier  vrai,  se  mangent  ra- 
rement crus,  parce  qu'ils  sont  trop  acides  ;  on  les  confit  au  sel. 
au  vinaigre  ou  au  sucre  pour  les  adoucir  et  servent-ils  alors 
de  condiments.  On  les  cuit  aussi  avec  de  la  viande  ou  du 
poisson  qu'ils  relèvent  agréablement.  Ces  fruits  sont  encore 
employés  à  la  fabrication  d'un  sirop  estimé,  très  rafraîchis- 
sant, et  entre  dans  la  composition  des  achards.  En  médecine, 
on  les  prescrit  dans  les  fièvres,  les  phlegmasies,  etc.  ;  ils  sont 
antiscorbutiques   à  la  façon  des  Oxalis  et  des  Capucines. 

AVERRHOA  CARAMBOLA  L.  Carambolier  vrai. 

Prunum  stellatum  Rumph. 

Annamite  (viilp.)  :  Khê.  (raaiul.)  Yinig  tân  hoà.  Bengali  et  Ilindouslani  :  Mcetha- 
Kamaninria,  Karamunga.  Cambodge  :  ,S'/'«.  Guadeloupe  :  Carambole.  Malabar: 
Caramb-ila  Tamoul  :  Tamirlanka-marom.  Sanscrit  :  Kurntîirunga.  Télenga  : 
Tamarta-Kaiji. 

Arbre  d'une  hauteur  de  6-8  mètres,  sur  un  diamètre  de 


LES  BOIS  LNDUSTRIELS    INDIGÈNES  ET  EXOTIQUES.  85 

30-40  centimètres,  à  feuilles  pennées  avec  impaire,  croissant 
en  Cocliinchine,  dans  l'Inde  et  autres  pays  tropicaux,  et  sou- 
vent cultivé  aux  Antilles  comme  arbre  fruitier. 

Le  tronc,  noueux  et  tourmenté,  souvent  creux,  fournit  un 
bois  mou  et  léger,  d'une  texture  grossière,  à  fibres  assez 
longues,  assez  difficile  à  travailler,  et  sans  valeur  comme 
bois  d'œuvre  ;  il  est  parsemé  de  veines  noires  très  fines  sur 
im  fond  plus  clair,  mais  d'une  couleur  mal  définie.  Sa  densité 
approximative  est  de  0.560. 

Le  fruit,  ovale,  à  angles  aigus,  de  la  grosseur  d'un  œuf  de 
poule,  se  mange  cru  ;  son  goût  est  agréable  et  passe  pour 
exciter  l'appétit.  On  le  confit  au  sucre  et  on  en  fait  d'excel- 
lentes compotes.  Ce  fruit  est  encore  ordonné  dans  les  dy- 
senteries et  les  fièvres  bilieuses. 

FAMILLE    DES    RUT  ÂGÉES. 

Les  Rutacées  sont  des  herbes,  des  arbustes  ou  des  arbres 
épineux  ou  non,  à  feuilles  alternes  ou  opposées,  simples  ou 
composées,  avec  ou  sans  stipules,  souvent  parsemées  de 
points  glanduleux,  transparents  et  oléifères. 

La  plupart  des  Xantoxylées  habitent  les  régions  tropicales 
et  subtropicales  des  deux  mondes.  Ces  végétaux  sont  aro- 
matiques et  renferment,  notamment  dans  l'écorce  et  les 
feuilles,  une  huile  éthérée,  une  matière  résineuse  et  un  prin- 
cipe amer  qui  leur  donnent  des  propriétés  stimulantes  ou  fé- 
brifuges. Les  fruits  et  les  semences  de  plusieurs  espèces  sont 
employés  comme  condiments.  Tous  les  arbres  de  cette  tribu 
fournissent  des  bois  très  estimés,  appelés  aux  Antilles  <-  Bois 
épineux  ».  C'est  à  cette  tribu  qu'appartient  le  Jaborandi  [Pilo- 
carpus  pimiatifidus),  bien  connu  aujourd'hui  en  Europe 
pour  ses  propriétés  sudorifiques  et  sialagogues. 

Les  Ridées  sont  de  l'ancien  continent  et  croissent  sur  toute 
la  zone  tempérée  chaude  ;  elles  doivent  leurs  propriétés 
médicinales  à  une  substance  acre  et  résineuse  et  à  une  huile 
volatile  contenues  dans  les  parties  vertes. 

Les  Awxmtiées,  très  répandues  dans  les  cultures,  se  ren- 
contrent surtout  dans  les  régions  tropicales  de  l'Asie.  Ce 
sont  des  plantes,  dont  presque  toutes  les  parties  sont  munies 
de  vésicules,  sécrétant  une  huile  essentielle  odorante,  utilisée 


86  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

en  médecine  et  en  parfumerie  ;  leurs  fruits  sont  riches  en 
acides  citrique  et  malique.  Les  Citriis,  genre  le  plus  impor- 
tant de  la  tribu  des  Aurantiées,  sont  des  arbres  ou  des 
arbustes  d'un  port  élégant,  qui,  par  la  beauté  de  leur  feuil- 
lage, le  parfum  de  leurs  fleurs,  la  couleur  et  les  qualités 
nombreuses  de  leurs  fruits,  peuvent  être  considérées  avec 
raison  comme  une  des  plus  belles  et  des  plus  riches  pro- 
ductions du  règne  végétal. 

ACRONYCHIA    BAUERI   Schott. 
Acroni/ckia  Hillii  F.  Muell. 

Arbre  à  cime  arrondie,  légère,  d'un  vert  pâle,  dont  le  tronc 
atteint  une  hauteur  moyenne  de  10  mètres  sur  un  diamètre 
de  30  centimètres  environ.  Feuilles  opposées,  ovales,  légère- 
ment échancrées  au  sommet,  luisantes  et  coriaces,  nervures 
fines  et  saillantes  sur  les  deux  laces. 

Originaire  de  la  Nouvelle-Calédonie,  on  le  rencontre  encore 
en  Australie,  dans  la  Nouvelle-Galles  du  Sud  et  surtout  au 
Queensland,  où  il  croit  abondamment  dans  la  plupart  des 
taillis  qui  bordent  la  côte. 

Son  bois,  de  couleur  jaune,  à  grain  serré,  est  susceptible 
de  recevoir  diverses  applications,  mais  son  emploi  est  encore 
peu  répandu. 

Acronychia  Imiierforaia  F.  Muell.  Arbre  d'une  hauteur 
de  6-12  mètres  sur  un  diamètre  de  40-50  centimètres,  crois- 
sant naturellement  au  Queensland,  dans  les  taillis  qu'avoisine 
la  rivière  de  Brisbane.  Son  bois,  à  grain  serré,  d'un  travail 
facile,  n'est  pas  encore  très  employé. 

AcronycMa  lœvis  Forst.  (^.  laurina  F.  Muell;  Cijini- 
nosma  oWongifolium  A.  Cunn  ;  Laiosonia  Acronychia  L.  f.) 
colons  anglais  :  Moreton  Bay  YeUow-wood.  Arbre  de 
moyenne  grandeur,  à  tronc  élancé,  haut  de  10-15  mètres, 
sur  un  diamètre  de  40-50  centimètres.  Son  bois  offre  à  peu 
près  les  mêmes  qualités  que  celui  des  espèces  précédentes, 
mais  il  est  encore  peu  usité. 

Acronychia  peduncidata  Forst.  {Cyiiiinosmapedunculafa 
D.  C;  JamboHfera  pedunciilata  L.)  ;  Inde:  Jamholanem, 
Jamt>oI)Ohnem.  Cette  espèce,  originaire  des  Indes  orientales, 
fournit  un  bois  que  l'on  utilise  dans  les  constructions,  lorsque 


LES  BOIS  INDUSTRIELS  INDIGÈNES  ET  EXOTIQUES.  87 

l'arbre  a  acquis  des  dimensions  suffisantes.  Les  racines  et  les 
bourgeons  sont  aromatiques  et  servent  à  préparer  des  bains 
stimulants  ;  enfin,  les  fruits  se  mangent  confits  comme  les 
olives. 

JEGlaE  MARMELOS  Cohk. 
Bel  ou  Bêla  indien,  Cognassier  du  Bengale. 

Feronia  pellucida  Rot  h. 
Cratœva  marmelos  L. 
—       religiosa  Ainsl. 

Auglais  :  Bcnqal  quince,  ATamielos.  Arabe  et  Persaa  :  Shnl.  Inde  ;  Bhel,  Bad, 
Cocalam,  Mahura.  Aunamiie  vui^^aire  :  Nâu.  Cochiachine  :  Oranger  de 
Malabar.  Java  :  Madja.  Malais  :  Tangkoeloe. 

Arbre  de  moyenne  taille,  offrant  une  certaine  analogie  avec 
l'oranger  et  le  citronnier,  dont  le  tronc,  d'une  rectitude  par- 
laite  et  peu  ramifié,  est  recouvert  d'une  écorce  cendrée. 
Feuilles  imparipennées  ou  simplement  trifoliées,  à  folioles 
oblongues,  lancéolées,  à  pointe  recourbée  au  sommet. 

Originaire  des  régions  montagneuses  ouest  de  la  côte  de 
Coromandel,  cette  espèce  croit  communément  au  Malabar  et 
au  Bengale,  dans  les  lieux  déserts,  les  forêts  intérieures  et 
sur  la  côte  de  Bombay  ;  on  la  rencontre  encore,  à  l'état  de 
culture,  en  Cochincliine  et  dans  les  Indes  néerlandaises. 

Son  bois,  qui  })résente  une  certaine  dureté,  est  employé  par 
les  indigènes  pour  la  confection  de  leurs  meubles  ;  ils  en 
tirent  aussi  diverses  pièces  utilisées  dans  la  construction 

Au  Malabar,  l'écorce  et  les  racines  sont  données  en  décoc- 
tion dans  les  fièvres  intermittentes,  les  aftéctions  cardiaques, 
l'hypocondrie,  etc  ,  et  les  feuilles  dans  l'asthme  et  la  bron- 
chite. Les  fleurs  donnent  un  parfum  très  suave. 

ATALANTIA  MONOPHYLLA  Cork. 

Limonia  monophylla  L. 
Trichilia  spinosa  Willd 
Turrcsa  virens  Hellen.  uon  L. 

Tamoul  :  Courouttay,  Cat-Korundoo.  Télenga  :  Udivi-nima. 

Arbre  de  très  petites  dimensions,  à  feuilles  persistantes, 
simples,  oblongues,  entières,  épaisses,  échancrées  au  sommet, 
■croissant  naturellement  dans  plusieurs  parties  de  l'Inde. 


88  KEVUE  DES   tJGlENCEtJ  NATURELLES   AITLIQI  ÉKS. 

Cette  espèce  fournit  un  beau  bois  d'une  grande  dureté  et 
prenant  bien  le  poli  ;  malheureusement  le  peu  d'élévation  de 
l'arbre  qui  le  fournit  emr>èdie  d'en  tirer  des  pièces  quelque 
peu  importantes.  Cependant,  il  est  facile  de  l'employer  avan- 
tageusement dans  la  petite  mécanique,  pour  faire  des  rou- 
lettes, des  poulies,  des  dents  d'engrenage,  ainsi  que  pour  la 
confection  de  jouets  d'enfants,  boules,  quilles,  etc.  D'après 
l'échantillon  que  nous  possédons,  nous  pensons  quïl  pourrait 
être  de  quelque  utilité  pour  la  gravure  sur  bois. 

Les  baies  servent  à  préparer  une  huile  d'une  odeur  agréable 
qui  constitue  un  bon  remède  externe  contre  la  paralysie  lo- 
cale et  le  rhumatisme  chronique. 

Aialantia glaucallooK.  [Triphasia  glaucaLi^DL  )  Queens- 
land  :  Cumquat.  Arbre  de  petites  dimensions,  d'un  port  élé- 
gant, croissant  spontanément  dans  la  Nouvelle-Galles  du 
Sud  et  au  Queensland  où  il  est  surtout  abondant  dans  les  dis- 
tricts des  Darlings  Downs  et  de  Maranoa.  Son  bois  est  d'un 
grain  fin,  serré  et  prend  un  beau  i)oli,  mais  ses  dimensions  ne 
permettent  guère  de  l'employer  qu'à  la  confection  de  menus 
objets.  Ses  fruits  ne  sont  pas  comestibles,  mais  pourraient 
vraisemblablement,  suivant  M.  Ch.  Naudin,  être  améliorés 
par  la  culture  ;  c'est  d'ailleurs  une  espèce  digne  d'attirer  l'at- 
tention des  acclimateurs. 

GITRUS  AURA.NTIUM   L.  Oranger  doux. 

Citrus  aurantium  vulgare  Poit.  cl  Risso. 

Amérique  du  Sud  :  Nnranja  ou  Nnranjo  dulce.  Aniiainiie  vulg.  :  Catn  tien 
(Mand.  :  Càn  au).  Arabe  :  Narunj.  Bonfrali  :  Knmla,  Komla-neloo.  Brésil  ; 
Lanrangeira.  Cambodge  :  Krânch  pôii-sal.  Ilindouslani  :  Nerunga.  Narungee. 
Italien  :  Melarancio.  Persan  :  Narendj.  Sanscrit  :  Nngrunga,  Nagarunya. 
Taïti  :  Anani.  Tamoul  :  Simë-nartem-marom, 

L'Oranger  qui,  dans  les  cultures  de  l'Europe  méridionale, 
n'est  guère  qu'un  arbuste  ou  un  petit  arbre  très  ornemental, 
atteint  environ  15  mètres  de  hauteur  sur  un  diamètre  de  50 
centimètres  dans  l'Amérique  du  Sud,  et  pourrait  même  ac- 
quérir les  dimensions  d'un  arbre  forestier  s'il  était  abandonné 
à  lui-même.  Son  tronc  droit  et  nu,  est  couronné  par  une 
cime  arrondie,  dense  et  d'un  vert  sombre,  du  plus  gracieux 
effet. 

Feuilles  persistantes,  ovales-oblongues,  aiguës,  légèrement 


LES   J3U1S    INDLSTUIKLS   INDIGENES   ET   EXOTIQUES.  89 

serretées  sur  les  bords,  lisses,  luisantes,  subcoriaces,  portées 
sur  des  rameaux  anguleux  le  plus  souvent  épineux  ;  tieurs 
blanches  très  odorantes. 

Originaire  de  l'Indo-Cliine,  selon  toute  vraisemblance,  l'O- 
ranger a  été  introdnit  en  Europe  par  les  Portugais  au  xv<^ 
siècle.  Largement  cultivé  dans  l'Inde,  en  Chine,  en  Océanie 
et  autres  régions  chaudes  du  globe,  il  s"est  entièrement  na- 
turalisé dans  l'Amérique  du  Sud  où  on  le  rencontre  surtout 
au  Brésil,  au  Mexique,  à  la  République  Argentine,  etc. 

L'Oranger  Iburnit  un  bois  blanchâtre,  sans  veines  appa- 
rentes, quelquefois  teinté  de  rouge  vers  le  centre,  présentant 
le<^  mêmes  qualités  et  servant  aux  mêmes  usages  que  celui 
du  Citronnier-limonier  avec  lequel  on  le  confond,  du  reste, 
dans  le  commerce.  Mentionnons  toutefois  un  usage  particulier 
pour  cette  espèce:  En  Algérie  on  plante  souvent  l'Oranger 
en  haies  vives,  et,  deux  ans  ai)rès,  on  recèpe  les  jeunes  sujets 
tout  près  du  sol  ;  les  jets  qui  en  partent  sont  très  droits  et  de 
grosseur  presque  uniforme.  Ces  baguettes  noueuses  sont 
alors  coupées  au  bout  de  la  deuxième  année  et  exportées  en 
grande  partie  en  Angleterre  où  elles  sont  très  recherchées 
pour  la  fabrication  des  cannes,  des  manches  de  parapluies  et 
d'ombrelles.  Leur  valeur  marchande  est  d'environ  15  francs 
le  cent.  La  densité  moyenne  de  l'Oranger  est  de  0,793,  son 
élasticité  de  1,414  et  sa  résistance  à  la  rupture  de  1,103  ;  sa 
cassure  est  longue  et  fibreuse. 

CITRUS  BIGARADIA  Duham.  Bigaradier,  Oranger  amer. 

Citrus  viilgaris  Risso. 

—  aurantlum  var.  a  amara  Desp. 

—  —         var.  Bigaradia  Brand.  et  IIook. 

Arabe:   Aroidj.   Japon  ;    Daïdaï.    République    Arfienline  :    Naranjo   afjio  ou 
amargo.  Salvador  :  Ncuanja  agria.  Tamoul  :  Nartem-matom. 

Petit  arbre  très  décoratif,  à  tronc  droit,  recouvert  d'une 
écorce  grise  assez  lisse,  à  rameaux  très  épineux,  moins  élevé 
que  l'Oranger  doux  ;  feuilles  elliptiques-aiguës,  crénelées,  à 
pétiole  ailé  ;  fleurs  blanches,  disposées  en  bouquets  :  ce  sont 
les  plus  grandes  et  les  plus  odorantes  du  genre. 

Originaire  du  nord  de  l'Inde,  comme  l'Oranger  doux  dont 
elle  semble  n'être  qu'une  des  formes,  cette  espèce  est  cultivée 
en   Asie,    en  Amérique,   ainsi   que  dans   toutes  les   parties 


90  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉKS. 

chaudes  du  littoral  de  la  Méditerranée,  surtout  en  Espagne. 
C'est  la  plus  répandue  dans  les  orangeries,  et  les  célèbres 
Orangers  de  Versailles  sont  en  réalité  des  Bigaradiers. 

Son  bois,  d  un  blanc  grisâtre,  compact,  lourd  et  assez  dur, 
est  excellent  pour  le  tour  et  autres  travaux  exigeant  peu  de 
volume,  mais  il  est  moins  employé  que  celui  des  Citronniers. 
A  la  République  Argentine  où  cette  espèce  est  abondante,  le 
Bigaradier  est  utilisé  pour  manclies  d'outils,  essieux  de  char- 
rettes, meubles  et  autres  objets  tournés.  Sa  densité  varie 
entre  0,704  et  0,946. 

L'Oranger  amer  est  l'espèce  la  plus  importante  au  point  de 
vue  médical  et  industriel,  car  il  constitue  la  source  véritable 
des  Ecorces  d'oranges  amères,  des  feuilles  d'Oranger  usitées 
comme  antispasmodiques,  de  l'Eau  distillée  de  fleur  d'oranger 
et  de  l'essence  de  Néroli. 

CITRUS  DEGUMANA  Wilf.d. 
Pamplemoussier,  Pompoléon,  Ghadek. 

CUrus pampelmos  Porr.  et  Risso. 

An^rlais  :  PampeUnose,  Ponieloe,  Shad'lork.  Annamite  vulg.  :  Buoi,  Bouï. 
Mand.  :  Yeôa.  Cambod^re  :  Krank  thlông.  (iuadeloupe  :  Chaddec,  Fruit 
déf'Mdu.  Hindouslaui  :  Batavi-neboo,  Siiifjtarû.  Indes  néerlandaises  :  Djêroek 
halie,  Djëroeh  iiia'jaiiff.  Japon  :  Jalon,  Znbon,  Azahon,  Buitan.  Uépublique 
Argeuliue  :  Ctdm.  Heunion  :  Citronnier  doux.  Salvador  :  2'oronja. 

Petit  arbre  ornemental,  à  tronc  droit,  haut  de  6-7  mètres 
sur  un  diamètre  de  50-60  centimètres,  à  rameaux  inermes  ou 
épineux,  dont  la  tige  est  recouverte  d'une  écorce  grisâtre,  un 
peu  rugueuse.  Feuilles  très  amples,  épaisses,  à  pétiole  lar- 
gement ailé. 

Originaire  de  l'.'ndo-Chine,  cette  espèce  croît  ou  est  cul- 
tivée, dans  l'Inde,  en  Cochinchine,  les  Indes  néerlandaises, 
les  Antilles,  la  Guyane,  l'Amérique  du  Sud,  etc.  ;  elle  a  été 
introduite  avec  succès  à  la  Réunion  et  dans  notre  colonie 
algérienne. 

Son  bois,  de  couleur  gris  jaunâtre,  i)lus  rarement  d'un 
jaune  vif,  est  assez  dur,  d'une  densité  moyenne  et  d'un  tra- 
vail facile  ;  d'un  grain  lin  et  serré,  à  fibres  longues  et  droites 
ou  légèrement  ondulées  lorsque  l'arbre  est  très  noueux,  il 
prend  très  bien  le  poli  et  i)eut  être  travaillé  sur  le  tour 
comme  le  buis.  Par  sa  beauté,  ce  bois  convient  très  bien  aux 


LES  BOIS  INDUSTRIELS  INDIGÈNES  ET  EXOTIQUES.  91 

travaux  d'ébénisterie,  de  tabletterie  et  de  marqueterie.  Les 
Annamites  le  débitent  ordinairement  en  planches  pour  la 
menuiserie  intérieure,  car  il  résiste  mal  aux  intempéries  ;  ils 
en  font  aussi  d'élégantes  boites  à  bétel  et  à  tabac.  Sa  densité 
est  de  0,780  environ. 

Le  fruit  ou  Pamplemousse  est  une  baie  subgiobuleuse  ou 
pyriforme,  d'un  jaune  pâle  ou  verdâtre,  à  écorce  lisse  et  odo- 
riférante, dont  le  volume  atteint  six  ou  huit  fois  celui  d'une 
orange  ordinaire.  A  l'intérieur,  se  trouve  une  pulpe  blanche 
ou  rouge,  tantôt  épaisse,  spongieuse,  fade  et  insipide,  tantôt 
douce,  sucrée,  acidulé  et  d'un  goût  agréable,  suivant  les 
variétés  très  nombreuses  de  cette  espèce.  En  général,  dans 
nos  colonies,  ce  fruit  est  très  apprécié  et  considéré  comme 
une  excellente  orange,  mais  son  usage  le  plus  important  con- 
siste dans  la  préparation  de  confitures  et  de  conserves  au 
sucre.  La  confiserie  tire  également  partie  de  son  écorce  et 
la  parfumerie  de  son  huile  essentielle. 

CITRUS  LIMONUM  Risso. 
Limonier  et  improprement  Citronnier. 

P  Citrus  medica  limonum  Gall. 
—         —      var.  acida  Desf. 

Anglais;  Lemon.  Annamite  vuIîî.  :  Cûni  non,  Chanh  mai  (Mand.  :  l^sin  p)/). 
Arabe  :  Limoun.  Bengali  :  Korna-neboo.  Neeboo,  Beg-poora.  Cambodge  : 
Kranch  inôn,  Kranch  chhiaar,  Hiudouslaiii  :  Leemoo,  Luna,  Leehoo,  Limbu, 
Neemoo,  Nhnbu.  Italien  :  Limone.  Japon  :  Touzoîc,  Yudzu,  Uzii-,  Mexique  : 
Limoiiero.  Paraguay  :  Toronija.  République  Argentine  :  Limon,  Sauscnt  ; 
Nimbuka,  JMniliooka,  Beeja-jjoora.  Tamoul  :  Elimitcham-maron. 

Arbre  de  taille  moyenne,  à  tige  droite,  recouverte  d'une 
écorce  gris-verdâtre,  très  ramifiée,  à  branches  anguleuses, 
souvent  munies  d'épines  aiguës.  Feuilles  persistantes,  alternes, 
ovales-oblongues,  aiguës,  entières  ou  un  peu  denticulées 
sur  leur  contour,  d'un  vert  un  peu  jaunâtre,  les  jeunes 
pousses  et  les  bourgeons  d'un  pourpre  rougeâtre.  Fleurs 
odorantes,  blanches,  lavées  extérieurement  de  violet. 

Originaire  du  nord-ouest  de  l'Inde,  le  Limonier  a  été  intro- 
duit en  Europe  vers  la  fin  du  xv"  siècle  ;  il  est  abondamment 
cultivé  aux  Açores  et  aux  Canaries,  ainsi  que  dans  toute  la 
région  méditerranéenne.  Par  la  culture,  cette  espèce  a  donné 
naissance  à  plusieurs  variétés,  dont  une  à  pulpe  douce. 


92  REVUE  DES  SClEiNCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Le  Limonier  donne  un  bois  jaune- clair,  rarement  veiné, 
dense,  inodore,  dur,  compact  et  un  peu  noueux  ;  il  est  très 
liant  et  son  grain  fin  et  serré,  le  rend  propre  à  recevoir  un 
beau  poli.  Pour  être  d'une  longue  durée,  ce  bois  doit  être 
soumis  pendant  deux  mois  environ,  à  l'action  de  l'eau  cou- 
rante, aussitôt  après  sa  coupe. 

Excellent  pour  les  travaux  d'ébénisterie  de  luxe,  il  est 
également  recherché  pour  la  marqueterie  et  la  tabletterie, 
coffrets,  étuis,  mesures  articulées,  etc.  Quoique  moins  beau 
que  le  buis,  il  peut  être  utilisé  dans  les  mêmes  conditions, 
pour  tous  les  ouvrages  tournés.  En  Amérique  et  aux  colonies, 
où  l'arbre  acquiert  de  plus  fortes  dimensions,  on  l'emploie 
souvent  dans  la  construction,  ainsi  que  pour  la  confection  de 
diverses  pièces  de  carrosserie,  des  manches  d'outils,  des 
mortiers  à  décortiquer  le  riz,  etc. 

En  Europe,  le  bois  d'Oranger  et  de  Citronnier  est  rare  et 
toujours  d'un  prix  élevé.  Celui  qu'on  rencontre  dans  le  com- 
merce provient  presque  exclusivement  des  arbres  abattus 
par  une  cause  accidentelle  ou  par  suite  de  stérilité,  les  arbres 
sains  étant  soigneusement  conservés  pour  leurs  fleurs  et  leurs 
fruits.  Lorsque  les  arbres  commencent  à  ne  plus  produire, 
le  bois  a  presque  toujours  subi  une  altération  profonde  qui 
lui  fait  perdre  la  teinte  et  les  qualités  qui  lui  donnent  sa 
valeur. 

CITRUS  MEDIGA  Gall. 
Citronnier  vrai,  Cédratier,  Citronnier  des  Juifs. 

Citrus  cedra  Ferr. 
—     medica  cedra  Gall. 

Anglais  :  Citron.  Arabe  :  Utrej.  Ilindoustani  :  Bejoura,  Bijouree.  Italien  :  Cedro. 
Persan  :  Turcre.  Sanscrit  :  Beeja-poora.  Tnïti  :  Taporo.  Tunisie  :  Trendj. 

Arbre  de  moyenne  taille,  n'acquérant  guère  que  les  dimen- 
sions d'un  petit  arbuste  de  3-4  mètres  dans  l,s  cultures 
spéciales.  Feuilles  amples,  oblongues  ou  ovales-oblongues, 
plus  allongées  que  dans  les  autres  espèces,  arrondies  à  la 
base,  un  peu  obtuses  au  sommet.  Fleurs  pourpres  ou  violacées 
en  dehors,  blanches  intérieurement,  odorantes,  se  succédant 
pendant  presque  toute  l'année. 

D'origine  indienne  ou   indo-chinoise,   cette  espèce  a  été 


LES  BOIS  INDUSTRIELS   INDIGÈNES  ET  EXOTIQUES.  93 

introduite  en  Italie  au  iii«  siècle  ;  c'est  la  seule  qui  ait  été 
connue  des  Grecs  et  des  Romains.  Sa  culture  est  aujourd'hui 
très  répandue  aux  Açores,  à  Madère,  en  Chine,  etc.,  ainsi  que 
dans  les  régions  de  l'Alrique  septentrionale  et  du  midi  de 
l'Europe,  notamment  en  Corse,  où  elle  a  pris  une  extension 
considérable,  favorisée  par  la  nature  du  climat  et  surtout  par 
les  prix  élevés  qu'atteignent  actuellement  sur  les  marchés 
les  excellents  produits  de  l'arbre. 

Le  bois  du  Cédratier,  d'une  belle  couleur  jaune,  dur  et 
compact,  présente  la  plus  grande  analogie  avec  celui  des 
espèces  précédentes  et  ne  lui  cède  en  rien  sous  le  rapport  de 
la  beauté  ;  excellent  pour  le  tour  et  autres  travaux,  il  est 
d'un  grand  usage  pour  la  marqueterie  et  l'ébénisterie  fine. 

Le  fruit,  appelé  communément  Cédrat,  se  distingue  du 
limon  et  antres  espèces  de  citrons  par  son  volume,  l'épais- 
seur de  son  écorce  et  la  partie  beaucoup  plus  faible  occupée 
par  la  pulpe  :  c'est  une  baie  ovoïde  ou  oblongue,  d'un  jaune 
pâle  ou  doré,  inégalement  rugueuse  ou  mamelonnée  à  la 
surface,  renfermant  une  pulpe  acide  mais  peu  abondante. 

Le  Cédrat  n'est  pas  comestible,  mais  peut  servir  à  faire  de 
bonnes  confitures.  Son  écorce,  qui  est  très  aromatique,  est 
recherchée  des  confiseurs,  (jui  la  préparent  au  sucre  et  en 
font  une  excellente  friandise.  L'écorce  de  Cédrat  se  rencontre 
dans  le  commerce,  coupée  en  tranches  de  couleur  verdâtre, 
légèrement  diaphanes,  couvertes  d'une  efflorescence  de  sucre. 
Ces  tranches  possèdent  une  saveur  extrêmement  suave  et  se 
vendent  en  boîtes  de  diverses  grandeurs.  On  confit  également 
au  sucre  les  fruits  entiers,  qui  prennent  alors  le  nom  de 
Poncires . 

On  retire  aussi  de  cette  écorce,  soit  par  compression,  soit 
par  distillation,  une  huile  volatile  d'une  odeur  agréable  de 
citron,  emplojée  en  parfumerie  sous  le  nom  (Vesseiice  de 
Cédrat. 

Les  fleurs  fournissent  un  produit  semblable  au  Néroli, 
mais  moins  estimé. 

{A  snh-)-c.\ 


II.  CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS. 


Une  variété  constante  de  Chevreuil,  —  De  1860  à  67  et 
de  1886  à  88  l'on  observa  et  captura  à  plusieur>^  reprises  en  Alsace 
des  Chevreuils  dont  le  pelage  était  bariole'  de  blanc  et  de  brun. 
Celte  race,  affirrae-t-on,  serait  constante  et  continuerait  à  multiplier 
dans  la  région.  On  écrivait  à  ce  sujet  :  «  On  reconnaît  ces  Chevreuils 
:>  à  une  très  grande  distance  dans  la  montagne,  car  leurs  marques 
»  éclalent  de  blancheur.  Le  soir  même,  et  de  nuit,  on  les  distingue 
»  facilement.  C'est  un  joli  spectacle  de  voir  ces  animaux  bariolés 
»  prendre  leur  course.  »  G. 

Pigeons  messagers.  —  Dans  New-York,  au-dessus  du  carre- 
four formé  par  le  Cortland  Street  et  Washington  Street,  on  voit  sou- 
vent s'envoler  de  nombreux  Pigeons  voyageurs.  A  l'étage  le  plus 
élevé'  d'une  des  maisons,  habite  une  dame  qui  les  élève  et  les  prend 
même  en  pension.  Elle  possède  actuellement  300  oiseaux  des  meil- 
leures races.  Dans  la  ville,  les  gens  d'affaires  s'en  servent  beaucoup 
pour  porter  les  dépêches.  (Public  Ledger,  Philadelphie.) 

Les  essais  d'élevage  artificiel  de  la  Morue  et  de  rem- 
poissonnement  de  la  mer,  lente's  il  y  a  cinq  ans  le  long  des 
côtes  de  Massachusseis-  par  la  Commission  de  pêche  des  Etais  Unis 
de  l'Amérique  du  Nord,  ont  donne'  dos  résultats  fort  satisfaisants. 
En  1889,  les  pêcheurs  virent  un  très  grand  nombre  de  petites  Morues 
sur  des  bancs,  prés  de  Nantoukett,  et  en  1890,  il  fut  pris  4  millions  de 
livres  environ  de  poissons,  pour  la  somme  de  114.000  dollars.  Dans  ce 
nombre,  nous  ne  comptons  qie  les  animaux  ayant  atteint  la  taille 
exigée  dans  le  commerce.  C'est  là  une  démonstration  irréfutable  eu 
faveur  de  l'utilité  de  l'élevage  artificiel  de  la  Morue,  et  les  pêcheurs 
qui  se  montraient  fort  sceptiques  à  l'endroit  des  expe'riences  de  ce 
genre  en  ce  qui  concerne  le  poisson  de  mer,  s'avouent  convaincus  —  à 
leur  très  grande  satisfaction.  C.  K. 


c* 


I/épidémie  chez  les  Saumons  dans  le  sud  de  l'Ecosse. 

—  Une  maladie  des  Salmonidés  connue  sous  le  nom  de  Saprolegnia  so 
développe  d'un  façon  alarmante  dans  les  couis  d"eau  de  l'Ecosse. 
Dans  quelques  parties  de  la  rivière  Annam,  presque  tous  les  Saumons 
et  les  Grilses  sont  plus  ou  moins  atteints  par  ce  champignon  que  quel- 
ques auteurs  classent  dans  les  algues  ;  on  retire  chaque  jour  de  ce 
cours  d'eau  des  poissons  morts  ou  mourants.  Près  du  barrage  de 
Newbie  Mill  on  eu  a  trouvé  plus  d'une  vingtaine.  Cette  maladie  est 
surtout  regrettable  en  ce  qu'elle  atteint  les  Saumons  de  remonte,  car 


CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS.  96 

on  a  recueilli  des  individus  infestés  qui  avaient  séjourne'  pendant  une 
semaine  dans  la  rivière  ;  ils  e'taient  aveugles. 

Le  Saprolegnia  s'est  répandu  dans  les  eaux  de  Hoddom  Caslle.  Pour 
la  contrée  du  mont  Annam,  on  Ta  signalé  daus  les  cours  d'eau  de 
Castlemilk,  prés  de  Murraithwaite  et  de  Dormont,  voire  même  dans 
des  régions  éleve'es.  Pendant  huit  jours  on  a  trouvé  dans  le  Border 
Esk  une  quantité  de  Saumons  morts  de  l'épide'mie.  Elle  s'est  encore 
de'clare'e  dans  le  Xith  supérieur  et  les  rivières  de  Galloway. 

Si  la  crue  des  eaux  arrivait  maintenant,  elle  emporterait  tous  les 
poissons  infosle's  vers  la  mer,  et  la  contagion  serait  airèlée.         De  S 

La  Gomme  éléphantine.  —  A  Ceylan  et  dans  llnde,  on  re'coUe 
abondamment,  à  l'aide  d'incisions  pratiquées  sur  l'e'corce  du  Feroaia 
elephantum,  une  gomme  incolore  ou  légèrement  colorée  en  jaune,  qui 
se  présente  en  masses  irrëguliéres  et  assez  volumineuses.  Cette 
gomme,  connue  sous  le  nom  de  Gomme  éléphantine,  est  très  fragile  et 
entièrement  solublo  dans  l'eau.  Comme  elle  se  dessèche  facilement, 
elle  se  fendille  à  la  surface  qui  devient  opaque  et  se  de'tache  par  frag- 
ments brillants  ou  sous  forme  d'écaillés  transparentes. 

De  toutes  les  gommes  de  l'Inde,  c'est  celle  qui,  par  son  aspect  et 
ses  propriéte's,  offre  le  plus  d'analogie  avec  la  gomme  arabique,  à  la- 
quelle on  peut  la  substituer  dans  l'industrie  et  pour  l'usage  médical. 
On  la  reconnaît  cependant  assez  facilement  parce  qu'elle  conserve 
souvent  quelques  fragments  jaunes  d'ocorce.  De  plus,  scn  mucilage 
avec  l'eau  est  plus  visqueux  que  celui  de  la  gomme  arabique;  sa  solu- 
tion est  précipitée  par  presque  tous  les  re'actifs  et  rougit  le  tournesol. 
En  effet,  traitée  par  l'acide  azotique  fumant  elle  donne  des  cristaux 
d'acide  mucique.  La  gomme  cle'phantique  est  peu  répandue  dans  le 
commerce,  mais  les  natifs  de  l'Inde  s'en  servent  beaucoup,  pulvérise'c 
et  additionnée  de  miel,  pour  combattre  la  diarrhée  et  la  dysenterie. 

Le  fruit  du  Feronia  elephantum,  appelé'  «  Eléphant  Apple  ou  Wood 
Apple  »  par  les  Anglais,  est  une  baie  subgloluleuse,  de  la  grosseur 
d'une  Orange,  de  couleur  gris  blanchâtre.  Sous  une  écorce  li- 
gneuse, se  trouve  une  pulpe  rosâtre,  comestible,  acidulé,  très  agréable 
au  goût,  avec  laquelle  on  prépare  aussi  soit  des  gele'es  le'gèrement  as- 
tringentes, soit  des  boissons  rafraîchissantes  eu  y  ajoutant  de  l'eau  et 
du  sucre.  Ce  fruit,  cueilli  à  demi  miir  et  se'che',  est  parfois  substitue' 
dans  le  commerce  au  Bêla  indien  {^gle  Marmelos) . 

Les  graines  nombreuses,  oblongues,  comprimées,  renferment  un  em- 
bryon blanc  et  charnu  qui  donne,  par  expression  à  froid,  une  huile 
incolore,  de'pourvue  d'amertume,  utilisée,  dans  la  peinture. 

M.  V.-B. 


m.  BIBLIOGRAPHIE. 


Les  Hommes  des  Bois.  —  Episodes  et  souvenirs,  par  le 
Comte  d'OsMOND.  —  Firmin-Didot,  cdit.  —  Un  vol.  de  372  pages, 
illustré  de  nombreuses  planches. 

Ce  ne  sont  pas  des  hommes  sauvages,  comme  vous  pourriez  croire, 
mais  des  hommes  très  civilisés,  au  moins  aussi  bien  habillés  que  le 
volume  dont  le  titre,  entoure  de  filets  rouges  et  noirs,  rappelle  les 
couleurs  de  l'Equipage  de  Piqu' avant  Morvand  que  le  comte  d'Osmond 
conduisait  naguère  à  la  victoire  contre  les  Sangliers  du  Morvand  et  de 
la  foret  d'IIallatte. 

Dans  ce  livre,  le  veneur  a  consigné  ses  souvenirs  de  chasse,  et  tracé 
avec  esprit  les' portraits  d'un  grand  nombre  de  ses  confrères  en  saint 
Hubert,  qui  furent  ses  compagnons  de  chasse  ou  qui  gravitèrent  autour 
de  sou  vautrait  célèbre.  Dans  cette  galerie  figurent  beaucoup  de 
grands  noms  de  France,  de  ceux  qui,  comme  l'a  dit  le  marquis  de 
Fondras,  se  sont  tournés  vers  les  rudes  de'duits  de  nos  pères,  plutôt 
que  vers  les  plaisirs  effe'minés  de  notre  temps.  Là,  nous  retrouvons 
de  précieux  souvenirs  de  l'ancienne  Société  de  Rambouillet,  de  Rallye 
Bourgogne  que  le  marquis  de  Mac-Mahon  a  rendu  célèbre,  des  e'qui- 
pages  contemporains  encore  dans  tout  leur  e'clat  aujourd'hui,  les  Che- 
zelles,  les  Boisgeliu,  les  de  la  Besge,  etc.  Le  comte  d'Osmond  raconte 
avec  esprit,  humour  et  enthousiasme. 

Hélas  !  c'est  la  dernière  œuvre  qui  sortira  de  cette  plume.  Ses  amis 
ont  ramasse'  pieusement  les  épreuves  qu'il  corrigeait  sur  son  lit  de 
mort  et  ont  achevé'  sa  tâche.  Ils  lui  devaient  bien  cela,  car  le  comte 
se  montre  plein  d'affection  pour  eux  dans  ce  dernier  adieu  qu'il  leur 
adresse. 

D'intéressantes  illustrations  ont  complète' le  volume;  quelques-unes 
ne  sont  pas  ine'dites,  mais  reproduisent  des  estampes  curieuses  avi- 
dement recherchées  par  les  collectionneurs  ;  voici  la  Société'  de 
Rambouillet  par  Eugène  Lami,  l'e'quipage  du  prince  de  Wagram  par 
Lepaulle,  le  duc  de  Beaufort  eu  Poitou  par  le  baron  Finot.  Les  édi- 
teurs ont,  au  moyen  des  graphiques,  mis  les  noms  sur  chacune  de  ces 
têtes  de  chasseurs.  C'est  une  heureuse  idée  qui  ajoute  à  l'inte'rêt  de 
ces  planches  historiques  et  fait  des  Eotnmes  des  Bois  une  œuvre  se'rieu- 
sement  documentée,  dont  la  place  est  toute  marquée,  non  seulement 
dans  les  bibliothèques  de  chasse,  mais  encore  dans  la  collection  des 
rae'moires,  qui  conserveront  aux  générations  futures  une  peinture 
exacte  de  notre  époque  vue  par  un  certain  côté.  P.  P. 


Le  Gérant  :  Jules  Grisakd. 


I.  TRAVAUX  ADRESSÉS  A  LA  SOCIÉTÉ. 


L'ETAT   ACTUEL 

DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  EUROPE 

Par  m.  E.  LECLAINCHE, 
Professeur  à  l'Ecole  vétérinaire  de  Toulouse 

Et  m.  Ch.  MOROT, 
Vétérinaire  municipal  à  Troyes. 

(SUITE  *) 


Provins  —  Seine-et-Marne  (25).  Une  boucherie  hippo- 
phagique a  été  ouverte  le  20  mars  1888.  Elle  a  vendu  à  partir 
de  cette  époque,  en  1888,  45  chevaux  et  18  ânes  ;  en  1889, 
73  chevaux  et  11  ânes  ;  en  1890,  67  chevaux  et  7  ânes  ;  du 
1'='"  janvier  au  31  mai  1891,  41  chevaux  et  5  ânes.  Avant  l'ins- 
tallation de  cet  établissement,  on  consommait  déjà  à  Provins 
quelques  rares  chevaux. 

Reims  —  Marne  (25).  Nombre  de  solipèdes  abattus  : 


Années  . . , 

1SSS 

1889 

4  890 

1891  ^  , 

du  le 

1892 

rjanv.  au  i«"-avri 

Chevaux. . 

867 

863 

1,023 

1,069 

342 

Anes 

54 

41 

57 

55 

11 

Mulets 

5 

6 

4 

11 

1 

Romilly-sur-Seinc  —  Aul)c  (27).  En  1891,16  chevaux,  1  âne 
et  2  mulets  ont  été  sacrifiés  pour  la  consommation  —  mais  en 
dehors  de  l'abattoir.  Les  meilleurs  morceaux  sont  seuls  ven- 
dus, au  prix  de  30  à  50  centimes  le  demi-kilo. 

Rouen  — Seine  -Inférieure  (28).  L'hippophagie  a  débuté 
il  y  a  une  quinzaine  d'années.  Il  y  a  actuellement  cinq  étaux 
hippophagiques,  appartenant  tous  au  même  propriétaire.  On 

{■*)  Voyez  plus  haut,  page  1. 

5  Août  1892.  7 


98  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

y  yend  le  saucisson  aux  prix  suivants  par  demi-kilo  :  l^e  qua- 
lité (mélange  égal  de  cheval  et  de  porc),  1  fr.  50  ;  2«  qualité 
(cheval  avec  un  peu  de  porc),  1  fr.  ;  3°  qualité  (pur  cheval),  65 
et  10  centimes.  Beaucoup  de  ces  saucissons  sont  débités  hors 
de  Rouen.  La  vente  de  la  viande  chevaline  congelée  venant 
d'Amérique  n'a  pas  été  autorisée  à  Rouen. 

Années ^ftSS         ISS!)         IS90         18!H 

Solipèdes  abattus 351  280  296  284 

Pas  de  Mulets  .et  très  peu  d'Anes.   Presque  tous  des  Chevaux. 

Toulouse— Hante-Garonne  (29).  La  vente  hippophagique  a 
débuté  le  21  septembre  1869.  Il  y  a  actuellement  vingt  et  une 
boucheries  de  cheval,  appartenant  à  seize  bouchers.  Une 
grande  quantité  de  saucissons  de  cheval  est  exportée  en  Amé- 
rique. Ci-joint  la  statistique  des  solipèdes  consommés  à  Tou- 
louse de  1869  à  1891  : 

Années..  iSGO   1S10    IS7I    1872  4873  187',   i87:i    IS7(!   1S77   iS78    IS7<t   1880 

Chevaux.  \U  :;51  963  C88    1,158  1,359  1,111  1,350  1,448  1,38U  1/394  1,678 

Anes...  •  74  116  100       198  171  2Ù1  250  310  290  309  425 

Mulets..  >  39  80  93       177  225  268  307  312  338  323  311 
Total  des 

Solipèdes  •  664  1,159  881    1,533  1,755  1,580  1,907  2,070  2,008  2,026  2,414 

Années..  I8SI    ISSi    1883    iSSi    ISSo    IS8G    1887   1888    188!»   1800    I SUI 

Chevaux.  1,523    1,024  1,753    2,053  2,312  2,7/3  2,857  3,015  3,103  2,920  2,736 

Anes  ...  357       301  309       384  306  418  458  456  440  520  450 

Mulets..  330       454  388       365  448  401  490  589  597  443  383 
Total  des 

Solipèdes  2.210   2,379  2,450    2,802  3,120  3,652  3,805  4,060  4,140  3,883  3,509 

Tours— Indre-et-Loire  (30)  .Lsl  première  boucherie  de  che- 
val a  été  ouverte  en  1871.  Actuellement  (l^--  avril  1892),  il  y  a 
cinq  étaux  hippophagiques  ,  dont  deux  à  domicile  et  trois 
dans  les  divers  marchés  couverts.  La  viande  de  cheval  se 
vend  sans  os  aux  prix  suivants,  par  demi -kilo,  selon  les 
catégories:  fdet ,  80  centimes;  faux-fdet,  50  centimes; 
autres  bons  morceaux,  40  centimes  ;  bas  morceaux  [collet  et 
poitrine,  20  centimes  ;  foie,  25  centimes  ;  cœur,  25  centimes  ; 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'IIIPPOPHAGIE  EX  EUROPE.  99 

saucisson,    80    centimes  ;    côtelettes   d'âne   non   désossées, 
40  centimes.  La  cervelle  de  cheval  se  vend  de  40  à  50  cen- 
times pièce. 
Le  nombre  des  solipèdes  consommés  a  été  : 

En 18SS      ISS9      1S90      IS91 

Chevaux 859       920     1,089    1,165 

Anes  et  Mulets.       402       329        302        401  =  322  Anes  et  79  Mulets. 

Troyes—Aube.  50,000  habitants.  En  1891  il  a  été  abattu 
1,336  chevaux  plus  68  ânes  et  mulets,  en  tout  1 ,404  solipèdes. 
11  a  été  livré  à  la  consommation  1,247  chevaux  plus  66  ânes 
et  mulets,  en  tout  1,313  solipèdes  (statistique  du  service  d'oc- 
troi). 89  chevaux  et  2  mulets  ont  été  saisis  en  totalité  comme 
impropres  à  l'alimentation  de  l'homme  pour  les  motifs  sui- 
vants :  Etisie  :  54  chevaux.  —  Cachexie  :  20  chevaux  et 
2  mulets.  —  Œdème  intenmisculaîre  généralisé  :  2  chevaux 
(dont  un  avec  leucocythémie) .  —  Mélanose  généralisée  : 
9  chevaux  (dont  7  en  bon  état  de  graisse,  1  étlque  et  1  cachec- 
tique). —  Cancer  généralisé  :  1  cheval  avec  cachexie  com- 
mençante.—  Fièvre  générale  et  traumatisme:  3  chevaux. 
La  proportion  des  chevaux  saisis  en  totalité  aux  chevaux 
abattus  a  été  de  6,70  pour  100.  Celle  des  mulets  n'a  pas  été 
fixée.  Il  y  a  eu  en  outre  un  grand  nombre  de  saisies  partielles 
pour  des  motifs  divers,  notamment  pour  mélanose  localisée, 
trau.matisme,  etc.  Les  coefficients  annuels  de  consommation 
pour  1,000  habitants  ont  été  de  22  animaux  pour  les  solipèdes 
et  de  89  animaux  pour  les  taureaux,  bœufs  et  vaches  :  il  a  été 
consommé,  en  effet  en  1891,  221  taureaux,  113  bœufs,  4,130 
vaches  et  1,313  solipèdes.  On  peut  encore  dire  qu'en  1891, 
pendant  qu'on  vendait  23  solipèdes,  on  débitait  77  taureaux, 
bœufs  et  vaches.  Au  31  décembre  1891,  il  y  avait  16  étaux 
hippophagiques  à  Troyes,  dont  4  au  marché  central  et  12 
dans  les  différents  quartiers  de  la  ville.  A  Troyes,  la  viande  de 
cheval  est  en  faveur  auprès  de  beaucoup  de  familles,  qui  ne 
craignent  pas,  pour  la  plupart,  de  l'acheter  au  grand  jour. 
Cela  explique  un  peu  pourquoi  le  faux-filet  et  les  bons  mor- 
ceaux analogues  se  vendent  maintenant  60  et  70  centimes  le 
demi-kilo,  tout  en  étant  moins  épluchés  (dégraissés  et 
énervés)  que  lorsque  leur  prix  n'était  que  de  50  centimes.  Le 
filet  continue  toujours  à  se  débiter  1  fr.  le  demi-kilo  et  même 


100  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

1  fr.  10  centimes  clans  certaines  maisons  ;  le  filet  d'âne  se 
vend  1  fr.  25  le  demi-kilo. 

Scante-Savine-- Aithe  {T)rès  Troyes).  5,000  habitants.  En 
1891  on  a  sacrifié  à  l'échaudoir  hippophagique  de  l'abattoir 
communal  83  chevaux,  5  ânes  et  3  mulets.  Un  cheval  étique 
a  été  retiré  de  la  consommation.  Dans  la  même  année  il  y  a 
eu  deux  étaux  hippophagiques,  dont  un  a  suspendu  sa  vente 
pendant  une  partie  de  l'été  pour  la  recommencer  à  l'automne. 
(Communication  de  la  mairie  de  Sainte-Savine.) 

Verdun-sur- Meuse  — Meuse  (31).  La  population  s'est  fa- 
miliarisée avec  la  viande  de  cheval  pendant  le  siège  de 
Verdun,  en  1810,  et  a  continué  à  en  manger  depuis  cette 
époque.  Il  y  a  cinq  ou  six  ans,  il  y  avait  deux  boucheries 
hippophagiques,  l'une  gérée  par  un  équarrisseur,  toutes  les 
deux  très  mal  tenues  et  fort  malpropres,  vendant  plus  pour 
l'ahmentation  des  chiens  que  pour  celle  de  l'homme.  Ces  deux 
établissements  ont  été  remplacés  par  un  seul  très  bien  orga- 
nisé, qui,  en  1890,  a  fait  tuer  178  chevaux  et  9  ânes. 

Versailles — Seine-et-Oise  (32).  Une  seule  boucherie  hippo- 
phagique en  1891.  Le  nombre  des  solipèdes  consommés  a  été 
de  103  en  1888,  159  en  1889  et  125  en  1890. 

Vitry-le  François  —  Marne  (33j.  Il  y  a  une  seule  bou- 
cherie hippophagique,  approvisionnée  d'une  façon  intermit- 
tente et  ne  vendant  jamais  plus  d'un  cheval  par  semaine.  Il 
n'est  pas  rare  de  voir  le  débit  suspendu  pendant  quinze  jours 
ou  trois  semaines,  surtout  en  été. 

ALLEMAGNE, 

Als.ace  -  Lorraine  (34). 

Mulhouse.  Trois  boucheries  hippophagiques  sont  ouvertes 
actuellement  (15  avril  1892).  Le  demi-kilo  de  viande  de 
cheval  se  vend,  selon  les  catégories,  de  25  centimes  (bas  mor- 
ceaux) à  50  centimes  [filet). 

Années  (l) ISSo-SG    ISSIi-87     tSSj-Si     1S8S-SU      1889-00    iSOO-Ot 

Chevaux  abattus.         227  207  202  370  475  494 

(1)  En  Allemagne,  comme  dans  quelques  autres  pays  d'ailleurs, 
l'année  administrative  commence  le  1°'-  avril  d'une  année  et  finit  le 
81  mars  de  l'année  suivante.   En  France,  l'anne'e   administrative  est 


L'ETAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPJL\GIE  E.\  EUROPE.  101 

Thann.  Depuis  trois  ans  on  ne  vend  plus  de  \iande  de 
cheval.  Celle-ci  était  alors  .débitée  par  un  seul  boucher  au 
prix  de  25  centimes  le  demi-kilo,  à  l'exception  du  filet  vendu 
50  centimes  la  même  quantité.  Dans  la  seule  année  1888,  le 
boucher  hippophagique  précité  a  lait  abattre  75  solipèdes  à 
Thann.  Il  payait  par  cheval  à  la  ville  un  droit  d'abatage  de 
6  fr.  '25  centimes  et  au  vétérinaire-inspecteur  un  droit  d'ins- 
pection de  3  l'r.  75  centimes. 

Grand-Duché  de  Bade. 

Le  nombre  des  solipèdes  abattus  a  été  : 

A  Mannhcim  de  :56  en  1882,  dont  3  saisis  (1)  et  de  239  en 
1883  (G)  ; 

A  Karlsriihe,  de  128  en  1883  (G); 

Dans  tout  le  Grand-Duché  de  Bade,  de  1002  en  1888,  et  de 
8.54  en  1889  (R^). 

Royaume  de  Bavière. 

Munich.  Le  nombre  des  chevaux  de  boucherie  consommés 
a  été  : 

(I)        (G)       iJS'       ij"        G  y,     ;J^0      (Ji7)      (J*')      (J*') 

Eu  1859      IS83      iS8l      1883      1886      1881      1888      1889      1890 

De   195  1093  1335  1155   989   962  1103  1424  1728 

J.uiv.  Fév.  Mars.  Avril.  Mai.  Juin.  Juil.  Août.  Sept.  Oct.  Nov.  D6c. 
1890  14G  1G2  139  129  112  110  107   99  109  173  209  234 

Le  nombre  des  chevaux  saisis  a  été  de  28  en  1883,  21  en 
1885,  18  en  1887,  23  en  1888  et  12  en  1890.  Le  poids  moyen 
net  d'un  cheval  étant  fixé  à  235  kilos,  le  coefflcient  annuel 
de  consommation  hippophagique  par  habitant  a  été  repré- 
senté par  1,070  grammes  en  1885,  800  grammes  en  1887,  et 
900  grammes  en  1888.  Le  prix  du  demi-kilo  de  viande  de 
cheval,  qui  n'était,  de  1887  à  1890,  que  de  18  à  20  pfennigs 
(22  à  25  centimes),  a  été  élevé  par  les  bouchers  hippopha- 

l'année  ordinaire.  Le  système  français  a  toutes  nos  prefe'rcuces,  car  il 
est  le  plus  simple  et  le  moins  sujet  à  provoquer  des  erreurs  dans  les 
statistiques. 

(1)  Thieràrztliche  Mittheilungen.  Karlsruhe,  1883,  p.  213. 


102  UEVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

giques,  au  P''  octobre  1890,  à  25  pfennigs  (31  centimes)  en 
même  temps  que  le  prix  de  la  viande  de  Bœuf  était  augmenté 
par  les  boucliers  ordinaires. 

Nuremberg.  Le  nombre  de  chevaux  de  boucherie  consom- 
més a  été  : 

,1,     (I)     [D  (I)     (K)    (K)    (M)     (1) 

En    1857        1838        iSSO        1860        i8Gi        48G5        4813        1880 

De    365    203    187    159    16fi    344    336    280 

(J2)     (J5)   •  (Z')     (Je)    (JO    (J'o)    (J»') 
En    iSSi        1883        4886        4881        4888        4889        48<)0 

De    393    440    429    445    430    436    557 

AugshOiirg.  Le  nombre  de  chevaux  de  ])oucherie  consom- 
més a  été  : 

I,   ili   (M)   ^J)   ,G)   (J')  ,J«i   ■/    ih     :J/'   J'o,  (J''') 
En  1860   1861    4870   1880   1 S85   18Si    '!88S    1886    1887   4SS8    ISS!)   18!)0 

De  119  143   55   112  218  218  241  207  227  251  243  263 

Le  poids  moyen  d"un  cheval  étant  lixé  à  20U  kilos,  le 
coefficient  annuel  de  consommation  hippophagique  par  habi- 
tant a  été  représenté  par  730  grammes  en  1885  et  670  grammes 
en  1887. 

Le  nombre  des  solipèdes  consommés  a  été  :  en  1889,  de 
1134  en  Sonnbe  et  JSeiihoin-g  (J"),  de  13  à  Dayrenih  (J**), 
de  16  à  Landshid  (J'^),  de  106  à  Passait  (J"'),  de  180  à  Kai- 
serslauteni  (.1'^)  et  de  182  à  Wurtz-ljourg  (J'^). 

Le  nombre  des  solii)èdes  consommés  a  été  :  en  1890,  de 
1050  [)lus  88  r-eiusés  en  Souahe  et  Neuhourg  (J'^),  de  22  à 
Anshach  (J^o)  et  de  203  à  Wurtzlourg  (B'^j. 

En  1890,  à  Wwrtzboiirg,  la  viande  de  cheval  se  vendait 
25  pfennigs  (31  centimes)  la  livre.  Les  chevaux  de  boucherie 
étaient  tous  défectueux  ou  infirmes,  mais  généralement  en 
bon  état  d'entretien  et  parfois  remarquablement  gras.  Les 
solipèdes  trop  maigres  étaient  refusés  pour  la  consommation 
humaine  et  servaient  â  la  nourriture  des  chiens  (B-). 

Le  règlement  provincial  de  la  boucherie  de  la  Basse- 
Bavié?^e  dit  21  Juillet  1876,%  //,  stipule  que  la  tête  et  les 

(1)  Journ.  f.  Laniinirth,  1881,  p.  2ôQ.  Schvjarz.  Fleischconsum. 


L'ÉTAT  ACTUEL  LE  L'HIi'PUPHAGlE  EX  EUROPE.  103 

viscères  des  solipèdes  de  boucherie  doivent  rester  adhérents 
aux  animaux  pour  l'inspection  après  l'abatage,  laquelle  est 
exclusivement  confiée  aux  vétérinaires  diplômés  (H). 

Divers  duchés  et  diverses  anciennes  villes  libres. 

Le  nombre  des  chevaux  de  boucherie  abattus  a  été  : 

A  Brunsioich  {Duché  de  Brunsivicli) ,  de  14,  en  septembre 
1886  (N'j  ; 

A  Wclmar  [Grand -Duclic  dcSaxe-Weimar),  de  44,  en 
1889  (G')  et  de  43  en  1890  (0-)  ; 

A  Bcrnljourg-sur-Salle  {Diœhé  d'AnUalt),  de  375  en  1885 
(M),  de  286  en  1888  (0),  de  397  en  1889,  et  de  261  du  1"  jan- 
vier au  30  juin  1890  (B); 

A  Liibeck  de  368  du  1^'-  octobre  1884  au  30  septembre 
1885  (M)  ; 

A  Brème,  de  689  en  1882,  dont  un  avec  des  ecliinocoques 
du  foie  (G^),  et  de  1055  en  1883  (G). 

HamJjoiirg .  Dernièrement,  on  découvrit  qu'un  restaura- 
teur de  cette  ville  avait  débité,  en  quelques  semaines,  dans 
son  établissement,  66  quintaux  de  viande  de  cheval  sous  forme 
de  biftecks,  filets  et  rôtis,  sans  en  indiquer  la  véritable  na- 
ture. En  raison  de  cette  vente  hippophagique  déguisée,  ce 
commerçant  eut  sa  maison  fermée  et,  comme  ses  prix  avaient 
été  modérés,  il  ne  fut  condamné  qu'à  trois  semaines  de  pri- 
son. Le  professeur  Bollinger,  qui  rapporte  ce  fait,  ajoute  les 
conclusions  suivantes  :  "  La  viande  de  cheval,  surtout  celle 
des  animaux  jeunes,  bien  nourris,  possède  une  valeur  nutri- 
tive égale  à  celle  de  la  viande  de  bœuf.  Cependant,  il  est  évi- 
dent que  la  déclaration  est  obligatoire  et  que  l'acheteur  doit 
être  prévenu  de  la  qualité  de  ce  qu'il  achète  (1).  » 

Royaume  de  Piiusse. 

Du  l"^""  avril  1890  au  31  mars  1891,  dans  les  431  abattoirs 
hippophagiques  de  Prusse,  il  a  été  sacrifié  53,281  chevaux 
et  1  àne.  Parmi  ces  chevaux,  518  ont  été  saisis  en  totalité, 
comme  impropres  à  la  consommation,  et  2406  ont  subi  des 
saisies  partielles .  La  tuberculose  a  été  constatée  sur  40  che- 

(1)  Bollinger.  Ueber  die  Verwendbarkeit  des  an  Infectionskran- 
kheites  leidenden  Schlachtviebes,  in  Deutsche  Zeitschrift  fiir  Thierme- 
dizin  und  vergleichende  Pathologie,  \H%\,  p.  215. 


i04  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

yaux  et  la  morve  sur  8 .  Le  nombre  des  chevaux  tués  a  été 
de  8,471  à  Berlin,  de  plus  de  5,000  dans  le  cercle  de  Breslau 
et  d'autant  dans  le  Sclilesiolg  ;  de  plus  de  3,000  dans  chacun 
des  cercles  de  Magde'boitrg,  Mersedourg,  Arnshcrg  et  Dus- 
seldorf  ;  de  moins  de  100  dans  chacune  des  villes  suivantes  : 
Gumliinnen,  Coeslin,  Broml)erg,  Lunebourg,  Aurich  et  Co- 
Uentz.  On  n'a  abattu  aucun  cheval  dans  le  cercle  de  Po- 
sen  (O^). 

Berlin.  Les  premières  boucheries  hippophagiques  furent 
ouvertes  en  1847.  Le  nombre  des  chevaux  abattus  s'éleva,  de 
613  en  1860  et  de  700  en  1861.  à  1,742  en  1864  et  à  2,241  en 
1865  (P).  Ces  chiffres  diffèrent  sensiblement  de  ceux  donnés 
pour  Berlin  dans  le  tableau  suivant  (R*)  : 

Années IS64    1862!   ISGÔ   ISGi    ISGo    ISG6  -ISGI  18G8 


Chevaux  abattus 516  1042  1307  1742  2141  3115  3911  4026 

Boucheries  hippophag^"'^»    3    7    7    8    8   12   17   18 

A  Berlin  (en  1869),  l'inspection  des  solipèdes  de  boucherie 
«  se  fait  avant  et  après  l'abatage.  Ce  sont  deux  médecins  vé- 
térinaires qui  sont  spécialement  chargés  de  ce  service.  La 
viande  reconnue  impropre  à  la  consommation  est  empuantie, 
et  celui  qui  expose  en  vente  de  la  viande  suspecte  est  puni 
d'une  amende  de  10  florins  de  Prusse  ou  d'un  emprisonne- 
ment de  15  jours.  »  (R'J. 

Berlin.  —  Statistiques  hippophagiques  (1)  dont  les  chifres 
diffèrent  sensiblement  de  ceux  du  tableau  P. 


Années 1881  1882         1883         -188 


t 


Chevaux  abattus 6552         6294         5929         5722 

—  consommés....         6440         6155        5772         5576 

—  saisis 112  139  157  146 

Berlin.  —  Statistiques  hippophagiques  pour  diverses  époques  (P). 
Années 1881   1882,  1885  1884  1885  1S86  1887  1888 

Chevaux  visités 6604  6272  6154  5675  5894  5723  5999  7051 

—  refuse's 120     131     157     167     124     165     179     206 

—  consommés...     6484  6141  5997  5508  5770  5558  5820  6845 

(1)  Allgem.  Fleischer^eitung.  1885. 


L'ÉTAT  ACTUEL  LE  L'IIIPPOPHAGIE  EN  EUROPE.  105 

Berlin,  1889.  Les  clieyaux  de  Louclierie  sont  sacrifiés  dans 
im    abattoir    spécial.  Ils  sont   achetés  an  prix   moyen  de 
43  fr.  15  ;  ils  acquittent  nn  droit  d'ai^atage  d'environ  1  fr.  75. 
Dix-hnit  bouchers  sont  inscrits  h  l'abattoir  hippophagique 
comme  faisant  abattre  des  chevaux  dans  cet  établissement. 
Trente-six  bouchers  s'occupent  du  débit  de  la  viande  de  che- 
val dans  divers  quartiers  de  la  ville.  La  livre  de  viande  de 
cheval  se  vend  40  pfennigs  (50  centimes)  les  bons  morceaux, 
rôtis  et  biftecks  ;  25  à  30  pfennigs  (31  à  37  centimes)  les 
morceaux  ordinaires  à  bouillir;  28  pfennigs  environ  (35  cen- 
times) les  morceaux  inférieurs  ;  et  15  à  20  pfennigs  (19  à 
25  centimes)  les  morceaux  pour  les  chiens.  La  viande  de 
cheval  est  plutôt  consommée  par  les  employés  peu  rétribués, 
que  par  les  ouvriers  et  les  indigents .  Parmi  les  chevaux  figu- 
rant dans  les  statistiques  berlinoises,  le  Jardin  Zoologique  en 
emploie  au  moins  400  chaque  année  pour  ses  carnassiers  ;  il 
les  achète  maintenant  tout  abattus  aux  boucliers  hippopha- 
giques [Lees  Knoivles,  Horseftesh). 

A  Berlin,  Thippophagie  est  régie  par  un  règlement  muni- 
cipal de  police  du  oO  aoiit  1887,  dont  voici  les  principales 
dispositions  : 

L'abatage  des  chevaux.  Mes  et  mulets  destinés  à  l'alimentation  hu- 
maine ne  peut  être  pratiqué  qu'à  l'abattoir  central  des  chevaux. 

Il  est  interdit  d'introduire  à  Berlin  de  la  viande  de  cheval  ainsi 
que  des  saucissons  et  d'autres  produits  alimentaires  préparés  avec 
cette  viande. 

La  viande  de  cheval,  les  saucissons  et  autres  produits  alimen- 
taires faits  avec  cette  viande  ne  peuvent  être  gardes,  vendus  ou  dé- 
posés que  dans   des  boucheries   ou   autres  places  enregistrées  à  cet 

effet. 

Il  doit  y  avoir,  au-dessus  de  la  porte  d'entrée  de  toutes  ces  bouche- 
ries ou  places  enregistrées,  une  enseigne  portant  distinctement,  en 
lettres  d'au  moins  15  centimètres  de  hauteur,  l'inscription  suivante  : 
Venue  de  viande  de  cheval  ou  venie  de  inoduits  alimentaires  faits  avec  de 
la  viande  de  cheval  (1). 

(1)  Le  18  octobre  1886,  la  Cour  d'appel  prussienne  infirma  un  juge- 
ment du  tribunal  du  l"'"'  arrondissement  de  Berlin  qui,  sous  prétexte 
que  le  mode  de  fabrication  des  saucisses  n'était  pas  réglementé,  avait 
acquitte  un  charcutier  prévenu  d'avoir  mis  en  vente  des  saucisses 
composées  de  3/4  de  porc  et  de  1/4  de  cheval.  La  Cour  d'appel  décida 
que  cette  mise  en  vente  d'une  marchandise  d'une  valeur  inférieure  h 
celle  déclarée  constituait  une   infraction  aux  articles  10  et  11  de  la 


106 


REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 


Les  animaux  doivent  être  examine's  au  point  de  vue  de  leur  e'tat  de 
santé,  avant  et  après  Tabatage,  par  les  vétérinaires  municipaux.  S'ils 
ne  sont  pas  abattus  dans  les  vingt-quatre  heures  de  la  visite  sur 
pied,  ils  doivent  être  examine's  vivants  une  nouvelle  fois. 

On  ne  peut  abattre  les  animaux  présentant  sur  pied  quelque  affec- 
tion susceptible  d'altérer  la  qualité  de  la  viande.  Après  l'abatage, 
toutes  les  viandes,  reconnues  propres  à  l'alimentation  de  l'homme, 
sont  estampillées.  Celles  déclare'es  impropres  à  la  consommation,  pour 
défaut  de  qualité  ou  en  raison  d'un  danger  de  contagion,  sont  livrées  à 
l'équarrisseur. 

Chaque  boucher  de  cheval  doit  tenir  un  livre  d'abatage  conforme  au 
modèle  suivant  : 


Signalement  du 
cheval,  âne 

ou  mulet  ;  âge, 
taille  ,  robe  et  re- 
marques spéciales. 


Jour 

de 

l'achat. 


Nom 

et  adresse 

du  vendeur. 


Certificat  du  vété- 
rinaire municipal 
indiquant  l'état 
de  santé  de  l'animal 
examiné. 


Jour  de 
l'abatage 

ou  de 
la  vente  si 
l'animal  est 

revendu. 


Les  colonnes  1  à  4  sont  remplies  par  l'employé  de  police  de  l'abat- 
toir avec  l'assistance  du  vétérinaire  et  d'après  les  indications  du  bou- 
cher propriétaire  du  cheval.  Le  vétérinaire  remplit  la  colonne  5  après 
qu'il  a  refusé  l'animal  ou  qu'il  l'a  examine'  abattu;  il  noie  le 
nombre  d'heures  écoulées  entre  l'examen  sur  pied  et  l'abatage.  La 
colonne  G  est  remplie  par  l'employé  de  police  le  jour  de  l'abatage,  du 
refus  ou  de  la  vente  du  cheval.  Les  bouchers  et,  en  leur  absence, 
leurs  repre'sentants,  doivent  remettre  une  de'claration  écrite  et  signe'e 
certifiant  l'origine  des  chevaux  et  indiquant  leur  signalement.  Le  livre 
d'abalage  reste  à  l'abattoir  sous  la  surveillance  de  la  police.  Toutefois, 
sur  une  demande  spe'ciale,  il  peut  être  retiré  par  le  boucher  pour  une 
durée  de  24  heures  au  plus. 

On  ne  peut  fabriquer  des  produits  alimentaires  avec  la  viande  de 
cheval  que  dans  des  établissements  spéciaux  ;  ces  locaux,  ainsi  que 
les  voitures  servant  au  transport  desdils  produits,  doivent  èlre  munis, 
en  lettres  hautes  d'au  moins  15  centimètres,  de  l'inscription  suivante  : 
Viande    de   cheval  ;    2)'>'oduits   alimentaires  faits    avec  de  la  viande   de 


Loi  prussienne  sur  les  denrées  alimentaires  du  ii  mai  1879.  Après  avoir 
rappelé'  ce  fait,  M.  Niebel  ajoute  qu'eu  vertu  de  l'article  263  du  ('ode 
criminel  allemand,  le  charcutier  poursuivi  pouvait  aussi  être  condamné 
comme  ayant  vendu  frauduleusement  de  la  viande  de  cheval,  valant  à 
Berlin  25  2)fejinigs  (31  centimes]  le  demi-kilo,  pour  de  la  viande  de 
bœuf  et  de  porc  valant  60  pfennigs  (75  centimes)  et  80  pfennigs  (1  franc) 
le  d©mi-kilo  (B'). 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  EUROPE.  107 

cheval.  Les  saucissons  de  cheval  ne  doivent  contenir  que  de  la  viande 
de  solipédes  ;  naais  ils  peuvent  être  additionnés  de  graisse  de  porc  ou 
de  suif. 

Les  bouchers  de  cheval  sont,  à  l'abattoir,  soumis  à  l'autorité  du 
service  de  police  et  du  service  vétérinaire.  Les  boucheries  de  cheval 
et  les  fabriques  de  produits  hippophagiques  sont  placées  sous  le  con- 
trôle du  service  de  police  et  du  service  ve'térinaire. 

Les    contraventions    à    ce   règlement    entraînent   une    amende    de 

30  marks  (37  fr.  50)  au  maximum,  ou,  à  de'faut  de  paiement,  un  em- 
prisonnement de  14  jours.  La  vente  ou  la  mise  en  vente,  l'utilisa- 
tion ou  la  de'tention  de  la  viande  de  chevaux  abattus  contrairement  à 
ce  règlement  ou  de  produits  fabriqués  avec  celte  viauie,  provoquent 
la  confiscation  de  ces  substances  (P). 

Le  nombre  de  chevaux  de  bouclierie  abattus  a  été  : 

A  Prenzlau  {Brandebourg),  du  25  novembre  1889  au  31 
décembre  1890,  de  174  consommés  (plus  12  saisis,  dont  1  pour 
morve,  2  pour  inélanose,  1  pour  entéro-péritonite  et  2  pour 
cachexie)  ; 

A  Girrlit:.  [Silésie],  de  374  en  1885  {Sazler's  Bericht)  ; 

En  1890,  dans  le  Cercle  ù'Oppeln  (Sllàsie),  de  759  dont 
134  à  Bcutlien,  243  à  Glehvitz,  333  à  Neustactt  et  49  â 
Ratlbor[T')\ 

A  Hagen,  de  9  en  1889  (0*)  ; 

A  Gottingue,  de  125,  dont  2  saisis  pour  tumeurs  généra- 
lisées, du  P'-  avril  1885  au  31  mars  1886  (N)  et  (J«)  ;  de  130 
du  l^'- avril  1887  au  31  mars  1888  (J'),  et  de  145  du  P-'  avril  1888 
au  31  mars  1889  (J^)  ; 

A  Hrmovre,  de  769  en  1883  (Gi,  de  737  en  1885  {Hageman's 
Bericht),  de  764  en  1886  et  791  en  1887  (T)  ; 

A  Iserlolin  (  Westphalle),  de  51  en  1881  (G-)  ; 

A  Cologne  {Prusse  Rhénane),  de  1296  du  l^""  avril  1885  au 

31  mars  1886  {SchregeVs  Bericht)  ; 

A  Buisbourg  {Prusse  Rhénane),  de  260  du  !«■'  avril  1886 
au  31  mars  1887  (N^). 

[A  suivre.) 


LES  ÉGHASSIERS  D'ÉGYPÏE 

LISTE    RAISONNÉE    DES    ESPÈCES    QUI    ONT   ÉTÉ   OBSERVÉES 

DANS   CE  PAYS 

Par  m.  MAGAUD  D'AUBUSSON. 
(suite  et  fin  *) 


Glaréole  pratincole. 

{Glareola  prati)icola  Linné.) 

La  Glaréole  pratincole  ou  Glaréole  à  collier,  connue  vul- 
gairement sous  les  noms  de  Perdrix  de  mer,  Hirondelle  de 
marais,  se  montre  en  grand  nombre  en  Egypte,  au  printemps 
et  à  l'automne.  Au  commencement  d'avril,  elle  arrive  du 
sud  et  descend  du  Nil  pour  se  répandre  dans  le  Delta,  d'oii 
elle  passe  en  Europe  et  se  dirige  vers  les  lieux  où  elle  a  cou- 
tume de  nicher.  Au  mois  d'octobre  et  en  novembre  on  la 
voit  revenir  et  continuer  sa  route  en  remontant  le  fleuve, 
pour  prendre  ses  quartiers  d'hiver  beaucoup  plus  au  sud. 

Ces  oiseaux  voyagent  ordinairement  par  troupes  de  quinze 
à  vingt  individus.  Leur  vol  est  très  rapide,  varié,  souple,  et 
rappelle  celui  de  l'Hirondelle,  dont  ils  ont  l'aile  longue  et 
suraiguë  et  la  queue  fourchue.  Ils  s'abattent  près  des  mares, 
sur  le  bord  des  lacs  et  des  canaux,  le  long  du  fleuve.  A  terre, 
ils  courent  avec  aisance  en  hochant  continuellement  de  la 
queue.  Ils  sont  très  bruyants  et,  soit  qu'ils  volent,  soit  qu'ils 
courent,  font  retentir  l'air  de  leurs  cris  perçants. 

Comme  tous  les  oiseaux  très  bien  doués  pour  le  vol,  les 
Gloréoles  semblent  en  avoir  la  passion.  A  certaines  heures 
de  la  journée,  elles  se  divertissent  à  passer  et  repasser,  en 
volant,  au-dessus  d'une  localité  qu'elles  ont  adoptée  pour  ce 
genre  d'exercice. 

Leur  nourriture  consiste  en  insectes  dont  elles  font  une 
grande  destruction.  Lorsqu'elles  chassent,  dans  les  airs  ou 
sur  le  sol,  on  les  voit  se  précipiter  soudainement  sur  un  in- 
secte en  ouvrant  leur  bec  largement  Tendu,  et  happer  leur 

(*)  Voyez  plus  haut,  page  49. 


LES  ÉCHASSIERS  D'EGYPTE.  109 

proie  avec  un  claquement  retentissant.  Si  l'on  blesse  un 
individu  de  la  bande,  tous  les  autres  viennent  tourner  au- 
tour de  lui  en  poussant  de  grands  cris  et  se  laissent  fusiller 
sans  songer  à  l'uir. 

Mais,  à  quoi  bon  tuer  ces  charmants  oiseaux?  Leur  chair 
est  fort  médiocre  et  les  services  qu'ils  peuvent  nous  rendre 
sont  immenses.  Espèce  précieuse  que  Dieu  a  donnée  à  l'homme 
pour  lui  servir  d'auxiliaire  dans  la  guerre  incessante  qu'il 
est  obligé  de  soutenir  contre  les  pullulantes  peuplades  des 
insectes  nuisibles.  La  Glaréole  fait  une  chasse  acharnée  à  la 
Sauterelle.  Cet  acridien  redoutable  est  son  gibier  de  prédilec- 
tion. A  l'époque  des  passages  de  ces  insectes  dévastateurs,  les 
Glaréoles  les  accompagnent,  les  poursuivent  sans  relâche, 
les  saisissent  au  vol  et  les  avalent  tout  entiers.  Jules  Ver- 
reaux  vit,  dans  le  sud  de  l'Afrique,  ces  oiseaux  poursuivre 
les  bandes  de  Sauterelles,  et  il  eut  l'occasion  de  constater  ce 
fait  curieux,  qu'après  avoir  digéré  de  l'insecte  toute  la  partie 
assimilable,  ils  en  restituent  l'enveloppe  bien  conservée. 

Avant  moi,  M.  le  commandant  Loche  a  prêché  aux  chas- 
seurs le  respect  de  la  Glaréole. 

«  La  Glaréole,  dit-il,  est  appelée  à  rendre  d'immenses  ser- 
vices à  l'Algérie  en  détruisant  les  affreux  acridiens  dont  les 
invasions  redoutables  précèdent  et  occasionnent  toujours  la 
famine  !  Ne  devrait- on  pas  regarder  comme  une  coïncidence 
providentielle  que,  justement  aux  époques  éventuelles  des 
passages  du  vorace  Acrîdium  peregrinum,  les  Glaréoles 
soient  elles-mêmes  plus  nombreuses  en  Algérie  qu'en  toute 
autre  saison  ;  et  au  lieu  de  détruire  ce  précieux  auxiliaire, 
une  efficace  protection  ne  devrait-elle  pas  lui  être  acquise  ? 
Sa  chair,  d'ailleurs,  est  de  fort  médiocre  qualité  et  ne  jus- 
tifierait même  pas  la  chasse  qu'on  lui  ferait  ;  nous  osons 
donc  faire  un  appel  â  tous  ceux  que  le  plaisir  de  détruire 
n'aveugle  pas  sur  leurs  propres  intérêts  ;  qu'ils  laissent  se 
multiplier  en  paix  ce  charmant  oiseau  qui,  sentinelle 
avancée  de  l'agriculture,  nous  rendra  au  centuple  la  protec- 
tion qui  lui  sera  accordée  (1).  » 

La  Glaréole  supporte  la  captivité,  mais  la  perte  de  sa 
liberté  lui  enlève  toute  sa  grâce  et  sa  vivacité.  On  la  nourrit 
de  vers,  d'insectes,  de  viande   crue  ou  cuite  et   même  de 

(1)  Exploration  scientifique  de  l\il(je,-ie  pendant  les  années  ISiO,  ISil,  1842. 
Histoire  naturelle  des  oiseaux,  par  le  commandant  Loche,  p.  280. 


110  REVUE  DES  SClExN'CES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

pain,  mais  elle  se  montre  surtout  friande  de  Criquets  et  de 
Sauterelles. 

Cette  intéressante  espèce  se  reproduit  en  France  sur  les 
bords  de  la  mer,  des  étangs  salés  et  des  marécages  où  croi- 
sent des  Salicornes.  On  la  tue  accidentellement  en  haie  de 
Somme. 

Galaréole  mélanoptère. 
[Glareola  melanoptera^  Nordmann.) 
Observée  en  Egypte  et  en  Nubie,  d'après  Heuglin. 

Œdicnème  criard. 

[Œdicnemiis  crepUans,  Temminck.) 

Très  commun  dans  toute  l'Egypte  et  la  Nubie.  Fréquente 
les  lieux  arides  parsemés  de  petits  buissons,  les  parties  du 
désert  qui  avoisinent  les  champs  cultivés,  quelquefois  les 
bancs  de  sable  du  Nil.  S'introduit  le  soir  jusque  dans  les 
jardins  du  Caire. 

Les  quelques  cheiks  de  Bédouins,  qui  pratiquent  encore  le 
noble  art  de  fauconnerie,  le  chassent  au  faucon.  Ils  le  con- 
naissent sous  le  nom  de  Karnnan.  —  L'Herméric  de  nos 
dunes  de  Picardie. 

Vanneau  huppé. 

{VaneUîis  crisialus,  Meyer.) 
Très  commun  en  Egypte.   Beaucoup  moins  abondant  en 
Nubie. 

Hoploptère  épineux. 

{Iloplopterus  spinosus,  Linné.) 

Vawiecdf.  armé,  à  cause  de  l'ergot  acéré  qu'il  porte  au  pli 
de  l'aile.  Les  Arabes  le  nomment  Sic-sac,  d'après  son  cri. 
C'est  l'un  des  oiseaux  les  plus  communs  de  l'Egypte.  On  le 
trouve  partout  oii  il  y  a  de  l'eau,  au  bord  du  fleuve,  des 
canaux,  sur  les  rives  des  lacs  saumâtres,  dans  les  champs 
inondés.  Sans  cesse  en  éveil,  rien  ne  lui  échappe  et  il  sert 
d'avertisseur  aux  autres  oiseaux.  Ce  rôle  de  sentinelle  est 
souvent  fort  incommode  au  chasseur,  qui  voit,  aux  cris  per- 
çants du  Sic-sac  signalant  son  arrivée,  s'enfuir  toute  la 
population  ailée  des  alentours. 


LES  ÉCIIASSIERS  D'EGYPTE.  111 

Cet  oiseau  commence  à  nicher  au  mois  de  mars  dans  le 
Delta.  Chaque  couple  s'établit  ordinairement  dans  un  champ 
humide.  La  ponte  est  de  trois  ou  quatre  œufs,  un  peu  plus 
petits  que  ceux  du  Vanneau  liuppé,  d'un  jaune  verdâtre, 
nuancés  de  grisâtre,  semés  de  taclies  noires  et  brunes,  plus 
nombreuses  au  gros  bout  où  ils  forment  une  sorte  de  cou- 
ronne. Ils  mesurent  :  grand  diamètre,  0^,043,  petit  dia- 
mètre, 0"\030. 

Chair  très  médiocre. 

Chétusie  albicaude. 

{Chetusia  leuciira,  Bonaparte.) 

Ce  bel  oiseau  est  abondant  en  Egypte.  On  le  rencontre 
ordinairement  par  couples  ou  par  petites  bandes  autour  des 
marais  et  des  lacs  du  Delta. 

Chétusie  sociale. 

(Chetusia  gregaria,  Bonaparte.) 

Beaucoup  moins  répandue  que  l'espèce  précédente.  Presque 
rare,  du  moins  dans  le  Delta. 
Se  montre  accidentellement  dans  le  midi  de  la  France. 

Pluvier   doré. 

{Pluvialis  apricarius,  Linné.) 

Arrive  en  Egypte  vers  le  mois  de  septembre,  pour  repartir 
en  mars.  On  le  trouve  en  bandes  dans  les  champs  du  Delta  et 
sur  la  marge  des  marais. 

Pluvier  varié. 

[Pluvialis  vaHus,  Schlegel.) 

Vanneau  suisse.  Vanneau-pluvier,  Pluvier  g/is.  Visite 
l'Egypte  en  hiver.  On  le  rencontre  dans  les  mêmes  lieux  que 
l'espèce  précédente. 

Guignard  asiatique. 

{Eiidromias  asiaticus,  Pallas.) 

Fréquente,  d'après  Heuglin,  les  côtes  de  la  mer  Rouge  et 
de  la  Méditerranée,  pendant  l'hiver. 


112  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Guignard  ordinaire. 

[Eudromias  morinella,  Brehm.) 

Heuglin  l'a  rencontré  en  bandes,  pendant  l'hiver,  sur  les 
bords  de  la  mer  Rouge  et  dans  le  désert  (iiii  s'étend  entre 
Saqqarali  et  le  Fayoum  (1). 

Gravelot  de  Geoffroy. 

[Charadrius  Geoffroyi,  Wagler.) 

Se  plaît  sur  les  rives  sablonneuses  des  lacs  voisins  de  la 
mer.  Je  l'ai  tué  sur  la  plage  d'Aboukir.  On  le  trouve  égale- 
ment au  lac  Mariout. 

Gravelot  hiaticule. 

[Charadi^ius  hiaticula,  Linné.) 

Pluvier  à  collier.  Pluvier  rebaudet,  Religieuse  des  côtes 
de  Picardie.  On  le  trouve  pendant  l'hiver  dans  la  basse 
Egypte. 

Gravelot  des  Philippines. 

{Charadrius  philippimis,  Scopoli.) 

Gravelot  nain.  Petit  Pluvier  à  collier.  Pluvier  gravelotte. 
Commun  dans  toute  l'Egypte  et  la  Nubie.  Je  l'ai  rencontré 
partout,  sur  le  bord  du  Nil,  le  long  des  canaux,  autour  des 
mares  et  des  étangs,  sur  le  rivage  de  la  mer,  presque  toujours 
en  petites  bandes  ;  j'ai  vu  rarement  des  individus  isolés  ou  de 
très  grandes  troupes. 

Gravelot  de  Kent. 

[Charadrius  cantianus,  Latham.) 

Pluvier  à  collier  interrompu.  Habite  l'Egypte  et  la  Nubie. 
Très  commun. 
Trouvé  au  mois  de  juillet  des  jeunes,  en  duvet,   sur  les 

(1)  Province  de  la  Moyenne-Efçypte  qui  renferme  le  Birket-el-K(froun ^  com- 
pris autrefois  dans  le  célèbre  lac  Mœris,  creusé  pour  recevoir  le  trop-plein  de 
l'inondation  du  Nil  et  pour  parer  aux  crues  insuffisantes.  La  province  qui  con- 
tenait le  lac  Mœris,  le  nome  Arsinoites  était  appelé  en  copte  d'un  nom  qui 
signifie  la  mer,  nom  conservé  dans  Tappellation  arabe  Faijoum. 


LES  ÉCHASSIERS  D'EGYPTE.  M  3 

sables  qui  s'étendent  au  pied  du  rocliui-  du  Diable,  près  de 
Ramleh. 
Leurs  parents  m'ont  donné  le  spectacle  d'une    touchante 

scène  de  mœurs. 

Les  jeunes  circulaient  avec  une  vélocité  surprenante, 
parmi  les  petits  débris  du  roc,  qui  jonchent  la  plage  à  cet 
endroit.  Dès  que  j'approchai,  je  vis  l'un  des  parents  fuir 
devant  moi  en  courant  d'une  façon  tout  à  fait  singulière.  Tl 
faisait  le  gros  dos,  abaissait  la  tète  et  la  queue,  trébuchait, 
simulait  enfin  toutes  les  allures  d'un  oiseau  blessé.  Puis  il 
s'arrêtait,  se  laissait  aller  sur  le  sol,  le  corps  étendu,  les  ailes 
palpitantes  et  semblait  agoniser.    • 

Ce  manège  avait  pour  but,  comme  on  le  sait  par  la  Per- 
drix, la  Caille  et  d'autres  oiseaux,  de  m'éloigner  du  lieu  où 
se  trouvait  la  jeune  famille,  en  me  faisant  croire  que  j'avais 
affaire  à  un  oiseau  blessé,  par  conséquent  facile  à  prendre. 
Si  je  hâtais  le  pas,  l'oiseau  finissait  par  s'envoler.  Mais  alors 
l'autre  parent  le  remplaçait  dans  ce  rôle  fatigant,  pendant 
que  celui  que  j'avais  d'abord  suivi  venait  rôder  discrètement 
du  côté  de  la  nichée  pour  la  surveiller. 

Quel  merveilleux  instinct  que  celui  qui  révèle  à  l'oiseau, 
pour  ainsi  dire,  les  secrets  ressorts  de  l'àme  de  son  ennemi, 
la  convoitise  du  chasseur  qu'il  allèche  et  tâche  d'égarer  par 
une  ruse  véritablement  humaine.  Quel  admirable  exemple 
d'amour  et  de  dévouement  nous  est  offert  par  ces  oiseaux, 
qui  n'hésitent  pas  à  risquer  leur  vie  pour  éloigner  un  péril 
de  leur  couvée. 

J'ai  répété  plusieurs  fois  l'expérience,  satisfaction  peut  être 
nn  peu  barbare,  et  je  me  suis  retiré  plein  d'admiration  pour 
ces  charmantes  créatures. 

Gravelot  africain. 

[Characlrius  pecuarius,  Temmixck.) 

Abondamment  répandu  en  Egypte  et  en  Nubie.  Se  plaît, 
comme  l'espèce  précédente,  sur  les  rives  sablonneuses. 

C'est  à  tort,  je  crois,  que  quelques  auteurs  ont  inscrit  sur 
la  hste  des  oiseaux  d'Elgypte  le  Gravelot  mongol  [Characlrius 
')no)igoliciis,  Pallas).  Cette  espèce  est  asiatique  ;  elle  habite 
l'Asie  occidentale  et  orientale,  les  Philippines  et  la  plupart 
des  îles  de  l'archipel  indien, 

5  Août  1892.  8 


m  REVUE  DES  SCIENCES   NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Huitrier  pie. 

[Hœmaiopus  ostralcgus,  Linné.) 

On  le  rencontre  quelquefois,  en  hiver,  sur  les  bords  de  la 
mer  Rouge  et  sur  la  côte  méditerranéenne. 

Courlis  cendré. 

{Numeniiis  arqiiata,  Latham.) 

Commun  dans  toute  l'Egypte  et  la  Nubie,  spécialement 
dans  le  Delta  et  le  Fayoum. 

Courlis  corlieu. 

(Nnnienhis  phœopus,  Latiiam.) 

On  en  trouve,  en  liiver,  de  petites  troupes  sur  les  bords 
du  Nil. 

Courlis  à  bec  grêle. 

[Numenins  toiuirosiris.  Vieillot.) 

On  le  rencontre,  au  printemps  et  à  l'automne,  sur  les  bords 
du  Nil.  Niche  en  Egypte. 

Cet  oiseau,  qui  habite  aussi  l'Algérie,  la  Sicile,  la  Russie 
orientale,  passe  accidentellement  sur  les  plages  maritimes  du 
nord  de  la  France.  Je  l'ai  tué  dans  la  baie  de  Somme  et 
d'autres  captures  ont  été  signalées  sur  les  côtes  de  Picardie. 

Barge  égocéphale. 

(Limosa  œgocephala,  Leach.) 

La  Barge  cûmnmne  ou  Barge  à  queue  noire.  Très  com- 
mune, en  hiver,  sur  les  côtes  de  la  Basse-Egypte,  où  le  lac 
Menzaleh  est  son  lieu  d'élection.  Elle  remonte  le  cours  du  Nil 
et  s'avance  jusqu'à  la  Nubie  méridionale.  Abondante  au 
Fayoum. 

Au  marché  du  Caire,  les  Arabes  la  vendent  toute  plumée, 
sous  le  nom  de  Bécasse. 

La  chair  de  la  Barge,  du  reste,  est  délicate,  mais  inférieure 
de  beaucoup,  sans  contredit,  à  celle  de  la  Bécasse. 


LES  ÉCUASSIERS  D'EGYPTE.  115 

Combattant  ordinaire. 

{Machetes pugnaoc,  Linné.) 

Le  Combattant  arrive  en  Egypte  au  mois  d'août  et  repart 
vers  la  fin  d'avril  ou  le  commencement  de  mai. 

Le  18  Juillet,  j'ai  vu  arriver  du  large  au  rocher  du  Diable 
une  petite  bande  de  huit  Combattants.  Ces  oiseaux  se  sont 
abattus  sur  le  rocher  même  et  paraissaient  fatigués.  J'en  tuai 
un,  c'était  une  femelle.  On  sait  que  les  deux  sexes  ne 
voyagent  pas  ensemble,  mais  forment  des  bandes  séparées. 

Ces  oiseaux,  dans  leurs  migrations,  peuvent  traverser  toute 
l'Afrique  ;  on  en  a  tué  dans  le  sud.  En  Egypte,  ils  sont  parti- 
culièrement abondants  sur  les  bords  du  lac  Menzaleh. 

Bécasse  ordinaire. 

{Scolopax  ricsiicola,  Linné.) 

Accidentellement,  des  individus  égarés.  On  cite  des  cap- 
tures dans  le  Delta.  Les  Bécasses,  que  l'on  voit  aux  marchés 
du  Caire  et  d'Alexandrie,  viennent  de  Trieste. 

Bécassine  double. 

[Gallinago  maj07\  Gmelin.) 

Prend  ses  quartiers  d'hiver  dans  le  Delta,  qu'elle  ne  paraît 
pas  dépasser.  Beaucoup  moins  abondante  que  l'espèce  sui- 
vante. 

Bécassine   ordinaire. 

[Gallinago  scolopacimis,  Bonaparte.) 

Très  commune.  Répandue  dans  toute  l'Egypte  et  la  Nubie. 
p:ile  apparaît  en  grande  quantité  vers  le  commencement  d'oc- 
tobre. On  la  trouve  alors  un  peu  partout,  dans  les  rizières 
inondées,  dans  les  marais,  sur  la  rive  des  lacs,  etc.,  mais  elle 
recherche  de  préférence  les  terrains  couverts  d'herbes,   de 
joncs  et  d'autres  plantes  marécageuses.  Dans  certaines  loca- 
lités qui  lui  plaisent,  on  en  fait  lever  presque  à  chaque  pas.  Il 
ne  faut  pas  en  déduire  la  sociabilité  de  l'espèce.  Les  indivi- 
dus vivent  l'un  près   de  l'autre,  mais  sans  aucune  sorte  de 
lien  social.  Chacun  vit  pour  soi,  sans  s'inquiéter  du  voisin. 
La  Bécassine,  du  reste,  voyage  isolément  et  de  nuit. 


116  RKVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

La  chasse  de  la  Bécassine  est  une  des  chasses  favorites  des 
sportsmen  du  Caire  et  d'Alexandrie.  Les  tireurs  habiles  en 
tuent  des  quantités  invraisemblables  pour  nos  chasseurs 
d'Europe. 

Bécassine  gallinule. 

{Gallinago  gallimda,  Linné.) 

Bécassine  sourde.  Le  Bécot  des  chasseurs.  Se  trouve  dans 
les  mêmes  lieux  que  l'espèce  précédente.  Apparaît  à  la  même 
époque.  S'avance  moins  proibndément  dans  le  sud. 

Son  tir  est  beaucoup  moins  difficile  ;  espèce  paresseuse, 
elle  laisse  le  chasseur  approcher  tout  près  d'elle  avant  de  se  " 
décider  à  partir  et  son  vol  est  peu  rapide. 

Bécasseau  minule. 

{Tringa  minuta,  Leisler.) 

Très  abondant,  pendant  l'hiver,  en  Egypte  et  en  Nubie, 
dans  les  marais,  sur  les  bords  du  Nil,  autour  des  mares  et 
des  étangs.  Ordinairement  en  bandes  plus  ou  moins  nom- 
breuses. 

Rynchée  du  Cap. 

[Rynchœa    capensis,   Linné.) 

Cette  espèce  appartient  à  un  genre  d'échassiers  que  cer- 
tains ornithologistes  retirent  de  la  famille  des  scolopacidés 
pour  le  ranger  dans  celle  des  rallidés. 

Les  Rynchées.  en  eflét,  outre  quelques  similitudes  de  ca- 
ractères extérieurs  avec  les  Râles,  s'en  rapprochent  encore 
par  quelques-unes  de  leurs  habitudes.  Ainsi,  elles  se  tiennent 
presque  constamment  au  milieu  des  plantes,  évitent  les  en- 
droits découverts  et  les  Iranchissent  très  rapidement  pour 
se  cacher  dans  les  fourrés.  Elles  courent  très  vite  et  vo- 
lent mal.  ' 

L'aire  de  dispersion  de  la  Rynchée  du  Cap  est  très  étendue. 
Elle  habite  une  grande  partie  de  l'Afrique.  En  Egypte,  on  la 
rencontre  surtout  dans  le  Delta,  dans  les  marais,  les  champs 
humides.  On  la  tue  aux  environs  du  Caire,  notamment  dans 
la  plaine  des  Pyramides.  Les  bords  du  lac  Menzaleh  parais- 
sent être  les  lieux  où  on  la  trouve  le  plus  abondamment. 


LES  ÉCHASSIERS  D'EGYPTE. 


117 


Elle  \it  par  paires  ou  par  petites  troupes  de  quatre  à  six 
individus,  selon  la  saison. 


\ 


i>.^-7. 


<z. 


1 


Les  Rynchées  offrent  cette  particularité  que  le  mâle  est 
plus  petit  et  a  un  plumage  moins  brillant  que  la  femelle  (1). 

(1)  L'individu  figuré  est  une  femelle. 


118  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Bécasseau  temmia. 

[Tringa  TemmincMi,  Leisler.) 

Beaucoup  moins  abondant  que  l'espèce  précédente,  se 
trouve  dans  les  mêmes  lieux.  Se  môle  assez  souvent  aux 
bandes  de  Bécasseaux  minules,  mais,  en  général,  vit  isolé- 
ment et  par  paires. 

Bécasseau  cincle. 

[Trinya  cinclus,  Linné.) 

La  Briinelte.  On  trouve  des  bandes  de  cette  espèce,  en 
hiver,  sur  les  côtes  de  la  Méditerranée  et  de  la  mer  Rouge. 

Bécasseau  cocorli. 

[Tringa  siiharquala^  Temminck.) 

Visite  l'Egypte  en  hiver,  mais  en  petit  nombre. 

Sanderling-  des  sables. 

(CaUdris  arenaria,  Leach.'^ 

Peu  commun.  Se  montre  en  petites  bandes  dans  la  Basse- 
Egypte  pendant  l'hiver. 

.    Chevalier  gambette. 

(Totanus  caiulris,  Beciistein.) 

Chevalier  aux  pieds  rouges.  Commun  dans  le  Delta  et  au 
Fayoum.  Rare  sur  le  Nil  en  amont  du  Caire. 

Chevalier  brun. 

[Totanus  fuscus,  Bechstein.) 

Barge  hrune  de  Bullbn,  Chevalier  arlequin.  On  le  trouve 
dans  toute  l'Egypte  et  en  Nubie,  mais  en  petit  nombre. 

Chevalier  gris. 

{Totanus  griseus,  Bechstein.) 

Chevalier  aboyeur.  Commun  dans  toute  l'Egypte  et  en 
Nubie.  Se  tient  sur  les  bords  du  Nil,  le  long  des  canaux, 
près  des  mares,  où  il  vit  seul  ou  par  paires. 


LES  ÉCHASSIERS  D'EGYPTE.  ■119 

Chevalier  stagnatile. 

{Tofdmis  stagnaiiUs,  Bechstein.) 

On  le  rencontre  souvent  en  compagnie  du  Chevalier  Syl- 
vain. Il  n'est  pas  très  commun,  mais  son  aire  de  dispersion 
s'étend  sur  toute  l'Egypte  et  la  Nubie.  Le  Fayoum  est,  je 
crois,  la  contrée  où  il  est  le  plus  abondant. 

Chevalier  cul- blanc. 

[Totanus  ochropus,  Temminxk.) 

Commun.  Partout  où  il  y  a  de  l'eau.  Aux  environs  du 
Caire,  je  ne  suis  pas  allé  une  seule  fois  à  la  chasse  le  long 
des  canaux  et  près  des  mares,  sans  en  voir. 

Chevalier  Sylvain. 

{Totanus  glareoLa,  Temminck.) 

Hiverne  en  Egypte  et  en  Nubie.  Assez  abondant  au 
Fayoum. 

Guignette  vulgaire. 

(Actif is  hypoleiicos,  Boie.) 

Habite  l'Egypte  et  la  Nubie.  Vit  sur  les  bords  du  fleuve  et 
le  long  des  canaux. 


'B 


Recurvirostre  avocette. 

{Recurvirostra  avocetta,  Linné.") 

Visite  en  hiver  l'Egypte  et  la  Nubie.  N'est  pas  très  abon- 
dante. Cependant  on  en  voit  parfois  de  grandes  bandes  sur 
les  bords  du  lac  Menzaleh  et  dans  le  Delta. 

Echasse  blanche. 

{Himantopus  cancUcliis,  Bonnaterre.) 

Commune  dans  le  Delta.  On  en  voit  souvent  de  petites 
bandes  autour  des  mares  qui  avoisinent  les  villages,  nulle- 
ment effrayées  de  la  présence  de  l'homme,  car  les  indigènes 
ne  les  inquiètent  jamais. 


120  REVUK  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Il  faut,  comme  je  l'ai  dit,  l'Ibis  sacré  de  la  faune  ornitho- 
logique  actuelle  de  l'Egypte  proprement  dite.  Il  séjournait 
autrefois  dans  le  Delta,  de  la  tin  de  juin  jusqu'au  milieu  de 
janvier.  Savigny  dit,  en  effet,  en  avoir  aperçu  encore  quel- 
ques individus  à  Kafr-Abou-Said,  le  24  nivôse  (14  janvier)  (1). 
En  résumé,  les  Ibis  arrivaient  dès  que  le  Nil  commençait  à 
croître,  leur  nombre  semblait  augmenter  comme  les  eaux  du 
fleuve,  pour  diminuer  ensuite  avec  elles,  et  l'on  n'en  voyait 
plus  lorsque  l'inondation  était  passée. 

Grue  cendrée. 

[Griis  cinerea,  Bechstein.) 

Les  Grues  arrivent  ordinairement  en  Egypte  au  mois  d'oc- 
tobre. Elles  s'éloignent  peu  du  Nil,  se  tenant  presque  cons- 
tamment, soit  sur  les  bancs  de  sable  qui  émergent  au  milieu 
du  fleuve,  soit  sur  les  jjoints  de  la  rive  qui  sont  nus  et  bien 
découverts.  Le  matin  elles  vont  dans  les  champs  pour  cher- 
cher leur  nourriture;  mais  dès  qu'elles  sont  rassasiées,  elles 
se  hâtent  de  revenir  au  fleuve,  où  elles  passent  le  reste  de 
la  journée  à  jouer  et  à  courir  çà  et  là.  Le  soir,  elles  se  ras- 
semblent sur  les  îles  pour  y  passer  la  nuit.  On  sait  qu'elles 
voyagent  en  troupes  considéral)les,  toujours  disposées  en 
cône  ;  c'est  aussi  en  bandes  nombreuses  qu'elles  vivent  dans 
leurs  quartiers  d"hiver.  Elles  font  preuve  d'une  prudence 
extrême,  posent  des  sentinelles  pour  se  garder  contre  toute 
surprise  et,  si  elles  ont  été  dérangées,  envoient  des  éclaireurs 
avant  de  s'abattre  de  nouveau.  Elles  quittent  l'Egypte  au 
mois  de  mars.  J'en  ai  vu,  à  cette  époque,  au  Barrage  du  Nil, 
à  la  pointe  du  Delta. 

Grue  demoiselle. 

[Griis  virgo,    Pallas.) 

Cette  belle  espèce,  beaucoup  moins  abondante  que  la  pré- 
cédente, arrive  et  repart  aux  mêmes  époques  que  sa  con- 
génère. Elle  forme  également  de  grandes  bandes,  et  ses 
mœurs,  ses  habitudes  ressemblent  beaucoup  à  celles  de  la 
Grue  cendrée  ;  le  cri  est  aussi  â  peu  près  le  même  ;  mais  au 
vol  il  est  facile  de  la  distinguer  par  sa  taille  plus  laible  et 

(1)  Histoire  naturelle  et  wijthologiqtte  de  l'ihis, ,  p.  Ii4. 


LES  ÉCHASSIERS  D'EGYPTE. 


121 


surtout  par  son  plumage  beaucoup  plus  clair  qui,  de  loin,  pa- 
rait presque  blanc. 

Tantale  ibis. 
[Tantalus  ibis,  Linné.) 
Accidentellement   dans  la  Haute-Egypte,    à  l'époque  de 


€- 


Tantale  ibis. 


l'inondation.  Oiseau  magnifique,  blanc,  avec  des  reflets  roses 
au  dos,  des  taches  rouges  et  roses  sur  les  ailes.  Les  remiges 
et  les  rectrices  sont  d'un  beau  vert-noir  brillant  et  les  pattes 
d'un  rouge  pâle.  Une  teinte  d'un  rouge  yermillon  s'étend  sur 


122  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

les  parties  nues  de  la  lace  qui  entourent  la  hase  d'un  long- 
bec  courbé,  d'un  jaune  de  cire.  On  le  rencontre  communé- 
ment aux  environs  de  Ivartoum  et  sur  les  bords  du  Nil- Blanc 
et  du  Nil-Bleu. 

Ibis  falcinelle. 

{Ibis  falcinellus,  Linné. 

Peu  abondant.  Habite  toute  l'année  l'Egypte  et  la  Nubie. 

Spatule  blanche. 

{Platalea  leucorodia,  Linné.) 

Commune.  Fréquente  en  bandes  les  bancs  de  sable  du  Nil,  . 
les  grands  lacs  de  la  Basse-Egypte,  le  Fayoum. 

Cigogne  blanche. 

[Ciconia  alba,  Bechstein.) 

Pousse  ses  migrations  jusque  dans  l'Afrique  centrale.  Ar- 
rive en  Egypte  et  en  Nubie  au  mois  d'août  pour  repartir  en 
mars  ou  dans  la  première  quinzaine  d'avril.  Le  départ  d'Eu- 
rope a  lieu  par  grandes  bandes,  lé  retour  se  lait  par  couples 
ou  par  petites  troupes. 

Cigogne  noire. 

[Ciconia  nigra,  Gesner.) 

Peu  abondante.  D'un  naturel  farouche,  aime  la  solitude. 

Héron  cendré. 

[Ardea  chierea,  Linné.) 

Commun  dans  toute  l'Egypte  et  la  Nubie. 

Héron  pourpré. 

{Ardea  purpurea,  Linné.] 

Abondant  dans  la  Basse-Egypte  et  au  Fayoum. 

Aigrette  blanche. 

(Egretla  alba,  Bonaparte.) 
C'est  surtout  dans  la  Basse-Egypte  et  au  Fayoum  que  ce  bel 


LES  ÉCUASSIERS  D'EGYPTE.  123 

oiseau  est  le  plus  répandu.  On  en  voit  souvent  de  grandes 
bandes  au  lac  Mariout. 

Aigrette  garzette. 
[Egretta  garzella,  Bonaparte.) 

Plus  commune  que  l'espèce  précédente  dans  tout  le  bassin 
du  Nil. 

Garde-bœuf  ibis. 

[Bulnilciis  ibis,  Bonaparte.) 

J'ai  dit  ses  mœurs  familières  et  confiantes  et  le  respect  dont 
il  est  l'objet  de  la  part  des  indigènes. 

Très  commun,  particulièrement  dans  le  Delta,  où  on  le 
rencontre  par  bandes  plus  ou  moins  nombreuses. 

Beaucoup  de  voyageurs  ont  cru  voir  en  lui  l'Ibis  sacré,  et 
cette  erreur  est  encore  partagée  par  la  plupart  des  Euro- 
péens qui  résident  en  Egypte. 

Nicbe  au  mois  d'août.  La  ponte  est  de  trois  à  cinq  œufs,  à 
coquille  très  fragile,  de  forme  allongée  et  de  couleur  bleu- 
verdàtre. 

Quelques  chasseurs  européens  le  tuent,  tentés  par  la  blan- 
cheur de  sa  robe  :  c'est  un  assassinat. 

Le  Garde-bœuf  se  montre  quelquefois  dans  le  delta  du 
Rhùne. 

Crabier  chevelu. 

[Baphiis  comatus,  Boie.) 

Habite  en  petit  nombre  l'Egypte  et  la  Nubie.  On  le  ren- 
contre dans  le  Delta  et  au  Fayoum.  Peu  farouche. 

Blongios  nain. 

[Ardeola  minuta,  Bonaparte.) 
Rare. 

Butor  étoile. 

[Botaurus  stellaris,  Stephens.) 

Je  l'ai  rencontré  plusieurs  fois  aux  environs  du  Caire,  mais 
il  est  surtout  commun  dans  le  Delta  et  au  Fayoum.  Il  ne 
parait  pas  pousser  beaucoup  plus  loin  ses  migrations. 


124  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Bihoreau  d'Europe. 

{Nyclicorax  europeus,  Stephens.) 

Hiverne  en  Egypte  et  s'avance,  en  remontant  le  Nil, 
jusque  dans  les  forêts  vierges  du  centre  de  l'Afrique.  Assez 
commun  aux  environs  du  Caire. 

Flammant  rose. 

[Pliœnicopierus  roseics,  Pallas.) 

Ce  curieux  et  bel  oiseau  vit  en  grand  nombre  dans  les 
lacs  de  la  Basse-Egypte  et  au  Fayonm.  Sur  le  Nil  même,  au 
contraire,  il  est  rare.  Au  lac  Menzaleb,  on  en  voit  des  bandes 
considérables.  Mais  ces  bandes  sont  extrêmement  prudentes 
et  prennent  beaucoup  de  précautions  pour  ne  pas  se  laisser 
surprendre.  Elles  sont  gardées  par  des  sentinelles  qui  veillent 
jour  et  nuit  et  ne  laissent  jamais  un  canot  arriver  à  portée 
de  fusil.  Elles  ne  pèchent  que  dans  les  eaux  découvertes,  d'oîi 
la  vue  peut  s'étendre  sans  obstacles,  et  évitent  avec  soin 
d'approcher  des  fourrés  de  roseaux.  On  ne  peut  donc  observer 
ces  oiseaux  que  de  fort  loin  ;  mais  c'est  un  spectacle  char- 
mant. Les  uns  nagent,  d'autres  sont  debout  sur  leurs  longues 
jambes.  On  croirait  voir  des  fleurs  blanches  et  rouges,  flot- 
tant à  la  surface  de  l'eau  ou  poussées  sur  une  menue  tige 
de  pourpre.  Ordinairement  ils  se  tiennent  dans  l'eau  jus- 
qu'au dessus  des  tarses  et  s'aventurent  rarement  sur  les 
bancs  de  sable.  Lorsqu'ils  se  mettent  en  rang,  les  uns  à  côté 
des  autres,  ils  figurent  une  longue  ligne  de  feu,  d'un  ma- 
gnifique éclat.  A  la  moindre  alerte,  ils  s'envolent,  ce  sont 
alors  des  nuages  roses  et  blancs  qui  montent  vers  le  ciel. 
Malgré  la  diflîculté  de  la  chasse,  les  pêcheurs  du  lac  Men- 
zaleh  prennent  une  assez  grande  quantité  de  Flammants. 
Ils  s'approchent  de  ces  oiseaux  la  nuit,  montés  sur  un  ra- 
deau, pendant  que  toute  la  bande,  la  tête  sous  l'aile,  est 
plongée  dans  un  profond  sommeil,  à  l'exception  de  la  sen- 
tinelle qui  veille  le  cou  levé.  Un  i)êcheur  s'avance  silencieu- 
sement en  nageant  et  en  rampant,  caché  par  un  énorme 
paquet  d'herbes,  qu'il  pousse  devant  lui.  Arrivé  à  la  sen- 
tinelle, il  la  saisit  rapidement,  lui  plonge  la  tête  dans  l'eau 
et  la  tue  en  lui  tordant  le  cou.  Ses  compagnons  sautent  sur 
d'autres  et  les  tuent  de  la  même  façon. 


LES  ÉCHASSIERS  D'EGYPTE.  125 

Ils  capturent  aussi  des  Flammants  vivants,  à  l'aide  d'un 
tilet  étendu  entre  deux  barques  qui  se  dirigent,  toujours  la 
nuit,  vers  une  bande  de  ces  oiseaux.  Les  Flammants  effrayés 
s'envolent  et  se  prennent  dans  le  filet. 

Le  plus  grand  nombre  de  ces  Flammants  vivants  sont 
envoyés  à  un  marchand  d'Alexandrie  qui  les  expédie  en 
Europe. 

Raie  d'eau. 

[Rallus  aquaticus,  Linné.) 

Commun,  en  hiver,  dans  la  Basse-Egypte  et  au  Fayoum. 

Porzane  Marouette. 

[PDrzana  marueita,  Gray.) 

Basse-Egypte  et  Fayoum. 

Crex  des  prés. 

[Creocpratensis,  Beciistein.) 

Râle  de  genêt.  Roi  de  Cailles  de  nos  chasseurs. 

Visite  l'Egypte  en  hiver,  selon  Heuglin.  Rare. 

Brehm  Fa  rencontré  une  ibis,  à  sa  grande  surprise,  dans 
les  forêts  vierges  du  centre  de  l'Afrique,  entre  13°  et  11°  de 
atitude  nord. 

—  Doit-on,  sur  l'autorité  de  Riippell,  inscrire  sur  la  liste 
des  oiseaux  d'Egypte,  la  Porzane  de  Bâillon  [Porzayia  pyg- 
mœa,  Bonaparte)  ?  Très  douteux. 

Poule  d'eau  ordinaire. 

{Gallinula   cfdoropus,   Linné.) 

Commune  dans  la  Basse-Egypte  et  dans  le  Fayoum,  qu'elle 
ne  paraît  pas  dépasser. 

Porphyrion  à  dos  vert. 

(PorpJnjrio  cliloronotus,  Brehm.) 

Cette  espèce  remplace  dans  le  nord- est  de  l'Afrique,  le 
Porphyrion  bleu  {PorpJiyrio  liyacinthimis,  Temminck),  le 
Talcve,  le  Porphyrion  des  anciens,  assez  commun  en  Algérie 


1:^6  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

et  dans  plusieurs  autres  contrées  de  la  région  méditerra- 
néenne. 

Le  Porpliyrion  à  dos  vert  habite  tous  les  lacs  du  Delta  où 
il  vit  par  paires.  On  le  trouve  aussi  dans  les  rizières  et  dans 
les  marais  voisins  des  champs  de  céréales. 

Ce  bel  oiseau,  que  les  Arabes  connaissent  sous  le  nom  de 
dlnmé,  a  le  devant  du  cou  bleu-turquoise,  et  la  poitrine  bleu- 
indigo,  passant  graduellement  au  noir  ardoisé  qui  s'étend 
sur  le  ventre  et  le  croupion.  La  face  postérieure  du  cou  et  la 
partie  antérieure  des  ailes  sont  bleu-indigo.  Le  manteau  est 
vert-foncé.  Bec  et  plaque  frontale  rouge-vermillon,  tarses 
rouge-brique,  œil  brun-rougeâtre. 

Foulque  morelle. 

(Fulica  aira,  Linné.) 
Très  abondante  sur  tous  les  lacs. 

Foulque  à  crête. 

{FuUcn  cristala,  Linné.) 

Cette  espèce,  ([ui  est  remarquable  par  les  deux  tubercules 
membraneux  qui  surmontent  en  arrière  la  plaque  frontale,- 
est  commune  dans  certaines  parties  do  l'Algérii^  On  la  ren- 
contre en  grand  nombre,  par  exemple,  dans  les  marais  des 
environs  de  Bùne  et  d'Oran.  En  Egypte,  elle  apparaît  souvent 
en  grande  quantité,  à  l'époque  de  l'inondation  (1). 

(1)  En  terminant  cette  revue  des  Echassiers  d'Egypte,  je  dois  donner  un 
cordial  et  reconnaissant  souvenir  à  mon  ami  Léon  Hamel,  inspecteur  de  la 
Daira  Sanieli,  au  Caire,  qui  a  été  souvent  le  compagnon  de  mes  chasses  et,  en 
quelque  sorte,  mon  guide  dans  un  pays  où  il  réside  depuis  plusieurs  années. 
La  passion  de  la  chasse  et  de  l'ornithologie  l'avait  conduit  auparavant,  honoré 
(l'une  mission  du  Ministère  de  Plnstruclion  publique,  en  Cochinchinc  et  au 
Tonkin.  J'ai  profilé  plus  d'une  fois  de  ses  observations,  et  son  nom  se  trouve 
déjà  cité  dans  mon  travail  sur  les  Gallinacés  d'Asie, 


L'OLIVIER 

SON  AVENIR,  SES  PRINCIPAUX  ENNEMIS, 
MOYENS  DE  DESTRUCTION 

Par  m.  DEGAUX, 

Membre  de  la  Société  entomologique  de  France. 

{  SUITE  ET  FIN  *  ] 


Tinea  olivella  (B.  de  Fonscolombe)  (Fig.  3j.  (Chenille  mi- 
neuse des  noyaux  de  l'olive. 

Papillon  gris 
cendré  luisant , 
antennes  filifor- 
mes, ailes  allon- 
gées ,  les  supé- 
rieures luisantes, 
légèrement  mar- 
brées de  nuances 
noirâtres ,  fran- 
gées à  l'extré- 
mité ■  ^eS  infé—  ^''0-  ■'•  —  Tinca  olivella.  larve  minuscule  du 
,     ,  noyau  de  l'Olive. 

rieures  cendrées, 

moins  foncées  que  les  supérieures,  pattes  grises. 

Chenille,  longueur  G  millimètres,  d'un  vert  grisâtre  mar- 
bré, tète  jaunâtre,  mâchoires  noires,  pattes  au  nombre  de 
seize. 

Chrysalide  jaunâtre  avec  les  étuis  des  ailes  un  peu  bruns. 

MŒURS    ET    DESTRUCTION. 

La  femelle  de  ce  papillon  dépose  un  œuf  sur  l'olive  en  for- 
mation, au  moment  où  elle  est  à  peine  nouée;  aussitôt  réclu- 
sion de  la  chenille,  elle  pénètre  dans  le  noyau  encore  tendre 
et  s'y  établit  ;  elle  dévore  la  partie  intérieure  du  noyau  pour 
se  nourrir  et  arrive  à  toute  sa  croissance  en  septembre. 
Alors,  elle  perce  le  lioj'au  à  l'endroit  où  le  fruit  s'attache  au 

(*)  Voyez  Revue,  année  1892,  1"  semestre,  p.  375,  et  plus  haut,  p.  27. 


128  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

pédoncule  et  se  laisse  tomber  sur  le  sol,  pour  se  transformer 
le  plus  souvent  en  terre.  Le  fruit,  miné  à  son  point  d'attache, 
tombe  au  moindre  vent  ;  il  contient,  assez  souvent  encore,  la 
chenille,  qui  s'empresse  de  sortir  de  l'olive  pour  se  transfor- 
mer. On  fera  donc  très  sagement  de  détruire  les  fruits  tom- 
bés et  de  les  détruire  par  le  feu,  ou  de  les  détriter  de  suite. 

La  métamorphose  exige  vingt  à  vingt-huit  jours  pour  don- 
ner le  papillon  qui  créera  une  seconde  génération  et  dont  les 
moeurs  diffèrent  complètement  de  la  première. 

Pour  cette  génération  d'hiver  la  ponte  a  lieu  sur  les 
feuilles,  aussitôt  sa  naissance,  la  jeune  Chenille  s'introduit 
entre  les  deux  membranes  de  la  feuille  qu'elle  mine,  elle 
atteint  tout  son  développement  fin  mars,  sort  de  la  feuille  et 
se  chrysalide  entre  les  bourgeons  et  les  jeunes  branches  en 
s'enveloppant  dans  quelques  fils  de  soie.  Le  Papillon  éclot 
vers  la  fin  d'avril. 

Les  deux  manières  de  vivre  de  cette  Chenille  qui  se  nour- 
rit tantôt  de  la  substance  farineuse  et  grasse  de  l'amande  du 
noyau  et  du  tissu  cellulaire  d'une  feuille  aussi  peu  charnue 
que  celle  de  l'Olivier  a  donné  lieu  à  de  grandes  discussions. 

Des  savants  distingués  :  Boyer  de  Fonscolombe.  Guérin- 
Méneville,  etc.,  ont  soutenu  qu'il  y  avait  deux  espèces  bien 
distinctes  ;  d'autres  savants  non  moins  distingués  :  Dupon- 
chel,  Milière,  Stainton,  etc.,  soutenaient  qu'il  n'y  avait 
qu'une  espèce.  Il  est  admis  aujourd'hui,  et  nous  sommes  de 
cet  avis,  (|u'il  n'y  a  qu'une  seule  espèce  ayant  deux  généra- 
tions. 

Cette  chenille  est,  après  le  Dacus,  l'ennemi  le  plus  redou- 
table de  la  production  d'olives,  il  faut  donc  la  détruire  et  en 
arrêter  l'extension  par  tous  les  moyens  en  notre  pouvoir. 

A  l'état  de  papillon,  on  peut  en  détruire  un  grand  nombre. 

1°  En  allumant  des  feux  (lampes  à  feu  nu  avec  réflecteur), 
dans  les  champs  d'oliviers,  depuis  le  commencement  du  cré- 
puscule jusqu'à  onze  heures  du  soir,  où  la  Tinea  oUvclla 
viendra  se  brûler  en  mai  et  en  octobre,  époques  des  accouple- 
ments nocturnes. 

2"  Les  pièges  au  miel  arsénieux,  indiqués  contre  le  Dacus 
donneront  aussi  de  bons  résultats. 

A  l'état  de  larves  sortant  des  olives  : 

1°  En  ramassant  les  olives  tombées  et  en  les  détruisant, 
soit  par  le  feu,  soit  par  le  détritage. 


L'OLIVIER,  SES  ENNEMIS.  129 

2*^  En  employant  les  trois  procédés  indiqués  contre  le 
Daciis. 

Le  labourage  fréquent  et  léger  sous  les  oliviers,  qui  ramène 
les  pupes  ou  chrysalides  à  la  surface  où  elles  sont  dévorées 
par  les  oiseaux. 

L'emploi  de  la  suie  de  cheminée  semée  sous  les  arbres. 

Et  l'emploi  des  chiffons  pétroles  comme  engrais. 

Insectes  s'attaquant  au  bois  de  l'olivier. 
Phlœotribus  olcœ  Latreille)  ou  Babaroife  dans  le  midi. 

(Fig.  4.) 

Cet  insecte  est  un  Coléoptère  appartenant  à  la  famille  des 

Xylophages  ;  lorsqu'il  est  nombreux  il 
i^      épuise  l'olivier  et  peut  arriver  â  le  laire 
mourir. 

Longueur  2   millimètres,    noirâtre, 
revêtu  d'un  duvet  grisâtre  :  antennes 
ayant  le  dernier  article  divisé  en  trois 
Fiff.i.  —  P/dœoti-ibusoie<s,  ïeuillets    inégaux  :    élytres    bombées, 

l^emelle  parasite  du  Z>«a«  g^j,-égg^    pOllctuéeS,     llérissécs    de    poils 

roux  :  corps  ramassé,  pattes  brunes. 

Mœurs.  Vers  la  fin  d'avril  ou  le  commencement  de  mai  la 
femelle  vient  déposer  ses  œufs  sur  les  brandies  moyennes  de 
l'olivier,  elle  choisit  les  branches  malades  ajant  peu  de  sève. 
Pour  pondre,  elle  commence  par  percer  une  galerie  trans- 
versale entre  l'écorce  et  l'aubier  (les  deux  sexes  concourent 
à  ce  travail  préliminaire),  puis  elle  dépose  20  à  35  œufs  dans 
autant  de  petites  encoches  disposées  à  droite  et  à  gauche  de 
sa  galerie.  Après  la  ponte,  le  mâle,  avant  de  mourir  (assez 
souvent),  revient  à  reculons  jusqu'à  l'oriflce  du  trou  d'entrée 
qu'il  bouche  avec  son  corps  ;  la  femelle  meurt  dans  la  gale- 
rie. Cette  particularité,  que  j'avais  déjà  constatée  pour  les 
femelles  et  non  les  mâles  d'ffylesinus  Aicbei  et  Tliuijœ  (in- 
sectes de  la  même  famille),  a  été  remarquée  par  plusieurs 
savants  observateurs,  entre  autres  A.  Peragallo  de  Nice. 

Les  larves  font  des  galeries  i)erpendiculaires  dans  le  sens 
des  tibres,  se  métamorphosent  dans  les  galeries  et  sortent 
insectes  parfaits  environ  deux  mois  après  la  ponte,  c'est-à- 
dire  au  commencement  de  juillet. 

Dès  qne  l'insecte  est  éclos,  il  se  répand  sur  l'olivier  dont  il 

u  Août  1892.  9 


130  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

ronge  et  perce  l'écorce  tendre;  autour  des  jeunes  pousses  qui 
doivent  assurer  la  récolte  future,  il  traverse  quelquefois  la 
Lase  des  petits  rameaux  de  part  en  part,  ses  galeries  sont  peu 
profondes,  il  les  abandonne  à  volonté,  pour  aller  en  creuser 
d'autres  dans  le  voisinage,  car  c'est  uniquement  pour  se 
nourrir  qu'il  les  pratique  et  non  en  vue  d'une  seconde 
génération. 

De  nombreux  savants:  Risso  1826,  Ingénieur  Bernard  1842, 
Bompar  1848,  Companyo  1858,  le  D'  Martinenq  1863-1864, 
A.  Peragallo  1882,  et  autres,  ont  étudié  le  Ph'œotribus  oleœ, 
qui  commet  de  réels  dégâts  aux  Oliviers,  Nous  avons  lu  avec 
attention  les  principaux  travaux  parus  jusqu'ici  ;  il  reste  en- 
core beaucoup  de  points  importants  à  connaître  et  à  élucider, 
entre  autres  : 

Que  devient  le  Phlœotribus  pendant  la  saison  d'hiver  ? 

A-t-il  une  deuxième  génération  comme  le  supposent  Ber- 
nard, Companyo,  Bompar  et  d'autres  ? 

Peut-il  pondre  sur  les  branches  de  l'Olivier  vivant  ? 

Nous  avons  trouvé  en  hiver  dans  une  branche  d'Olivier 
percée  de  trous  de  sortie  du  Phlœoti^ihus,  plusieurs  insectes 
vivants  ;  doit-on  admettre  que  cet  insecte  rentre  dans  les  ga- 
leries qui  l'ont  vu  naître  pour  y  passer  l'hiver  ? 

Une  seconde  ponte  partielle  opérée  en  août  dans  les 
branches  malades  de  l'Olivier,  nous  paraîtrait  très  rationnelle, 
cependant,  il  ne  nous  a  ]tas  été  donné  de  la  vérifier.  Nous 
avons  observé  que  V Ilylesiniis  Aiihel  et  Thui/œ,  insectes  de 
la  même  famille  et  très  voisins  comme  mœur.^,  ont  deux 
générations  dans  les  branches  de  Thuyas. 

Quant  cà  la  ponte  au  printemps  sur  les  branches  malades  de 
roiivier,  il  ne  peut  y  avoir  de  doute  à  cet  égard.  On  a  re- 
marqué qu'il  donnait  la  préférence  aux  branches  d'élagage, 
fraîchement  coupées  ;  ce  qui  se  comprend,  l'Olivier  bien  soigné 
ayant  perdu  après  la  taille  ou  l'élagage,  le  bois  mort  ou  ma- 
lade qui  convient  au  PlilœoiriJms,  il  pond  dans  ces  dernières 
mises  à  sa  portée  ;  mais  il  n'est  pas  douteux,  qu'à  défaut  de 
celles-ci,  l'insecte  saurait  bien  découvrir  sur  les  arbres  vivants 
des  branches  pour  y  déposer  l'espoir  de  sa  race. 

En  attendant  la  connaissance  plus  complète  de  ses  mœurs, 
on  fera  bien,  après  l'élagage  en  avril,  de  déposer  les  branches 
moyennes  ou  grosses,  en  petits  tas  près  des  Oliviers,  le  Phlœo- 
triJjHs  viendra  y  déposer  ses  œufs   et  vers  le  l*"''  juin,   on 


L'OLIVIER,  SES  ENNEMIS.  131 

détruira  ces  bois  par  le  feu,  ou  on  les  fera  séjourner  plusieurs 
jours  sous  l'eau.  C'est  jusqu'ici  le  moyen  le  plus  sûr  pour 
combattre  cet  insecte  nuisible  et  diminuer  les  cliances  de 
pontes  sur  les  Oliviers. 

Les  petites  branches  ou  brindilles  provenant  de  l'élagage 
contiennent  souvent  des  Phlœotlirips,  Cochenilles,  Chenilles 
et  autres  insectes  nuisibles,  il  est  urgent  de  les  brûler  immé- 
diatement. 
HylcsliiKS  Fraxinl  (Fabr  ),  en  France. 
H U lesimis  oleipe?Yla  {F ABR.),  en  Italie,  Tunisie  et  Algérie. 
Ces  insectes  xylophages,  d'une  taille  double  du  Phlœolribus 
oleœ,  ont  exactement  les  mêmes  mœurs  et  vivent  dans  les 
grosses  branches,  cfuelquefois  dans  le  tronc  de  l'Olivier,  ils 
sont  souvent  mélangés  avec  le  Phlœofribus    sur  la   même 
branche,  sans  jamais  confondre  leurs  galeries  respectives. 

Le  moyen  de  destruction  est  le  même  que  pour  le  Phlœo- 
tribus. 

L'Olivier  est  en  outre  attaqué  par  un  grand  nombre  d'in- 
sectes de  tous  ordres,  qui  le  font  soufï'rir,  nous  citerons  les 
principaux,  sans  entrer  dans  le  détail  de  leurs  mœurs,  qu'on 
trouvera  dans  les  ouvrages  que  nous  avons  consultés.  (Voir 
Index  bibliographique.) 

Phlœotlirips  oleœ  (de  Targioni)  Ver  noir  qu  Barban. 
Psylla  oleœ  ou  puceron  de  l'olivier. 
Lecaniiim  oleœ  (Bernard),  cochenille  de  l'olivier. 
Cionus  gihUfrons  (Kiesenw),  Peritelns  Schœnherri  et  Pe- 
ritelus  Cremieri  (BoHM.)qui  rongent  les  feuilles  des  jeunes 
pousses  et  des  greifes  de  l'Olivier.  On  les  détruira  en  secouant 
doucement  ces  jeunes  tiges  sur  un  parapluie,  et  en  jetant  au 
feu  les  insectes  tombés. 

L'Olivier  est  quelquefois  envahi  par  une  maladie  cryptoga- 
mique  la  Morfée  ou  Fumagine.  M.  Rivière  indique  comme 
moj'encuratif :  les  aspersions  d'eau  de  chaux;  le  soufrage 
par  sublimation  ;  le  lavage  et  le  brossage  ;  enfin  la  suspension 
sous  les  arbres  de  faisceaux  de  paille  imbibés  de  coaltar  con- 
seillé par  le  D''  Signoret  pour  tuer  ou  éloign-er  les  mâles  ailés 
de  Cochenilles. 

RÉSUMÉ. 

1.  Nous  ne  devons  pas  perdre  de  vue  que,  par  suite  des 
progrès  de  la  science,  qui  ont  jeté  dans    le  commerce   de 


132  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

grandes  quantités  d'huiles  de  graines  diverses,  l'Olivier  doit 
être  cultivé  uniquement  comme  producteur  d'huile  comes- 
tible et  que  nous  devons  tenter  tous  les  moyens  pour  en  amé- 
liorer la  qualité  par  la  culture,  et  lui  conserver  sa  renommée 
■  universelle. 

2.  Planter  les  Oliviers  en  laissant  12  mètres  entre  chaque 
arbre,  choisir  un  sol  sec  et  une  exposition  abritée  des  vents 
du  nord. 

3.  Choisir  la  greffe  en  vue  de  la  meilleure  qualité  d'huile  à 
obtenir  ;  le  rendement  peut  être  réalisé  par  la  taille  et  les 


engrais. 


4.  Ne  rien  semer,  autant  que  possible,  sous  les  Oliviers,  de 
façon  £\  pouvoir  donner  des  labours  légers  ;  le  plus  souvent 
possible,  détruire  les  mauvaises  herbes,  rendre  le  terrain 
perméable  à  la  pluie. 

5.  Si  l'on  tient  à  récolter  sous  les  Oliviers,  donner  la  pré- 
férence aux  légumineuses  Haricots,  Fèves  (après  avoir  désin- 
fecté la  semence  au  sulfure  de  carbone,  comme  il  a  été  dit), 
plantés  en  lignes,  qui  ne  demandent  que  trois  mois  pour 
mûrir,  et  permettent  de  labourer  le  sol  et  de  surveiller  les 
arbres  en  tous  temps.  Les  Céréales,  Vignes,  Luzernes  doivent 
être  proscrites  dans  une  bonne  culture  d'Olivier. 

6.  Après  le  labour  du  printemps,  semer  de  la  suie  de  che- 
minée additionnée  de  cendres,  pour  détruire  les  larves  du 
Dacus  et  la  chenille  d'Olivella  au  moment  où  elles  quittent 
l'Olive  pour  se  transformer  en  terre. 

•7.  Fumer  les  Oliviers  (1)  de  préférence  avec  des  chilfons  de 
laine  imprégnés  de  pétrole,  pour  détruire  les  larves  ou  insectes 
qui  se  métamorphosent  en  terre.  A  défaut  tous  autres  engrais 
enfouis  tous  les  deux  ans.  Ne  pas  perdre  de  vue  que  plus  un 
arbre  est  vigoureux,  moins  il  est  attaqué  par  les  insectes. 

8.  Tailler  l'Olivier  de  façon  à  lui  faire  pousser  le  plus  de 
jeunes  bois  possible,  à  l'aérer  et  à  le  rendre  vigoureux. 

9.  Maintenir  les  Oliviers  à  une  hauteur  qui  permette 
d'opérer  la  cueillette  des  olives  à  la  main  avec  des  échelles, 
ou  tout  au  moins  pour  la  plus  grande  partie.  Ne  pas  perdre 
de  vue  l'amélioration  de  la  qualité  de  l'huile. 

(1)  L'observation  a  démontré  que  les  engrais,  en  hâtant  la  végétation,  affer- 
missent les  olives  sur  l'arbre  et  que  leur  maturité  est  d'autant  retardée,  ce  qui 
les  rend  moins  attaquables  eu  août  et  septembre  par  le  Dacus.  En  général,  un 
arbre  vigoureux  est  toujours  moins  contaminé  qu'un  arbre  chélif. 


L'OLIVIER,  SES  ENNEMIS.  133 

10.  Diviser  les  champs  d'Oliviers  en  deux  lots,  et  tailler 
chaque  année  un  de  ces  lots,  ce  qui  permettra  de  récolter 
chaque  année  et  d'équilibrer  le  travail  (relire  avec  soin,  ce 
que  nous  avons  dit  plus  haut,  des  avantages  multiples  de 
cette  méthode). 

11.  Elaguer  chaque  année  le  bois  mort  ou  les  branches 
malades,  en  avril  au  plus  tard,  déposer  comme  pièges  pour 
les  Phlœotribus  et  Hylesimis,  les  grosses  et  moyennes 
branches  sous  les  oliviers,  détruire  celles-ci  par  le  feu  ou  les 
noyer  pendant  quelques  jours,  vers  le  l"''  juin.  Détruire 
immédiatement  par  le  feu,  les  petites  branches  et  brindilles 
qui  pourraient  contenir  des  insectes. 

12.  Tenir  le  tronc  et  les  grosses  branches  lisses,  en  raclant 
l'arbre  pendant  l'hiver  (sur  une  toile  étendue)  et  détruire  par 
le  feu,  les  écailles,  les  mousses  détachées,  elles  contiennent 
toujours  des  larves  et  des  insectes  abrités  dans  ces  repaires. 

13.  Pendant  l'hiver,  recueillir  les  feuilles  minées,  conte- 
nant la  chenille  d'Olivella  et  les  brûler. 

14.  Récolter  les  olives,  de  préférence  dès  la  fin  de  novem- 
bre, décembre  et  janvier,  ne  jamais  dépasser  la  fin  de  mars. 
11  est  démontré  aujourd'hui  que  le  meilleur  moment  pour 
cueillir  l'olive  est  celui  oîi  celle-ci  est  arrivée  aux  4/5  de  sa 
maturité  ;  plus  tard,  elle  donne  moins  d'huile  et  celle-ci  est 
d'une  quahté  moindre. 

15.  Cultiver  les  Oliviers  de  façon  à  pouvoir  proscrire  le 
gaulage  des  olives,  se  rappeler  que  toute  olive  meurtrie  se 
conserve  mal  et  donne  une  huile  de  qualité  inférieure. 

16.  Eviter  le  séjour  des  olives  dans  les  magasins  avant  de 
les  détriter.  En  adoptant  la  méthode  préconisée  par  nous  au 
numéro  10,  ce  séjour  ne  sera  plus  nécessaire. 

n.  Ramasser  les  olives  tombées  sur  le  sol,  le  plus  promp- 
tement  possible,  soit  pour  les  détriter  de  suite,  soit  pour  les 
brûler,  si  elles  ne  contiennent  pas  encore  assez  d'huile.  Ces 
olives  renferment  une  larve,  soit  d'OlivcUa,  soit  de  Dacus.  On 
pourrait,  par  quelques  coups  légers  imprimés  à  l'Olivier,  faire 
tomber  les  olives  contaminées  par  l'Olivella. 

18.  Dans  les  années  où  le  Dacus  est  innombrable,  suivre  le 
conseil  donné  par  Guérin-Méneville,  c'est-à-dire' récolter 
dès  le  pre;:;r<rr  octobre  et  détriter  les  olives  immédiatement, 
pour  sauver  un  peu  d'huile  et  détruire  une  grande  partie  des 
larves  devant  perpétuer  cette  race  nuisible. 


134  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

19.  Détruire  le  Dacus  et  le  papillon  OllvcUa,  par  le  pro- 
cédé que  nous  avons  expérimenté  ;  c'est-à-dire  en  plaçant 
dans  les  oliviers  des  vases  plats,  contenant  un  peu  de  miel 
additionné  de  un  pour  cent  d'acide  arsénieux  (ou  d'un  autre 
produit  toxique  pour  les  insectes  et  reconnu  inofFensif  pour 
les  oiseaux).  Il  faut  l'employer  particulièrement  du  l<=r  avril 
au  mois  d'août  pour  exterminer  le  plus  grand  nombre  pos- 
sible de  ces  insectes  avant  la  ponte,  qui  doit  fournir  la 
première  génération. 

20^  Par  des  temps  calmes,  allumer  dans  les  champs  d'Oli- 
viers des.  lamps  à  feu  nu,  avec  réflecteur,  depuis  le  moment 
du  crépuscule  jusqu'à  11  heures  du  soir,  où  la  Tinea  olivclla 
viendra  se  brûler  en  mai  et  en  octobre,  époques  des  accou- 
plements nocturnes. 

21.  Protéger  les  oiseaux  insectivores,  les  attirer  en  plarant 
des  niclioirs  artificiels  dans  les  champs  d'Oliviers  (ce  procédé 
nous  a  réussi  en  Picardie,  dans  les  Pommiers.  Nous  avons 
montré  par  un  exemple,  qu'une  nichée  de  Mésange  charbon- 
nière, composée  des  six  petits  et  des  père  et  mère,  dévoraient 
dix  mille  Dacus  et  Chenilles  pendant  les  vingt  jours  néces- 
saires pour  élever  cette  nichée. 

22.  Eviter  de  tuer  les  hyménoptères  parasites  du  Dacus, 
dont  il  a  été  parlé  dans  cette  étude  ;  les  élever  comme  il  a  été 
dit,  s'il  est  possible. 

23.  Surveiller  la  fabrication  afin  d'empêcher  les  mélanges 
fi\iuduleux,  si  nuisibles  à  la  bonne  renommée  de  l'huile 
d'Olive. 

24.  Donner  des  soins  minutieux  à  la  i)ropreté  des  moulins 
et  à  la  conservation  de  l'huile. 

Vœu.  Nous  formons  le  vœu  qu'il  soit  établi  un  congrès 
réunissant  les  principaux  producteurs  d'Olivers  de  France  et 
d'Italie,  pour  voir  fixer  la  clôture  de  la  récolte  des  Olives  du 
15  mars  au  1"  avril.  Quand  il  s'agit  d'un  si  grand  intérêt,  la 
loi  doit  protéger  le  bon  vouloir  des  uns,  stimuler  la  paresse 
des  autres  et  travailler  pour  l'avantage  commun  sans  écouter 
les  réclamations  de  la  routine.  C'est,  si  nous  ne  nous  trom- 
pons pas,  en  vertu  de  ce  principe,  qu'ont  été  établis  les  lois 
et  règlements  relatifs  aux  mesures  sanitaires  à  prendre  en 
temps  d'épizootie,  à  l'échenillage,  etc. 


L'OLIVIER,  SES  ENNEMIS.  135 


INDEX   BIBLIOGRAPHIQUE. 

Genèse  (chap.  viii,  verset  2,  Ramum  olivœ  virentibus  foliis). 
Galon  l'Ancien,  De  re  rustica,  traduit  par  Sabonreux,  1771. 
Columelle,  De  arboribus,  traduit  par  Claude  Cotereau,  Paris,  1552. 
Pline,  livre  XV,  ch.  vu,   et  livre  XXIII,  chap.  iv.    (i'^''  siècle  de  notre 

ère  ] 
Ingénieur  Bernard,  Traité  de  la  culture  de  V Olivier,  1782-1843. 
Rosier,  Traité  d'agriculture,  1801. 

LoquGz  (l'abb'i),  Histoire  naturelle  de  la  Morfée,  Nice,  1806. 
Pelletier,  L'Oliuille,  1816. 

Risso,  Histoire  naturelle  des  productions,  etc.,  vol.  II'',  Paris,  1826. 
Laure,  De  la  mouclie  et  du  ver  de  l'olive.  Soc.  d'agr.  du  Var,  1831. 
Passerini,  Alcune  notizie  sopra  una  si^ecie  d'insetto,  Fizenze,  1834. 
Boyer  de  Fonscolombe,  Annales  de  la  Soc.  Eut.  de  France,  1837  et  1840. 
Cauvin,  Observations  sur  le  téphrite,  Nice,  1810  et  1842. 
Roubaudi,  Nice  et  ses  environs,  Paris  et  Turin,  1843. 
Mazzarosa,  La  pratiche  délia  canipagna  Lucchese,  Lucca,  1846. 
Gue'rin-Me'neville,  Journal  d'agriculture  pratique,  etc.,  n'' 7,  avril  1847. 
Bompar,  Mémoire  sur  les  insectes  qui  vivent  aux  dépens  de  l'Olivier.,  Dra- 

guignan,  1848. 
Companyo,  Annales  de  la   Soc.  agric,  etc.,  Pyrénées  Orientales.  1858. 
Bonafous  (Norbert),  Mémoires  de  l'Académie  des  sciences,  etc.,  Aix,  1862. 
Martinenq  (D""),  de  Grasse,  Rapports  sur  les  insectes  rongeurs  des  Oliviers, 

1863  et  1864. 
José  de  Hidalgo  Tablada,  Tractato  del  cultioo  del  Olivo,  Madrid,  1870. 
Lichtenstein,  Manuel  d'entomologie,  etc.,  1870. 
Barbe  père  (de  Cannes),  Étude  sur  t  Olivier,  Nice,  1875. 
Coulance,  L'Olivier,  Paris,  1877. 
Girard  (Maurice),  Catalogue  des  animaux  utiles  et  nuisibles,  Paris,  1878, 

v   II. 
Annali  di  Agricoltura,  n'^  9,  Roma,  1879. 
Colvei  (Pablo).  Madrid,  1880. 
Targioni  Tozzetti,  Annali  di  agricoltura,  1881,  parte  scientifica,  Fizenze 

et  Roma. 
Peragallo  (A.),  L'Olivier,  son  histoire,  etc.,  Ni'ce,  1882. 
Bouche,  Histoire  de  Provence,  tome  P''. 
Haliday,  The  entomol.  Mag.,  t.  III. 
Slaiuton,  Microlépidoptères,  Londres,  vol.  XI. 


L'HORTICULTURE  FRANÇAISE 

SES   PROGRÈS  ET  SES  CONQUÊTES  DEPUIS  1789 

Par  m.  Charles  BALTET, 
Horticulteur,  président  de  la  Société  horticole  de  l'Aube. 

(suite  *.) 


L'Œillet  (le  Chine,  aux  tons  cramoisis  ou  veloutés,  propre 
aux  bordures,  comme  le  Tagète  dit  «  Œillet  d'Inde  ». 

La  Pensée  des  jardins  qui,  depuis  1810,  a  élargi  son  masque 
au-delà  d'un  écu  de  six  livres,  en  le  fardant  avec  goût. 

Le  Plilox  de  Drummond,  plante  du  Texas,  toujours  fleuri 

de  corolles  simples,  doubles  ou  étoilées,  bien  distinct  de  son 

aîné  le  Phlox  vivace,  pyramidal  ou  acuminé,  des  États-Unis. 

La  richissime  Pivoine,  indigène  ou  exotique,  si  bien  variée. 

La  Potentille  doublant  sa  corolle,  de  1852  à  1859,  dans  les 

jardins  de  Mauvier  et  de  Lemoine. 

La  Pyrèthre  rose  du  Caucase,  qui  a  modifié  sa  livrée  et 
doublé,  depuis  quarante  ans,  chez  Beddinghaus,  Simon  Louis, 
Lemoine,  Vilmorin. 

Les  Pourpiers  de  l'Amérique  Sud,  s'épanouissant  en  i)lein 
soleil,  manifestant  leur  duplicature  en  1852,  chez  Lemoine. 
De  charmantes  races  d'apijartement,  la  Primevère  de 
Chine  propagée  par  Soulange-Bodin,  dès  1822,  et  depuis,  le 
Primula  cortusoides  de  Sibérie,  plus  rustique  que  l'espèce 
japonaise  aux  hampes  verticillées.  De  1838  à  1850,  nous  avons 
la  fleur  double,  la  fleur  striée  et  la  feuille  frangée  du  type 
chinois. 

La  Reine-Marguerite  de  la  Chine.  Qu'il  est  loin  de  nous  le 
disque  floral  de  1750,  si  humble  lors  de  son  entrée  en 
France!  Quelle  évolution  complète  avec  Vilmorin,  Jacquin, 
Bossin,  Truffaut,  Fontaine,  René  Lotin,  Malingre  !  Nous 
avons  créé  des  races  naines  ou  élevées,  à  fleurs  imbriquées, 
couronnées,  récurvées  ou  tuyautées,  se  reproduisant  par  le 
semis  des  graines. 

(*)  Voyez  Eevue,  année  1891,  note  p.  583,  et  année  1892,  1"  semestre,  note 
p.  478, 


L'HORTICULTURE  FRANÇAISE  DEPUIS  1789.  137 

La  Rose  trémière,  Althœa  rosea,  de  Syrie,  décor  distingué 
de  nos  parcs,  quand  un  repoussoir  de  verdure  le  l'ait  valoir. 

La  modeste  Violette,  qui  est  devenue,  à  l'air  libre  ou  sous 
verre,  l'objet  d'un  commerce  considérable  en  toute  saison. 

Le  Zinnia  du  Mexique.  Ici  encore,  l'arrivée  d'un  plant  à 
fleur  pleine,  de  Tarascon  ou  de  Moulins,  vers  1854,  a  révolu- 
tionné cette  Composée  rustique  et  florifère,  déjà  connue  en 
1789.  En  ce  moment,  l'élaboration  est  à  la  recherche  de 
races  touffues  ou  élancées,  aux  capitules  bien  francs  dans 
leurs  nuances  unicolores  ou  panachées. 


Comte  Léonce  de  Lamberlye  (1810-1877),  Président  fondateur  de  la  Société 
d'horticulture  et  de  viticulture  d'Epernay,  auteur  d'une  étude  sur  le  Frai- 
sier, sur  les  plantes  vasculaires  de  la  Marne,  la  culture  i'orcée,  etc. 

Arrêtons  là  nos  citations,  bien  que  nous  ayons  négligé  du 
beaux  genres,  tels  que  Clarkia,  Collinsia,  Énothère,  Gaura, 
Gilia,  Godetia,  Leptosiphon,  Salpiglossis,  Schizanthus,  d'ori- 
gine américaine,  comme  le  Coréopsis  et  la  Gaillarde.  En 
parcourant  les  galeries  réservées  aux  lots  fleuris  et  renouve- 
lés à  chaque  concours,  on  est  émerveillé  de  la  richesse  et  du 
nombre  d'espèces  vivaces  ou  annuelles  présentées  au  public. 

Ces  mêmes  exhibitions  n'ont-elles  pas  été  la  réhabilitation 
des  plantes  bulbeuses,  d'autant  mieux  que  la  tige  florale  dé- 
tachée de  la  souche  peut  continuer,  —  le  pied  dans  l'eau,  — 


138 


REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 


à  parcourir  les  phases  successives  de  son  épanouissement. 

Après  les  Iris  de  Lémon,  de  Jacques,  de  Modeste  Guérin, 

de  Victor  Verdier,  après  les  Tulipes  (1)  et  les  Jacinthes  de 


Zinnia,  du  Mexique  ;  lype  à  fleur  double  (France). 


(1)  Les  Flandres  étaient  encore  le  foyer  de  la  •  Tulipomanie  »  lorsque  des 
jardiniers,  des  amateurs  et  des  botanistes  fondèrent  à  Lille,  le  16  août  1828,  la 
Société  d'horticulture  du  département  du  Nord.  La  première  exposition  publique 
eut  lieu  le  1"  mai  1829,  avant  Nantes  et  Paris. 


L'HORTICULTURE  FRANÇAISE  DEPUIS  1789. 


139 


Tripet  et  Leblanc,  de  Pirolle,  de  Roussel,  cent  ans  après  les 
Anémones  et  les  Renoncules  qui  ont  fait  les  délices  de  nos 
pères,  au  temps  de  la  splendeur  des  Primevères  et  des  Am-i- 
cules,  voici  des  débutantes  qui,  d'un  bond,  s'élèvent  au  rang- 
d'étoiles. 


.'-i: 


Balisier  de  Tlnde  [Canna  indica]  ;  type  «  florifère  »   (France) 


Ces  ravissantes  Amaryllis  américaines,  africaines  ou  asia- 
tiques, et  le  Clivia  de  Port-Natal,  flammé  d'orange  ou  de 
minium,  la  parure  naturelle  de  l'appartement  ou  de  la  serre. 

Tous  ces  Balisiers  de  l'Amérique  australe  démontrant  en 
cette  saison  qu'une  plante  à  beau  feuillage  peut  devenir  ou 
rester  une  plante  à  floraison  brillante,  ou  tout  simplement 


140  REVUE  LES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

agréable.  Le  métissage  du  Canna,  commencé  en  1846  par 
l'amateur  Année,  qui  avait  étudié  ce  beau  genre  au  Chili,  l'ut 
continué  par  Chaté,  par  Rantonnet,  par  Crozy,  par  le  per- 
sonnel de  la  Muette,  à  la  Ville  de  Paris,  et  antérieurement 
par  Lierval.  Ce  dernier  n'a  pu  survivre  à  ses  plantes  mortes 
de  froid  pendant  la  guerre,  laute  de  charbon. . . 

Le  Freesia,  l'ancien  Gladiolus  refractus  du  Jardin  des 
Plantes  (1812),  qui  a  tenté  le  pinceau  artistique  de  Redouté. 
Plante  à  bouquet  blanc,  le  Freesia  a  été  accaparé  par  la  cul- 
ture forcée,  comme  la  Jacinthe  romaine,  le  Glaïeul  de  Col- 
ville,  et  le  coquet  emblème  de  la  jeunesse,  le  Muguet,  qui  pro- 
duit sous  verre  et  par  an,  pour  500,000  francs  de  fleurs,  dans 
la  seule  banlieue  de  Paris. 

Ces  Glaïeuls  nés  d'hier  et  qui,  par  le  labeur  patient  du 
semeur,  à  Gand  d'abord,  à  Fontainebleau  ensuite,  puis  à 
Nancy,  ont  grandi  leur  périanthe  et  centuplé  les  touches 
fines  et  délicates,  les  tons  vifs,  satinés  ou  nuages  des  pétales. 
Après  le  Gladiolus  gandavensis  si  coquet,  après  le  Gladiolus 
nanceianus  si  étonnant,  quelles  surprises  nous  ménagez- 
vous,  victorieux  chercheurs? 

En  deux  mots,  voici  l'état-civil  de  la  famille. 

Le  Glaïeul  de  Gand,  obtenu  en  1837  par  Beddinghaus,  ré- 
sulte de  la  fécondation  des  G\R(\io\us 2)siJ/aci>ufs  (Java,  IS'iS), 
par  les  G.  floribondus  et  carcUnalis  (Cap,  1789).  Quelques 
années  plus  tard,  Souchet,  à  Fontainebleau,  croisait  les  nou- 
veaux venus  avec  les  Gladiolus  hlandus  et  ramosus.  Enfin, 
dès  1875,  les  derniers  gains  croisés  avec  le  Gladiolus  pur- 
pîireo  auratus  (Natal,  1870),  —  et  le  produit  étant  fécondé 
avec  le  Gladiolus  Saundersii,  de  la  même  origine,  —  com- 
mencèrent cette  série  hybride,  à  fleurs  démesurées  et  à 
coloris  resplendissant  qui  sera  une  des  gloires  de  Victor 
Lemoine,  l'heureux  auteur  de  ces  combinaisons  successives. 

Ces  Lis  exotiques,  à  corolle  tubulée  ou  évasée,  au  fin  colo- 
ris rehaussé  de  bandes  dorées  ou  bronzées,  de  mouchetures 
ponceau,  de  reflets  chamois,  maïs  ou  cinabre,  croissant  à  in- 
discrétion sur  les  montagnes  japonaises,  chinoises,  hima- 
layennes,  caucasiennes,  ou  étalant  leurs  grâces  sous  les  om- 
brages de  l'Amérique  boréale,  sont  venus  lutter  avec  nos 
enfants  des  Pyrénées,  des  Alpes,  du  Jura  ;  mais  les  filles  du 
Ciel,  fraîchement  débarquées,  qui  ont  étonné  les  visiteurs  du 
Trocadéro,  ne  feront  cependant  pas  oublier  l'arrivée  du  Li- 


L'HORTICULTURE  FRANÇAISE  DEPUIS  1789. 


141 


lium  speciosum  ou  lancifolium,  vers  1850,  par  von  Siebold, 
médecin  de  l'ambassade  hollandaise  au  Japon,  ni  celle  du 
Lilium  auratum,  envoyé  de  Tokio  dix  ans  plus  tard,  par 
l'explorateur  anglais  John  Gould  Veitch,  et  s'épanouissant 


Lilium  speciosum  (Lilium  lancifolium),  du  Japon. 

crânement,  en  1850,  à  Ivry,  chez  le  rosiériste  Charles  Verdier. 
Le  Montbretia,  Iridée  du  Cap  ;  depuis  cinq  ans,  une  main 
exercée  à  la  pollinisation,  le  marie  avec  le  Crocosmia,  don- 
nant ainsi  raison  à  la  théorie  de  la  fécondation  et  de  l'hybri- 
dation exposée  par  Adolphe  Brongniart  (1801-1876),  Edouard 


142  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Delaire  (1810-185T),  Henri  Lecoq  (1802-1871),  et  par  Charles 
Nandin  et  Bernard  Verlot,  toujours  sur  la  brèche. 

Le  Tritoma,  cette  Liliacée  du  Cap,  éclatante  et  originale 
dans  son  expansion  florale,  corail  et  citron. 


Morelle  robuste  [Solanum  roiuslum],  du  Brésil, 

Et  le  Pliormium,  textile  néo-zélandais,  et  l'Aspidistra  de 
Chine,  docile  à  la  température  variable  des  ap[)artements, 
et  le  vieux  Yucca  (Ij,  cette  pittoresque  et  arborescente  Li- 


(1)  Le  Yucca  a  conservé  son  nom  caraïbe,  comme  TAkebia,  l'Aralia.  l'Au- 
cuba,  le  Catalpa,  le  Giiikfço  ont  frardé  leur  dénomination  «  indigène  «.  D'autres 
végétaux  rappellent  un  botaniste  :  Bouvard.  Buddle,  Clark,  Collins,  Dahl, 
Deutz.  Forsyth,  Fuchs,  Kœlreuler,  Lavater,  Leschenault,  Lippi,  Lobel,  Magno!, 
Marlyn,  Morin,  Zinn,  etc. 


L'HORTICULTURE  FRANÇAISE  DEPUIS  1789.  143 

liacée  de  pleine  terre,  de  serre  ou  d'orangerie,  extirpée,  non 
sans  peine,  des  ravins  ou  des  rochers  de  l'Améncxue  sep- 
tentrionale. 

Nous  comprenons  l'extase  de  nos  ancêtres  devant  la  coupe 
d'une  Tulipe  ou  la  facture  d'une  Renoncule  ;  mais  s'ils  eus- 
sent connu  nos  conquêtes  dans  le  monde  des  fleurs,  se  se- 
raient-ils ruinés  pour  un  bulbe  de  Mariage  de  ma  fille  et 
Méliul  se  fùt-il  écrié,  dans  un  accès  de  lyrisme,  qu'un  champ 
de  Renoncules  était  comparable  aux  mélodies  de  Gluck  et  de 
Mozart  ? 

La  vogue  continue  aux  plantes  à  feuillage  ornemental,  vert 
ou  coloré  :  les  Bananier,  Datura,  Montagnea,  Nicotiana.  Per- 
sicaire.  Rhubarbe,  Ricin,  Senecio,  Solanum,  Wigandia,  etc., 
à  grand  développement,  sont  distribués  sur  les  pelouses  de 
gazon,  tandis  que  les  Alternantheras,  les  Coleus  (le  Plec- 
tranthus,  de  Ryfkogel),  les  Achyranthes,  nuancés  de  rubis, 
de  pourpre  et  d'amarante  se  massent  en  corbeilles  ou  entrent 
dans  les  combinaisons  fantaisistes  de  la  «  mosaïcultiire  », 
avec  les  Sedum  et  les  Sempervivnm  ;  ces  combinaisons  ont 
leur  raison  d'être  quand  elles  sont  raisonnées  sur  le  dogme 
de  l'affinité  et  du  contraste  simultané  des  couleurs  complé- 
mentaires, professé  par  Chevreul  (1186-1888),  de  l'Institut. 

Trop  longtemps  négligées,  les  plantes  aquatiques  travail- 
lées lar  Denis  Hélye,  Armand  trontier,  Latour  -  Marliac, 
réapparaissent  sur  nos  eaux  et  peuplent  nos  rivages,  et  les 
miniatures  alpestres,  réhabilitées  par  Jean-Baptiste  Verlot, 
par  Correvon,  s'implantent  dans  les  rocailles  à  toute  alti- 
tude. Parmi  les  premières,  nous  retrouvons  au  pavillon  du 
Brésil  la  Victoria  regia,  cette  Nymphéacée  gigantesque  qui 
excitait,  il  y  a  quarante-cinq  ans,  l'admiration  de  Bonpland 
et  d'Orbigny,  explorant  un  afliuent  de  l'Amazone  ;  son  ins- 
tallation fut  l'objet  d'une  construction  spéciale  au  Muséum, 
et  chez  Louis  Van  Houtte  (1810-1876),  de  Gand,  véritable 
Français  par  le  cœur,  né  au  lendemain  de  l'exposition  de 
Frascati. 

Il  n'est  pas  jusqu'aux  Graminées,  au  Gyneriiim,  l'herbe 
des  Pampas  de  Buenos-Ayres,  au  Gymnotrix  de  Montevideo, 
à  l'Eulalia  du  Japon,  au  Maïs  japonais  rubané  blanc  de  lait, 
qui  ne  viennent,  pendant  la  période  centenaire,  apporter 
leur  note  légère  et  vaporeuse  dans  le  concert  perpétuel  de  la 
symphonie  des  fleurs.  [A  suivre). 


II.  CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS. 


Croisement  du  Cerf  d'Europe  avec  le  Wapiti  de  l'Amé- 
rique du  Nord.  —  A  la  séance  de  la  Société  forestière  de  Silésie, 
M.  Gessner-Faruowitz,  maître  forestier,  a  rendu  compte  de  ses  essais 
d'hybridation.  Il  avait  obtenu  deux  hybrides  ;  ceux-ci  s'etant  déjà 
reproduits,  l'on  put  élever  plusieurs  daguets.  Avec  des  soins  vigi- 
lants, l'on  parviendra  certainement  à  fixer  cette  race  qui  remplacera 
bientôt  dans  certains  pays  notre  Cerf  d'Europe.  De  B. 

Fourrures  de  Renard  bleu.  —  Aux  Etats-Unis,  un  décret  nou- 
veau défend  la  chasse  du  Renard  bleu  ou  Isatis  [Vulpes  lagopus)  sur 
les  îles  Fribyloff,  silue'es  dans  la  mer  de  Behring.  On  espère  ainsi 
protéger  l'Isatis,  car  le  commerce  de  sa  fourrure  prenait  une  extension 
trop  considérable.  Mais  cette  loi  va  priver,  paraît- il,  la  Compagnie 
commerciale  de  l'Amérique  du  Nord  d'un  revenu  annuel  qui  s'élevait 
à  20,000  dollars.  G. 

Les  eaux  de  drainage  et  les  poissons.  —  Pour  démontrer 
que  les  eaux  stagnantes  de  drainage  descendues  dans  les  rivières  et 
lacs  n'étaient  point  nuisibles  aux  poissons,  la  Municipalité  de  Berlin 
a  fait  creuser,  près  MalcholT,  cinq  étangs  qui  sont  alimentés  par  ces 
eaux  exclusivement.  Chaque  étang  a  20  m.  de  large  sur  50  m.  de  lon- 
gueur. L'expérience  commencée  il  y  a  quelques  années  a  donné  d'ex- 
cellents résultats.  Les  étangs  en  question  furent  peuplés  de  Truites  de 
ruisseau,  de  Truites  arc-cn-ciel  d'Amérique,  de  Lavarets  et  de  Carpes. 
Tous  ces  poissons  se  sont  développés  parfaitement  et  paraissent  fort 
bien  portants.  Les  organismes  végétaux  inférieurs  qui  pullulent  dans 
les  eaux  de  cette  nature,  loin  de  nuire  aux  poissons,  contribuent  à  la 
multiplication  des  organismes  animaux  dont  se  nourrissent  les  poissons. 
On  peut  donc  affirmer  que  descendre  les  eaux  de  drainage  dans  les 
rivières  ne  peut  avoir  aucune  influence  fâcheuse  pour  leur  population 
poissonnière.  C.  K. 

Fabrication  du  sucre  de  betteraves.  —  La  fabrication  du 
sucre  est  chaque  jour  mieux  étudiée.  On  a  établi  récemment  à 
Nebraska  une  station  expérimentale  pour  la  production  de  betteraves 
dont  on  voulait  exiger  une  très  grande  richesse  en  saccharine.  DilTé- 
rentes  méthodes  de  culture  ont  été  expérimentées  dans  ce  but.  On 
poursuit  un  choix  de  semences,  pour  obtenir  une  plante  très  supé- 
rieure à  celles  d'Europe.  D'autre  part,  des  stations  ont  été  organisées 
dans  le  Kansas  pour  le  perfectionnement  du  sucre  de  canne,  tant  pour 
une  plus  forte  production  des  mélasses  que  pour  un  rendement  supé- 
rieur en  alcool.  De  S. 


Le  Gérant  :  Jules  Grisard. 


I.  TRAVAUX  ADRESSÉS  A  LA  SOCIÉTÉ, 


L'ÉTAT   ACTUEL 

DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  EUROPE 

Par  m.  E.  LECLAINCHE, 

Professeur  à  l'Ecole  vétérinaire  de  Toulouse 

Et  m.  Ch.  MOROT, 

Vétérinaire  municipal  à   Troyes. 


(SUITE  *) 


KoYAU^tiE  DE  Saxe. 

En  Saxe,  la  viande  de  cheval  est  vendue  en  assez  grande 
quantité  pour  l'alimentation  de  l'homme  ;  il  en  est  de  même 
dans  quelques  villes  pour  la  viande  de  chien  (1).  Ci-joint  les 
statistiques  se  rapportant  à  des  animaux  de  ces  deux  espèces 
livrés  à  la  consommation  de  l'homme  : 

/   En  1881,  67  chevaux  à  Dijheln,  68  â  Rossiuein  et  58  à 

Otten'iorf,  en  tout  193  chevaux  (G'). 

En  1883,  67  chevaux  à  Bobeln,  32  à  Rossweîn,  39  à 

^    \       Oltendorf  Qi  18  â  Leisnig,  en  tout  163  chevaux  {G^. 

En  1884,  .66  chevaux  â  Dobeln,  35  à  Eossivein,  32  â 

Oltendoyf  et  13  à  Leisnig,  en  tout  146  chevaux  (V). 


<=>    "l  En  1885,   73  chevaux  à  Dubeln,  32  à  Rossivein,  49  à 
2    i       Otlendorf  et  3  à  Leisnig,  en  tout  157  chevaux  (V 
ce    f   En  1886,  69  chevaux  â  Dobeln,  35  à  Rossioein  et  72  à 
^    I        OUendorf,  en  tout  176  chevaux  (V-). 

En  1887,  187  chevaux  (V»)  ;  en  1888,  189  chevaux  (V')  ; 
en  1889,  175  chevaux  (V^). 

(*)  Voyez  plus  haut,  pages  1  et  97. 

(1)  En   France,  la  viande  de  chien  n'a  pas  encore  été  vendue  pour 

l'alimentaliou   de  l'homme  avec  autorisation  administrative  et  d'une 

façon  régulière,  comme  cela  se  fait  en  Saxe,  à  Chemnilz,  à  Leipzig  et 

à  Zittau.   Ne  nous   en  plaignons  pas!  Par  contre,  quelques  bouchers, 

20  Août   1892.  10 


146                REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 
LOCALITÉS.     Années iS8i   4885   iSS-i   1883    1886  4887  4888   488!)    I8!)0 


— 

•^— 

— 

— 

■^~ 

""- 

— 

— 

— 

— 

Cercle  de 

Marienberg.  Chevaux. . . 

» 

» 

102(1 

» 

62 

83 

143 

63 

69 

U  àU*. 

Chemnitz . .   Chevaux , . . 

» 

» 

304 

» 

368 

398 

403 

445 

575 

U*  à  U".      Chiens 

» 

» 

294 

» 

213 

211 

207 

233 

312 

Dresde  ....   Chevaux . . . 

» 

» 

» 

» 

977 

1014 

655 

1290 

1428 

U*  à  L". 

Leipzig Chevaux. . . 

» 

» 

» 

» 

» 

» 

266 

814 

1053 

U^  à  U^      Chiens 

» 

» 

» 

» 

» 

» 

» 

102 

103 

Plauen Chevaux. .. 

» 

» 

» 

» 

130 

124 

» 

120 

121 

V',\]\ll\\]'. 

Freiberg...  Chevaux... 

227 

210 

149 

178 

155 

130 

147 

184 

157 

G,  G^  U  à  t*. 

En  1887,  à  Glaucliau,  227  chevaux  (employés  en  grande 
partie  pour  la  fabrication  du  saucisson)  (V). 

Cercle  de  Dippodisivalcle,  80  chevaux  en  1888,  90  en  1889 
et  70  en  1890  (U*  à  U«). 

A  Annalterg,  90  chevaux  en  1889  et  132  en  1890  (U» 
et  U«). 

En  1890,  272  chevaux  à  Grosscr/Iiaw.  et  .172  à  Auerbach 
(U«). 

En  1889,  il  a  été  consommé  à  Zlilau,  38  chevaux  et 
fi  chiens  (U-'). 

Le  nombre  des  chevaux  saisis  a  été,  en  1888,  de  5  à  Frei- 
berg  ;  en  1886,  à  Plauen,  do  3,  dont  1  morveux  ;  en  1887, 
de  4,  à  Dresde  ;  en  1889,  de  9  dans  toute  la  Saxe;  en  1890  de 
8  à  Dresde,  1  à  Leipzig  et  3  à  Chemnitz.  Le  nombre  de  chiens 
saisis  a  été  en  1890,  à  Dresde,  de  1  pour  tumeurs  généra- 
lisées et  à  Chemnitz,  de  2  dont  1  pour  ladrerie  [cysticercus 
cellidosce).  Parmi  les  149  chevaux  de  Freiberg,  en  1884,  .55 
ont  été  abattus  pour  boiteries,  7  pour  immobilité  et  7  pour 
fractures  osseuses  ;  il  y  en  avait  133  de  1.5  ans  et  au-dessus. 

plus  ingénieux  qu'honnêtes,  ne  trouvent  rien  de  mieux  que  d'en  ser- 
vir à  leurs  clients,  en  guise  de  viande  de  mouton.  Tout  dernière- 
ment, à  Roubaix  (Nord),  la  police  a  découvert  une  fraude  de  ce  genre, 
pratiquée  depuis  plusieurs  années  par  le  sieur  Rasson.  Ce  boucher 
vendait  de  40  à  60  centimes  le  1/2  kilo  sa  viande  de  pseudo-mouton 
{Petit  Journal  du  29  octobre  1891,  n"  10534). 

(1)  Les  102  chevaux  de  1884  se  repartissent  de  la  façon  suivante  : 
72  à  Lengelfeld,  16  à  ManeHhe.rg,  9  à  Ruhenau  et  5  à  Wol'keiisteia. 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'IIIPPOPHAGIE  EN  EUROPE.  U7 

Parmi  les  178  chevaux  de  Freiboy,  en  1885,  il  y  en  avait  20 
de  6  à  12  ans  et  158  de  15  ans  et  au-dessus. 

Royaume  de  Wurtemberg. 

Dès  l'année  1815,  il  existait  déjà  12  abattoirs  hippopha- 
giques dans  le  Wurtemberg  (R-). 

A  Stuttgart,  le  nombre  de  chevaux  consommés  a  été  de 
124  en  1888,  de  13(5  en  1889  et  de  137  en  1890.  Leur  poids 
net  total  a  été  de  33,150  kilos  en  1889  et  de  34,675  kilos  en 
1890.  Le  prix  de  la  viande  de  cheval  variait  en  1890  de 
15  à  25  pfennigs  le  demi-kilo  (19  à  31  centimes).  Des  137 
chevaux  de  1890,  il  y  en  avait  14  de  l'«  qualité,  97  de  2«  et  26 

de  3-^  (1). 

A  Heilbronn,  il  a  été  consommé  58  chevaux  en  1888  et  61 
en  1889.  Le  poids  moyen  net  de  ces  animaux  a  été  estimé 
250  kilos  (2). 

AUTRICHE. 

Bien  que  Falimentation  par  la  viande  de  cheval  soit  en 
usage  dans  plusieurs  localités  de  l'Autriche,  elle  est  encore 
dans  ce  pays  l'objet  d'appréciations  contradictoires  de  la  part 
des  vétérinaires.  Dans  un  très  intéressant  travail  (3),  M.  Flo- 
rian  Koudelka,  vétérinaire  sanitaire  à  Wischau  (autrefois  à 
Vienne),  estime,  en  partisan  convaincu  de  l'hippophagie,  qu'il 
est  du  devoir  des  vétérinaires  d'éclairer  le  public  sur  la 
valeur  de  la  viande  de  cheval,  et  de  démontrer  que  la 
répulsion,  éprouvée  pour  cet  aliment,  est  totalement  dénuée 
de  fondement.  Dans  un  mémoire  également  très  intéres- 
sant (4),  M.  Anton  Toscano,  vétérinaire  sanitaire  à  Vienne, 
désapprouve  la  propagation  de  l'hippophagie  pour  les  raisons 
suivantes  :  1°  L'introduction  de  la  viande  de  cheval,  dans 
l'alimentation  humaine,  ne  peut  qu'être  nuisible  aux  intérêts 
agricoles  en  provoquant  une  baisse  de  prix  sur  la  viande  de 
bœuf  et  en  empêchant  l'extension  de  l'élevage  des  bovidés. 

(l)  Saur.  B.  u.  d.  ScMachihaus,  in  Stuttgart,  im  ISSS,  I8S9  u-  4S00. 
[2]  Repertorium  far  ThierheiUiunde,  Stuttgart,  1890,  p.  201  ;   BericM 
von  Lutz. 

(3)  Bas  Pferdefleisch  aïs  Nahrungsmittel  (V). 

(4)  Bas  Pferdefleisch  aïs  Nahrungsmittel  in  Monatsschrift  des  Vereines 
der  Thierdrzte  in  Oesterreich.  ^Yien,  1886,  p.  5,  32  et  54. 


148  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

2"  La  viande  de  clieval  provient  généralement  de  vieux 
chevaux  maigres  et  épuisés,  rarement  de  chevaux  gras  et 
jeunes  ;  elle  est  de  quahté  très  inférieure  et  par  suite  dédai- 
gnée de  beaucoup  de  consommateurs.  M.Toscano  conclut  qu'il 
est  préférable  pour  les  vétérinaires  d'insister  sur  la  nécessité 
d'une  inspection  hippophagique  rationnelle  que  de  faire  de  la 
propagande  pour  la  consommation  de  la  viande  de  cheval.  Il 
nous  semble  qu'on  peut  applaudir  justement  à  la  première 
partie  de  cette  conclusion,  tout  en  n'acceptant  pas  la 
seconde. 

Au  commencement  de  ce  siècle,  il  arrivait  fréquemment 
aux  équarrisseurs  de  l'Autriche  de  vendre  de  la  viande  des 
chevaux  morts  de  maladies  ou  d'autres  charognes.  Un  décret 
du  gouvernement  autrichien,  du  22  mai  1806,  défendit  ce 
trafic,  sous  peine  d'une  amende  de  12  thalers,  pour  la  pre- 
mière contravention,  de  24  pour  la  deuxième  et  de  l'inter- 
diction du  métier  pour  la  troisième  (W). 

Nombre  de  chevaux  abattus  pour  la  consommation  de  l'homme 
dans  l'Empire  d'Autriche  en  1888  et  4889. 

(D'après  les  rapports  vétérinaires  du  Ministère  de  l'Intérieur)  (35). 

188!) 
PROVINCES.  1888  1889    Augmentalioii.   Diminution. 

Basse-Aulriclie 6,967  7,482  515  » 

Haute-Autrictie 337  328  »  9 

Salzbourg 230  183  »  147 

Styrie 1,480  1,668  188  » 

Garinlhie 20  IS  »  2 

Littoral  Illyrien 380  452  72  * 

Tyrol  Vorarlberg 228  249  21  » 

Bohême 1,925  11,696  9,771  » 

Moravie 3,579  4,018  439  » 

Silésie 40  20  »  20 


Pour  toute  rAutrlche 15,186         26,114         10,928 


» 


En  Carniole,  en  Galicie,  en  Bukovine  (1)  et  en  Dalmatie, 
pas  de  statistique  hippophagique. 

(1)  A  Saiagrova,  district  de  Czenioivitz,  province  de  Bukovine,  il 
existe  un  clos  d'équarrissage  soumis  à  une  inspection  vétérinaire,  oii 
l'on  a  sacrifié  3,526  chevaux  en  1888  et  6,629  en  1889  ;  la  disette  des 
fourrages  en  Bukovine  et  en  Galicie,  en  1889,  fut  la  cause  de  cette  der- 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  EUROPE  149 

Basse- Autriche.  —  Le  20  avril  18o4,  en  raison  de  Fex- 
lension  prise  par  l'iiippophagie,  à  Vienne  et  aux  environs, 
une  ordonnance  préfectorale  vint  réglementer  les  boucheries 
de  cheval  dans  la  Basse-Autriche  (W').  Certaines  prescrip- 
tions de  cette  ordonnance,  se  retrouvant  plus  ou  moins 
textuellement  dans  un  règlement  analogue  de  la  Moravie 
(18  juillet  ISIG),  seront  indiquées  dans  ce  dernier  règlement 
en  lettres  italiques  ;  les  autres  sont  transcrites  ici  : 

Extrait  de  V Ordonnance  du  20  avril  18o4. 

1°  L'autorisation  d'abattre  des  chevaux  de  boucherie  ne  peut  être 
accordée  qu'à  des  personnes  sûres  et  dignes  de  foi...;  2"  chaque 
boucher  hippophagique  doit  avoir  une  tuerie  re'guliére,  pourvue  d'un 
pont  d'abatage  bien  construit,  de  canaux  d'e'coulement,  d'une  glacière 
et  d'une  fosse  à  fumier;  3''  la  tuerie  doit  être  tenue  avec  la  plus  grande 
propreté  possible  ;  4"  chaque  abattoir  hippophagique  est  inspecté  par 
un  mare'chal-ve'lérinaire,  ayant  fait  deux  années  d'études  et,  à  de'faut, 
par  un  me'decin  de  la  localité.  . .  Le  boucher  paie  à  l'inspecteur  pour 
chaque  cheval  un  droit  d'inspection  de  20  Icreutzers  (48  centimes)  ;  5"  il 
est  défendu  de  livrer  à  la  consommation  les  chevaux  ayant  d'anciennes 
plaies  externes  suppurantes  ou  ayant  des  ulcères   au  sabot... 

Extrait  de  l'Ordonnance  préfectorale  du  26  septeml^re  ISS6, 
sur  l'inspection  des  viandes  de  boucherie  dans  la  Basse- 
Autriche,  excepté   Vienne  (1). 

g  4...  L'inspection  des  chevaux  et  autres  solipèdes  ne  peut  être 
confiée  qu'aux  véte'rinaires. 

§  14.  Après  que  les  chevaux  de  boucherie  ont  été  abattus  et  régu- 
lièrement saignés,  le  crâne  et  les  cavités  nasales  doivent  être  mis  à 
de'couvert  par  une  section  longitudinale  de  la  tète,  pour  qu'un  examen 
minutieux  puisse  en  être  fait.  Si  l'inspecteur  trouve  la  moindre  trace 
de  nodosité  ou  d'ulcération  sur  la  membrane  pituitaire  ou  un  glan- 
dage  de  l'auge  (que  ce  glandage  soit  bénin,  douteux  ou  mauvais\  la 
viande  ne  doit  pas  être  reçue  pour  la  consommation  et  le  Maire  de  la 
commune  doit  avertir  de  ce  fait  l'autorité'  de  police  du  district. 

§  21.  La  viande  de  cheval,  exposée  en  vente,  doit  expressément  être 
indique'e  comme  telle. 

nière  augmentation.  La  viande  des  solipèdes  ainsi  abattus  sert  à  en- 
graisser des  porcs  sur  place;  leurs  peaux,  leurs  crins  et  leurs  os  sont 
livrés  à  l'industrie  (35). 

(1)  Lindes-Gesetz-mid  VerordnungsUatt  fur  das  Enherzogthum  Oester- 
reich  unier  der  Enns.  t  octouer  iSSG^XVP  Siiicfc,  p.  153  et  s.  (Commu- 
nication de  M.  le  Maire  de  Vienne.) 


150  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Yienne.  —  Statistiques  annuelles  des  solipèdes  (1)  abattus  pour  la 
consommation  de  ISG2  à  1800  (2). 

^.tinées 'tSf!2   iS6ô   4S(il    1S63   1H6G   1SG7   iSflS   iS(J!>   iSIO   i87i 

Solipèdes...  1122  in7  1086     "lU     804  1319  1193  1555  2349  2073 

Années -^872  '1873   1874   ■I87.J   187G   1877  iS78  187!!    1880  1881 

Solipèdes...  2802  3131  4427  3639  3764  4056  3770  3557  4000  4494 

Anne'es 1882   188S  1884   1885  1886  1887  1888   1889   1800 

Solipèdes  .  . .  5065  5086  5034  5268  5833  6271  6277  6860  7000  (3) 

Statistiques  mensuelles  des  solipèdes  alattus  à  Tienne  en  1888  et  en  1880. 

Janv.    F6v.    Mars.    Avril.    Mai.     Juin.    Juil.  Août.    Sept.     Oct.     Nov.    Dec. 

1888  628  584  558  468  445  402  396  398  428  592  717  661 

1889  675  586  581  481  477  412  431  506  551  671  843  646 

En  1889,  alors  qu'on  abattait  6,860  chevaux  à  Vienne,  on 
en  sacrifiait  8,140  dans  la  banlieue  de  cette  ville,  ce  qui 
faisait  un  total  de  15,000  (G'). 

L'abattoir  hippophagique  de  Yienne,  où  doivent  être  abattus 
tous  les  chevaux  de  boucherie,  est  situé  près  du  marché  aux 
bestiaux  de  Saint-Marx.  La  taxe  d'abatage  est  par  tète  de 
1  mark  24  pfennigs  (1  iV.  55  cent.).  En  1889,  31  solipèdes 
ont  été  refusés  vivants  et  14  ont  été  saisis  après  abatage  (4). 
En  1889,  il  y  avait  à  Vienne  10  bouchers  faisant  abattre  des 
chevaux  pour  l'approvisionnement  des  37  étaux  hippopha- 
giques de  cette  ville  (5).  Les  chevaux  ont  été  achetés,  en  1889, 

(1)  Dans  les  Progrès  de  l'hippophagie  (M)  on  lit  :  «  IV.  Vienne,  h. 
4,725  chevaux  de  1863  à  1866  »,  d'après  J.  Copitz  (K).  Il  y  a  peul- 
être  là  une  erreur,  car  Is.  Gcoffroy-Saint-IIilaire  donne  4,725  chevaux 
à  Vienne  de  1854  à  1856  (C). 

(2)  Die  Fleischn-ersorgung  der  Stadt  Wien.  ReisebericJit  %•.  P^  FeseriT^). 

(3)  La  plupart  des  solipèdes  consommés  à  Vienne,  de  1883  à  1887, 
e'taient  des  chevaux  ;  on  n'y  a  tué  que  deux  à  trois  ânes  par  mois  et 
très  peu  de  mulets  (P). 

(4)  Le  nombre  des  solipèdes  saisis  a  été'  de  61  en  1883,  26  en  1881, 
40  en  1885,  39  en  1886  el  32  en  1887  (P). 

(5)  Statistiques  de  Vienne  en  Autriche  (P). 

Années 1883     1884     1885     188G     1887 

Bouchers  hippophagiques.    9     7     9    9     8 
Étaux  hippophagiques ..  .    19    19    18    22    30 


L'ETAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAGIE  EX   EUROPE.  loi 

de  26  marks  70  pfennigs  à  142  marlis  40  pf.  (33  fr.  37  c.  à 
178  francs).  En  1889,  les  prix  de  vente  au  kilo  de  la  viande 
de  clieA^al  ont  été  les  suivants  :  quartier  de  derrière,  50  à  57  pf. 
(62  â  67  cent.)  ;  quartier  de  devant,  43  à  50  pf.  (54  à  60  cent.).; 
biftecks,  57  à  71  i?/.  (67  à  89  cent.)  (1);  saucisson  ordinaire, 
57  à  71  pf.  (67  à  89  cent.)  ;  saucisson  sec,  71  à  85  _p/".  (89  cent, 
à  1  fr.  02  c.)  ;  graisse  brute,  85  à  107  pf.  (1  fr.  02  c.  à 
1  fr.  34  c.)  ;  graisse  épurée,  92  pf.  1/2  à  1  mark  14  pf.  (1  fr. 
15  cent,  à  1  fr.  42  cent.).  Dans  la  même  année,  on  a  vendu 
les  os  à  raison  de  4  m.  45  pf.  (5  fr.  à  5  fr.  56  c.)  les  100  kilos.; 
les  crins  de  la  queue,  de  A^pf.  1/2  à  89  pf.  (55  c.  à  1  fr.  11  c.) 
par  cheval  ;  et  la  peau,  de  8  m.  90  pf.  à  13  m.  35  pf.  (11  fr. 
12  cent  à  16  fr.  68  cent.). 

Moravie.  —  Le  premier  règlement  de  cette  province,  sur 
l'inspection  de  la  viande  de  cheval  servant  à  la  nourriture  de 
l'homme,  est  une  ordomiance  du  gouverneur  de  la  Moravie 
du  18  juillet  1816  (X).  11  est  ainsi  conçu  : 

§  1.  L'abatage  des  chevaux  de  boucherie  n'est  permis  que  dans  les 
localite's  où  il  y  a  un  inspecteur  compétent.  Il  ne  peut  être  pratiqué 
que  par  des  personnes  autorisées  à  cet  elïet,  et  dans  de.s  conditions 
convenables  (et  réglementaires. . .). 

%  2.  La  vente  de  la  viande  de  cheval  ne  veut  être  faite  que  par  une 
personne  qui  a  régulièrement  appris  le  métier  de  boucher,  ou  (pn  se  fait 
remplacer  par  un  employé  se  trouvant  dans  ce  cas. 

%  3.  Il  doit  y  avoir  un  inspecteur  dans  chaqice  localité  oh  ton  abat  des 
chevaux  de  boucherie.  L'inspection  de  ce.?  animaux  doit  être  faite  par 
un  me'decin-ve'térinaire  {Thierarzt]  ou  par  un  médecin  de  chevaux 
diplômé  {gepriifter  Pferdearzt),  c'est-à-dire  par  uri  maréclial-ve'terinaire 
(Kurschmied),  et  à  défaut,  par  un  me'decin  diplômé  (diplomirter  Arzt).  — 
L'inspecteur  est  tenu  d'examiner  sur  pied  chaque  cheval  de  boucherie-,  pour 
se  rendre  compte  de  son  état  de  santé,  et  d'interdire  absolument  l'aba- 
tage des  chevaux  malades  ou  suspects. 

§  4.  V inspecteur  veille  à  ce  que  les  chevaux  de  boucherie  soient  abattus 
comme  les  bovidés,  qu'ils  ne  soient  pas  maltraités  et  qu'ils  soient  bien  sai- 
gnés. Il  veille  à  ce  que  le  lieu  d'abatage  et  les  instruments  soient  tenus 
propres,  que  le  sang  et  les  vidanges  soient  enleve's  après  le  travail. 

§  5.   ^inspecteur  doit  examiner  le    sang,  les  viscères   et    la  viande 

(1)  A  Vienne,  le  kilo  de  viande  de  cheval  s'est  vendu  aux  prix  sui- 
vants, selon  les  diverses  catégories  :  Les  meilleurs  morceaux  32  à 
40  Tireutzers  ("77  à  96  cent.],  de  1883  à  1887  ;  le  quartier  de  devant  de 
24  à  32  Tir.  (58  à  77  cent.),  eu  1883  et  1884,  et  de  24  à  28  Ir.  (58  à 
67  cent.),  de  1885  à  1887;  l'aloyau  de  28  à  36  Tir.  (67  à  86  cent.),  ea 
1883  et  1884,  et  de  28  à  32  Ir.  (67  à  77  cent.),  de  1885  à  1887  (P). 


152  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

de  chaque  cheval  aiatiu,  pour  se  rendre  compte  de  son  état  de  santé.  Il 
établit  pour    chaque  cheval    un  procès-verbal    d'inspection    comprenant 
les    articles    suivants  :  1°  numéro    d'ordre  ;  2"  jour   de   l'inspection  ; 
3"  nom  et  adresse  du  boucher  hippophagique;  4"  robe,    race,    Oge  et 
état  dénutrition  du  cheval  abattu;  5°  constatations  faites  sur  le  che- 
val avant  et  après  l'abatage  ;  6°  acceptation  ou  refus  de  la  viande  pour 
la  consommation;  "7"  nom  et  titre  de  l'inspecteur  ;    8°  observations.  — 
En  cas  d'acceptation  pour  la  consommation,  l'inspecteur  délivre  un  bul- 
letin  d'inspection,    relatant    sa  constatation,   et  n'autorisant  la  vente 
dj  la  viande  que  pendant  le  temps  que  colle-ci  reste  propre  à  l'alimen- 
tation de  l'homme.  Ce  bulletin  doit  être  place'  dans  le  lieu  de  vente  à 
la  vue  du  public.    Si  l'inspecteur    refuse  de  laisser  abattre  un  cheval 
ou  en  de'clare  la  viande  impropre  à  la  consommation  humaine,  l'auto- 
rité locale  peut,  sur  la  demande  et  aux  frais  du  boucher,    faire  prati- 
quer un  nouvel    examen  de    ce   cheval   ou    de   cette  viande,   par  un 
deuxième  ou  un  troisième  expert,  lequel  doit  être   couslamment  un 
me'decin-ve'térinaire  diplômé  [diplotnirter  Thierarzt)  ou  un  médecin  de 
chevaux  diplômé  {geprïifter  Pferdearzt). 

%  G.  Il  est  interdit  de  livrer  à  la  consommation  de  f homme  ta  viande 
des  chevaux  reconnus,  avant  ou  après  l'abatage,  atteints  des  maladies 
suivantes  :  1°  La  morve  ;  2°  le  farcin  ;  3°  toutes  les  adénites,  qu  elles  soient 
bénignes,  malignes  ou  suspectes;  4°  le  mal  du  coït  ;  5°  toutes  les  maladies 
occasionnant  des  lésions  des  cavités  splanchniqucs  et  des  viscères  ;  6°  le 
typhus  ;  7°  le  charbon  ;  8"  les  coliques  et  la  dgssenterie  ;  9°  le  tétanos  et 
la  rage;  10°  les  plaies  suppurantes  étendues  ou  les  ulcères  de  mau- 
vaise nature,  môme  si  ces  ulcères  ne  siègent  qu'au  sabot;  11°  la  même 
interdiction  a  lieu  pour  les  vieux  chevaux  en  mauvais  e'iat  de  nutrition 
ou  très  maigres,  parce  que  la  viande  de  ces  animaux  est  peu  nutritive, 
difficile  à  digérer  et  nuisible  ;  12"  les  chevatix  atteints  d'affections  cjiro- 
niques  non  accompagnées  de  fièvre^  comme  l'immobilité,  la  2}ousse  et  autres 
maladies  respiratoires  chroniques,  peuvent  être  abattus  pour  la  boucherie, 
s'ils  sont  sains  et  bien  nourris. 

§  7.  La  vente  hippophagique  est  permise  dans  les  boutiques,  ainsi 
que  sur  les  marche's,  à  condition  qu'il  y  soit  exclusivement  vendu  de 
ia  viande  de  cheval. 

§  8.  Les  abattoirs  et  les  étaux  hippophagiques,  les  derniers  surtout, 
doivent  être  munis  d'une  enseigne  spéciale  portant  nettement  l'inscription 
«  vente  de  viande  de  cheval  »  ;  le  prix  de  la  viande  de  cheval  doit  être  indi- 
qué par  un  tarif  placé  dans  le  lieu  de  vente  à  la  vue  des  acheteurs. 

§  '.).  Les  contraventions  à  cette  ordonnance  doivent  être  releve'es  et 
punies  par  les  communes  et  les  villes. 

§  10.  Les  restaurateurs  et  les  autres  gens  de  me'ticr,  ainsi  que  les 
débitants  de  viandes  fume'es  et  les  fabricants  de  saucissons,  qui  ven- 
dent de  la  viande  de  cheval  apprêtée,  doivent  l'indiquer  spécialement  sur 
leurs  cartes  de  repas  ou  sur  leurs  tarifs  de  comcslibles. 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  EUROPE.  153 

Quelques  années  plus  tard,  ce  règlement  de  187G  fut  com- 
plété par  le  suivant  : 

Ordonnance  du  Gouverneur  de  la  Moravie,  sur  l'inspection 
des  chevaux  de  boucherie,  du  i  octobre  188 1  (H')  (X'). 

§  1.  Lors  de  l'achat  d'un  cheval  de  boucherie,  les  bouchers  hippo- 
phagiques doiveut  faire  établir  un  certificat  ou  laissez-passer,  indi- 
quant le  nom  du  vendeur  et  celui  de  l'acheteur,  le  lieu  de  provenance 
de  l'animal  et  son  signalement  (robe,  signes  particuliers,  race,  âge, 
taille,  état  de  santé  et  état  de  nutrition).  En  cas  d'achat  d'un  cheval 
à  un  marche'  public,  le  laissez-passer  est  e'iabli  par  le  service  de  ce 
marche',  et  en  cas  d'achat  en  dehors  de  cet  endroit,  il  est  e'tabli  par  le 
maire  de  la  commune  ou  son  adjoint.  On  choisira  toujours,  autant  que 
possible,  un  expert  pour  visiter  le  cheval  et  dresser  le  laissez-passer. 
Cette  pièce  pourra  être  établie  sur  les  imprimés  à  l'usage  des  bovi- 
dés. Elle  devra  ôlre  conservée  par  rinspccteur  pendant  un  au  après 
l'abatage. 

§  2.  En  cas  d'introduction  d'un  cheval  de  boucherie,  le  boucher 
hippophagique  est  tenu  d'aviser  sans  retard  le  maire  de  la  commune 
ou  son  adjoint  et  de  lui  communiquer  le  laissez-passer.  L'inspecteur 
hippophagique  est  oblige'  de  visiter  les  chevaux  introduits  et,  après 
examen  du  laissez-passer,  de  les  inscrire  à  l'article  4  du  procès- 
verbal  d'inspection  (§  5,  Ord.  18  juillet  1876,,  en  indiquant  les  de'Iauts 
qui  en  nécessitent  l'abatage. 

§  3.  L'abatage  des  chevaux,  dépourvus  de  laissez-passer  ou  en 
ayant  un  non  valable,  ne  peut  être  autorise'  tant  que  leur  provenance 
n'est  pas  connue.  —  S  il  est  de'montré  qu'un  ou  plusieurs  chevaux 
proviennent  d'un  vol,  le  maire  de  la  commune  avertit  la  police  sans 
retard,  et  les  garde  en  dépôt,  en  attendant  qu'il  soit  pris  une  de'cisiou 
à  leur  égard. 

§  4.  Les  chevaux  vivants  sont  seuls  reçus  à  l'abattoir.  L'introduc- 
tion des  chevaux  tués  dans  d'autres  lieux  et  localite's  y  est  rigoureu- 
sement interdite.  Il  est  de  même  défendu  d'introduire,  peur  la  vente, 
de  la  viande  de  cheval  d'une  commune  dans  une  autre  commune,  et 
il  n'est  pas  de'livré  de  certificat  de  viande  de  cheval  dans  ce  but. 

§  5.  L'inspecteur  hippophagique  doit,  pour  l'acceptation  ou  le  refus 
d'un  cheval  de  boucherie,  se  conformer  constamment  à  l'esprit  de  l'or- 
donnance sur  l'inspection.  Etant  donné  que  personne  n'achète  à  bas 
prix,  pour  la  boucherie,  des  chevaux  complètement  sains  et  propres 
au  travail,  il  ne  doit  pas  oublier  qu'on  ne  peut  abattre  que  des  che- 
vaux n'e'tant  pas  d"un  âge  trop  avancé  et  ayant  l'un  des  défauts  exté- 
rieurs suivants  :  Cécité';  plaies  re'cenles  pouvant  causer  la  mort; 
fractures  osseuses  ;  maladies  des  os  et  des  tendons  ;  boiteries  ;  mala- 
dies chroniques  sans  fièvre  du  cerveau  et  de  la  moelle  e'piniére  (immo- 


134  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

bililé,  paralysie)  ;  maladies  chroniques  rendant  la  respiration  difficile 
(pousse  sèche).  —  Toutefois,  ces  chevaux,  devenus  plus  ou  moins 
impropres  au  travail,  doivent  être  sains  et  bien  nourris.  —  L'inspec- 
tion des  chevaux  vivants  et  abattus  doit  être  constamment  faite  avec 
une  grande  prudence  et  d'après  les  principes  de  la  science  véte'rinaire. 
Aucun  cheval  ne  peut  être  abattu  et  débile,  s'il  a  une  des  maladies 
indiquées  au  §  6  de  l'ordonnance  du  18  juillet  1876.  —  Si  l'inspec- 
tion découvre  sur  un  cheval  la  morve,  le  farcin,  le  jetage  nasal,  le 
glandage  de  l'auge,  le  mal  du  coït,  le  typhus,  le  charbon  ou  la  rage,  il 
doit  en  avertir  sans  relard  le  maire  de  la  commune,  lequel,  d'après  les 
§§  17  et  20  de  la  Loi  générale  sur  les  e'pizooties,  est  tenu  de  faire  le 
nécessaire  à  l'e'gard  des  animaux  alTectés  de  maladies  contagieuses  et 
d'aviser  de  cette  constatation  l'autorité  de  police  du  district.  —  Si  la 
maladie  contagieuse  n'est  constate'c  qu'après  l'abatage,  le  cadavre  est 
dénalure,  et  l'autorité  de  police  du  district  est  e'galement  avisée  par 
l'envoi  du  laissez-passer  du  cheval  reconnu  malade. 

§  6.  L'inspecteur  doit  se  conformer  strictement  aux  aline'as  5,  G  et 
7  du  §  33  de  la  Loi  générale  sur  les  maladies  contagieuses  des  animaux, 
lorsqu'il  autorise  l'abatage  et  le  débit  d'un  cheval  atteint  de  la  gale. 
Il  ne  doit  pas  laisser  abattre  les  chevaux  galeux  à  un  haut  degré,  les- 
quels sont  ordinairement  maigres.  —  Lorsqu'un  cheval  galeux  est 
conduit  à  l'abaltoir,  le  maire  de  la  commune  doit  en  aviser  l'autorité 
de  police  du  district  par  l'envoi  du  laissez-passer. 

Le  §  4  de  ce  règlement  du  4  octobre  1881  a  été  modifié, 
ainsi  qu'il  suit,  par  l'ordonnance  du  Gouverneur  de  la 
Moravie  du  ^0  juillet  ISùf  (X^)  : 

Les  chevaux  vivants  sont  seuls  reçus  à  l'abattoir.  L'introduction 
des  chevaux  tue's  dans  d'autres  lieux  et  localités  y  est  rigoureusement 
interdite.  —  La  viande  de  che\al  fraîche  ou  travaillée  peut  ôlre  trans- 
portée d'une  commune  dans  une  autre  pour  y  être  vendue,  à  condition 
que  le  vendeur  présente  un  certificat  établi  sur  le  modèle  du  formu- 
laire ci-contre  : 


L'ÉTAT  ACTUEL  LK  L'HIPPÛPHAGIE  EN  EUROPE.  1o5 

CERTIFICAT 

de  viande  expédiée  de  la  commune  de à î^our  y  être  vendue. 

Pays District N°  d'ordre  du  procès-verbal  d'abatage 


Nombre 

de 
chevaux 
abattus. 

Jour 
et 

année 

de 

l'abatage. 

Nombre 

des 
morceaux 
de  viande 

fraîche 
destinés  à 

l'envoi. 

CD 
O 

■,3 
S 

CA 

'o 

Nombre 

de 

morceaux 

de 

viande 

fumée. 

co" 

cl 
en 

:s 

'o 

a. 

Nombre 

des 

saucissons 

et 

poids 

en 
kilos. 

Il   est  affirmé  que 
la  vialide  provient 
d'un   cheval  trou- 
vé   sain   à   ral)a- 
tage    et   propre  à| 
la    consommation 
de  l'homme. 

L'iDspcctour  dp  la  bouciietip 
hippophagiqui', 
*** 

A. 


,,  le 18... 

Le  Maire  de  la  commune  (ou  son  adjoint], 


Depuis  1876,  des  Louclieries  hippopliagiques  se  sont  ins- 
tallées dans  plusieurs  villes  de  la  Moravie  et  le  chiffre  s'en 
est  augmenté  chaque  année.  En  1888  il  y  avait  des  étaux 
hippophagiques  dans  29  localités  et  ces  étaux  étaient  au  nom- 
bre de  35.  En  1888  il  a  été  abattu  3,579  chevaux  dans  toute 
la  Moravie.  Néanmoins  l'essor  de  l'hippophagie  a  été  retardé 
par  l'application  du  §  4  du  règlement  du  4  octobre  1881. 
Mais,  à  la  suite  de  la  modification  de  ce  §  4  par  l'ordonnance 
du  20  juillet  1891,  l'hippophagie  morave  est  entrée  dans  une 
ère  nouvelle  ;  les  anciennes  boucheries  de  cheval  ont  aug- 
menté considérablement  leur  mouvement  d'afïaires  ;  d'autres 
se  sont  montées  dans  différents  endroits  très  petits  et  de 
nouveaux  abattoirs  de  solipèdes  ont  été  établis. 

Wischau,  en  Moravie.  5,221  habitants.  En  1879,  on  a  com- 
mencé à  consommer  des  chevaux,  et,  en  1882,  on  a  construit 
un  abattoir  hippophagique.  Le  nombre  de  chevaux  abattus 
a  été  : 

En  18Si     1SS3     ISSi      i883      1880     1887     1888     1889      18<.)0     lS!)t 


De   121   101 


63 


52 


53 


37 


28 


54 


64   loa 


156  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

On  a  tué,  en  outre,  1  âne  en  1888  et  i  âne  en  1890.  En 
tout,  en  10  ans,  673  chevaux  et  2  ânes. 

Biltschowitz,  en  Moravie.  2,990  habitants.  On  a  com- 
mencé à  tuer  des  chevaux  à  partir  des  premiers  jours 
de  1892. 

Prossnilz,  en  Moravie.  18,417  liabitants.  Depuis  le  12 
janvier  1876,  on  tue  des  chevaux  pour  la  consommation. 
Depuis  le  1"  janvier  1890  il  y  a  un  nouvel  abattoir  hippo- 
phagique. Il  a  été  abattu  : 

Années 1SS2   4883   ISSi    fSSo   1880   1887   1888   4889    I8;)0   'I891 

Chevaux....   897  931  830  788  8-8  789  839  1101  909  984 
Anes -21       17   26  U       20   IG   13   23   16   18 

En  tout,  en  10  ans,  8,946  chevaux  et  184  ânes.  —  3  chevaux 
ont  été  refusés  pour  morve.  Cliaque  année  on  en  refuse, 
comme  impropres  à  la  consommation,  5  ou  6  pour  extrême 
maigreur,  glandage,  etc. 

Dans  la  petite  ville  de  Plumenau,  peuplée  de  1,543  habi- 
tants, rhippoi)hagie  a  débuté  il  y  a  3  ans  ;  on  y  tue  annuelle- 
ment de  150  a  170  chevaux. 

Tyrol.  Dans  V Ordonnance  pré feclorale  du  2Ô  juillei  1886, 
sur  Vinspection  des  viandes  de  boncherie  dans  le  Tyrol, 
on  lit  : 

§  10.  La  viande  de  cheval  mise  en  vente  doit  être  indiquée  comme 
étant  de  la  viande  de  cheval.  Dans  les  boucheries  et  les  étaux  ser- 
vant à  la  vente  de  la  viande  de  cheval,  il  ne  peut  être  mis  en  vente 
de  la  viande  d'autres  animaux  (II'j. 

BELGIQUE. 

Avant  1830,  on  mangeait  déjà  de  la  viande  de  cheval  aux 
environs  de  Malines.  Les  équarrisseurs  y  débitaient  aux 
nécessiteux  les  meilleurs  morceaux  des  chevaux  usés  et  sains 
qu'ils  abattaient.  Les  mêmes  faits  commencèrent  à  se  pro- 
duire avant  1840  dans  quelques  communes  autour  de  Louvain, 
ainsi  qu'à  Vilvorde  et  à  Molenbeck-Saint-.Tean  (36).  La  con- 
sommation hippophagique  était  déjà  très  abondante  en  1870 
à  Louvain,  Kœkelberg,  Molenbeck-St-Jean  et  Vilvorde  (R'). 
Actuellement,  dans  presque  toutes  les  villes  de  Belgique  et 
dans  beaucoup  de  communes,  on  trouve  une  ou  plusieurs 
boucheries  chevalines  (36). 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'IIIPPOPUAGIE  EN  EUROI'E.  137 

(37).  Anvers.  On  débite  de  la  viande  de  cheval  depuis  l'ou- 
verture de  l'abattoir  communal  (l^""  juillet  1878).  Le  nombre 
des  chevaux  sacrifiés  a  été  (37  a)  : 

Années 1885     1886     1887     1888     1889     1890     ^891 

Chevaux 390       397      419      636      693      1066     1017 

Le  chiffre  de  l'abatage  a  baissé  en  1891  à  cause  de  l'éta- 
blissement d'une   taxe  sur  les  chevaux  de  boucherie.  Les 
1,017  chevaux  abattus  en  1891  ont  fourni  ensemble  152,550 
kilos  de  viande  nette,  d'où  un  poids  net  moyen  de  150  ki- 
los.  On  reçoit,  en  outre,  à  Anvers  des  viandes  chevalines 
salées  venant  d'Amérique,  Il  y  avait  dans  cette  ville,  en  jan- 
vier 1892,  11  étaux  hippophagiques;  la  viande  de  cheval  s'y 
vend  ordinairement  de  50  à  60  centimes  le  kilo.  Les  fileis 
(V Anvers  de  cheval  se  vendent  1  fr.  le  kilo,  tandis  que  les 
filets  cC Anvers  de  Bœuf  se  vendent  4  francs  le  kilo  (37). 
L'Angleterre  expédie  à  Anvers,  à  destination  de  diverses  par- 
ties de  la  Belgique,  un  grand  nombre  de  chevaux  complète- 
ment usés.  Ces  solipèdes  sont  très  recherchés  par  les  bouchers 
hippophagiques,  parce  qu'ils  ont  été  bien  nourris  ;  ils  valent 
beaucoup  mieux  en  général  que  les  chevaux  indigènes  hors 
de  service.  La  viande  des  plus  gras  de  ces  animaux  est  ven- 
due fraîche,  et  celle  des  plus  maigres  sert  à  fabriquer  des 
saucissons.  Les  chevaux  d'Angleterre  ont  été  débarqués  à 
Anvers  au  nombre  de  2,142  en  1890  et  de  2,218  en  1891  ;  à 
Ostende,  de  326  en  1891  ;  à  Gand,  de  27  du  29  octobre  au 
31  décembre  1891.  Depuis  le  1"  janvier  1890,  ces  chevaux 
sont  soumis  à  une  visite  sanitaire  à  leur  débarquement  à  An- 
vers ;  ils  arrivent  dans    cette   ville  des   ports  anglais  sui- 
vants (37)  : 

DURÉE  PRIX 

PORTS  ANGLAIS. 

DU  VOYAGE.      DU  TRANSPORT. 

Grimsby  (Lincolnsliire) 24  heures.  13  francs. 

Newcaslle  (Northumberland).  36       —  25      — 

HuU  (York) 30       —  18      —  75  c. 

Londres  (Middlesex) 26       —  25      — 

Leilh  (Ecosse) 40       —  30      — 

BorgerJioui-les-Anvers  (37  h)  Du  l^'  août  1891  au  12  jan- 
vier 1892,  il  a  été  abattu  435  chevaux,   dont  225  destinés 


!o8  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

exclusivement  à  une  fabrique  de  fdeis  d'Anvers  et  de  sau- 
cissons. 

Bruxelles  (36).  La  première  boucherie  chevaline  s'ouvrit 
en  octobre  1872.  Depuis,  ce  commerce  a  prospéré  et  chaque 
année  de  nouveaux  étaux  hippophagiques  s'ouvrent  dans  la 
ville  et  les  faubourgs.  Comme  les  solipèdes  de  boucherie  de- 
viennent tous  les  ans  de  plus  en  plus  difficiles  à  trouver,  on 
a  été  obligé  d'en  faire  venir  d'Angleterre.  Les  sujets  sacrifiés 
à  l'abattoir  de  Bruxelles  sont  généralement  en  bon  état  de 
<-\\câv  et  de  graisse  ;  les  saisies  sont  rares  en  raison  des  élimi- 
nations pratiquées  lors  de  la  visite  sur  pied  (mélanose  grave, 
crapaud,  phymatose,  plaies  suppurantes,  etc.).. 

Nombre  de  solipèdes  sacrifiés  à  V abattoir  de  Bruxelles. 
Années..      ^87.7      /S7f      /S7o      /87ff     7877     7878     7879      i^^Q     i881 

Solipèdes.      351       233       150       102       156       252       398       565       631 
Années..      7882      7885      78SÎ      4SS5      788tf      7887      7888      788.9      78.V0 

Solipèdes.      716       846       792       796       812       806     1017     1144     1426 
Du  1'''  janvier  au  30  septembre  1891,  1179. 

Le  Conseil  communal  de  Bruxelles  a  fait  publier  VOrclon- 
nance  suivante,  le  14  février  1880  : 

Vu  le  rapport  constatant  que  l'on  expose  siniultane'mcut  en  vente, 
sur  un  même  e'tal,  dans  les  lialles,  marche's  et  boucheries  publiques, 
de  la  viande  de  cheval,  de  mulet  ou  d'Ane  et  de  la  viande  dite  de 
boucherie  ;  considérant  qu'il  peut  en  re'suller  dQ^  fraudes  ou  des  er- 
reurs qu'il  importe  de  prévenir  ; 

Art.  1'^'".  —  Il  est  de'feudu  d'exposer  simultanément  en  vente  sur  un 
même  clal,  de  la  viande  de  cheval,  de  mulet  ou  d'Ane  et  de  la  viande 
dite  de  boucherie. 

Art.  2.  —  Les  personnes  qui  veulent  débiter  de  la  viande  de  cheval, 
de  mulet  ou  d'une  dans  les  halles,  marchés  ou  aux  boucheries  pu- 
bliques, seront  tenues  d'occuper  la  place  qui  leur  sera  assignée  par 
l'Administration  communale. 

Art.  3.  —  Leurs  échoppes  devront  être  surmontées  d'un  écriteau 
portant  en  caractères  apparents  la  désignation  de  l'espèce  de  viande 
qu'elles  débitent. 

Art.  4.  —  Les  quartiers  de  viande  devront  être  divisés  de  manière 
que  la  chair  soit,  jusqu'au  moment  du  débit,  adhérente  au  sabot  qui 
portera  l'estampille  de  rinspection  sanitaire,  ou  bien  ils   devront  être 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  ErROPE.  loQ 

traversés  d'une  corde  dont  les  extre'mites  seront  reunies  par  un  plomb 

scelle'. 

Art.  5.  —Les  contraventions  à  la  présente  ordonnance  seront  pu- 
nies par  des  peines  de  police. 

Ainsi  délibéré  en  se'ance  du  Conseil  communal,  le  2  feVrier  1880. 

Charleroi  (1).  En  1881,  il  n'y  avait  qu'une  boucherie  clie- 
\aline  à  Charleroi  (quartier  nord).  En  1884,  il  y  en  avait  20 
dans  le  périmètre  d'une  lieue  autour  de  la  ville.  <■  L'iiippo- 
pliagie,  qui  a  eu  des  débuts  extrêmement  modestes  et  qui  a 
provoqué  tant  de  répugnances,  est  passée  ici  dans  les  mœurs, 
et  ce  n'est  pas  le  nécessiteux  seul  qui  mange  du  yu  ;  mais 
dans  bien  des  bonnes  maisons ,  si  on  n'en  fait  pas  un  usage 
habituel,  du  moins  en  consomme-t-on  de  temps  à  autre 
sous  différentes  formes  »>.  En  1889,  on  abattait  environ 
50  Chevaux  par  semaine  dans  la  ville  et  la  banlieue  de  Char- 
leroi (A.  André). 

(1)  Aug.  André,    rhippopliagie  au  pans  de   Charleroi,  in   Gazette  de 
Charleroi,  du  2(1  mars  1881. 

[A  suivre.) 


LES  OIES  EN  RUSSIE 

LES  RACES  ACCLIMATÉES   ET  A  ACCLLMATER 
Par  m.  YIENKOFF. 


Dans  l'Europe  occidentale,  surtout  en  Allemagne  et  en 
Autriche,  on  se  livre  à  l'élevage  d"Oies  de  belle  taille,  se 
prêtant  à  un  engraissement  rapide,  et  fournissant  une  f^uan- 
tité  considérable  de  duvet.  En  Russie,  au  contraire,  ce  sont 
des  bandes  d'Oies  communes,  fort  inférieures  sous  tous  les 
rapports,  que  l'on  rencontre  le  plus  souvent.  Cependant,  il 
y  a  des  exemples  d'acclimatation  de  certaines  races  étran- 
gères que  nous  relaterons  dans  le  courant  de  cet  article,  dont 
les  données  précises ,  ainsi  que  d'intéressantes  indications 
pratiques,  ont  été  tirées  du  mémoire  de  M'"^  Grineff,  publié 
dans  le  Journal  d'Avicidlure  de  Saint-Pétei*sbourg. 

L'élevage  des  Oies  a  cela  de  particulier  en  Russie,  qu'il  y 
est  surtout  une  des  formes  du  braconnage,  en  ce  que  ce  ne 
sont  point  des  propriétaires  qui  s'y  livrent,  mais  des  paysans 
qui  envoient  leurs  pupilles  paître  sur  les  terres  des  grands 
propriétaires.  Semblant  fort  bien  comprendre  cette  situation, 
aussitôt  qu'elles  aperçoivent  le  garde  et  d'aussi  loin  qu'elles 
le  peuvent,  les  Oies  fraudeuses  se  lèvent  et  s'envolent,  abso- 
lument comme  les  oiseaux  sauvages.  Dans  l'Europe  occiden- 
tale, avec  sa  législation  séculaire,  ses  propriétés  hérissées  de 
clôtures,  il  serait  impossible  de  voir  des  oiseaux  s'ébattre  li- 
brement dans  un  étang  ou  un  lac,  sans  l'autorisation  du  pro- 
priétaire de  ce  dernier  ;  mais  dans  le  chaos  du  droit  russe, 
dans  ce  pays  où  ont  encore  survécu  les  idées  larges  sur  la  li- 
berté et  la  propriété,  ces  choses-là  n'étonnent  personne. 

Cependant,  les  Oies  endommagent  fortement  les  champs, 
dont  elles  arrachent  les  plantes  avec  leurs  racines;  il  est  im- 
prudent de  les  laisser  pénétrer  ailleurs  que  dans  des  terres 
à  végétation  tenant  fortement  au  sol. 

L'Oie  commune  est  blanche  ou  grise  ;  la  première  fournit 
un  excellent  duvet  et  a  une  valeur  marchande  plus  élevée.  Les 
Oies  sont  surtout  consommées  dans  la  Russie  du  sud,  par  les 


LES  OIES  EN  RUSSIE.  161 

Israélites ,  qui  se  servent  exclusivement  de  leur  graisse 
comme  friture  ;  on  sait  que  dans  le  midi  de  la  France  cette 
graisse  est  également  très  prisée. 

Un  des  centres  russes  de  l'élevage  des  Oies  se  trouve  dans 
le  village  Zazoulintzi  (gouvern.  de  KiefF,  district  de  Berdi- 
tcliéff)  ;  nous  nous  arrêterons  quelque  peu  sur  les  procédés 
qui  y  sont  en  vigueur. 

Au  mois  de  février,  on  classe  les  Oies  par  races  et  couvées  ; 
chacune  est  placée  ensuite  dans  un  box  séparé.  Dans  la  jour- 
née on  les  sort  une  à  une,  ou  bien  toutes  à  la  fois,  lorsqu'elles 
se  tiennent  en  bandes.  Les  Oies-Cygnes,  les  grises  et  les 
blanches,  se  promènent  ensemble,  tandis  que  les  Toulousaines, 
les  Oies  d'Emden  et  les  huppées,  ainsi  que  quelques-unes 
parmi  les  femelles  couveuses  de  race  commune,  forment 
bande  à  part  (les  Toulousaines  ne  couvent  guère,  et  lorsque, 
par  hasard,  elles  s'y  mettent,  elles  écrasent  beaucoup  d'œufs). 
Les  Oies  prêtes  à  pondre  sont  placées  dans  un  local  spécial, 
où  elles  trouvent  un  nid  tout  préparé.  On  a  essayé  d'un  fond 
formé  par  le  sol  naturel;  mais  aujourd'hui  le  sol,  ainsi  que  les 
murs  et  même  les  compartiments  formant  nids,  sont  revêtus 
de  briques.  Chaque  nid  ayant  70  centimètres  de  long  sur 
autant  de  large  et  presque  autant  de  hauteur,  est  recouvert 
de  fortes  planches  non  rabotées,  qui  sont  lavées  souvent  et 
enduites  de  chaux.  Les  briques  ont  d'ailleurs  l'avantage 
inappréciable  de  ne  point  donner  abri  aux  mites  rouges  qui 
sont  le  fléau  de  la  volaille  dans  le  midi  de  la  Russie  ;  mais 
elles  sont  rien  moins  que  chaudes,  et  les  embryons  des  œufs 
risqueraient  fort  de  périr  par  le  froid,  si  l'on  ne  prenait  pas 
la  précaution  de  recouvrir  le  sol  de  gazon  ou  bien  d'un  épais 
lit  de  paille.  La  femelle  portant  un  œuf,  est  placée  sur  un 
nid,  et  elle  reste  dans  ce  local  tant  qu'elle  n'a  pas  pondu. 
Lorsqu'on  croit  apercevoir  chez  une  femelle  le  désir  de  cou- 
ver, on  met  sjous  elle  les  plus  vieux  des  œufs  pondus,  7-9 
œufs  de  Toulousaine  ou  d'Emden  et  9-10  œufs  d'Oie-Cygne 
ou  d'Oie  commune.  Les  Oies  qui  continuent  à  pondre,  lors- 
qu'on leur  retire  les  œufs,  peuvent  être  remplacées  par  des 
poules,  en  mettant  par  poule  3-4  œufs  de  Toulousaine  et 
5  œufs  d'Oie-Cjgne.  Au  bout  de  huit  à  douze  jours,  on  passe 
les  œufs  à  l'ovoscope.  Afin  que  la  couvaison  des  œufs  d'Oie 
ne  nuise  pas  à  l'élevage  des  poussins,  on  met  sous  chaque 
couveuse  inoccupée  de  L5  à  17  œufs  frais  de  poule.  On  peut 

20  Août   1892.  11 


'162  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

également  mettre  des  œufs  retirés  de  dessous  des  poules, 
sous  des  femelles  d'Oie  qui  auraient  à  ce  moment  manifesté 
le  désir  de  couver,  tous  les  oiseaux  se  mettant  volontiers  sur 
des  œufs  tièdes.  L'opération  se  fait,  de  préférence,  fort  tard 
dans  la  soirée;  l'oiseau  qui  a  ainsi,  sans  s'en  rendre  compte, 
couvé  les  œufs  pendant  le  reste  de  la  nuit,  ne  les  abandonne 
pas  au  matin,  tandis  qu'il  arrive  souvent  que  la  poule  mise 
au  milieu  de  la  journée  sur  des  œufs  froids,  se  relève  et 
s'en  va . 

Les  œufs  d'Oie  doivent  être  examinés  avec  précaution , 
sans  les  mélanger,  mais  rapidement ,  de  peur  de  refroidir 
l'embryon.  On  les  recouvre  de  flanelle,  suivant  en  cela  les 
indications  fournies  par  la  nature  elle-même  :  les  femelles 
d'Oies  et  de  Canards,  en  se  levant  pour  aller  chercher  leur 
nourriture,  se  baigner,  etc.,  ne  quittent  jamais  le  nid  sans 
avoir  couvert  de  duvet  les  œufs.  Les  grains  de  froment, 
d'orge,  d'avoine,  les  légumes  cuits  et  hachés  avec  de  la  balle 
de  blé,  qui  forment  la  nourriture  des  Oies,  ainsi  que  l'auget  à 
eau,  doivent  être  placés  un  peu  loin  du  nid,  afin  d'obliger  la 
couveuse  à  se  lever  de  temps  en  temps,  et  l'empêcher  ainsi 
d'asphyxier  les  embryons  par  un  chauffage  continu.  Les  éle- 
veurs russes  considèrent  comme  particulièrement  utile  de 
sortir  les  Oies-couveuses,  aussitôt  après  les  repas,  —  se  bai- 
gner ou  se  rouler  dans  la  neige  l'hiver,  —  afin  qu'elles  mouil- 
lent les  œufs,  en  rentrant,  à  l'instar  des  Oies  sauvages.  En 
outre,  l'air  du  poulailler  étant  très  sec  par  suite  d'un  fort 
chauffage,  on  asperge  les  œufs  d'eau  tiède  (+  26''  à  -h  28»»  R.t, 
pendant  que  la  couveuse  se  lève  pour  aller  manger.  Cette 
précaution  empêche  la  membrane  de  se  dessécher,  ce  qui  au- 
rait pu  devenir  un  obstacle  à  l'éclosion  des  poussins.  Dans  le 
même  but,  on  arrose  d'eau  tiède  le  sol  du  poulailler,  autour  du 
nid.  Les  Oisons,  après  s'être  séchés  sous  le  corps  de  la  mère, 
sont  placés  dans  une  boîte  spéciale  (de  préférence  en  bois, 
car  il  ne  s'échauffe  pas  trop  au  feu),  chaudement  garnie  de 
plumes  et  de  flanelle,  et  que  l'on  met  dans  la  cheminée  ou 
dans  un  séchoir  chauffé,  tapissé  de  plumes.  On  a  essayé  d'une 
litière  de  feuilles  de  roseau,  mais  les  petits  s'y  trouvent  pris 
par  la  tête  ou  les  pieds  ,  et  périssent.  La  mère  doit  être 
tenue  chaudement  et  dans  l'obscurité  durant  12-24  heures, 
suivant  la  mise  bas.  Les  Oisons  les  plus  faibles  restent  dans 
la  boite-séchoir  que  l'on  chauffe  à  l'eau  (H- 45°  à  60°  R.),  un 


LES  OIES  EX  RUSSIE.  163 

édredon  suspendu  les  recouvre.  Le  vieux  nid  ayant  servi  à 
la  ponte,  nettoyé  et  enduit  de  chaux  à  nouveau,  garni  de 
cendres,  la  paille  brûlée,  est  prêt  à  recevoir  une  nouvelle 
pondeuse. 

Trente-six  à  quarante  heures  après  l'éclosion,  on  com- 
mence à  offrir  de  la  nourriture  aux  jeunes.  Le  premier  aliment 
est  un  œuf  dur  haché  avec  de  l'herbe  blanchie  et  égouttée, 
également  hachée  ;  les  repas  ont  lieu  cinq  fois  par  jour,  â  des 
heures  fixes.  Plus  tard,  on  ajoute  de  la  bouillie  de  millet. 
Au  bout  de  deux  jours,  les  oisons  broutent  le  gazon  et  à  sept 
jours,  on  les  sort  sur  le  pré,  aux  heures  les  plus  chaudes  de 
la  journée  ;  mais  aussit(3t  qu'ils  donnent  des  signes  de  las- 
situde, on  les  rentre,  sans  les  laisser  reposer  sur  l'herbe. 
Graduellement,  on  arrive  après  huit  jours,  â  sortir  les  petits 
oiseaux  à  l'aube.  Il  est  absolument  nécessaire  pour  la  santé 
des  petits  de  les  sortir  de  grand  matin,  quitte  à  les  rentrer 
pour  une  heure  ou  deux  s'ils  ont  froid,  car  on  a  remarqué 
que,  dans  le  cas  contraire,  ils  refusent  de  manger,  s'étiolent, 
contractent  même  la  paralysie  des  membres  inférieurs  ou  la 
diarrhée.  On  rentre,  au  contraire,  dès  3  h.  V2  -  4  h.  i/a  du 
soir.  Les  oisons  ayant  atteint  un  mois,  mangent  du  millet,  du 
seigle,  de  l'orge,  le  tout  bien  arrosé  d'eau.  Les  repas  sont 
plus  espacés  à  cet  âge,  il  n'y  en  a  que  trois  par  jour.  Les 
vieilles  Oies  expérimentées  savent  d'instinct  le  moment  où 
les  petits  peuvent  être  conduits  à  l'eau,  â  l'âge  de  trois  à 
quatre  semaines.  A  éviter  les  étangs  où  il  existe  des  sang- 
sues fort  dangereuses  pour  les  jeunes  oisons  ;  il  est  également 
prudent  de  ne  pas  les  laisser  mouiller  par  la  pluie. 

Passons  maintenant  aux  diverses  races  étrangères  intro- 
duites ou  à  introduire  dans  l'élevage  russe.  Nous  serons 
obligé  de  nous  y  arrêter  un  peu  longuement  afin  de  pouvoir 
exposer  les  raisons  qui  ont  pu  déterminer  le  rejet  ou  l'adop- 
tion d'une  race,  dans  son  état  pur  ou  croisé. 

Toutes  les  régions  de  la  Russie  ne  sont  pas  propices  â 
racclimatation  des  races  étrangères  pures  ;  l'expérience  a 
démontré  qu'il  convenait  de  choisir  des  Jars  pur  sang,  de  les 
croiser  avec  les  femelles  du  pays  et  de  n'élever  ensuite  que 
les  produits  ainsi  obtenus.  Cependant,  il  est  utile  de  donner, 
au  bout  de  quelques  années,  à  ces  métis  un  nouveau  mâle  de 
race  pure.  Le  croisement  et  une  sélection  intelligente  de  ses 
produits  sont  les  procédés  les  plus  avantageux,  car  autre- 


164  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

ment  les  oiseaux  s'acclimatent  mal  et  périssent.  De  plus,  il 
est  très  important,  en  choisissant  la  race  à  introduire  dans 
une  localité,  de  se  conformer  à  ses  conditions  physiques  et 
climatériques.  Les  Oies  d'Kmdenet  de  la  Poméranie  origi- 
naires des  parties  nord  de  l'Allemagne,  et  les  Oies-Cygnes, 
les  Oies  à  tête  bossue  et  les  canadiennes,  parmi  les  espèces 
de  moins  forte  taille,  sont  les  plus  propres  â  acclimater  dans 
les  régions  septentrionales  de  la  Russie.  Au  contraire,  l'éle- 
vage des  Toulousaines  et  des  Oies  frisées  de  Sébastopol 
semble  devoir  se  confiner  dans  le  midi  de  la  Russie.  Les  Oies 
d'Emden  et  celles  de  Toulouse  sont  celles  qui  occupent  le 
premier  rang  par  leur  taille  et  leur  utilité. 

Les  Oies  d'Emden  portent  le  nom  d'un  petit  pays,  en  Ost- 
Friedland,  leur  élevage  y  est  devenu  surtout  important  dans 
ces  derniers  temps.  Cette  race  est  très  demandée  en  Bohème 
et  en  Hongrie  où  elle  s'est  très  bien  acclimatée.  Les  Anglais 
ont  également  vite  apprécié  ces  jolis  oiseaux,  c'est  en  Angle- 
terre que  l'on  trouve  aujourd'hui  les  plus  beaux  individus. 

La  stature  de  l'Oie  d'Kmden  rappelle  celle  du  Cygne,  bien 
qu'elle  n'en  ait  pas  la  bosse  encéphale.  Le  corps  est  robuste, 
la  tète  forte,  bien  emplumée,  le  bec  large  et  assez  long,  fort  â 
la  base,  le  cou  planté  droit  est  long  et  bien  emplumé,  le  long 
et  large  dos  est  bombé  de  la  naissance  du  cou  à  la  queue. 
Les  ailes  collées  étroitement  au  corps  sont  si  longues  qu'elles 
rejoignent  presque  l'extrémité  de  la  queue  droite  et  obtuse. 
Les  hanches  sont  courtes  et  puissantes,  les  yeux  bleu  clair, 
les  pieds  et  le  bec  d'un  rouge  orangé  ;  au  printemps,  l'ex- 
trémité du  bec  prend  une  coloration  rose. 

Cette  Oie  est  très  Yive  et  se  tient  toujours  droite.  Le  Jars 
adulte  a  jusqu'à  15"  de  haut  et  plus  de  70''-  de  tour  de  poitrine, 
le  poids  d'un  oiseau  non  engraissé  est  de  11  à  25  livres 
russes  ;  chez  l'Oie  engraissée,  le  ventre  traîne  presque  à  terre. 

Le  riche  plumage  de  l'Emden  est  d'un  beau  blanc,  à  partir 
de  la  deuxième  année,  à  l'époque  de  la  mue,  il  change  de 
couleur  comme  celui  du  Cygne.  Les  oisons  naissent  revêtus 
de  duvet  grisâtre  ;  par  la  suite  quelques-uns  deviennent 
blancs,  d'autres  gris  ou  bigarrés.  Un  connaisseur  éminent, 
M.  Pfannenschmid,  assure  que  les  oisons  qui  sont  blancs  à  cet 
âge  sont  des  Jars  et  les  gris  et  bigarrés  des  femelles. 

Les  Oies  d'Emden  se  mettent  à  pondre  d'ordinaire,  â  partir 
de  l'âge  de  trois  ans,  certaines  femelles  pondent  dès  le  mois 


LES  OIES  EX  RUSSIE.  165 

cVoctobre  et  jusqu'en  avril,  d'autres  ne  commencent  qu'en 
décembre,  janvier  et  même  plus  tard.  La  couvaison  commence 
de  bonne  heure,  quelquefois  au  mois  de  janvier.  Lorsqu'on 
aperçoit  la  femelle  se  tenir  sur  son  nid,  on  met  sons  elle  des 
œufs  ;  aucun  soin  spécial,  d'ailleurs.  Les  oisons  sont  nourris 
avec  de  l'ortie  liachée  menne  et  des  miettes  de  pain,  au  bout 
de  huit  jours,  on  les  sort  sur  le  pré  où  ils  apprennent  vite  à 
trouver  leur  nourriture.  Au  mois  d'avril,  les  Oies  qui  ne  sont 
pas  destinées  à  la  reproduction,  sont  séparées,  on  les  met  au 
régime  d'avoine  pendant  quelque  temps,  et  on  les  vend. 

Les  individus  de  la  plus  belle  taille  proviennent  des  couvées 
précoces  ;  les  oisons  grandissent  vite.  La  race  d'Emden  est 
une  des  plus  propres  à  l'engraissement,  elle  prospère  vite 
au  simple  régime  d'avoine,  sa  viande  est  fort  savoureuse. 
Elle  donne,  en  outre,  une  quantité  considérable  de  plume  et 
de  duvet.  A  Emden,  on  plume  les  oiseaux  jusqu'à  trois  fois 
par  an,  chaque  Oie  donne  jusqu'à  3-5  marks  de  duvet.  L'opé- 
ration est  assez  délicate,  ne  se  fait  qu'à  des  époques  déter- 
minées et  demande  beaucoup  de  précaution.  —  Les  œufs 
d'Oies  d'Emden  se  vendent  en  Friedland  un  prix  fort  élevé. 

Le  croisement  avec  les  Toulousaines  étant  déconsidéré, 
les  éleveurs  russes  obtiennent  des  produits  de  belle  taille  par 
l'accouplement  des  Jars  de  cette  race  avec  les  femelles  de 
race  commune.  M.  Pfannenschmid  est  cependant  pour  la  race 
pure  qui  est  très  rustique  et  douée  d'excellentes  qualités. 

Voici  quelques  détails  sur  l'élevage  de  cette  race,  tel  qu'il 
se  pratique  en  Angleterre,  où  l'oiseau  s'est  très  bien  accli- 
maté. On  n'y  laisse  point  les  femelles  couver  les  œufs  que 
l'on  met  sous  de  grosses  poules,  afin  d'obtenir  une  ponte  plus 
abondante.  Les  Oies  et  les  Oisons  vivent  dans  le  pré,  où 
il  y  a  pour  eux  un  poulailler  avec  hangar  entouré  d'une  clô- 
ture ;  on  ne  les  fait  rentrer  dans  le  local  couvert  qu'à  la 
nuit.  L'unique  soin  qu'exige  l'élevage  de  cette  race  sont  les 
deux  repas  du  matin  et  du  soir.  Avec  une  nourriture  abon- 
dante, les  Oisons  grandissent  vite.  Les  Oies  d'Emden  parais- 
sent plus  petites  que  les  Toulousaines,  cela  tient  à  ce  que 
leurs  plumes  sont  collées  à  la  peau,  comme  celles  de  Dorking, 
par  exemple,  et  ne  s'écartent  pas  comme  celles  des  Tou- 
lousaines. Un  éleveur  bien  connu  en  Angleterre,  M.  Bragg,  • 
préconise  le  procédé  suivant  pour  l'engraissage.  On  met  dix 
à  douze  Oies  de  même  couvée  dans  un  poulailler,  et  on  com- 


166  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

mence  l'engraissement  six  semaines  ou  deux  mois  avant 
l'abatage.  Au  début,  on  ne  leur  donne  que  leurs  aliments 
ordinaires,  abondamment  mais  non  point  en  quantité  ex- 
cessive. L'eau  se  trouve  disposée  de  telle  façon  que  les 
oiseaux  puissent  boire,  mais  non  se  baigner.  On  met  de  la 
paille  sur  le  sol  et  un  tas  de  sable  dans  un  coin.  Le  local 
doit  être  tenu  proprement  ;  la  même  personne  doit  s'oc- 
cuper des  oiseaux.  Le  régime  d'engraissage  proprement  dit 
consiste  à  nourrir  les  Oies  deux  fois  par  jour  d'aliments  doux, 
le  froment  cuit,  la  farine  d'orge,  le  riz  au  lait  (le  riz  est 
d'un  bon  marché  extrême  en  Angleterre),  mélangé  de  fro- 
ment, de  Pommes  de  terre  cuites  et  saupoudrées  de  farine. 
Les  dix  jours  suivants,  on  donne  de  la  farine  de  maïs  et  de 
froment,  on  met  des  grains  d'orge  dans  l'eau  et  l'on  suspend 
dans  le  poulailler,  à  portée  des  Oies,  un  chou  au  bout  d'une 
corde.  On  traite  les  oiseaux  avec  précaution,  et  on  évite  de 
les  effrayer.  Au  moment  de  l'abatage,  il  est  préférable  d'en- 
lever toutes  les  Oies  à  la  fois,  car,  dans  le  cas  contraire,  celles 
qui  restent  s'ennuient  et  maigrissent. 

Les  œufs  de  l'Emden  sont  gros,  blancs,  la  coquille  dure. 
M.  Fawler,  un  aviculteur  anglais,  en  met  3-4  sous  une  poule 
Dorking  ou  Cochinchinoise  ;  il  pratique  également  l'aspersion 
des  œufs.  Les  Oisons  éclosent  au  bout  d'une  trentaine  de 
jours.  Cet  éleveur  les  nourrit  d'herbes,  de  farine  d'orge  di- 
luée dans  de  l'eau,  et  déjeunes  pousses  d'oignon;  mais  dans 
la  Petite-Russie,  on  croit  que  ce  dernier  aliment  leur  fait 
enfler  la  tète. 

On  a  acclimaté  cette  race  avec  succès  dans  le  gouverne- 
ment de  KielT.  Les  Emden  y  sont  devenus  aussi  rustiques  que 
les  Oies  communes;  seuls  les  Oisons  demandent  toujours  à 
être  protégés  par  un  Jars  contre  les  Corbeaux,  Belettes,  etc. 
On  a  essayé  de  les  tenir  enfermés,  mais  alors  ils  tombent 
malades  et  meurent  de  la  fièvre  typhoïde  avec  diarrhée.  Les 
vieux  Jars  deviennent  très  méchants,  insociables  ;  les  fe- 
melles sont  conservées  jusqu'à  l'âge  de  dix  ans.  Elles  sont 
à  cet  âge  très  sujettes  à  l'apoplexie,  à  la  suite  d'une  frayeur. 
Le  régime  alimentaire  des  Oies  consiste,  en  Petite-Russie,  en 
grains  d'orge,  d'avoine,  de  sarrasin,  en  dehors  des  légumes 
et  du  son  cuits.  Les  Oies  sont  très  friandes  de  poires. 

{A  suivre.) 


LES  GRANDES  PECHES  EN  NORVEGE 

Par  m.  Amédée  BERTHOULE. 
(suite  *). 


m.  —  Pèche  du  Saumon. 

Le  touriste,  dont  la  muette  admiration  est  un  moment  dis- 
traite de  la  contemplation  des  féeriques  tableaux  de  la  grande 
nature  norvégienne,  aura  remarqué,  dans  le  parcours  des 
fjords,  de  larges  taches  blanches  qui  marquent  à  certaines 
places,  comme  les  visés  d'une  cible,  les  enrochements  des 
berges.  Sa  curiosité  aura  également  été  mise  en  éveil  par  de 
bizarres  échafaudages  formés  de  deux  pièces  de  bois  brut, 
fixées  par  le  pied  dans  le  flanc  de  la  montagne  ou  dans  un 
pan  de  roche,  et  soutenues  par  des  chevalets  non  moins  gros- 
siers qui  permettent  de  les  avancer  suivant  une  ligne  oblique, 
jusqu'au-dessus  de  la  nappe  liquide  ;  ils  se  terminent  par  une 
étroite  plate-forme  de  moins  de  1  mètre  de  côté,  sur  laquelle 
se  tient  une  vigie.  Ce  poste  est  occupé  d'une  façon  perma- 
nente ;  le  guetteur  garde  sa  faction  de  longues  heures,  silen- 
cieux, immobile,  sondant  le  fond  d'un  œil  perçant;  dans  sa 
main  est  un  bout  de  corde  qui  correspond  à  un  piège  à 
Saumons. 

Si  la  Morue  et  le  Hareng,  dont  nous  venons  de  parler, 
constituent  la  principale  richesse  de  l'Océan  Scandinave,  nous 
allons  voir,  à  son  tour,  le  précieux  salmonide  apporter  dans 
les  fjords  et  dans  les  torrents  un  regain  de  fortune.  Il  y  pul- 
lule littéralement,  en  dépit  de  l'âpre  poursuite  dont  il  est 
l'objet  et  des  massacres  qu'on  en  fait  de  tous  côtés.  Nous  dé- 
crirons brièvement  les  procédés  mis  en  usage  pour  s'en  em- 
parer ;  ils  montreront,  une  fois  de  plus,  combien  l'homme 
est  ingénieux  dans  l'œuvre  de  destruction. 

L'appareil  désigné  en  tête  de  ces  lignes  est  un  des  plus  ru- 
dimentaires  ;  il  impose  au  pécheur  une  fatigue,  et  plus  encore 
un  assujettissement  qui  Font  amené  à  des  perfectionnements 

(*)  Voyez  Revue,  1892,  1^'  semestre,  p.  619,  et  1°  semestre,  p,  63. 


168 


REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES 


dont  il  sera  parlé  dans  la  suite.  Montrons-  en  d'abord  le  fonc- 
tionnement. 

Quel  est  donc  l'objet  des  marques  blanches  qui  nous  frap- 
paient au  début  ?  Elles  sont  destinées,  disent  les  guides,  avec 
une  naïve  assurance,  à  attirer  le  poisson  en  lui  donnant  de 
loin  Fillusion  d'une  cascade  bouillonnante  ?  En  réalité,  elles 
produisent  sur  le  fond  de  l'eau  une  réverbération  qui  permet 
au  veilleur,  du  haut  de  son  tréteau,  de  voir  passer  le  Saumon 
dans  la  zone  d'action  de  son  engin,  dont  les  bras,  tendus  et 


Siddenot,  pêche  du  Saumon. 


souples  comme  des  tentacules,  sont  toujours  prêts  à  se  refer- 
mer sur  lui  et  à  l'enlacer  dans  leur  funeste  étreinte  à  une 
simple  traction  des  câbles.  Ces  sortes  de  réflecteurs  sont 
avantageusement  remplacés  en  beaucoup  d'endroits  par  des 
carrés  de  planches,  également  peintes  en  blanc,  immergées 
sous  la  bouche  du  filet. 

Le  filet  en  lui-même  doit  tirer  son  nom  de  siddenot  (filet 
assis),  de  la  position  nonchalante  en  apparence  de  celui  qui  le 
manœuvre.  Il  est  en  forme  de  cône.  Le  petit  bout,  gavlen,  est 
fermé,  tandis  que  l'autre  est  très  large  et  ouvert  sur  le  fjord. 


LES  GRANDES  PÈCHES  EN  NORVÈGE.  169 

La  longueur  totale  est  de  25  mètres,  sur  un  diamètre  médian 
de  7  mètres.  La  toile  est  à  mailles  de  O'^.OG  ;  le  sommet  a 
70  mailles,  le  pourtour  en  compte  170.  C'est  au-dessous  du 
lilet,  près  de  son  ouverture,  qu'on  dispose  le  plancher  réflec- 
teur, grâce  auquel  on  surpendra  le  poisson  qui  viendra  à 
passer  à  proximité.  En  prolongement  immédiat,  on  tend,  en 
ligne  droite,  un  ou  plusieurs  filets  à  simple  toile  qui  barrent 
l'espace  jusqu'à  la  rive.  Cette  muraille  a  pour  but  d'arrêter 
le  Saumon  dans  sa  course,  et  de  le  diriger  vers  la  poche 
centrale.  Autour  de  l'entrée  de  cette  poche  vient  s'enrouler 
un  des  bouts  de  la  corde  que  l'homme  de  guet  tient  à  la 
main  ;  il  suffit  à  celui-ci  de  tirer  à  lui  pour  que  la  corde  cou- 
lissant Terme  l'ouverture  et  emprisonne  le  poisson,  dont  on 
va  aussitôt  s'emparer. 

Le  siddenot  est  encore  assez  commun  aux  environs  de  Ber- 
gen et  notamment  dans  l'Osterofjord,  oii  nous  avons  pu  le 
voir  à  l'œuvre;  mais  il  est  aisé  de  se  rendre  compte  des 
complications  de  son  maniement  et  des  Irais  qu'il  nécessite. 
Aussi  bien,  disparaît-il  de  jour  en  jour,  remplacé  par  un 
engin,  qui  ne  date  que  d'une  vingtaine  d'années,  mais  dont 
l'usage  se  répand  d'autant  plus  vite  qu'il  est  plus  meurtrier. 
Si  nous  le  décrivons,  c'est  en  exprimant  le  vœu  qu'il  ne  soit 
jamais  autorisé  dans  nos  eaux,  où,  d'ailleurs,  il  ne  semble 
pas  qu'il  puisse  être  utilement  mis  en  œuvre.  Au  surplus, 
même  en  Norvège,  il  n'est  tendu  que  dans  les  fjords,  en  au- 
cun cas  dans  les  fleuves,  et  sous  des  restrictions  légales  qui 
en  modèrent  un  peu  la  trop  grande  nocuité. 

Nous  voulons  parler  du  Kilenot. 

Les  premiers  avantages  de  ce  nouvel  engin  sont  de  rendi-e 
inutile  une  garde  incessante  de  jour  et  de  nuit,  et  de  se  trou- 
ver constamment  en  batterie. 

Dans  sa  forme  première,  il  rappelait  la  disposition  du  sid- 
denot avec  cette  différence  que  l'entrée  était  celle  d'un  im- 
mense verveux.  On  l'a  encore  perfectionné,  en  le  pourvoyant 
d'une  double  poche,  et  aussi  d'une  double  entrée  ouvrant  sur 
chacune  des  faces  de  la  muraille.  Ainsi  donc,  nous  voyons  un 
énorme  bras  s'ailongeant  sur  200  à  25U  mètres,  et  même  plus, 
avec  une  hauteur  appropriée  au  fond,  généralement  8  à  10 
mètres,  solidement  amarré  à  l'aide  de  lourdes  pierres,  lesté 
de  paquets  de  liège  et  de  futailles  vides,  et  se  terminant  par 
une  grande  poche  à  bouche  de  verveux,  qui  constitue  le  filet 


170  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

de  prise  proprement  dit.  Ce  filet  s'ouvrait  primitivement  sur 
lin  seul  côté,  celui  qu'on  supposait  être  sur  la  voie  la  plus 
suivie'  par  le  Saumon  ;  aujourd'hui,  nous  le  répétons,  il  est  à 
double  lace.  Ajoutons  que  la  poche  du  bout  est  tissée  sur 
tout  son  pourtour,  ne  laissant  aucune  issue  aux  captifs.  On 
se  borne  à  la  visiter  une  ou  deux  fois  par  vingt -quatre 
heures  ;  mais  elle  n'est  relevée  que  lorsqu'elle  renferme  un 
certain  nombre  de  poissons.  Il  n'est  pas  rare  qu'elle  s'em- 
plisse, à  l'époque  de  l'activité  du  passage. 

Chacun,  à  son  gré,  a  la  libre  faculté  d'établir  un  engin  de 
cette  nature  dans  les  fjords,  à  la  condition  de  ne  pas  empiéter 
sur  des  droits  antérieurement  acquis  ;  mais  on  ne  peut  l'ap- 
puyer sur  la  rive  que  lorsqu'on  en  a  soi-même  la  pleine  pro- 
priété, ou,  à  défaut,  si  on  en  achète  le  droit. 

Les  kilenots  sont  mis  en  place  en  avril  et  fonctionnent 
jusque  vers  le  commencement  de  juillet;  ils  s'attaquent  donc 
à  la  migration  de  montée  des  Saumons  vers  les  fleuves.  Il  n'y 
a  pas  de  pêche  de  descente. 

On  compte  actuellement  de  5  à  6,000  kilenots  tendus . 
chaque  printemps,  sur  les  côtes  de  Norvège,  et  leur  nombre 
s'accroît  sans  cesse,  menaçant  l'espèce  d'une  destruction  cer- 
taine si  on  n'y  prend  garde.  Ainsi  l'Osteroljord  et  le  Siindf- 
joi'd,  où  il  a  été  mis  en  usage  le  plus  anciennement  et  qui 
étaient  naguère  lès  plus  renommés  du  pays  pour  l'abon- 
dance du  Saumon,  ne  viennent  plus  qu'en  second  rang,  bien 
après  les  eaux  du  Nordland  et  du  Finmark,  où  cet  engin  est 
connu  depuis  peu. 

Une  loi  récente  (juin  1891)  a  cependant  restreint  cette  rui- 
neuse pèche  :  elle  dispose  que  tous  les  kilenots  devront  être 
halés  le  vendredi  soir  de  chaque  semaine,  et  qu'ils  ne  pour- 
ront être  remis  en  place  que  le  lundi  à  six  heures  de  l'après- 
midi.  De  plus,  elle  fixe  la  dimension  réglementaire  de  la 
maille  à  0,065,  mesure  prise  sur  le  filet  mouillé.  Nous  ne  vou- 
drions pas  être  mauvais  prophète,  mais  les  tueries  dont  nous 
avons  eu  le  spectacle,  cet  été,  tout  au  long  de  la  route,  nous 
donneraient  volontiers  à  penser  que  le  Norvégien  gaspille 
imprudemment  ses  biens,  et  qu'un  jour  pourrait  venir  où,  ses 
eaux  ruinées  à  l'exemple  des  nôtres,  naîtront  des  regrets 
tardifs,  mais  superflus,  sur  les  prodigalités  passées. 

On  emploie  également  le  garn,  ou  filet  à  mailles,  pour  la 
pêche  des  Salmonidés  ;  son  unique  toile  est  en  fil  extrême- 


LES  GRANDES  PÈCHES  EN  NORVÈGE.  171 

ment  fin,  elle  est  lestée,  d'une  part,  avec  des  plombs  ou  des 
galets,  de  l'autre,  avec  des  rouleaux  en  écorce  de  Bouleau, 
qui  remplacent  très  avantageusement  les  classiques  flotteurs 
en  liège.  Le  garn  ne  donne  réellement  tous  ses  eiFets  que  par 
des  nuits  sombres. 

Après  avoir  heureusement  parcouru  les  fjords,  le  Saumon 
pénètre  dans  les  rivières,  pour  gagner  ses  frayères  favorites. 
Là  encore,  sur  tout  son  chemin,  il  se  verra  menacé  de  mort, 
et,  sans  doute,  ne  sera-ce  qu'en  petit  nombre  qu'il  réussira  à 
les  atteindre,  après  avoir  évité  les  nouveaux  périls  que  nous 
allons  faire  connaître. 

Saluons  d'abord  au  passage  le  noble  sportsman  étranger 
pour  la  maestria  avec  laquelle  il  pratique  son  art.  Il  est  venu 
de  la  brumeuse  Angleterre,  ou  de  la  lointaine  Amérique,  tout 
plein  de  sa  passion,  suivi,  dans  son  expédition,  d'un  mince 
bagage  de  corps,  mais  de  tout  un  outillage  des  lignes  les  plus 
souples  et  des  hameçons  les  mieux  trempés.  Il  envahit  les 
paquebots  qui  font  le  service  de  la  côte,  encombrant  le  pont 
de  sa  personne  et  de  ses  longues  caisses  d'engins,  costumé  de 
gros  drap,  coiffé  d'une  casquette  à  oreillettes  constellée  de 
mouches  artificielles,  et  s'installe  comme  en  pays  conquis  sur 
les  pliants  un  instant  abandonnés,  dédaigneux,  causant  à 
peine,  fumant  son  énorme  pipe,  buvant  force  whisky,  le  vi- 
sage impassible,  l'œil  rêveur,  perdu  sans  doute  dans  le  sou- 
venir des  exploits  passés,  ou  dans  la  pensée  de  ceux  qui 
vont  suivre.  C'est  bien,  au  demeurant,  le  tj^pe  supérieur  du 
pêcheur  à  la  ligne. 

La  plupart  s'établissent  dans  de  misérables  huttes  où  ils 
manquent  de  tout  ;  d'autres,  au  contraire,  dans  des  chalets 
somptueusement  édifiés.  On  en  cite  un  des  plus  fanatiques 
qui  s'en  vient,  chaque  année,  sur  un  yacht  de  plaisance, 
chargé  de  toutes  les  pièces  d'une  grande  maison  démontable, 
de  ses  meubles,  de  ses  vivres  et  de  ses  serviteurs,  et  jette 
l'ancre  pour  la  saison  au  fin  fond  d'une  crique  sauvage,  ina- 
bordable par  terre  même  pour  les  simples  piétons.  Les  bruits 
du  monde  ne  parviendront  pas  jusqu'à  lui,  et  il  se  livrera 
corps  et  âme,  sans  distraction  et  sans  trouble,  à  tout  le  feu 
de  sa  passion.  Avant  la  prochaine  chute  des  feuilles,  le  gra- 
cieux vapeur  aura  disparu  vers  l'Occident,  emportant  châ- 
teau et  châtelain. 

En  temps  légal,  la  pêche  est  libre  dans  les  fjords,  disions- 


172  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

nous.  Tout  différent  est  le  régime  des  riyières.  En  effet,  le 
droit  de  pêche  est  considéré  comme  inhérent  à  la  propriété 
des  rives,  et  conséquemment,  seuls  les  maîtres  du  sol  peu- 
vent l'exercer. 

En  réalité,  il  est  rare  qu'ils  en  usent  personnellement  ; 
mieux  vaut  pour  eux  le  céder  par  bail,  et  c'est  là  pour  les 
particuliers  ou  pour  les  communes  propriétaires  riverains  des 
eaux  courantes,  une  source  de  revenus  d'autant  plus  consi- 
dérable que  la  fécondité  de  ces  eaux  est  plus  célèbre,  et  que 
ce  sont  des  Anglais  qui  mettent  les  enchères.  Il  est  à  notre 
connaissance  que  certain  bras  de  rivière,  pas  très  long,  certes, 
a  trouvé,  pour  un  mois,  preneur  à  500  livres  (12,500  francs). 
Ce  qu'il  y  a  de  plus  extraordinaire,  c'est  que,  cette  fois,  par 
hasard,  l'adjudicataire  était  Français  !  A.  quelles  envolées  fan- 
tastiques de  bank-notes  n'assiste-t-on  pas,  lorsque,  pour  le 
bonheur  du  propriétaire,  Anglais  et  Américains  sont  mis  en 
concurrence  ! 

Le  contrat  interdit  aux  fermiers  toute  autre  pêche  que  la 
pêche  à  la  ligne;  mais,  en  revanche,  ils  pratiquent  celle-ci  en 
artistes  consommés.  On  les  rencontre  isolément,  exerçant 
leur  solitaire  et  silencieux  sport  dans  un  coin  retiré  de  ri- 
vière, l'œil  ardent,  le  bras  tendu,  l'àme  dans  le  poignet,  fai- 
sant délicatement  voleter  à  fleur  d'eau  la  mouche  ai-tificielle 
qui  sert  d'appât  ;  armés,  d'ailleurs,  de  la  plus  inaltérable  pa- 
tience ;  car,  même  dans  ce  pays  fortuné,  il  y  a  bien  des  jours 
où  le  sauvage  poisson  ne  mord  i>as,  des  jours  oii  les  heures 
se  suivent  stériles,  et  toujours  pleines  d'une  trompeuse 
espérance. 

Mais  aussi,  quelle  violente  émotion,  lorsqu'enfin  le  Saumon 
a  happé  la  fatale  amorce  !  Quelle  lutte  de  force  et  d'adresse  - 
entre  le  pêcheur  et  lui  !  l'un  tirant  follement  sur  le  fer  qui 
résiste,  tantôt  fonçant  au  plus  creux  du  remous,  tant(jt  bon- 
dissant comme  un  trait  sur  le  rapide,  impuissant  à  le  fran- 
chir, se  débattant  désespérément  sans  réussir  à  briser  le  fra- 
gile engin,  jusqu'à  ce  qu'enfin,  épuisé  par  ses  violents  mais 
vains  efforts,  il  s'abandonne  un  moment  au  courant  pour  re- 
prendre ses  forces  qui  s'épuisent  et  recommencer  aussit(3t  une 
lutte  désormais  inégale;  l'autre,  alternativement,  rendant 
la  main  ou  la  reprenant,  dévidant  ou  enroulant  le  mince 
cordonnet  sur  son  moulinet ,  pendant  qu'un  sage  nau- 
tonier  dirige  la  barque  légère,  de  manière  à  céder  molle- 


LES  GRANDES  PECHES   E\  NORVÈGE.  173 

ment  au  poisson,  sans  jamais  lui  laisser  un  instant  de  repos. 

Cette  double  manœuvre  doit  être  habilement  conduite,  car 
à  la  moindre  faute  le  fil  se  rompt  et  la  pèche  est  manquée. 
Ainsi,  faut-il  souvent  une  heure  entière,  quelquefois  davan- 
tage, pour  «  noyer  un  Saumon  ».  Un  des  plus  heureux  pê- 
cheurs que  nous  aj'ons  rencontrés,  venait  de  ferrer  son 
soixantième  Saumon  ;  il  était  en  campagne  depuis  trois  se- 
maines. Est-il  besoin  d'indiquer  que  le  butin  est  généreuse- 
ment abandonné  au  paysan,  s'ajoutant  pour  lui  aux  autres 
Itrofits  de  la  location  ? 

Les  meilleures  rivières  de  la  cote  occidentale  sont  celles  de 
Mandai,  Feigen,  Voss,  Suidai,  Sarro,  Alten,  Fana  et  Jacob. 
Elles  ne  suffisent  plus  à  la  troupe  grossissante  des  sportsmen, 
et  déjà  un  courant  porte  les  plus  fanatiques  en  Islande,  où  ils 
trouveront,  au  moins  pendant  quelques  années,  l'isolement  et 
l'abondance  chers  à  leur  cœur. 

En  tout  cas,  ce  n'est  pas  à  eux  qu'on  pourra  jamais  imputer 
l'appauvrissement  des  eaux  douces  :  les  pêcheurs  de  profes- 
sion, et  ils  sont  nombreux,  ne  sauraient  sç  contenter  des  pro- 
duits maigres  et  aléatoires  de  cet  art  difficile. 

Cependant,  le  courageux  Saumon  a  évité  les  gam  et  les 
not  de  toute  forme  tendus  sur  sa  route,  il  a  échappé  à  l'ha- 
meçon perfide,  sans  être  encore  au  bout  de  ses  tribulations. 
Il  va  lui  falloir  franchir  les  rapides,  bondir  par  dessus  les 
chutes  qui  coupent  incessamment  le  cours  des  eaux  ;  et 
quelle  force  ne  dépensera-t-il  pas,  quels  ressorts  vigoureux 
ne  devra-t-il  pas  faire  jouer  pour  surmonter  ces  obstacles  ? 
L'eau  mugit  avec  un  formidable  fracas,  sans  repos,  sur  des 
centaines  de  mètres  ;  elle  bouillonne  écumante  et  furieuse, 
elle  se  heurte  et  se  déchire  sur  les  roches  dont  elle  émousse 
à  peine  les  crêtes,  elle  bondit  et  se  précipite  avec  l'impétuo- 
sité du  torrent.  Quel  mécanisme  sorti  de  la  main  des  hommes 
lutterait  contre  cette  puissance  brutale,  dont  va  pourtant 
triompher  l'humble  poisson!  Mais,  malheur  à  lui  si,  pour 
épargner  ses  forces,  il  veut  éviter  le  centre  du  rapide;  là, 
près  des  bords,  ou  même  un  peu  à  distance,  où  le  courant  est 
moins  violent,  il  va  donner  étourdiment  dans  un  piège  gros- 
sier appuyé  sur  le  flanc  de  quelque  roche,  le  lax-kista  (coffre 
ou  cage  à  Saumons)  :  une  cage  rectangulaire  de  4  à  5  pieds  de 
côté,  dont  les  barreaux  en  bâtons  de  la  force  du  poignet, 
espacés  de  0,065,  sont  fortement  implantés  dans  le  fond  ;  au- 


174 


REVUK  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 


dessus,  formant  toit,  des  planches  chargées  de  blocs  de 
pierres;  sur  la  face  aval,  une  ouverture  conique,  et  c'est  à  peu 
près  tout.  On  y  accède,  non  sans  se  défendre  du  vertige  :  car 
il  faut  s'avancer  en  plein  remous,  enveloppé  d'un  nuage 
d'eau  pulvérisée  par  la  force  de  la  chute,  l'oreille  assourdie 
par  son  mugissement,  en  marchant  sur  une  solive  étroite  et 


Lax-kisla  (Laholni) 


glissante  qui  sert  de  passerelle,  les  pieds  à  fleur   d'eau,  les 
bras  tendus  en  balancier  au-dessus  de  l'abîme. 

Ce  semblant  de  barrage  suffit  à  couper  à  demi  le  cours  de 
l'eau  ;  pour  cela  même,  le  poisson  en  recherche  les  abords,  et 
quoique  le  ressaut  y  atteigne  bien  encore  une  hauteur  de 
0™,60  à  1  mètre,  il  le  franchit  aisément  d'un  bond,  et  du  coup 
se  trouve  enfermé  en  la  nasse,  dont  l'exiguïté  ne  lui  permet 
plus  de  se  mouvoir. 


LES  GRANDES  PÈCHES  EN  NORVÈGE.  175 

On  doit  inspecter  le  lax-kista  plusieurs  lois  par  jour, 
lorsque  la  montée  est  active  ;  car,  sous  cette  apparence  inof- 
fensive, il  constitue  un  des  plus  puissants  engins  de  des- 
truction. Il  n'est  pas  rare  qu'il  s'emplisse  littéralement  de 
gros  poissons,  serrés  à  s'étouffer.  Celui  que  nous  avons  vu 
en  fonctionnement,  à  Laholm,  en  contenait,  un  matin  du 
mois  d'août,  jusqu'à  vingt  à  la  fois,  plusieurs  de  forte  taille. 
La  plupart  étaient  morts  étouffés,  tant  ils  y  formaient  une 
masse  pressée. 

Le  pêcheur,  au  moment  de  la  visite,  a  soin  de  clore  l'entrée 
avec  une  planche  debout,  en  guise  de  vanne,  que  la  pression 
de  l'eau  y  tient  en  place;  il  découvre  le  dessus,  puis  il  sonde 
l'appareil  au  moyen  d'une  forte  barre,  ce  qui  exige  une  main 
exercée,  le  tourbillonnement  de  l'eau  paralysant  en  partie  le 
toucher.  Dès  qu'il  a  reconnu  la  présence  du  poisson,  il  croise 
sa  barre  en  travers  et  s'en  sert  d'appui  pour  manœuvrer  la 
large  épuisette  en  corde,  à  l'aide  de  laquelle  il  retire  succes- 
sivement tous  les  prisonniers.  Aussitôt  ramenés  sur  la  berge, 
on  tue  les  Saumons  en  les  frappant  d'un  coup  sur  la  tête  ;  ils 
meurent  instantanément,  et  leur  chair  passe  pour  conserver 
ainsi  toutes  ses  qualités,  bien  mieux  que  si  on  les  laissait  pé- 
rir à  l'air  dans  une  lente  et  pénible  asphyxie. 

Nous  avons  été  frappé,  en  présence  de  la  magnifique  pêche 
de  Laholm,  d'y  voir  rassemblés  des  sujets  de  toutes  tailles, 
depuis  2  jusqu'à  10  et  12  kilogr.  Ce  qui  semblerait  indiquer 
que  la  migration  n'est  pas  classifiée  par  âges  nettement  sépa- 
rés, ainsi  qu'on  a  cru  le  remarquer  dans  la  Loire. 

Le  lax-kista  est  le  digne  émule  du  kilenot,  il  en  tient  le  r(31e 
néfaste  dans  les  rivières.  On  l'établit  à  peu  de  frais,  et  il 
n'entraîne  qu'une  insignifiante  dépense  de  main-d'œuvre; 
mais  son  installation  nécessite  certaines  conditions  topogra- 
phiques qui  ne  se  rencontrent  pas  partout  ;  c'est  là  l'unique 
cause  de  sa  rareté  relative.  Le  plus  ordinairement,  on  le  voit 
à  proximité  des  usines,  dans  le  rapide  même  qui  leur  donne 
la  force  motrice. 

Nous  serions  incomplet  si  nous  ne  décrivions  pas  un  der- 
nier engin  plus  rudimentaire  encore  ;  nous  avions  besoin  de 
le  voir  en  œuvre  pour  croire  à  son  efficacité,  et  nul  autre, 
en  vérité,  ne  démontre  plus  incontestablement  l'étonnante 
richesse  des  eaux  norvégiennes. 

Le  drif-gani  (filet  dérivant  \  c'est  ainsi  qu'on  le  nomme. 


176  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

est  fait  d'une  toile  simple,  à  mailles  de  0,075;  il  mesure  3  à 
4  mètres  de  long,  sur  2  de  haut  ;  ni  lièges  ni  plombs  pour  le 
lester;  à  chacune  de  ses  extrémités  inférieures,  il  est  pourvu 
d'un  large  anneau  de  fer  ;  les  deux  ralingues  sont  reliées  par 
des  cordes  de  12  à  15  mètres,  dont  les  bouts  sont  tenus  à  la 
main  par  deux  hommes  montant  deux  méchantes  barques 
faites  de  mauvaises  planches  mal  assemblées.  Ceux-ci  ma- 
nœuvrent leur  esquif  à  la  godille  ou  à  la  gaflé,  se  maintenant 
toujours  parallèlement  l'un  à  l'autre,  tantôt  dans  un  sens, 
tantôt  dans  l'autre,  remontant,  coupant  ou  descendant  le 
courant  de  la  rivière.  Sentent-ils  la  poussée  d'un  poisson,  vi- 
vement ils  se  rapprochent  en  tirant  sur  leurs  cordes  qui  fer- 
ment instantanément  le  filet,  et  du  même  mouvement  ils  le 
retirent;  deux  pécheurs  peuvent  cai)turer  ainsi  plusieurs 
Saumons  en  quelques  heures. 


«** 


Suédois  et  Norvégiens  sont  d'intrépides  pêcheurs,  il  faut 
leur  rendre  cet  hommage.  Mais  s'ils  utilisent  largement  le 
temps  que  la  loi  leur  donne  pour  exercer  leur  industrie,  ils  ne 
sont  pas  sans  se  préoccuper  aussi  de  son  avenir,  et  ils  ont 
la  sagesse  de  demander  à  la  pisciculture  artificielle  de  com- 
bler une  ])artie  des  vides  que  leurs  mains  ont  creusés.  Il  y  a 
sur  plusieurs  points  des  laboratoires  prudemment  aménagés 
dans  ce  but. 

L'une  des  «  hatcheries  »  que  nous  avons  eu  occasion  de  vi- 
siter, pourrait  être  proposée  comme  modèle  ponr  sa  bonne 
tenue,  non  moins  que  pour  la  simplicité  de  son  agencement. 
Elle  est  établie  sur  la  rivière  Lagan,  à  5  kilomètres  de 
Laholm,  dans  un  pauvre  chalet  en  bois  attenant  aux  bâti- 
ments d'une  ferme. 

On  a  conduit  à  ce  laboratoire  les  eaux  d'une  source  qui  naît 
à  une  quarantaine  de  mètres  au-dessus,  avec  un  débit  de  près 
de  200  litres  à  la  minute.  Le  filtrage  se  fait  au  travei-s  de 
caisses  remplies  de  sable  fin. 

A  l'intérieur,  par  échelons  de  quatre,  sont  disposées  32 
auges  d'incubation,  constituées  par  l'assemblage  de  trois 
planches  en  sapin,  sans  autre  apprêt  qu'un  blanchiment  au 
rabot  ;  ces  auges  mesurent  exactement  5  mètres  de  longueur 
sur  30  centimètres  de  largeur  et  15  de  profondeur.  Les  œufs 


LES  GRANDES  PÈCHES  EN  NORVÈGE.  177 

y  sont  étalés  sur  un  lit  de  sable  ;  chacune  d'elles  en  reçoit 
30,000  ;  on  peut  donc  traiter  annuellement  dans  ce  labo- 
ratoire un  million  d'œufs.  Les  pertes  ne  dépassent  jamais 
10  p.  100. 

Les  reproducteurs  sont  capturés  non  loin  de  là  dans  la  ri- 
vière, pendant  le  mois  d'octobre,  à  l'aide  de  garns  ou  de  nots, 
et  remis  en  liberté  tout  de  suite  après  la  récolte  ;  plusieurs 
hommes  travaillent  simultanément  à  la  fécondation  artifi- 
cielle ;  ils  sont  assez  exercés  pour  y  procéder  isolément,  si 
gros  que  soient  les  sujets  à  opérer,  en  maintenant  ceux-ci 
appuyés  sur  les  genoux  ;  et  c'est  à  peine  si  quelques-uns 
périssent,  sur  le  grand  nombre  de  ceux  qui  leur  passent 
dans  les  mains. 

L'éclosion  survient  normalement  après  quatre-vingt-cinq 
jours.  Les  alevins  sont  conservés  dans  les  mêmes  appareils, 
jusqu'à  complète  résorption  de  la  vésicule  ombilicale,  jamais 
au  delà.  A  ce  moment,  on  est  en  avril,  ont  lieu  les  lâchers 
dans  les  affluents  de  la  rivière,  à  l'abri  des  remous. 

Cet  établissement  date  de  1875.  L'Etat  lui  assure  une  sub- 
vention annuelle  de  300  kr. 

Depuis  sa  création,  la  pêche  s'est  améliorée  d'une  manière 
très  sensible  dans  la  contrée,  de  l'aveu  de  tous.  Le  nombre 
des  pêcheurs  a  beaucoup  augmenté,  ils  ont  perfectionné  leurs 
engins,  et  tous,  néanmoins,  ils  trouvent  à  faire  d'excellentes 
campagnes. 

Dans  la  pêcherie  qui  dépend  de  cet  établissement,  nous 
avons  vu  capturer,  dans  les  premiers  jours  d'août,  des  sau- 
mons de  taille  très  mélangée.  La  moyenne  pèse  8  Idlogr.  Le 
plus  gros  qui  y  ait  été  pris,  mais  le  cas  est  exceptionnel,  at- 
teignait 22  kilogr.  Les  petits  nous  ont  paru  être  en  moins 
belle  forme  que  les  grands;  parmi  ces  derniers,  il  s'en  trou- 
vait plusieurs  ayant  un  Ijec  anormalement  développé  ;  chez 
l'un  d'eux,  il  perforait  presque  complètement  le  museau,  bien 
que,  circonstance  à  noter,  l'animal  fût  très  gros  et  dans  la 
meilleure  condition.  D'après  le  directeur,  qui  en  cela  est  par- 
faitement d'accord  avec  ses  pêcheurs,  et  il  doit  s'y  entendre, 
puisque  c'est  lui  qui  est  préposé  à  la  hatcherie,  c'est  là  inva- 
riablement un  signe  spécial  et  exclusif  aux  mâles  de  l'espèce. 

{A  suivre.) 


•20  Août  1892.  '2 


LES  PLANTES  DE  VANNERIE 

CHEZ     LES     INDIENS     DES    ETATS  -  UNIS 

Par  m.  h.  BRÉZOL. 


La  vannerie  est  rindustrie  la  plus  répandue  chez  les  In- 
diens des  États-Unis,  C'est  elle  qui  leur  fournit  la  plupart  de 
leurs  ustensiles  de  ménage,  et  c'est  dans  son  travail  qu'ils 
ont  acquis  le  plus  d'habileté  ;  aussi  le  nombre  de  végétaux 
leur  servant  de  matières  premières  est-il  fort  considérable. 

En  commençant  par  les  plantes  herbacées,  on  voit  dans  le 
rapport  adressé  en  1884  au  Muséum  national  des  Etats-Unis, 
par  le  docteur  Masson,  que  les  indigènes  des  îles  Aléoutiennes 
tressent  les  fibres  de  plusieurs  espèces  d'Elymes  rouies  à  la 
façon  du  chanvre,  en  nattes  et  en  corbeilles  d'une  finesse 
excessive.  Les  plantes  ainsi  employées  sont  les  Elymus 
mollis,  arenarius  et  Slhiriois.  Les  Indiens  Chilkaht  em- 
ploieraient un  de  ces  végétaux,  dans  le  même  but,  sous  le 
nom  de  Blé  sauvage. 

Le  même  rapport  mentionne  également  un  Sporoholus, 
dont  les  Indiens  de  la  rivière  Tule  en  Californie  tisseraient 
les  feuilles  ;  mais  il  y  a  sans  doute  erreur,  la  région  en  ques- 
tion ne  possédant  aucune  espèce  du  genre  SpovoJjOlus  suscep- 
tible de  subir  ce  mode  de  travail.  On  y  trouve,  par  contre,  le 
Vilfa  depauperata,  plante  aux  feuilles  allongées,  souples  et 
filiformes,  très  estimées  des  Mexicains  qui  en  rembourrent 
leurs  objets  de  sellerie  et  de  harnachement,  rôle  auquel 
sa  souplesse  et  son  élasticité  la  prêtent  merveilleusement. 
U Arundinaria  niacrosycrriia,  graminéc  qui  croit  dans  les 
états  du  Sud ,  fournit  aux  survivants  des  Cherokees,  des 
Choetaws,  des  Creeks,  des  Chikasaws  et  des  Séminoles,  la 
principale  matière  employée  par  ces  peuplades  à  la  confec- 
tion de  leurs  articles  de  vannerie.  Les  Choetaws  sont  par- 
ticulièrement habiles  â  ces  travaux,  et  leurs  petites  corbeilles 
aux  vives  couleurs  se  vendent  dans  plusieurs  villes  du  sud 
des  États-Unis. 

Les  Indiens  des  États  du  nord-est,  principalement  les  Pe- 
nohscots,  font  un  grand  emploi  de  l'Herbe  sainte,  Hierochloc 


LES  PLANTES  DE  VANNERIE  CHEZ  LES  IXDIENS.  179 

borealis,  graminée  dont  les  longues  feuilles  s'enroulent  en 
spires  par  la  dessiccation.  Les  réunissant  en  longues  tresses 
ils  en  font  des  corbeilles  et  autres  objets  similaires.  Certains 
explorateurs  ont  également  vu  des  tresses  faites  avec  les 
feuilles  de  cette  graminée,  entre  les  mains  des  Indiens  Cor- 
beaux de  la  vallée  de  la  Zellowstone,  mais  ils  n'ont  pu 
savoir  à  quel  usage  ceux-ci  les  employaient.  Ces  feuilles 
émettent  une  odeur  délicate  et  persistante  fort  agréable. 

Les  Saules  américains  n'ont  pas  la  souplesse  et  l'élas- 
ticité qui  leur  donnent  une  si  grande  importance  écono- 
mique en  Europe.  A  l'ouest  des  Montagnes  Rocheuses  ,  la 
vannerie  dispose  d'un  Saule,  le  Salix  sessilifolia,  qui  lui 
fournit  un  excellent  matériel  pour  exécuter  la  trame  des 
corbeilles  et  des  paniers.  Cet  arbuste  se  rencontre  depuis 
la  région  habitée  par  les  Indiens  Hoopas  et  Klamath  dans 
le  nord  de  la  Californie  et  le  sud  de  l'Orégon  jusqu'à  celle 
où  vivent  les  Papagos,  dans  la  partie  méridionale  de  l'A- 
rizona.  Au  printemps  ou  au  commencement  de  l'été,  les 
jeunes  rameaux,  longs  de  6U  à  90  centimètres,  sont  coupés, 
écorcés  et  desséchés  ;  ils  fournissent  des  tiges  excessive- 
ment flexibles  et  très  fines,  parfois  presque  filiformes.  Cette 
espèce  mérite  d'ailleurs  l'attention  des  vanniers  des  cités,  car 
elle  fournit  un  excellent  osier.  Afin  de  provoquer  la  forma- 
tion de  jeunes  rameaux  bien  souples,  les  Indiens  du  nord  de  la 
Californie  ont  la  coutume  de  mettre  le  feu  à  leurs  oseraies 
naturelles,  ainsi,  du  reste  qu'aux  bosquets  de  Coudriers,  qui 
fournissent  un  bois  de  vannerie  non  moins  estimé. 

On  emploie  encore,  ou  du  moins  on  employait  autrefois, 
quelques  autres  espèces  de  Saules  :  SalLv  cordata,  seHcea 
et  petiolaris,  dans  les  Etats  de  l'est  et  du  centre,  et  les  deux 
dernières  de  ces  espèces  ont  une  réelle  valeur.  Les  Etats  de 
l'ouest,  situés  sur  le  versant  de  l'Océan  Pacifique,  possèdent, 
eux:  le  Salixlaviandea,  le  S.  laviolepsis ,  et  le  S.  lœvigata. 
Les  Indiens  Eloopas  et  Klamath  n'emploient,  il  est  vrai,  que 
les  racines  de  cette  dernière  espèce. 

Le  docteur  Palmer  rapporte  que  les  Indiens  habitant  la 
région  riveraine  du  Colorado  font  chaque  année  d'abondantes 
provisions  de  l'écorce  d'un  Saule  non  spécifié  avec  laquelle  ils 
confectionnent  des  sandales,  des  nattes  et  des  ficelles.  L'é- 
corce du  Saule  est  également  utilisée  par  les  Indiens  de  la 
rivière  Tule,  en  Californie. 


180  KKVUE  DES  SCIENCES   NATURELLES  APPLIQUÉES. 

La  plupart  des  Peupliers  ont  des  radicelles  tendres,  flexi- 
bles, assez  souples,  se  prêtant  bien  aux  travaux  de  vannerie. 
C'est  avec  les  radicelles  fendues  ou  restées  intactes  du  Poim- 
lus  trichocarpa,  que  les  Indiens  de  la  Caroline  du  nord  font 
la  carcasse  de  leurs  cliapeaux.  Les  squaws,  les  femmes  des 
tribus  indiennes  habitant  le  long  du  fleuve  Colorado  portent 
des  jupons  tissés  avec  des  bandes  de  l'écorce  intérieure  du 
Bois  de  coton,  Populus  Fremontii  et  Populus  monilifera. 

Les  radicelles  de  l'Aulne,  Alnus  rhoinhifolia,  constituent 
des  fibres  brunes  très  recherchées  des  Indiens  de  la  Cali- 
fornie et  de  rOrégon. 

Les    jeunes   rameaux  flexibles   du   Noisetier,  californien, 
Corylus  rostrafa,  variété  Califoniica,  sont  presque  aussi 
employés  par  les  Indiens  de  la  Californie  et  de  l'Orégon,  pour 
constituer  le  squelette  de  leurs  divers  articles  de  vannerie 
que  les  rameaux  du  Salix  scssillfolla.  Les  rameaux  de  ce  Noi- 
setier servent  encore  à  confectionner  des  nasses,  à  poissons. 
Une  des  plantes  de  vannerie  les  mieux   connues  est  le 
Sumac  trilobé,  Rhus  aromatica,  variété  irllohata,  arbuste 
largement  distribué  du  Missouri  au  Pacifique,  par  dessus  les 
Montagnes  Rocheuses.   C'est  une  des  principales   matières 
premières  des  Apaclies,  des  Navajos,  et  des  autres  tribus  de 
la  Californie  méridionale,  de  l'Arizona,  de  l'Utah  et  du  Nou- 
veau-Mexique. Ces  rameaux  sont  grattés  et  fendus  après  un 
certain  séjour  dans  l'eau.  Les  corbeilles  dont  ils  constituent 
la  carcasse  sont  faites  de  petits  bourrelets  d'herbe  solidement 
liés  à  la  monture  ;  elles  durent  fort  longtemps,  tiennent  bien 
l'eau  et  sont  souvent  employées  à  la  cuisson  des  aliments, 
en  chauffant  leur  contenu  avec  des  pierres  rougies  au  feu. 
Une  autre  espèce  de  Sumac,  connue  aux  Etats-Unis  sous  le 
nom  de  Lierre  vénéneux,  le  Rhus  cliversiloba,  des  côtes  du 
Pacifique,  s'emploierait  également,  dit-on,  en  vannerie;  mais 
on  confond,  peut-être,  ce  végétal  avec  le  précédent. 

Le  Chanvre  indien ,  Apocijnum  cannabinum  ,  est  vêtu 
d'une  couche  subcorticale  très  fibreuse,  se  détachant  facile- 
ment en  bandes  et  dont  beaucoup  de  tribus  habitant  la  région 
comprise  entre  les  grands  lacs  et  le  Pacifique  font  depuis  un 
temps  immémorial  des  cordages,  des  lassos,  des  lignes  à  pê- 
cher, des  valises,  des  nattes,  des  corbeilles  et  des  ceintures. 
Les  Indiens  Sioux  n'ont  jamais  fabriqué  qu'une  vanne- 
rie grossière  dont  la  principale  matière  première  leur  était 


LES  PLANTES  DE  VANNERIE  CHEZ  LES  LNDIENS.  181 

offerte  par  les  fibres  corticales  de  l'Orme  américain,  Ulmus 
Americana.  Ils  n'ont  jamais  tiré  parti  du  Cornoiiillier  osier 
rouge ,  Cornus  stolonifera  ,  malgré  ses  élégants  rameaux 
pourprés  semblables  à  ceux  de  l'osier,  et  son  abondance  dans 
la  région  qu'ils  habitent.  M.  Baston  rapporte  cependant  qu'ils 
employaient  autrelbis  les  jeunes  rameaux  d'une  espèce  voi- 
sine, le  Cornus  sericca,  pour  la  confection  de  leurs  corbeilles 
les  plus  grossières. 

Parmi  les  vignes,  la  vigne  californienne,  Vitis  Califor7iica, 
se  prête  par  ses  tiges  flexibles,  minces  et  résistantes  à  la 
fabrication  des  cordages.  Le  Supple  Jaclî,  Berchemia  volu- 
bilis,  s'emploierait  de  la  même  façon. 

Les  Conifères  contiennent  un  certain  nombre  d'arbres  de 
grande  valeur  pour  la  vannerie  indigène.  Le  mieux  connu 
est  le  Grand  cèdre  ou  Arljor  Viiœ,  Thuya  gigantea,  des 
montagnes  côtières  et  des  montagnes  cascades  dans  la  Cali- 
fornie et  rOrégon.  Cet  arbre  fournit  une  fine  écorce  fibreuse, 
se  détachant  en  longues  bandes  que  les  Indiens  tressent  en 
nattes  en  corbeilles,  en  sacs  et  en  vêtements.  Dans  les 
corbeilles,  ils  font  alterner  des  bandes  ayant  de  1  milli- 
mètre à  3  centimètres  de  largeur.  Les  nattes,  faites  avec 
cette  écorce,  jouent  dans  l'existence  des  Indiens  des  côtes  de 
la  Colombie  britannique,  le  même  rôle  que  les  robes  de  bisons 
auprès  de  leurs  congénères  du  Dakota.  Elles  servent  de  ta- 
pis, de  couvertures,  de  rideaux  pour  les  portes,  de  voiles  de 
bateaux,  et  c'est  dans  ces  nattes  qu'on  ensevelit  les  morts. 

Les  racines  de  plusieurs  espèces  de  Conifères  fournissent 
une  excellente  matière  pour  constituer  la  trame  de  divers 
articles  de  vannerie  :  leur  coloration  varie  du  gris  au  rouge 
pâle  et  au  brun  sombre.  Les  Indiens  Hoopas  et  Klamaths,  par 
exemple,  ont  recours  aux  racines  du  Pin  de  Sabine,  Pinus 
Sahiniana,  qu'ils  détachent  parfois  par  tronçons  cle  10  ou 
12  centimètres  de  diamètre,  desséchés  ensuite  dans  une 
couche  de  cendres  chaudes.  Les  racines  très  souples  du 
Spruce,*  Picea  Engelmami,  et  probablement  celles  d'autres 
conifères  sont  employées  à  la  confection  de  divers  articles  de 
vannerie  par  les  Indiens  du  Nord-Ouest.  Les  racines  du 
Tamarack,  Larix  occiclentalis,  servent  aux  Indiens  vivant 
sur  les  bords  de  la  rivière  Yukon,  à  faire  d'élégantes  cor- 
beilles artistement  ornées  de  poils  et  de  dards  de  porc-épic. 

Les  Yuccas  figurent  en  tête  des  Liliacées  comme  plantes  de 


182  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

vannerie  et  comme  plantes  textiles.  Les  excellentes  tibres 
extraites  de  ces  végétaux  sont  artistement  travaillées  par  les 
Apaches,  les  Pimos  et  les  Pueblos,  et  le  Yucca  fdœineniosa, 
le  Y.  gloriosa,  le  Y.  aloifolia,  jouissaient  autrefois  d'une 
grande  vogue  dans  les  États  de  l'Est  et  du  Sud  pour  la  con- 
fection de  cordes,  de  ficelles,  de  nattes,  etc.  Le  Yucca  Imccata 
a  pris  une  réelle  importance  économique  dans  la  région  inté- 
rieure qui  s'étend  entre  la  Californie  et  le  Texas.  La  feuille 
entièrement  développée  a  90  centimètres  à  1  mètre  20  de 
long,  elle  est  très  flexible  et  fournit  une  excellente  fibre 
textile.  Après  un  léger  séjour  dans  des  cendres  chaudes,  elle 
devient  plus  souple  encore  et  peut  être  fendue  en  bandes  de 
largeur  variable,  qu'on  tresse  en  nattes  grossières  et  en  cor- 
beilles, et  que  les  Indiens  et  les  Mexicains  emi)loient  comme 
fouets  ou  sous  forme  de  cordes. 

Les  feuilles  d'une  espèce  voisine,  le  Yucca  lilifcra,  du 
Nord  du  Mexique,  sont  utilisées  de  la  même  façon,  ainsi  que 
celles  du  Yucca  aurjustifolia,  du  Y.  claia,  du   J'.  W/iipplel. 

A  la  même  famille  appartient  le  Xeropliyllum  tcnax,  plante 
vivace  fort  connnune  sur  les  côtes  de  l'Océan  Pacifique, 
émettant  de  nombreuses  feuilles  presque  linéaires  de  60  à 
90  centimètres  de  longueur.  Dépourvues  de  fibres,  ces  feuilles 
sont  cependant  assez  résistantes  et  assez  souples  pour  pouvoir 
être  tressées.  Principalement  employées  par  les  Indiens  du 
Nord  d(>  la  Californie  et  de  l'Orégon,  elles  constituent  la 
matière  première  de  leurs  articles  de  vannerie  les  plus  fins. 

Plusieurs  espèces  d'Agave,  V Agave  Americana,  VA.  hetc- 
racanifia,  VA.  Slsalana,  contenant  toutes  des  fibres  textiles, 
sont  utilisées  par  les  vanniers  mexicains  et  indiens. 

Beaucoup  de  botanistes  seront  sans  doute  fort  étonnés 
d'apprendre  que  dans  la  Californie  septentrionale  et  l'Orégon 
on  fait  avec  les  feuilles  de  VIris  macrosiphon  des  cordes, 
des  lignes  à  pêcher,  des  filets  et  une  étoffe  absolument  iden- 
tique à  un  canevas  grossier.  Ces  feuilles,  de  30  à  60  centi- 
mètres de  long,  ont  quelques  millimètres  seulement  -de  lar- 
geur, chacun  de  leurs  bords  est  renforcé  par  une  forte  til)rc. 
Les  femmes  indiennes  séparent  adroitement  ces  fibres  du 
parenchyme  â  l'aide  d'une  lame  de  zinc  aiguisée  qu'elles 
s'adaptent  au  pouce,  puis  on  les  tresse  en  cordes  de  diamètres 
divers  ou  on  en  fait  des  filets  et  des  étoffes. 

Les  feuilles  du  Palmetio,  SaMl  palmelio,  fournissent  de 


LES  PLANTES  DE  VANNERIE  CHEZ  LES  INDIENS.  4  83 

Jjelles  Landes  Lien  souples  dont  on  confectionne  dos  clia[)eaiix, 
(les  nattes,  des  corLeilles,  et  les  feuilles  du  Sabal  Mexicana, 
qui  s'étend  vers  le  Noi'd  jusqu'au  cours  inférieur  du  Rio- 
Grande,  sont  traitées  de  la  même  façon  jiar  les  Mexicains. 
Les  feuilles  du  Palmctto  en  scie,  Serenoa  serrulaia,  servent 
aux  nègres  à  l'aire  des  chapeaux  et  des  corLeilles. 

Les  fougères  elles-mêmes  fournissent  quelques  plantes 
utiles  à  notre  liste.  Le  Woodwardia  rrccUcans,  de  la  côte  du 
Pacifique,  émet  de  longs  pétioles  contenant  chacun  deux 
faisceaux  fihrovasculaires  sous  forme  de  larges  filaments 
Lruns  et  aplatis,  mais  fort  souples  Les  feuilles  encore  fraîches 
sont  réduites  en  miettes,  pour  mettre  ces  filaments  en  liLerté  ; 
on  les  nettoie  ensuite,  et  les  teint  à  l'aide  d'une  infusion 
d'écorce  d'aulne.  Une  autre  fougère  fournissant  une  élégante 
matière  à  la  trame  des  corLeilles  les  plus  fines  des  Indiens 
Hoopas  et  Klamaths  est  1'^  cUanlum  pedafum,  dont  les  feuilles 
sont  d'un  noir  Lrillant  sur  une  face  et  d'un  Leau  rouge  sur 
l'autre.  Après  les  avoir  plongées  dans  l'eau  ou  humectées  de 
salive,  on  les  fend  avec  l'ongle  afin  de  séparer  la  face  noire 
de  la  face  rouge,  qui  n'est  pas  employée. 

L'écorce  du  Tilleul,  Tilia  Americana,  est  excessivement 
souple,  résistante,  et  facile  â  transformer  en  cordages,  en 
nattes,  en  corLeilles.  Le  Lois  et  l'écorce  du  Bois  de  cuir, 
Dirca  palusiris,  arLrisseau  commun  dans  les  états  de  l'At- 
lantique, et  les  mêmes  produits  du  Dirca  occidentalls  des 
côtes  du  Pacifique,  ont  toujours  été  largement  em[)loyés  par 
les  Indiens  et  les  colons.  Ces  écdrces  sont  presque  aussi  résis- 
tantes que  celle  du  Tilleul  ;  le  Lois  est  souple  et  flexiLle,  de 
sorte  que  les  Lranches  peuvent  être  courLées  en  cercles  sans 
se  rompre.  L'écorce  du  Bouleau  â  canots  sert  à  faire  des 
jarres  et  des  corLeilles  dans  la  région  des  grands  lacs. 

Le  Lois  de  plusieurs  essences  â  Lois  dur,  découpé  en  minces 
planchettes,  en  ruLans,  en  copeaux,  est  assez  élastique  i)Our 
le  service  de  la  A\annerie.  On  employait  Leaucoup  autrefois 
de  cette  façon  le  Lois  du  Chêne  Liane,  Quercus  alba,  et  de 
iilusieurs  Hickoi'ys,  Ilickoria.  Le  Lois  tendre  du  Bouleau 
Idanc,  Belula  popidina,  et  celui  d'autres  arLres  fournissant 
un  Lois  Liane  est  encore  employé  le  long  de  la  frontière  ca- 
nadienne et  dans  un  grand  nomLre  de  localités  du  Canada 
par  les  descendants  des  Iroquois  et  des  Algonquins.  Des 
milliers  d'élégantes  corLeilles  faites  avec  cette  matière,  sont 


184  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

vendues  dans  les  villes  et  les  villages  du  nord  des  États-Unis. 

Les  Joncs,  en  raison  de  leur  abondance,  de  leur  souplesse, 
de  leur  ïiexibilité,  ont  été  plus  ou  moins  employés  par  de 
nombreuses  tribus,  et  surtout  par  les  Indiens  Klamaths,  qui 
les  mettaient  peut-être  en  oeuvre  avec  le  plus  d'babileté  et  de 
goût.  Le  Jimcus  effitsus,  qui  constitue  souvent  une  mauvaise 
herbe,  un  véritable  fléau,  dans  les  états  de  l'Atlantique,  serait 
cultivé  au  Japon  pour  fournir  la  matière  première  d'élégantes 
nattes.  Les  fortes  tiges  du  Jimcus  robiistus  sont  fendues  en 
deux  par  le^  Lidiens  du  sud  de  la  Californie  et  introduites 
dans  le  tissu  de  leurs  corlieilles. 

Dans  la  famille  des  Cypéracées,  nous  trouvons  le  BubrusJi, 
Scirims  lacKsiris,  qui  existe  également  dans  les  marais  eu- 
ropéens. Ce  végétal,  très  répandu  aux  États-Unis,  fort  com- 
mun, est  souvent  employé  par  les  Indiens,  qui  le  tressent  en 
nattes,  en  corbeilles  ajourées,  en  font  des  ialéJi,  des  rideaux 
pour  fermer  leurs  buttes.  La  variété  occidenialis ,  des  côtes 
du  Pacifique,  constitue,  avec  ses  feuilles  de  2  m.  50  à  3  mètres 
de  haut,  une  plante  d'une  valeur  économique  réelle. 

Mentionnons  enfin  la  Cat-iail,  la  Queue  de  chat,  Tijp/ia 
latifolia,  la  grande  Massette  européenne,  dont  les  feuilles 
tressées  servent  depuis  les  guerres  de  l'Indépendance  améri- 
caine à  faire  des  fonds  de  chaises,  aussi  les  recueille-t-on 
activement  dans  les  marais  de  l'État  de  New-York,  pour  la 
fabrication  des  sièges  et  celle  des  corbeilles. 

Les  Indiens  raffolent  des  effets  de  couleur  et  tirent  un 
excellent  parti  des  colorants  divers  que  leur  fournit  la  nature. 
L'écorce  de  plusieurs  espèces  d'Aulne  leur  donne  par  infusion 
une  excellente  matière  colorante,  brune  ou  rouge.  Les  Indiens 
Hoopas  et  Klamaths  emploient  ainsi  l'écorce  de  VAlnus 
rhoviibifolia  et  peut-être  aussi  celle  de  VAlnus  rubra,  de 
l'Aulne  rouge.  Les  Navajos  préfèrent  l'écorce  de  VAlnus 
incana,  variété  virescens  qu'ils  mélangent  à  l'écorce  des 
racines  du  Cercocarpns  2^ci^"f^ifolii(S,  en  employant  comme 
mordant  des  cendres  de  Genévrier,  Dans  le  Grand-Bassin,  la 
laque  noire  employée  pour  la  décoration  des  corbeilles  s'ex- 
trait d'une  Chénopodiacée ,  le  Suœcla  diffusa.  Les  Navajos 
obtiennent  également  une  laque  noire  en  mêlant  les  baies  du 
Rlms  aroniaiicus,  variété  iriloba,  avec  de  l'ocre  et  la  gomme 
du  Pimts  edulis. 


II.  CHRONIQUE  DES  COLONIES  ET  DES  PAYS  D'OUTRE-MER. 


L'acclimatation  du  Cheval  en  Afrique  australe. 

Non  seulement  l'Européen  a  beaucoup  de  peine  à  s'acclimater  en 
Afrique,  mais  le  Cheval,  ce  compagnon  de  l'homme,  y  lutte  avec  les 
mêmes  difficultés  climatériques.  Le  Cheval  se  trouve  bien  dans  les 
re'gions  plus  sèches  de  l'Afrique  septentrionale  et  centrale,  mais  les 
tribus  nègres  et  cafres  qui  habitent  plus  au  sud  ne  le  connaissent 
pas,  tandis  que  les  autres  animaux  domestiques  de  notre  climat  tels 
que  les  bœufs,  les  vaches,  les  moutons  et  les  chèvres  sont  parfai- 
tement représente's  chez  eux. 

Il  y  a  environ  deux  siècles  que  les  Hollandais  introduisirent  le  Che- 
val en  Afrique  australe,  en  choisissant  plus  spécialement  la  race  espa- 
gnole dans  es  but.  Aujourd'hui  on  compte  dans  toutes  les  colonies 
Anglaises,  Portugaises,  les  Etats-Libres  elles  territoires  des  Indigènes 
de  cette  partie  d'Afrique,  environ  un  million  de  tètes  de  cet  animal. 
Le  Cheval  s'y  multiplie  surtout  dans  les  districts  qui  sont  plus  ou 
moins  à  l'abri  de  l'épidémie  spe'ciale  qui  se'vit  sur  ces  animaux.  Ce 
sont  toute  la  colonie  du  Cap,  l'Etat  libre  d'Orange  et  le  pays  des 
Bassoutos,  ainsi  que  les  régions  plus  élevées  de  la  colonie  de  Natal 
et  du  Transvaal.  Ici  le  Cheval  est  garanti  par  une  altitude  de  4,000 
à  5,000  pieds,  même  pendant  les  jours  et  les  nuits  qu'il  passe  dans 
les  pre's  et  qu'il  est  exposé  à  toutes  les  intempe'ries  de  la  saison.  Dans 
les  contre'es  plus  basses,  au  contraire,  les  épidémies  se  pre'sentent 
tous  les  ans  et  enlèvent  presque  tous  les  animaux.  Les  pays  de'cide'- 
ment  malsains  pour  les  Chevaux  pendant  l'été,  sont  tous  ceux  situe's 
au  nord  de  la  Vaal  et  de  la  Tugela,  à  l'exception  de  quelques  plateaux 
élevés  dans  les  montagnes.  Dans  les  endroits  plus  bas  l'e'pide'mie  règne 
tous  les  ans,  mais  disparaît  pendant  les  mois  secs  de  l'hiver  (de  mai 
en  octobre)  (1). 

L'épidémie  est  une  maladie  infectieuse,  une  espèce  de  charbon 
qui  suit  son  cours  jusqu'au  de'nouement  fatal,  sans  produire  d'enflure 
ou  de  tumeur  apparente. 

Huit  à  dix  jours  après  l'inoculation  du  poison  la  fièvre  se  de'clare  et 
la  mort  survient  géne'ralement  quelques  heures  après.  Les  symptômes 
que  l'on  observe  sont  :  toux,  respiration  active,  sécrétion  des  bronches 
(prise  à  tort  pour  de  la  bile),  enfin  une  mort  rapide.  A  l'autopsie  on 
constate  une  espèce  de  stagnation  de  fonctionnement  des  poumons 
et  l'œdème  consécutif  de  ces  organes.  La  maladie  se  développe  à 
mesure  que  le  sang  se  décompose.  Sur  cent  Chevaux  qui  en  sont 
atteints,  à  peine  trois  ou  cinq   survivent-ils  et   ce  sont  surtout  ceux 

\1)  On  n'oublie  pas  que  l'hiver  correspond  à  noire  été  en  Afrique  australe. 


186  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

qui  travaillent  pendant   qu'ils  sont  déjà  sous  l'influence  du  mal,  qui 
succombent. 

La  rapidité  de  la  maladie  rend  son  traitement  très  difficile.  L'arsenic 
paraît  être  indique  à  l'intérieur.  C'est  la  transpiration  surtout  qu'il 
s'agit  d'appeler,  et  il  faut,  autant  que  possible,  refuser  l'eau  à  boire  au 
malade.  Des  Chevaux  que  l'on  conside'rail  comme  sauvés,  ont  suc- 
combé lorsqu'on  leur  a  donné  de  l'eau  à  discrétion.  Ceux  qui  ont 
résisté  à  l'attaque,  restent  souvent  asthmatiques  et  ont  toujours  perdu 
leur  vigueur.  On  ne  voit  pas  de  récidives.  Les  Chevaux  qui  ont  eu  la 
maladie,  peuvent  vivre  impunément  <lans  la  contrée  malsaine  qui  la 
leur  a  donnée.  Aussi  les  paie-t-on  cinq  à  huit  fois  leur  valeur  ordinaire. 
En  présence  du  grand  danger  auquel  les  Chevaux  sont  exposés,  il 
est  ordonné  de  les  protéger  par  tous  les  moyens  possibles,  ce  qui, 
d'après  les  expériences  faites  en  Afrique  australe,  n'est  pas  trop  diffi- 
cile. Les  Chevaux  vivant  dans  les  contrées  les  plus  chaudes  de  l'A- 
frique, sont  parfaitement  à  l'abri  du  mal.  C'est  donc  dans  ces  contrées 
que  l'on  doit  s'occuper  plus  spécialement  de  leur  élevage. 

Pour  les  Chevaux  vivant  dans  les  contrées  basses  il  est  bon  d'ob- 
server les  conditions  suivantes  : 

La  maladie  est  contractée  dans  les.  prés  oii  les  Chevaux  mangent 
des  herbes  et  des  plantes  couvertes  de  rosée.  Lorsque  la  rose'e  sèche, 
le  germe  disparaît  avec  elle,  ou  perd  son  influence  dangereuse.  L'al- 
mosphére  de  la  nuit  ou  du  jour  n'est  pas  nuisible  pour  les  Chevaux. 
Veut-on  protéger  ces  animaux,  il  faut  les  empêcher  de  manger  ces 
herbes  couvertes  de  rosée.  Il  faut  donc  les  faire  rentrer  à  l'ecurio  pen- 
dant la  nuit.  Comme  il  est  souvent  difficile  de  se  procurer  une  nour- 
riture sèche  en  quantité'  suffisante,  on  peut  faire  paître  les  Chevaux 
pendant  quelques  heures  tous  les  jours  sans  danger  de  1  heure  à 
3  heures  du  soir  au  moment  où,  miJme  a  l'ombre,  la  rosée  est  complète- 
ment séchee.  Les  prairies  les  plus  hautes,  sans  ombrages,  aux  herbes 
courtes,  sont  les  meilleures.  Les  herbes  que  l'on  coupe  dans  l'après- 
midi,  pour  les  Chevaux  à  l'écurie,  doivent  être  exposées  pendant  quel- 
ques heures  au  soleil.  Les  Boers  du  Cap  lavent  ces  herbes  dans  une 
eau  courante  et  les  considèrent  ensuite  comme  inolTensives. 

En  élevant  un  Cheval  de  cette  manière,  il  se  porte  très  bien  en 
.\frique  australe.  Mais  il  faut  suivre  rigoureusement  les  indications 
données.  Une  poignée  d'herbes  mangoe  en  parlant  le  malin  par  un 
Cheval  suffit  pour  lui  donner  la  maladie. 

Les  me'dicaments  prophylactiques  préconisés  en  Afrique  australe 
sont  encore  très  douteux  et  les  expériences  sérieuses  manquent.  Le 
Cheval  né  en  Afrique  est  moins  susceptible  de  gagner  la  maladie 
que  celui  importé  d'Europe. 

D""  IL  Meyners  d'Estrey. 


III.  CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS. 


Le  pouls  chez  le  Chien.  —  Chez  tous  les  animaux,  retudo  du 
l)ouls  doit  nou<  guider  pour  reconnaître  l'état  de  leur  saute'.  Pour  une 
raison  inesplique'e,  la  plupart  des  ouvrages  cunologiques  u'en  parlent 
pas.  M.  Wesley  Mills  a  fait  quelques  remarques  à  ce  sujet  dans  ki 
revue  Forest  and  Stream. 

D'après  cet  observateur,  la  pulsation  du  Chien  diffère  de  celle  d'au- 
tres animaux  domestiques.  Bien  que  son  mouvement  varie  suivant 
rage  et  suivant  la  race  de  l'individu,  on  peut  la  rapprocher  à  certains 
égards  de  celle  de  l'homme.  Ainsi,  le  rapport  qui  existe  entre  la  res- 
piration et  la  pulsation  est  à  peu  prés  semblable.  On  a  noté  une  res- 
piration pour  quatre, battements.  Mais  chez  un  Chien  adulte  on  dé- 
couvre des  faits  diffe'renls.  Si  on  l'ausculte  lorsqu'il  est  couché  à  l'e'tat 
de  repos  complet,  on  est  frappe'  de  l'irrégularité  des  pulsations  ;  quel- 
ques personnes  ont  pu  croire  à  une  maladie  de  coeur.  Cette  particula- 
rité ne  se  voit  pas  chez  l'animal  jeune  ;  d'ailleurs,  il  serait  difficile  de 
l'observer,  vu  la  rapidité  des  battements  du  pouls  dans  le  jeune  âge. 
Elle  s'étend  autant  à  la  vitesse  qu'à  la  force  des  pulsations.  Au  moyen 
d'un  appareil  spécial,  l'étude  en  serait  plus  aisée.  M.  Wesley  Mills  a 
reconnu  que  les  pulsations  deviennent  irre'guliôres  et  se  ralentissent 
au  moment  de  l'expiration  et  qu'au  contraire  le  cœur  bat  beaucoup 
plus  fort  et  irre'gulièrcment  pendant  l'inspiration.  Cette  ir:e'gularité  du 
pouls  s'observe  donc  normalement  chez  les  Chiens  en  parfaite  saute'. 

De  s. 

Protection  des  Oiseaux  de  Paradis  à  la  Nouvelle- 
Guinée.  —  Dans  la  Nouvelle-Guinée  allemande,  on  vient  de  prendre 
des  mesures  pour  protéger  les  Oiseaux  de  Paradis.  Dès  le  P'"  jan- 
vier 1892,  une  nouvelle  loi  est  entrée  en  vigueur.  Formule'e  dans  cinq 
articles,  elle  accorde  seulement  des  autorisations  spéciales  pour  la 
chasse  de  ces  beaux  oiseaux.  Cela  contribuera  à  restreindre  notable- 
ment le  commerce  de  leurs  de'pouilles.  Les  Paradisiers  avaient  beau- 
coup diminue'  dans  cette  région  de  l'île  où,  cependant,  plusieurs  es- 
pèces viennent  nicher.  Par  une  protection  i-aisonnée,  on  réussira  sans 
doute  à  les  conserver.  De  B. 

Chair  des  poissons  empoisonnée  en  Crimée.  —  Afin  de 
garantir  de  la  putre'faction  le  poisson  destine'  à  être  expédie'  dans  les 
endroits  e'ioigne's,  les  industriels  de  la  Crimée  le  saupoudrent  de  quan- 
tite's  minimes  de  sublimé,  qui  est,  comme  on  sait,  un  antiseptique 
puissant.  Mais  cette  préparation  a  une  influence  néfaste  sur  la  santé 
des  consommateurs.  En  dehors  de  cet  empoisonnement  artificiel  voulu 
des  provisions  de  poisson,  la  ptomaïne  fait  également  beaucoup  de  vie" 


'188  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

times  en  Crimée,  ce  qui  tient  à  une  préparation  de'fectueuse  du 
poisson  et  aux  proce'des  trop  primitifs  de  sa  conservation.  Les  em- 
poisonnements par  la  ptomaine  sévissent  surtout  à  l'époque  du  Ca- 
rême, lorsque  le  principal  aliment  de  la  population  est  le  poisson. 
Dautres  procédés  encore,  non  moins  dangereux,  sont  pratiqués  dans 
la  pèche,  dans  les  districts  septentrionaux  du  gouvernement  de  la 
Tauride.  Avec  de  la  pale  de  pain  et  du  mercure  {liydrargi/ri-amidato- 
Uchlorati),  on  fait  une  masse  homogène  que  l'on  sèche  et  que  l'on 
divise  ensuite  en  petits  morceaux.  Jetés  sur  la  surface  d'une  rivière, 
ils  attirent  les  petits  poissons  qui  les  attrapent  avec  avidité,  et 
meurent  aussitôt.  Le  poisson  ramasse'  est  vendu  ensuite  au  public, 
qui  introduit  ainsi  à  son  insu  dans  son  organisme  des  quantités  assez 
considérables  de  mercure.  C  K. 

Un  Espadon  à  Kertsch.  {Mer  d'Azo/f).  —  On  a  eu  la  vive  sur- 
prise à  Kertsch,  de  voir  retirer  de  la  mer  un  Espadon.  On  croit  qu'il 
y  est  venu  par  le  canal  de  Suez  et  le  de'lroit  de  Kertsch.  Les  pêcheurs 
ayant  fait  cette  capture  miraculeirse  avaient  d'abord  cru  à  quelque 
apparition  surnaturelle,  mais  s'étant  calme's,  ils  ont  mangé  le  dos  du 
poisson  séché  à  l'air  et  ont  donné  sa  tête,  munie  d'un  appendice  de 
plus  de  10  cent,  de  longueur,  au  Collège  local.  T. 

Pêche  des  Saumons  en  Ecosse.  —  La  Thurso  est  une  des 
rivières  les  plus  productives  du  Nord  de  la  Grande-Bretagne.  Autrefois, 
la  pêche  des  Saumons  s'élevait  à  plus  de  ItJOO  livres  (40,000  fr.)  dans 
une  anne'e,  et  suivant  Sir  John  Sinclair,  elle  fournissait  environ  150 
à  200  barils  par  an.  Vers  le  milieu  du  siècle  dernier,  on  prit  un  jour 
2,560  Saumons  d'un  seul  coup  de  filet.  Actuellement,  le  pêcheur  à  la 
ligue  prend  tout  au  plus  une  vingtaine  de  Saumons  en  une  journée. 
Mais  anciennement,  on  a  vu  six  pêcheurs  à  la  ligne  capturer  1,800 
Saumons  en  l'espace  de  quatre  iTiois.  Dans  la  saison  de  1863,  on  en 
prit  1,510  pesant  ensemble  14, "77  livres.  En  1874,  on  en  pécha  1,240 
d'un  poids  de  13,870  livres. 

Les  Saumons  de  la  Thurso  sont  de  grandeur  moyenne  ;  ils  pèsent  le 
plus  souvent  10  1/2  livres.  A  son  embouchure,  on  en  pêche  excep- 
tionnellement qui  atteignent  45  à  50  livres,  et  même  davantage. 

Pendant  trente  ans,  de  1852  à  1882,  on  a  pris  à  la  ligue,  dans  la 
Thurso,  19,112  Saumons,  d'un  poids  total  de  '.)0  tonnes  (90,000  kil.l, 
celte  pêche  se  pratiquant  seulement  durant  les  cinq  premiers  mois  de 
l'année.  G. 

Le  fruit  de  Bêla  LEf/le  Marmelos).  —  Quoique  connu  et  estime 
depuis  longtemps  dans  l'Inde  pour  ses  propriétc's  antidysentériques  et 
antidiarrheiqucs,  le  fruit  du  Bêla  indien  n'attira  guère  l'attention  des 
médecins  européens  que  vers  l'anne'e  1850. 

Ce  fruit   est  une  baie   pluricellulaire,   sphe'rique,  ovoïde   ou   pyri- 


CHRONIQUE  GENERALE  ET  FAITS  DIVERS.  189 

forme,  tic  la  grosseur  d'une  Orange  ou  d'un  Citron,  recouverle  d'une 
écorce  ligneuse,  lisse,  dure,  de  couleur  jaune  orangé.  L'inlc'rieur  se 
compose  d'une  pulpe  mucilagineuse,  transparente,  d  un  parfum  très 
agréable,  avec  laquelle  on  prépare,  eu  y  ajoutant  de  l'eau  et  du  sucre, 
une  sorte  de  limonade  rafraîchissante,  ape'rilive  et  d'un  goût  délicat. 
Le  fruit  vert  est  employé'  avec  succès  pour  combattre  les  affections 
inflammatoires  de  l'intestin  ;  arrivé  à  parfaite  maturité',  il  exhale  une 
odeur  de'licieuse  et  sert  à  confectionner  des  gele'es  et  des  conserves, 
mais  on  ne  mange  jamais  le  fruit  lui-même. 

La  pulpe  de  Bêla  se  compose  chimiquement  de  mucilage  et  de  pec- 
tine ;  d'après  les  observations  de  Fliickiger,  Collas  et  Warden,  il  semble 
de'montré  que  cette  substance  renferme  une  petite  quantité'  de  tanin, 
mais  avant  la  complète  maturité  du  fruit  seulement.  La  partie  gluti- 
neuse  qui  entoure  les  semences  est  acide  et  contient  de  la  chaux,  ce 
qui  explique  l'emploi  de  ces  graines  pour  donner  une  plus  grande 
adhérence  au  ciment. 

Le  fruit  de  Bêla,  sèche'  à  demi  miàr,  se  rencontre  aujourd'hui  assez 
fréquemment  dans  le  commerce,  en  tranches  sèches,  dont  la  couche 
extérieure,  lisse  et  grisâtre,  enveloppe  une  pulpe  gommeuse,  dure, 
rougeâtre  ou  d'un  brun  orangé,  dans  laquelle  se  trouvent  quelques- 
unes  des  loges  inte'rieures  du  fruit.  Par  la  dessiccation,  cette  pulpe 
est  devenue  très  ferme,  a  perdu  son  arôme,  mais  reste  un  peu  acide  ; 
sa  saveur  n'est  ni  douce  ni  astringente.  Les  fruits  miirs  et  se'chès  sont 
également  importés  en  Europe,  entiers  ou  coupés  en  morceaux  irrc'- 
guliers  ;  ils  conservent  alors  une  partie  de  leur  odeur  primitive. 

Le  fruit  de  Bêla  est  inscrit  comme  laxatif  dans  h\  pharmacope'e  an- 
glaise, et  prescrit  contre  la  constipation  habituelle,  soit  sous  forme 
de  mixture  avec  de  l'eau  et  du  sucre,  soit  en  extrait  aqueux  con- 
centré ;  les  propriéte's  de  celte  dernière  pre'paration  sont  d'autant  plus 
actives  que  la  pulpe  employée  est  plus  fraîche.  Le  pe'ricarpe  est  par- 
fois utilisé  pour  la  teinture  en  jaune  ;  à  Ceylan  on  en  retire  aussi  un 
parfum  exquis  du  à  une  huile  essentielle  contenue  dans  les  cellules 
de  l'écorce. 

Les  fruits  à.\Egle  Marmelos  qui  se  vendent  dans  les  bazars  de  Pou- 
dichéry,  sont  apporle's  de  l'intérieur;  on  substitue  quelquefois  au  Bêla 
le  fruit  du  Feronia  elephantum  {Wood  Apple  des  colons  anglais)  avec 
lequel  il  offre  une  grande  ressemblance.  J.  G. 

Les  Fougères  rustiques.  —  Quelques-uns  de  nos  confrères 
ne  seront  peut-être  pas  fàche's  d'avoir  la  nomenclature  des  Fougères 
indigènes  assez  nombreuses. 

Ces  belles  plantes,  si  gracieuses,  si  variées  et  si  ornementales,  se 
prêtent  admirablement  bien  à  la  formation  de  massifs  au  nord,  ou 
sous  de  grands  arbres,  pourvu  que  la  lumière,  qui  leur  est  indispen- 
sable, ne  soit  pas  obstruée. 


190  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

J'entends  ne  parler  ici  que  des  Fougères  rustiques,  de  facile  cul- 
ture, passant  parfaitement  l'hiver  en  pleine  terre  et  pouvant  servir  à 
la  de'coration  des  cours  et  jardins. 

Je  vais  donc  essayer  de  faire  le  catalogue  en  question,  en  citant  les 
espèces  par  rang  de  taille,  c'est-à-dire  les  plus  grandes  d'abord  et  les 
plus  petites  à  la  Un. 

Un  mot  succinct  sur  chacune  d'elles  fera  connaître  leur  mode  de 
ve'gétation,  leur  nuance  particulière,  les  pays  où  elles  se  rencontrent 
le  plus  ordinairement.  S'il  en  est,  qui,  plus  spéciales  à  la  re'gion  mé- 
ridionale, supporteraient  difficilement  sans  abri  les  hivers  du  climal 
de  Paris,  je  les  indiquerai  par  une  (  '  )  ;  mais  je  crois  n'avoir  guère  à 
on  mentionner  qu'une  dans  ce  cas,  et  je  ne  veux  pas  l'omettre  parce 
que  c'est  une  des  plus  gracieuses  et  des  plus  légères. 

Supposons  une  plate-bande  adossée  à  un  mur  et  ])ord<'e  de  pierres 
de  roche,  plus  ou  moins  percées.  Après  avoir  défoncé  puis  rempli  la 
plate-bande  de  terre  franche  légère  mclange'e  par  moitié  de  terreau 
vége'tal,  on  disposera  ses  Fougères  en  plantant  les  plus  éleve'es  au 
fond,  contre  le  mur  et  ainsi  de  suite,  les  moyennes  au  milieu  par 
gradation  descendante  et  les  plus  petites  sur  le  bord,  dans  les  inters- 
tices des  rocailles.  De  celte  manière,  on  formera  un  massif  le'gère- 
ment  incliné  sur  le  devant  et  bien  garni  de  feuillages  élégants,  de 
toutes  les  nuances  de  vert.  Commençons  donc  par  : 

Pteris  aquilina.  Fougère  à  l'Aigle,  à  cause  de  la  forme  que  présente 
la  coupe  de  sa  racine.  I.a  plus  commune  et  toujours  une  des 
plus  belles,  se  trouve  presque  partout  dans  les  bois  et  les 
landes.  Beau  vert  clair,  trace  et  se  déplace  volontiers. 

Polysiichum  Filix-mas.  Fougère  mâle,  presque  aussi  commune  que  la 
pre'ce'dente,  se  trouve  dans  tous  les  bois  ombreux  de  terrain 
calcaire.  Beau  vert  foncé. 

H truplio pteris  Germanica  ou  Asplenium  Germanicum.  Belle  plante  aux 
feuilles  pissiformcs  de  couleur  glauque,  formant  bien  le  cornet. 
Ne  se  trouve  guère  que  dans  le  Jura  et  les  Vosges.  Un  peu 
traçante  par  stolons  souterrains. 

Osmunda  regalis.  Osmonde  royale.  Peut-être  la  plus  belle  Fougère  de 
notre  pays.  Un  peu  difficile  à  cultiver,  il  faut  qu'elle  trouve 
son  terrain  et  son  climat.  Ainio  la  fraîcheur.  Je  l'ai  rencontre'e 
abondante  et  belle,  surtout  en  Bretagne  et  sur  les  bords  de 
la  rigole  du  canal  du  Midi.  Exige  presque  la  terre  de  Bruyère. 

Athyrium  Fillx-femina  ou  Asplemum  Filix-femina.  Plante  assez  e'ievce, 
se  de'veloppant  en  cornet.  Feuillage  fin.  Teinte  un  peu  jaune. 
Commune  surtout  dans  les  Vosges,  la  Haute-Saône  et  les  bois 
ombragées  de  terre  siliceuse. 

Polj/stichum  spinulosum.  Bien  gracieuse,  vert  bien  foncé.  Bois  et  lieux 
humides. 


CHRONIQUE  GENERALE  ET  FAITS  DIVERS.  191 

Blecknum  spicant.  Frondes  lancéolées,  pennatiséquëes  ;  les  ste'riles 
différent  des  fertiles.  Lieux  humides. 

Polystichuni  Oreopteris.  Glanduleux,  très  jolie  Fougère.  Dans  les  bois 
montagneux,  ceux  du  plateau  de  Langres  entre  autres. 

Poli/sùlchuni  cristatum.  Belle  espèce,  vue  surtout  en  Languedoc. 

Polystichum  Thelijpteris.  Comme  effet,  a  de  l'analogie  avec  V Oreopteris, 
croît  dans  les  lieux  humides.  Souche  traçante. 

Polypodium  phegopteris.  Très  gracieuse,  vert  franc.  Bretagne. 

Scolopendrium  officinale.  Belle  plante  que  tout  le  monde  connaît  et 
dont  les  frondes  d'un  beau  vert  brillant  se  de'veloppent  dans  les 
fissures  des  rochers  au  nord. 

Âspidium  lonchitis.  Frondes  dont  les  segments  sont  en  forme  de  cime- 
terre, d"où  le  nom.  Beau  verl,  brillant.  Se  trouve  surtout  en 
Savoie  et  dans  les  Alpes,  mais  est  très  rustique  et  de  facile 
culture. 

Polypodium  vulgare.  Tout  le  monde  connaît  le  Polypode  commun,  avec 
ses  sporanges  jaune  orange.  On  le  trouve  sur  les  rochers  et 
mieux  sur  les  murailles  au  nord.  C'est  l'espèce  la  plus  terne. 

Polypodium  calcareum.  Murs  humides. 

Cystopteris  fragilis.  Gracieuse  et  fine  plante  à  feuillage  gai,  verl  clair, 
formant  de  belles  touffes.  Murs  et  rochers  humides. 

Polypodium  Dryopteris.  Plante  grêle,  venant  sur  les  rochers. 

Aspidium  aculeatum.  Belle  petite  plante  au  feuillage  vert  et  brillant, 
bien  découpé.  Murs  et  bois  humides. 

Ceterach  offlcinarum.  Petite  plante  dont  les  frondes  sont  lobées,  d'un 
vert  foncé  en  dessus,  et  feutre'es  brun  en  dessous.  Vieux 
murs. 

"  Adianthiim  Capillus  veneris.  Peut-être  la  plus  gracieusement  légère 
des  petites  Fougères.  Pétiole  nu,  brillant  et  noir.  Folioles  cune'i- 
formes.  Malheureusement  demande  un  climat  moins  froid  que 
celui  de  Paris  en  hiver.  Se  trouve  surtout  dans  les  rochers  du 
Languedoc  et  de  Provence. 

Aspleiiium  Tri  chôma  ne  s.  Pour  être  commune,  la  Capillaire  n'en  est  pas 
moins  gracieuse  avec  son  rachis  noir.  Rien  n'est  pittoresque 
comme  une  grotte  ou  une  voiite  de  fontaine  garnie  de  ses  jolies 
frondaisons.  Elle  veut  le  sable  et  l'humidité'. 

Asplenium  Ruta-muraria.  La  plus  petite  de  toutes  les  Fougères,  elle 
croît  dans  les  anfractuositcs  des  murailles  et  des  rochers  où  elle 
de'veloppc  ses  petites  frondes  de'coupées  comme  les  feuilles  de 
la  rue  d"cii  son  nom. 

Je  de'sire  que  cet  aperçu  inspire  à  quelques-uns  de  nos  confrères  le 
goût  des  Fougères,  et  qu'à  leur  c'tude  ainsi  qu'à  leur  recherche  ils 
trouvent  les  douces  distractions  que  j'y  ai  rencontrées. 

De  Coxfevron. 


IV.  BIBLIOGRAPHIE. 


Les  Maladies  du  jeune  Cheval,  par  P.  Champetier,  vëléri- 
nairc  en  P''  de  l'arïTiee,  h  Tarbes.  1  volume  in-18  jesus  de  348  pages 
avec  8  planches  en  couleurs.  Librairie  J.-B.  Baillière  et  Fils,  19, 
rue  [Tautefeuillc,  à  Paris.  Prix,  6  francs. 

Les  maladies  du  jeune  cheval,  par  leur  fréquence,  la  mortalité 
qu'elles  occasionnent  et  les  perles  qui  en  sont  la  conséquence,  sont 
de  celles  qu'il  importe  aux  vétérinaires  et  aux  e'ievcurs  de  connaître 
le  mieux  dans  leurs  causes  et  leur  traitement,  afin  de  les  conjurer  et 
de  les  guérir  plus  stirement.  Le  livre  que  M.  Champetier  vient  de 
publier  sous  le  titre  :  Les  Maladies  du  jeune  Cheval,  répond  donc  à  un 
véritable  besoin  et  comblera  une  lacune. 

Cet  ouvrage,  conçu  dans  un  espri^t  pratique  et  scientifique  à  la  fois, 
édite'  avec  soin  et  orne  de  planches  en  couleurs  représentant  les  diffé- 
rents parasites  auxquels  sont  dues  quelques-unes  des  affections  du 
jeune  cheval,  se  recommande,  par  la  précision  et  la  nouveauté  de  ses 
doctrines,  aux  vétérinaires  et  aux  éleveurs,  et  a  sa  place  marquée 
dans  leur  bibliothèque. 

M.  Champetier  passe  successivement  en  revue  la  gourme,  la  scar- 
latinoïde,  la  variole  (Ilorse-Pox),  la  pneumonie  infectieuse,  l'entérite 
diarrhe'iquc,  l'arlhrile  des  poulains,  le  muguet,  les  affections  vermi- 
neuscs  et  les  insectes  cavitaires. 

Oa  trouvera  dans  ce  livre,  outre  des  traitements  rationnels  et  métho- 
diques, l'explication  de  beaucoup  de  faits,  dont  on  ignorait  la  nature, 
et  les  procede's  pratiques  permettant  d'en  éviter  les  effets  et  les  désas- 
treuses conséquences.  G.  de  G. 


ERRATA.—  Dans  l'article  consacré  aux  Èchassicrs  d'Egypte,  du  dernier 
numéro  de  la  Revue,  le  metteur  en  pages,  pour  la  commodité  de  son  travail,  a 
cru  pouvoir  sans  inconvénient  changer,  pour  quelques  espèces,  la  place  qui 
leur  avait  été  assignée,  ce  qui  rend  incompréhensibles  ou  erronées  plusieurs 
des  assertions  de  fauteur. 

Il  convient  de  rétablir,  comme  il  suit,  la  place  de  ces  espèces  : 

P.  111.  Guignard  asiatique  après  Guignard  ordinaire. 

P.  116.  Bécasseau  minule  avant  Bécasseau  temmia. 

P.  122.  Ibis  falcinelle  après  le  paragraphe  consacré  à  Vîbis  sacré,  p.  120. 

P.  108.  0"  ligne,  au  lieu  de  :  •  descend  du  Nil  »,  lire  :  «  descend  le  Nil  ». 

P.  120.  1"  ligne,  après  ces  mots  :   •  il  faut...   •,  ajouter  :  «  rayer  ■. 


Le  Gérant  :  Jules  Grisard. 


I.  TRAVAUX  ADRESSES  A  LA  SOCIETE. 


L'ETAT   ACTUEL 

DE   L'HIPPOPHAGIE  EN  EUROPE 

.  Pak  m.  e.  leglainche, 

Professeur  à  l'Ecole  vétérinaire  de  Toulouse 

Et  m.  Ch.  MOROT, 

Vélérinaire  muoicipal  à  Troyes. 

(SUITE  •) 


Gand  (38).  L'hippopliagie  a  débuté  à  Gand,  il  y  a  une  cin- 
quantaine d'années,  dans  des  conditions  fort  modestes.  Elle 
demeura  confinée  pendant  très  longtemps  dans  un  faubourg 
{Mont  SaiiU-Amand  et  Porte  d'Anvers).  Il  est  impossible  d'a- 
Toir  des  données  numériques  certaines  sur  la  consommation 
iiippopbagique  avant  1867.  Voici,  à  partir  de  cette  époque, 
ies  statistiques  annuelles  des  chevaux  sacrifiés  à  l'abattoir 
public  de  Gand  : 

Années..  1867  iSGS  IS69  1810  181 l  1872  1873  I 87 i  I87Ô 

Chevaux.  25    43  H  59  52    51  225  349  274 

Années..  I87G  1877  1878  1879  1880  1881  1882  /SS.7  188i 

Chevaux.  331  381  378  322  295  393  393  410  403 

Anno'es  .  .  1883  I88(i  1887  1888  1889  1890  1891 

Chevaux.  1025  1074  993  899  830  850  902 

Depuis  quelques  années,  des  viandes  de  cheval  salées  sont 
importées  à  Gand,  pour  servir  à  la  fabrication  des  filets 
d'Anvers,  des  saucissons  de  Boulogne  et  des  cervelas.  Elles 
sont  expédiées  du  département  du  Nord  {France)  et  de  Neiv- 

(*)  Voyez  plus  haut,  pages  1,  97  et  l-ici. 

".   Septembre   1892.  13 


194  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

York  [États-Unis  cV Amérique)  ;  elles  sont  accompagnées 
(l'un  certificat  délivré  par  un  vétérinaire  du  lieu  d'importa- 
tion et  visé  par  le  Consul  ;  à  leur  arrivée  à  Gand,  elles  sont 
sérieusement  examinées,  pièce  par  pièce  pour  ainsi  dire.  11 
en  est  arrivé  dans  cette  ville  23,153  kilos  du  P''  avril  au 
31  décembre  1891;  il  en  a  été  reçu  d'Anirrique  26,250  kilos 
dans  la  seule  journée  du  4  janvier  1892. 

11  y  a  à  Gand  12  boucheries  hippophagiques  dont  les  pro- 
priétaires font  abattre  des  chevaux  à  leur  compte,  i)0ur  en 
vendre  la  viande  à  l'état  frais  et  surtout  [tour  fabriqua  des 
saucissons  de  Boulogne.  11  y  a,  en  outre,  4  autres  étaux  hip- 
pophagiques qui  s'approvisionnent  chez  les  propriétaires  des 
susdites  boucheries.  Dans  un  grand  nombre  de  charcuteries, 
on  débite  des  cervelas  et  des  filets  (JWnvcr s  faits  avec  de  la 
yiande  de  cheval  (1).  La  viande  de  cheval  est  vendue  au 
public,  au  kilo,  à  raison  de  60  centimes  pour  le  ^mchis,  de 
•70  centimes  pour  les  biftecks,  de  2  francs  et  même  2  fr.  25 
pour  les  saucissons  de  Bou'ogne  et  les  cervelas.  Elle  se 
vend  aux  i^evcndeurs,  au  kilo,  à  raison  de  50  centimes  le 
hacJiis,  60  centimes  les  tjiftccks  et  1  fr.  20  à  1  fr.  40  (<'n 
gros)  les  cervelas  et  les  saucissons  de  Boulogne. 

Liège  (39).  En  1862,  il  existait  à  Herstal-lez-Liège  une 
boucherie  chevaline,  autorisée  par  la  commune  et  soumise  à 
l'inspection  vétérinaire.  C'est  là  le  i)oint  de  départ  de  l'im- 
portance relative  (pi'a  prise  l'hippophagie  à  Liège. 

Nombre  de  chevaux  sacrifiés  a  l'abattoir  de  Liège. 
Années..    /,S«.'»   /.S70   /.S"/    rs7*   /S7.T   /S"?    /ST.ï   iSir,   ISII  187S   IS7!» 

Chevaux.  394  457  432  440  436  451  403  431  411  405  31): 
Années..  nSO  iS8l  ISS2  ISS.Î  ISSi  /SS.ï  I88G  4887  1888  ISS!)  181)0 
Chevaux.  391     462     631  ^f  jf,"^  781     906     888    1013  1128  1137  1254 

(1)  Les  filets  dits  d'.Anvers  sont  des  parties  de  viandes  de  bœuf  et 
parfois  de  cheval  préparées  par  salaison,  boucariage  et  séchage,  ils 
ont  une  forme  conique  rappelant  celle  d'une  quille.  Le  ve'ritable  filet 
d'Anvers  csl  com[iosé  d'un  triceps  crural  pourvu  do  Va  rotule.  {)n  fait 
aussi  de  ces  filets  avec  les  parties  musculaires  de  la  croupe,  de  la 
cuisse,  du  dos,  des  lombes,  de  1  épaule,  auxquelles  on  donne  la  forme 
précitée.  Les  filets  frais  pèsent  de  5  à  6  et  7  kilos  ;  ils  perdent  environ 
un  ticr^  de  leur  poids  par  la  préparation.  Le  filet  de  bœuf  dit  d'Anvers 
se  vend  de  4  à  5  francs  le  kilo  (38). 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  EURlDF'E.  195 

En  novembre  1891,  il  y  avait  à  Liège  11  boucheries  hippo- 
phagiques et  la  viande  de  cheval  s'y  vendait  de  35  à  50  cen- 
times le  demi-kilo. 


ILES-BRITANNIQUES. 

Angleterre,  Ecosse  et  Irlande. 

Dans  son  excellent  travail  intitulé  Horseflesh  (P),  M.  Lees 
Knowles,  membre  de  la  Chambre  des  Communes,  donne  de 
très  intéressants  renseignements  sur  la  consommation  de  la 
viande  de  cheval  en  Angleterre  en  1889(1).  11  est  persuadé 
'([u'on  vend  dans  ce  pays,  pour  l'alimentation  de  l'homme, 
beaucoup  plus  de  viande  de  cheval  qu'on  ne  le  croit  généra- 
lement. Mais  comme  ce  débit  se  fait  clandestinement  dans 
un  certain  nombre  de  localités  (2)  et  que  l'abatage  des  che- 
vaux de  boucherie  dans  plusieurs  villes  a  lieu  dans  les  fau- 
bourgs sans  aucun  contrôle,  il  déclare  qu'il  est  absolument 
impossible  d'avoir  des  données  certaines  sur  la  quantité  des 
solipèdes  sacrifiés  annuellement  pour  la  consommation.  La 
viande  de  cheval  est  souvent  vendue  recouverte  de  graisse 
de  bœuf  ou  de  mouton,  après  avoir  été  privée  de  sa  propre 
graisse,  pour  faire  croire  aux  consommateurs  qu'ils  achètent 
du  bœuf  ou  du  mouton. 

(1)  En  1868,  il  y  eut  à  Londres  un  grand  banquet  hippophagique, 
qui  servit  à  proclamer  que  la  chair  des  solipèdes  e'iait  un  bon  aliment 
pour  l'homme.  On  avait  fait  tuer  à  celte  occasion  3  chevaux  respecti- 
vement âge's  de  4,  20  et  22  ans,  dont  l'un  avait  une  valeur  de  700  gui- 
nées.  Sir  John  Lubbock  et  Sir  Henry  Thompson,  qui  étaient  au 
nombre  des  convives,  de'clarérent,  le  premier,  que  la  viande  de  cheval 
n'était  pas  dure  contrairement  à  la  croyance  ge'ne'rale,  le  second,  qu'elle 
était  très  nutritive  et  très  savoureuse  (P).  Il  y  a  quelques  années,  un 
autre  banquet  hippophagique  a  été  organisé  en  Angleterre  par  M  Cai- 
tledge,  vétérinaire  à  Sheffleld(Y). 

(2)  M.  le  professeur  Th.  Walley,  d'Edimbourg,  rapporte  les  mêmes 
faits  que  M.  Lees  Knowles.  Il  n'est  pas  douteux,  dit  il,  que  de  grandes 
quantités  de  viande  de  cheval  sont,  dans  les  grandes  villes,  substi- 
tuées à  la  viande  de  bœuf,  d'autant  plus  qu'il  est  difficile  de  faire  la 
distinction  sur  des  morceaux  désossés.  II  y  a  des  exemples  très  connus 
de  fournisseurs  de  l'armée,  substituant  la  viande  de  cheval  ou  de 
mulet  à  celle  du  bœuf.  11  a  e'té  reconnu,  récemment,  qu'en  1890  un 
cheval  fut  abattu  à  l'abattoir  public  d'une  ville  éloignée  d'Edimbourg 
de  moins  de  100  milles,  et  que  la  viande  en  fut  frauduleusement 
débitée  [Y). 


196  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Il  arrive  fréquemment  que  des  chevaux  sont  abattus  dans 
une  ville  et  que  la  viande  en  est  envo.yée  dans  une  autre. 
Ainsi,  à  Bradfort  et  dans  les  environs  d'Oldham,  on  tue 
beaucoup  de  chevaux,  qui  coûtent  25  scheliings  (31  fr.  25) 
et  au-dessus  et  dont  la  chair,  au  lieu  d'être  consommée  dans 
ces  locali'és,  est  expédiée  à  des  boucliers  de  Manchester. 
Les  boucheries  hippophagiques  sont  au  nombre  de  20  à  Man- 
chester et  de  12  à  S'.Uford.  La  viande  chevaline  y  est  débitée 
au  prix  de  25  centimes  à  1  i"r.  05  la  livre,  après  avoir  été 
achetée  25  centimes  la  livre  à  ceux  qui  l'ont  tuer  les  chevaux 
(ailleurs,  cette  viande  est  achetée  en  gros  10  à  20  centimes  la 
livre;  en  Angleterre,  elle  est  généralement  détaillée  au  prix 
de  30  à  90  centimes  la  livre).  Le  Jardin  Zoologique  de  Man- 
chester payait  autrefois  les  chevaux  destinés  à  ses  fauves 
15  à  25  scheliings  (18  fr.  75  à  31  fr.  25  cent.)  pièce;  il  les 
paie  actuellement  de  2  à  3  livres  slerlings  (50  à  75  fr.)  pièce. 
Cette  élévation  de  prix  est  due  à  la  progression  de  l'hippo- 
phagie  humaine.  Les  solipèdes  ne  sont  livrés  â  la  consomma- 
tion du  Jardin  Zoologique,  qu'après  avoir  été  inspectés  et 
reconnus  sains. 

A  Londres  on  reçoit,  de  Neiccasile  et  de  Glasgow,  beau- 
coup de  viande  de  cheval  destinée,  dit-on,  à  l'alimentation 
des  animaux.  On  l'y  vendait  cuite  pour  les  chats,  à  raison  de 
7  scheliings  (8  fr.  75  c.)  le  quintal  en  1890  et  de  5  scheliings 
(6  fr.  25  cent.)  l'hiver  précédent.  Les  i)ropriétaires  de  ména- 
geries achètent  cette  viande,  à  l'état  cru,  pour  leurs  fauves, 
au  prix  d'environ  7  scheliings  (8  l'r.  75  cent.)  le  quintal.  Le 
Jardin  Zoologique  de  Londres  achète  ses  chevaux  de  1  à  3 
livres  pièce  (25  à  75  fr.)  ;  depuis  qu'il  les  fait  inspecter  avant 
l'abatage,  afin  de  refuser  les  mauvais,  il  n'a  plus  de  fauves 
malades  comme  autrefois.  Pour  M.  Lees  Knowles,  il  nest 
pas  douteux  que  toute  la  viande  de  cheval  reçue  à  Londres 
n'Bst  pas  consommée  seulement  par  les  animaux  et  qu'il  en 
entre  une  certaine  quantité  dans  lalimentation  de  l'hoiame. 
11  est  notoire  que  des  industriels  de  bas  étage  l'emploient  à 
faire  des  saucisses  connues  sous  le  nom  de  "  Jach  ».  Après 
avoir  été  salée,  puis  dessalée,  cette  viande  est  liachée  et  mé- 
langée avec  de"la  graisse  de  porc.  Dans  le  courant  de  1891), 
les  inspecteurs  des  comestibles  de  Londres  ont  saisi  un  quar- 
tier postérieur  d'âne,  qu'on  voulait  faire  passer  pour  du  veau, 
ainsi  que  les  quartiers  d'un  cheval  mis  en  vente  [)uur  du  bœuf. 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPI'UPHAGIE  EN  EUROPE.  197 

La  ville  de  Glasgow  n'envoie  pas  seulement  de  la  viande 
de  cheval  à  Londres.  Elle  en  expédie  aussi  à  l'état  de  salai- 
sons en  Norvège,  en  Allemagne  et  dans  la  Pologne  russe. 
En  décembre  1889,  un  bouclier  de  Glasgow  en  a  envoyé 
40  tonnes  en  Xorvège. 

Les  bouchers  hippophagiques  anglais  font  de  très  bonnes 
affaires.  En  plus  du  gain  qu'ils  réalisent  sur  la  viande, 
environ  une  Itvre  (25  fr.)  par  quartier,  ils  retirent  de  la 
vente  de  la  peau  12  à  15  schellings  (15  à  18  fr.  75  cent.)  ;  en 
outre  ils  livrent  avantageusement  à  l'industrie  les  os,  la 
corne,  etc. 

Dans  le  nord  de  V Angleterre,  la  viande  de  cheval  est 
souvent  appelée  «  hnacherinc  »,  du  mot  kna cher  équsivrisseuw 
C'est  un  terme  de  dépréciation,  comme  celui  de  margarine 
par  rapport  au  beurre.  M.  Lees  Knowles  n'est  pas  éloigné  de 
croire  que  l'alimentation  avec  la  viande  des  chevaux  malades 
cause  beaucoup  de  maladies  en  Angleterre,  et  que  si  l'atten- 
tion n'a  pas  encore  été  éveillée  de  ce  côté,  cela  tient  à  ce  que 
ces  maladies  ont  été  attribuées  par  les  médecins  à  d'autres 
causes.  Aussi  voudrait-il  qu'en  Angleterre  les  solipèdes  de 
boucherie  fussent  visités  par  des  experts  spéciaux,  avant  et 
après  l'abatage,  comme  dans  les  autres  pays  d'Europe.  Il 
considère  la  loi  du  ii  juin  ISS9,  réglementant  la  vente  de 
la  viande  de  cheval,  comme  absolument  insuffisante,  et  il  a 
tenté  dernièrement  de  la  faire  modifier  en  soumettant  au 
Parlement  un  projet  de  loi  approprié. 

Avant  que  de  terminer  ce  qui  a  trait  aux  Iles-Britanniques, 
nous  croyons  devoir  indiquer  que  saint  Théodore,  arche- 
vêque de  Canterburg,  dans  la  seconde  moitié  du  vii*^  siècle, 
n'avait  pas  défendu  l'usage  de  la  viande  de  cheval  en  Jrlatide 
tout  en  ne  la  recommandant  pas  (1).  C'est  là  un  fait  bien 
digne  de  remarque,  car  il  contraste  singulièrement  avec  la 
prohibition  hippophagique  imposée  en  Germanie,  vers  le 
viii'^  siècle,  par  saint_  Boniface,  d'après  les  instructions  du 
pape  Grégoire  III.  11  vient  corroborer  les  assertions  de  Jean- 
Pierre  Frank  et  de  Is.  Geoffroy  Saint-Hilaire,  disant  que 
l'interdiction  papale  n'était  pas  générale,  mais  spéciale  à  la 
Germanie  (C'^j. 

(1)  Ch.  Morot.  Les  viandes  alimentaires  et  les  viandes  non  alimentaires 
d'après  les  Canons  hiberniens  du  vni'  siècle.  Extrait  du  Spicilegium  de 
Luc  d'Achery.  T.  IX,  Paris,  1G69,  p.  1  et  2,  p.  47  et  48  (R'). 


198  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

BULGARIE  (40). 

Dans  ce  pays  la  viande  de  cheval  n'est  jamais  employée 
pour  la  consommation  de  l'homme.  D'ailleurs,  les  chevaux  y 
sont  peu  nombreux  et  sont  exclusivement  utilisés  comme 
animaux  de  transport  et  comme  animaux  de  luxe  ;  tous  les 
travaux  agricoles  sont  faits  par  les  bœul's  et  les  buffles. 

DANEMARK. 

Copenhague.  La  consommation  hippophagique  a  été  de 
323  chevaux  en  1858  et  de  396  chevaux  en  1859  (I).  Pendant 
l'année  ]864-1865  1es  professeurs  de  l'Ecole  vétérinaire  ont 
inspecté  791  chevaux  saci-itiés  pour  la  boucherie;  782  ont  été 
livrés  à  la  consommation  et  9  ont  été  saisis  (R).  En  1888,  il  a 
été  sacrifié  625  chevaux  aux  abattoirs  de  Copenhague  et  il  a 
été  introduit  7,851  quartiers  provenant  de  chevaux  abattus 
hors  ville  ;  on  a  saisi  802  livres  de  viande  dans  le  premier  lot 
et  5,157  dans  le  second  (Moller).  En  j889,  il  a  été  sacrifié 
625  chevaux  de  boucherie,  dont  1  atteint  de  tuberculose  et 
181  de  diverses  autres  maladies.  La  même  année  on  a  amené 
en  ville  7,851  quartiers  provenant  de  chevaux  tués  au  de- 
hors ;  314  de  ces  quartiers  avaient  été  fournis  par  des  ani- 
maux malades,  soit  4  "/o  (1).  Dans  le  quatrième  trimestre  de 
1890,  il  a  été  sacrifié  aux  abattoirs  288  chevaux  dont  2  ont 
été  saisis  en  totalité  et  3  en  partie  ;  il  a  été  en  outre  introduit 
2,135  quartiers  provenant  de  chevaux  abattus  hors  ville; 
4  de  ces  quartiers  ont  été  saisis  en  totalité  et  13  en  partie  (S). 
Dans  le  premier  trimestre  de  1891  on  a  tué  à  l'abattoir  203 
chevaux,  dont  4  ont  été  i)artiellement  saisis  ;  on  a  en  outre 
introduit  en  ville  1,673  quartiers  dont  3  ont  été  saisis  entiè- 
rement et  9  partiellement  (S'). 

ESPAGNE  (41).- 
Le  débit  de  la  viande  de  cheval  n'a  été  autorisé  dans  au- 


(1)  Denmarli,  its  médical  organisation.  Hygiène  and  Demography .  Co- 
peuhagen,  1891.  En  raison  de  la  similitude  de  cette  statistique  de 
1889  avec  celle  de  1888  (Moller),  il  se  pourrait  qu'il  y  eût  une  erreur 
d'époque  dans  l'un  ou  l'autre  cas. 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  EUROPE.  199 

ciiiie  partie  de  l'Espagne.  Toutefois,  il  ne  serait  pas  étonnant 
qu'en  certains  endroits  cette  viande  iïit  vendue  dans  des  bou- 
cheries clandestines,  ou  servit  à  confectionner  frauduleuse- 
ment des  saucissons    additionnés  de  chair  de  bœuf  et  de 
]>orc.  Les  chevaux:  tués  dans  les  courses  de  taureaux,  [plazas 
de  toros)  sont  livrés  aux  fabricants  d'engrais  (1).  Les  Espa- 
gnols ont  une  grande  répugnance  pour  la  viande  des  soli- 
pèdes  et  ne  sont  nullement  disposés  à  en  manger  sciemment. 
On  ne  cite  guère  iiu'une  exception  à  cette  règle  :   dans  la 
province  de  Castellon  de  La  Plana,  quand  un  cheval  mort  de 
maladie  est  conduit  à  la  voirie,  la  classe  pauvre  poussée  par 
la  faim  et  la  misère  s'en  partage  avidement  les  morceaux  et 
les  mange'sans  se  demander  s'ils  sont  ou  non  nuisibles  et  im- 
propres à  la  consommation.  Cependant  on  a  vu  en  Espagne 
des    établissements    hippophagiques    clandestins   servant   à 
préparer  pour  la  boucherie  la  viande  des  solipèdes  morts  de 
maladie.  Ainsi  en  1891,  à  Valence,  on  en  a  découvert  un 
appartenant  à  un  fournisseur  de  l'armée.  Ce  peu  scrupuleux 
<;ommerçant  taisait  des  bénéfices  considérables  en  livrant  à 
la  troupe  de  la  viande  de  cheval  pour  de  la  viande  de  bœuf. 
Il  fut  poursuivi  pour  ce  fait  par  la  justice  civile  et  par  la  jus- 
tice militaire.  Il  y  a  quelques  années  on  a  également  constaté 
l'existence    d'une    boucherie   hippophagique    clandestine   à 
Madrid. 

HOLLANDE. 

Rotterdam  (42).  Il  y  a  actuellement  (octobre  1891)^  16  bou- 
cheries hippophagiques  à  Rotterdam.  Le  nombre  de  solipèdes 
sacrifiés  à  l'abattoir  de  cette  ville  a  été  le  suivant  : 

Années....  iS86  i887         iS88  1889  ^8»»  d„  ie.j^f,^l26oct. 


Chevaux.  . . 

662 

115 

1U3 

1219 

1563 

1111 

Anes 

1 

0 

5 

0 

2 

1 

Mulets 

1 

0 

0 

2 

0 

0 

(1)  D'après  le  naturaliste  Delvaille,  au  commencement  de  ce  siècle, 
on  vendait  au  peuple,  en  Espagne,  deux  ou  trois  sous  la  livre,  la 
viande  des  chevaux  tués  aux  courses  de  taureaux.  Is.-GeofTroy  Saint- 
Hilaire  écrivait,  en  1856,  que  cet  usage  était  complètement  perdu  dans 
ce  pays  (C-). 


200  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 


ITALIE. 

A  Rome,  il  n'y  a  pas  de  boucheiies  chevalines.  A  Tw-in, 
des  établissements  de  ce  genre  ont  été  ouverts,  mais  ils  n'ont 
pas  réussi  (P).  A  l'abattoir  de  cette  dernière  ville,  en  1889,  il 
a  été  sacrifié  7  chevaux  tous  destinés  à  une  ménagerie  (1). 
En  1885,  le  professeur  0 reste  constate  avec  regret  qu'il  n'y  a 
pas  encore  d'étaux  hippophagiques  à  Naples.  Tout  en  laissant 
de  côté  les  exagérations  des  hippoi)hages,  il  déclare  que  la 
viande  chevaline  est  méprisée  à  tort  et  qu'elle  doit  être  con- 
sidérée comme  une  précieuse  ressource  alimentaire  en  cas 
de  cherté  exagérée  de  la  viande  de  bœuf  (2j.  M.  I.  Nosotti  ne 
tient  pas  à  ce  que  rhii)popliagie  se  propage  en  Italie  :  Au  lieu, 
dit-il,  de  donner  un  aliment  à  bon  marché  aux  nécessiteux, 
elle  ne  sert  qu'à  tromper  les  consommateurs  en  leur  faisant 
payer  et  mangei'  comme  de  la  viande  de  bœuf  de  la  viande 
de  cheval  apprêtée  dans  les  restaurants  ou  dans  les  fabriques 
de  saucissons.  D'après  lui,  les  exigences  économiques  ne 
permettent  de  tuer  que  des  chevaux  maigres,  vieux,  couverts 
de  plaies.  Aussi,  conclut-il,  il  vaudrait  mieux  pour  le  con- 
sommateur que  la  viande  chevaline,  au  lieu  d'être  consom- 
mée par  les  Européens,  eût  continué  à  être  l'aliment  de  pré- 
dilection des  Mongols,  des  Patagons,  des  peuples  de  la 
Sibérie,  delà  Chine,  de  la  Gochinchine  et  de  l'Amérique  (D'). 

Le  22  mai  1888,  dans  une  très  intéressante  conférence  faite 
à  la  Société  de  Lectures  et  de  Conversations  scienlillques  (3), 
M.  leD''  Boccalari,  vétérinaire  du  Bureau  d'hygiène  de  Gênes. 
a  exposé  que  les  hygiénistes  ne  devaient  admettre  pour  la 
consommation  que  les  chevaux  en  bon  état.  M.  Boccalari 
croit  que  le  nombre  de  ces  animaux  conduits  à  l'abattoir 
pour  cause  de  lésions  incurables,  telles  que  paralysies,  frac- 
tures et  plaies  graves  n'est  pas  assez  grand  pour  que  l'hipiio- 
phagie  puisse  prendre  un  grand  développement.  Toutefois,  il 
se  déclare,  avec  Larrey  et  Baudens,  partisan  chaleureux  de 

(1)  Citta  di  Toriiio.  Officio  tVIgiene.  Rendiconto  per  l'anno  1889. 
p.  292 

(2)  Baransky.  Guida  per  la  visita  del  bestiame  e  délie  carni.  1*  vers, 
ilal.  s.  2»  ediz.  ledesca.  d.  pr  Oreste.  Napoli  1885,  p.  30. 

(3)  Dott.  Abelardo  Boccalari.  L'ispezione  délie  carni  e  Valimento 
équino.  Genova,  1888,  p.  24  el  25. 


L'ÉTAT  ACTUEL  LE  L'IIIPPOPHAGIE  EN   EUROPE.  201 

ralimentatioii  dos  troupes  en  campagne  par  la   viande    de 
cheval  et  il  expose  qu'il  est  facile  de  se  procurer  celle-ci, 
après  une  bataille  où  des  blessures  ont  mis  hors  de  service 
une  quantité  considérable  de  chevaux  robustes  et  non  ma 
lades.  Il  trouve  l'hippophagie  vraiment  philanthropique  dans 
ces  circonstances,  parce  qu'elle  permet  aux  soldats  aflamés 
de  se  nourrir  et  de  se  restaurer,  aussitôt  après  le  combat, 
alors  que,  les  vivres  ordinaires  manquent  en  raison  du   re- 
tard des  convois  ou  pour  d'autres  motils.  Aussi  pense- t-il 
qu'il  est  urgent  d'encourager  dès  maintenant,  dans  les  diffé- 
rents régiments,  la  consommation  des  chevaux  de   troupe 
sacrifiés  pour  cause  de  lésions  traumatiques  incurables.  Le 
Ginyaale  dl  Velerinaria  Militare,  de  1888,  s'est  fortement 
élevé  contre  l'idée  de  M.  Boccalari  ;  il  ne  croit  pas  qu'un  ca- 
valier digne  de  ce  nom  puisse  avoir  le  courage  de  manger 
son  cheval  (p.  322).  Quoi  qu'on  en  puisse  dire,  la  mesure 
préconisée  par  M.  Boccalari  serait  éminemment  profitable  à 
l'Etat  et  à  l'armée.  En  1891,  pendant  les  grandes  manœuvres 
de  l'Est,  plusieurs  chevaux  de  divers  régiments  d'artillerie  et 
de  cavalerie  ont  été  abattus  aux  environs  de  Troyes,  à  la 
suite  d'accidents  graves,  et  ont  été  livrés  à  l'équarrissage.  Il 
eût  été  bien  préférable  de  donner  aux  soldats   la  viande  de 
ces  bons  animaux  qui,  sans  médire,  valaient  bien  la  moyenne 
des  bœufs,  vaches  ou  taureaux  sacrifiés  pour  les  troupes  des 
manœuvres  (1). 

On  consomme  beaucoup  de  viande  de  cheval,  soit  à  l'état 
frais,  soit  en  saucissons,  à  Trévise,  Venise,  Vérone  (2),  Prr- 
doue,  Udine  et  Vicenze  (43). 

(1)  En  mai  1876,  au  camp  de  te  Valbonne  (Ain),  pendant  mon  séjour 
au  5'  régiment  de  chasseuis  à  cLieval,  comme  engagé  conditionnel,  le 
colonel  m  manger  par  tous  les  cuvalieis  la  viande  d'un  bon  cheval 
qu'on  avait  o'ié  oblige  d'abaUre  pour  cause  de  fracture  osseuse.  Ce 
supplément  do  Tordmaire  permit  à  chaque  soldai  de  faire  un  plantu- 
reux festin  hippophagique  et  d'avoir  une  ration  plus  abondante  au 
repas  suivant.  Il  est  regrettable  que  ce  philanthropique  exemple  du 
colonel  du  5''  chasseurs  ne  soit  pas  la  règle.  Ch.  M. 

2)  Le  savant  naturaliste  italien  Aldrovandi  prétend  que,  d'après 
Galion,  la  viande  de  cheval  est  dure,  dépourvue  de  succulence  et  de 
saveur,  nuisible  k  l'estomac  et  d'une  digestion  difficile.  Acluellemenl, 
écrivait-il  en  1649,  personne  ne  mange  de  la  viande  de  cheval  et 
d'âne  à  moins  d'être  pousse  par  la  faim,  comme  cela  se  voit  dans  les 
villes  assiégées.  Et  il  rappcrie  plusieurs  cas  de  ce  genre  observés  en 
Ilalie  penduiit  les  guerres  du  xv"  et  du  xvi^  siècles,  faits  peu  connus 


202  UKVllE   DES   SCIENCES   NATURELLES   APPLIQUÉES. 

Milan  est  la  \ille  d'Italie  où  la  consommation  hippopha- 
gique a  pris  la  plus  grande  extension.  La  \iande  de  cheval 
y  est  très  employée  i)oui'  la  fabrication  des  saucissons  ;  elle 
se  vend  en  moins  grande  quantité  à  l'étal.  Le  nombre  des  soli- 
pèdes  livrés  à  la  consommation  a  été  en  seize  ans,  de  1872 
à  1887,  de  27,902,  dont  les  deux  tiers  en  chevaux  et  l'autre 
tiers  en  ânes  et  mulets.  En  1887,  le  poids  moyen  net  des 
chevaux  abattus  a  été  de  200  kilos  (1). 

Statistiques  annuelles  des  iolipèdes  consommes  à  Milan  (2,  —  (a)  (44). 
Aiuu'OS.    1872   ^^7.)    M'7Î    IS7.Ï    1816    1811   iSlS    iSl'J    IS80   iSSflSSS 

Noml)re.    615     G70     811     "30     743    1363  1868  2127  2822  2229  2033 
Années.      -1883      i88i      1883      1H86     1887     1888  (a)  1889  (a)   1890  [3) 
Nombre.     2373     3218     2624     1875     1771     2071         3129        4529 

Les  4,529  solipèdes  consommés  en  1890  se  subdivisaient  en 
3,9-23  chevaux,  432  mulets  et  174  ânes.  En  1890,  il  y  avait 
neuf  boucheries  hippophagiques,  vendant  le  cheval  au  prix 
moyen  de  50  centimes  le  kilo  pour  les  morceaux  ordinaires, 
et  00  à  75  centimes  le  kilo  pour  les  morceaux  de  choix  (3}. 

En  Sardaigiif,  à  l'occasion  des  noces,  les  familles  riches 

de  nos  jours  :  Assiégés  à  Novare  par  Sforza  (avant  la  balaille  de  For- 
noue(1495?),  les  P'rauçai^  soullraionl  cruellemeul  de  ne  se  nourrir 
que  de  salaisons.  Leur  chef,  Louis  dOrlcaus,  prit  alors  le  parti  de 
leur  procurer  de  la  viaudc  iVaîcbc  ou  laisant  abattre  les  cbcvaux  les 
moins  bons  de  son  armée.  Ces  animaux  fournirent  d'abondantes  ra- 
tions, qui  furent  partagées  également  entre  tous  les  soldats.  —  Eu 
1516,  lorsque  les  Fiançais  assici^caienl  Vérone,  où  se  tenait  Antonio 
Colonna  avec  les  troupes  impériales,  les  assiégés  fraiicbissaient  le< 
remparts  pour  aller  dépecer  les  cbevaux  tués  dans  les  escarmoucbes- 
et  en  rapporter  ensuite  les  morceaux  eu  ville,  sur  leurs  épaules.  On 
préférait,  surtout  pour  la  table  du  général  Colonna,  les  chevaux  très 
gras  des  Français  aux  cbevaux  maigres  et  exténués  des  Impériaux. 
(Ulyssis  Aldrovaudi.  De  QuadrupediOus  soUdipedibus,  in-fol.,  Bologne, 
1649    p.  206.  Usus  (equorumi  in  cibis.) 

(1)  Fiorenzo  de  Cap! tant  da  Sesto.  Reso-Conto  d.  pub.  Macelli  di  Mi- 
luno  1887  et  Gioraale  di  Veterinaria  milttare.  Koma,  1889,  p.  70. 

(2)  lieso-Conto  di  Guzzoni  et  Cabhiati  in  Clinica  Vetennaria.  Milano, 
1888,  p.  380. 

(3)  J.  de  Pielra- Santa.  V Hippophagie  en  France  et  à  V étranger, 
in  Journal  dliygi'ene.  Paris,  1891,  4  juin,  u"  767,  XVP  volume, 
p.  269  et  s. 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  KL'ROPE.  203 

tuent  pour  le  manger  un  des  plus  beaux  poulains  qu'elles  pos- 
sèdent. Les  restes  en  sont  donnés  aux  pauvres.  Autrefois  en 
Sardaigne,  on  ne  mangeait  la  viande  de  cheval  que  dans  ces 
circonstances.  Aujourd'hui  il  existe  à  Cugliari  des  boucherie!^ 
spéciales  où  les  pauvres  trouvent  la  viande  de  cheval  à 
20  centimes  la  livre,  soit  50  centimes  le  kilo,  la  livre  sarde 
étant  de  400  grammes  (1). 

ROUMANIE. 

Dans  les  départements  de  Consianla  et  de  Falcea  [Do- 
hroudja),  il  y  a  une  tribu  de  Tarlares  qui  mange  avec  avi- 
dité la  viande  de  cheval,  même  provenant  d'animaux  morts 
depuis  quelques  jours.  A  part  cela,  l'hippophagie  est  inconnue 
en  Roumanie  (45).  D'ailleurs,  elle  ne  parait  pas  y  répondre  à 
de  sérieux  besoins  en  raison  du  bas  prix  de  la  viande  de 
bœuf  dans  ce  pays,  40  à  80  centimes  le  kilo  (4G). 

RUSSIE. 

Dès  l'année  1881,  un  certain  nombre  de  Tartares  sont 
venus  habiter  dans  le  voisinage  de  Saint-Pélersbùi/rg,  où 
ils  forment  une  colonie  de  2,6'73  i)ersonnes.  Conformément 
aux  usages  de  leur  pays  et  aux  prescriptions  de  leur  religion, 
ils  ne  consomment  que  de  la  viande  de  cheval.  Les  bou- 
chers hippophagiques  débitent  ainsi  (5,000  chevaux  par  an 
et  M.  Svetloff  estime  à  3  livres  la  quantité  de  viande  de 
cheval  consommée  chaque  jour  par  un  Tartare.  Il  existe  à 
Saint- Pétei^sboiœg  deux  abattoirs  officiels  pour  les  chevaux, 
mais  l'abatage  se  fait  aussi  à  ciel  ouvert  dans  les  environs  de 
la  ville.  M.  Svetloff  a  été  l'inspecteur  d'un  des  abattoirs  pré- 
cités de  février  à  août  1887.  Il  a  examiné,  pendant  ce  temps, 
655  chevaux;  plusieurs  de  ceux-ci  ont  été  saisis  (1  pour 
morve,  1  pour  typhus,  1  pour  pyémie,  etc.).  Le  prix  du  demi- 
kilo  de  viande  de  cheval  de  bonne  qualité  varie  suivant  les 
catégories  de  2  à  5  kopecks  (8  à  20  centimes).  L'abattoir  placé 
sous  la  surveillance  de  M.  Svetlofl"  est  situé  à  15  verstes  de 
Saint-Pétersbourg,   dans  une  vallée  basse.  Il  a  un  aspect 

(1)  G.  Vuillier.  La  Sardaigne  in   Tour  du  Monde.  Livraison  du  3  oc- 
tobre 1891,  p.  220. 


204  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

répugnant.  Les  cadavres  jonchent  le  sol  ;  des  tas  d'os  en 
pntréiaction  et  d'autres  détritus  répandent  une  odeur  infecte. 
Toute  application  de  mesures  de  police  est  impossible  avec 
les  Tartares.  Le  procédé  d'abatage  consiste  à  coucher  les 
chevaux  et  à  leur  couper  rapidement  la  partie  antérieure  du 
cou  jusqu'aux  vertèbres  (1). 

Dans  les  départements  de  Kascm,  Astrakan,  Orenbmirg 
et  Oural  oii  habitent  un  grand  nombre  de  Tartares,  beaucoup 
de  chevaux  sont  abattus  pour  l'alimentation  humaine  ;  mais 
il  n'est  pas  facile  de  connaître  le  nombre  exact  de  ces  aba- 
tages  qui  sont  effectués  en  dehors  de  tout  contr(31e  vétéri- 
naire. On  consomme  par  an  environ  200  chevaux  à  Astrakan 
et  400  à  Kasan.  A  Saint-Pétershoiirg  et  à  Moscou,  il  existe 
également  des  abattoirs  hippophagiques  pour  l'alimentation 
des  négociants  tartares  résidant  dans  ces  deux  villes.  On 
vient  de  construire  à  Saint-Pétersbourg  un  abattoir  bien 
conditionné  i)our  les  solipèdes  dont  l'inspection  est  confiée 
à  deux  vétérinaires.  Comme  la  viande  de  cheval  est  moitié 
moins  chère  que  la  viajide  de  bœuf,  les  pauvres  de  Saint- 
Pétersbourg  et  de  Moscou  ne  se  font  pas  faute  d'imiter  les 
usages  hippophagiques  des  Tartares  (47). 

Les  Tartares  se  font  remarquer  par  leur  goût  pour  l'hii)- 
pophagie  aussi  bien  dans  la  Russie  d'Asie  que  dans  la  Russie 
d'Europe,  'x  Chez  les  Rin'iates,  sur  les  bords  du  lac  Baïkal, 
au  commencement  des  IV-oids,  on  se  saisit  des  plus  vieux 
chevaux  de  la  tribu  (et  ils  sont  excessivement  nombreux, 
il  y  en  a  des  troupeaux  de  plus  de  dix  mille)  ;  puis  on  les 
égorge  i)Our  la  consommation  de  l'hiver,  car  toutes  les  peu- 
plades de  l'Asie  septentrionale  sont  hippophages  ;  les  peaux 
sont  vendues,  la  chair  exposée  au  froid,  gelée  et  mangée  à 
mesure  des  besoins  >»  (2). 

(A  suivre.) 


(1)  Svetloff.  Notizen  ueber  die  Pferdeschlachterei  der  Tartareu  bei  Pe- 
iersburff.  —  Archito  Veteri.narnnich  na-uk.  P'f'vrier  1889  \V'). 

(2)  L'hippophagie  en   Sibérie,  in  Echo    Vétérinaire  de  Liège.  Octobre 
1875,  p.  316  et  s.  D'après  les  Annales  de  zootechnie. 


Li:S    FRANGOLLNS 

Pak  m.  de  BELLERIVE. 


Dans  la  famille  des  Gallinacés,  les  Francolins,  proches  iia- 
l'ents  des  Perdrix,  forment  un  groupe  bien  distinct  et  inté- 
ressant sous  certains  rapports.  D'après  les  recherches  que  j'ai 
l)u  faire  (1)  au  Muséum  d'histoire  naturelle,  on  en  compte 
environ  cinquante-cinq  espèces,  répandues  surtout  dans 
l'Afrique,  puisque  cinq  d'entre  elles  seulement  vivent  en  Asie. 

Le  Francolin  vulgaire  a  dû  habiter  anciennement  une 
grande  partie  du  Midi  de  l'Europe,  d'où  il  était  originaire, 
car  il  est  douteux  qu'il  ait  été  introduit,  au  temps  des  Croi- 
sades, en  Sicile  et  sur  la  péninsule  italienne,  comme  quelques 
personnes  sont  portées  à  le  croire.  Dans  ces  contrées, 
quelques  rares  représentants  survivaient  en  ces  dernières 
années.  En  1883,  on  a  signalé  F.  vulgaris  près  de  Terra- 
nova  en  Sicile.  Tout  récemment,  le  Bulletin  des  naturalistes 
de  Sienne  1891.  \).  86)  annonçait  qu'on  l'avait  capturé,  en 
1891,  dans  les  environs  de  Rome. 

L'on  sait  que  le  Francolin  à  long  bec  [F.  longirosiris],  ori- 
ginaire de  Sumatra  et  de  Bornéo,  a  été  importé  à  Javn, 
comme  nous  l'apprend  Temminck.  F.  rnniadcamis  ou  Per- 
drix piutadée  des  indigènes,  que  l'on  suppose  avoir  été  in- 
troduite autrefois  à  La  Réunion  et  à  Maurice,  se  rencontre 
assez  abondamment  sur  ces  deux  îles;  mais  Madagascar  est 
plutôt  sa  patrie.  Le  Francolin  de  Pondichéry  [F.  ponticeria- 
nus)  des  Indes  orientales,  vit  aujourd'hui  sur  Madagascar  et 
aux  Mascareignes,  en  comprenant  Rodriguez.  On  trouve  en- 
core F  capensis  sur  l'ile  de  Robben,  à  peu  de  distance  du 
Cap,  d'où  il  a  été  récemment  transporté.  11  y  a  une  trentaine 
«Vannées,  Sir  G.  R.  Gray  envoya  quatre  paires  de  ces  Faisans 
du  Cap  à  la  Nouvelle-Zélande.  Cet  essai  avait  pleinement 
réussi,  puisque  deux  mois  après  leur  mise  en  liberté,  trois 
couples  s'étaient  déjà  reproduits.  Les  renseignements  à  ce  su- 

(1)  Monographie  des  Francolins   [Mémoires  de  la  Société'  zoolngijiie  de  France, 
1891,  p.  272-392  . 


206  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEKS. 

jet  sont  consignés  clans  cette  Revue  (1<S64,  p.  487).  Dernière- 
ment, on  a  introduit  cette  même  espèce  dans  l'Australie,  et 
l'on  espère  qu'elle  s'y  acclimatera. 

Ces  Oiseaux  habitent  plutôt  la  plaine.  Pourtant,  quelques- 
uns  vivent  sédentaires  sur  les  hautes  montagnes.  Dans  le 
mas^sif  de  l'Abyssinie,  F.  icferopuf,  gidturoUs,  ticbricollis, 
elgonensls  se  rencontrent  à  une  altitude  variable  de  1,000  à 
3.000  mètres.  F.  Erhelii  a  été  noté  jusqu'à  3,500  mètres.  Sur 
l'Himalaya,  F.  vidgaris  atteint  3,000  mètres  d'élévation,  et 
les  neiges  ne  paraissent  nullement  l'aflecter. 

"\[.  Hume  observe  chez  les  Francolins  vulgaires  des  hauts 
idateaux  des  changements  qui  se  produisent  tant  dans  leur 
plumage,  devenant  plus  brillant,  que  dans  leur  taille  qui  di- 
minue sous  Faction  de  la  lumière  et  par  suite  de  la  rareté  de 
la  nourriture. 

Mais  l'habitat  de  la  jtlupart  des  Francolins  affecte  les  ré- 
gions basses,  chaudes  ou  tempérées,  principalement  le  bord 
des  cours  d'eau,  des  lacs,  de  la  mer  et  les  endroits  maréca- 
geux. Ils  se  tiennent  h  terre,  ordinairement  cachés.  La  nuit, 
ils  aiment  à  se  percher.  Les  uns  se  nourrissent  de  graines 
(céréales  et  légumineuses),  d'herbes,  de  bourgeons,  leuilles, 
bulbes  et  baies;  les  autres  recherchent  les  Limaces,  les  Sau- 
terelles ou  les  Fourmis.  Leur  nid  est  établi  sur  le  sol;  com- 
posé d'herbes  et  de  racines,  il  est  grossièrement  serti  et 
protégé  par  les  branches  basses  on  par  les  joncs  qui  le  dissi- 
mulent parfois  complètement.  Ils  pondent  de  6  à  8  œufs,  ra- 
rement plus  d'une  dizaine. 

Leur  chasse  n'est  pas  toujours  facile,  soit  qu'ils  se  tiennent 
dans  des  marais  inabordables,  soit  qu'ils  prennent  une  course 
rapide  devant  les  Chiens,  soit,  enfin,  qu'ils  aillent  se  remiser 
sur  les  arbres,  le  long  des  branches,  comme  le  l'ont  nos  Geli- 
nottes ;  il  est  alors  impossible  de  les  en  distinguer.  Pour  les 
chasser,  ou  emploie  de  préférence  le  Pointer,  mais  on  se  sert 
aussi  de  Lévriers  qui  les  forcent  à  la  course  ou  les  saisissent 
lorsqu'ils  s'envolent.  Les  indigènes  de  l'Afrique  centrale 
prennent  ces  Oiseaux  au  piège,  en  utilisant  des  collets  et  des 
filets;  on  les  tue  i)Our  l'alimentation.  Seuls,  les  colons  en 
conservent  quelques-uns  en  volière  ou  les  expédient  en 
Europe. 

On  estime  la  chair  des  Francolins  ;  elle  est  blanche  et  déli- 
cate. Suivant  Gouhl,  la   Prrdric  noire  (F.  vulgarls]  est  très 


LES   FRANCOLIN'S.  207 

renommée  au  Siiid.  D'après  les  données  récentes  qui  nous 
sont  fournies  par  M.  Constantin  C.  Metaxas  (voyez  Revue, 
1891,  II,  p.  514),  le  HdiUjeL  on  D'irradj  tient  la  première 
place  dans  le  gibier  à  plumes  de  la  Mésopotamie.  Les  rela- 
tions des  voyages  de  MM.  Gurney,  Anderson  et  Th.  de  Heii- 
glin  nous  apprennent  encore  que  les  espèces  F.  Levaillantii, 
pileatus  Qi  gutturalis  offrent  des  ressources  alimentaires  assez 
importantes  aux  peuplades  comme  aux  colons  d'Afrique. 

Parmi  les  nombreuses  espèces  de  Francolins,  quelques- 
unes  sont  d'un  caractère  sauvage,  craintii",  qui  persiste  même 
en  captivité.  Mais  d'autres,  particulières  à  l'Afrique  méridio- 
nale, se  montrent  plus  confiantes  à  l'état  libre.  Celles-ci  fré- 
quentent parfois  les  jardins  des  villages,  y  faisant  société 
avec  les  animaux  de  basse-cour  ;  dans  ces  conditions  on  les 
protège.  L'explorateur  de  Heuglin  nous  rapporte  qu'il  a  eu 
longtemps  sur  son  embarcation,  plusieurs  Francolins  à  cou 
rouge  {F.  ruhricollis)  qui  se  promenaient  librement  et  ve- 
naient prendre  le  pain  et  l'orge  qu'on  leur  distribuait.  D'ail- 
leurs, on  a  conservé  de  tout  temps  certaines  espèces  dans 
les  volières. 

Dans  mon  étude,  j'ai  donné  quelques  détails  sur  l'installa- 
tion des  Francolins  au  Jardin  du  Bois  de  Boulogne,  en  ra[)pe- 
lant  ceux  que  l'on  y  a  élevés.  J'ai  réuni  les  observations  qui 
ont  été  faites  sur  leurs  mœurs  et  leur  reproduction  en  cage, 
sur  les  moyens  de  transporter  et  de  garder  ces  Oiseaux  dans 
les  volières  (Revue,  1855,  p.  358  ;  1866,  pp.  518,  593;  1870, 
p.  9  ;  1882,  pp.  -229,  632). 

De  nos  jours,  F.  vidgaris  est  commun  dans  les  éta- 
blissements zoologiques  ;  sa  riche  livrée,  qui  est  si  brillante 
chez  le  mâle,  en  fait  une  des  plus  belles  espèces  d'ornement. 
A  Paris,  on  a  vu  se  reproduire  en  captivité  le  Francolin 
d'Adanson  [bicalcarotus)  et  celui  de  Clapperton,  tous  deux 
originaires  du  Nord-Ouest  africain.  On  possède  actuellement 
l'espèce  de  Madagascar  [pintade anus)  et  F.  pouticeriamis. 
Enfin,  on  a  gardé  à  plusieurs  reprises  F.  nu-licolUs  et  capen- 
sis  de  l'Afrique  Australe  et  F.  houjàosiris  de  l'archipel  de 
la  Sonde.  On  peut  ajouter  que  le  Jardin  de  la  Société  zoolo- 
gique de  Londres  a  tenu  en  cage  F.  rubricollls  et  afer 
d'Afrique,  puis  F.  pictus  et  la  «  Perdrix  Ki/ah  »  {gularis) 
des  Indes, 

Temminck  nous  dit  qu'un   colon  du  Cap  était  parvenu  à 


•i08  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

croiser  le  F.  capensls  avec  la  Poule  domestique.  Plusieurs 
(le  ces  métis  sont  toujours  restés  inféconds.  Le  seul  exemple 
d'IivLridité  à  Tétat  sauvage,  est  mentionné  par  MM.  Hume  et 
Marshall.  Le  capitaine  Butler  captura  près  de  Deesa  dans  les 
Indes,  six  ou  sept  hybrides  de  F.  vulgaris  avec  F.  pictus  ; 
ces  exemplaires  se  distinguaient  par  une  taille  supérieure  à 
ce  dernier,  leurs  flancs  d'un  brun  foncé,  le  bec  noir  et  les 
])attes  de  couleur  saumon. 

En  résumé,  lesFrancolins  sont  presque  tous  susceptibles  de 
domestication.  Les  expériences  nombreuses  ([ui  ont  été  laites 
au  Jardin  Zoologique  (FAcclimatation  de  Paris,  à  celui  de 
Londres  et  chez  quebiues  particuliers,  l'attestent.  On  réussira 
mieux  en  choisissant  les  espèces  les  i)lus  vigoureuses  des 
pays  tempérés  ;  celles  propres  aux  côtés  du  Nord-Ouest  de 
l'Afrique  et  celles  des  régions  montagneuses  se  prêtent  mieux 
aux  essais.  D'une  manière  générale,  remplacement  et  la 
nouriiture  dont  on  se  sert  pour  entretenir  les  Colins  de 
Californie,  paraissent  convenir  à  leur  mode  d'existence.  Si 
l'on  a  noté  qu'ils  se  reproduisent  plutôt  difficilement  en 
volière,  nous  savons  qu'à  l'état  libre,  ils  ne  sont  pas  très 
prolifiiiues  ;  F.  vulgarls,  jionticerianus,  capensis,  pondent 
au  plus  de  dix  à  quatorze  œufs.  On  tenterait  peut-être  avec 
succès  le  croisement  de  certains  «  Pternisics  »  ou  Francolins 
à  cou  dénudé,  de  taille  ordinairement  forte  et  abondants  en 
Afrique,  dans  quelques-unes  des  possessions  françaises.  On 
pourrait  obtenir  d'intéressants  produits.  Leurs  œufs  attei- 
gnent la  grosseur  d'un  grand  œuf  de  Poule. 

Répartition  géographique  des  Francolins. 

L  —  Afrique. 

Nord-Ouest  :  Sénégal,  Gui-  /   ,,  ,.  ,.     , 

née  seiitentrionale, Cameroun  )        ,,  ■     ,     •         ,      .       ■ 

.'.  ,,„       ^  ;      albigulnris,    ahantensis . 

jusqu  a  1  Equateur.  ( 

Forme  répandue  au  Nord-   (   „  ,.         ^   ,, 

,    ,       ..    ,   ^      ,  Francohmis  Lathami. 

(  niest  et  au  Sud-Ouest.  f 

iF.  Cranchi,  Lucam,Sclateri, 
Fùischl,  sqiiartialus,  Schii- 
etti  (M),  Hartlauhi,  jujn- 
laris,  i/riseo- striai  un. 


LES  FRANCOLINS.  209 

Siul  :  Damara,  Namakona,  l       ...   ^  ,   , 

colonie   (lu  Cap,  Etats  d'O-  l  ^      .         .       ' 

^  ^    n^  1  i  Swamsom,  afer,  capensis, 

range  et  de  Transvaal.  f  .   ,       • 

\  natalensis. 

Formes  répandues  au  Sud  J  ^^  ,n,Mcoms,  Coqui. 
et  au  Sud-Est.  ( 

IF.  Hiimljoldtu,  lencoparœus, 
Flsche)-t,    Alhimi,   Hilde- 
brandii,  rufopictus,  Klrhi 
{oon  Zanz  bar),  infusca- 
i      tus. 
Formes  répandues  au  Sud-  (  ^  ^^^^^^.^ 

Est  et  au  Nord-Est.  / 

F.  Boehmi,  Jachsoni,  elgo- 

vensis  (M),  Gedgeistrepto- 

Nord-Est  :    Somali,    Shoa,  )      phorus,  ErcJîelii{M),  icie- 

l'^tliiopie  et  Abyssinie,  Nubie.    )      ropus  (M),  gutturalis  (M), 

riibricolUs,  Ruppelli^  cas- 
ianeicollis,  psilokemus. 

Région  centrale  au  Nord  de  [  F.  Clappertoni,  icterorhyn- 
FEquateur,  Soudan.  \      clius^  SchlegelL 

Madagascar,    La  Réunion,  i   „  ,.  ,,    , 

,,       .   ®  '  '  }  Francolinns  pintade  anus. 

Maurice.  { 

II.  —  Afrique  septentrionale  et  Asie  occidentale. 

(Europe  méridien. )  Egypte,  {   „  ,.  ,        •    ,  i  • 

^      .  ^     .    .    ,,.  .    .     \  Francolmus  vulgaris  (maine 

Palestine,  Asie-Mmeure,  Asie  •        <.    -  ^-        ■  •   ^\ 
^     . ,       '  '  y      et  région  alpine  . 

Occidentale.  ( 

III.  —  Asie  méridionale  et  Malaisie. 

[  F.  GJUnensis,  gularis,  pon- 

Hindoustan,  Dekkan,  Cey-  j      ticerianus    (cum.    Mada- 

lan,  Bengale,  Indo-Chine.        )      gascar    et    Mascareignes) , 

\     pictus. 

Sumatra,     Bornéo  ;    Java  f  „  ,.        ,       ■      j.   ■ 

,.   ,     ,     ,  '  ]  Francohnuslongtrostris. 

(introduct.).  ( 

Nota.  —  La  lettre  M,  qui  suit  le  nom  de  l'espèce,  indique 
qu'elle  habite  la  région  alpestre,  à  partir  de  1300  mètres 
d'altitude  environ. 


5  Septembre  1892.  4& 


LE  ROLE  DES  CRUSTACES 

DES   INSECTES   ET   DE    LEURS    LARVES 

DANS    LA    PISCICULTURE 

Par  m.  de  SCIIAECK. 


Les  reclierclies  ont  prouvé  que  la  plupart  des  Poissons 
(Veau  douce  sont  carnivores  ou  omnivores  et  que  fort  peu 
d'espèces  —  on  n'en  trouverait  pas  un  seul  genre  entier  — 
se  nourrissent  exclusivement  de  matières  végétales.  Quand 
des  restes  de  plantes  sont  trouvées  dans  l'intestin,  l'on  doit 
admettre  qu'elles  ont  été  englobées  à  cause  des  petits 
animaux  qui  s'y  trouvaient  flxés  ;  l'on  a  remarqué  que  ces 
végétaux  n'étaient  pas  digérés.  Les  Poissons  omnivores  man- 
gent des  matières  qui  restent  aussi  intactes  dans  leur  estomac. 
Mais  leur  nourriture  ordinaire  se  compose  .d'animalcules 
aquatiques,  soit  fixés  sur  les  plantes,  soit  nageant  librement. 
Les  petits  animaux  aériens  qui  se  posent  à  la  surlace,  et  dont 
les  larves  se  développent  dans  l'eau,  sont  encore  cliassés  par 
les  Poissons. 

On  peut  se  faire  une  idée  de  l'abondances  extrême  de 
cette  faune  lacustre  ;  P.  E.  Millier  a  noté  dans  les  lacs  Scan- 
dinaves, que  la  substance  vivante,  représentée  surtout  par 
des  petits  Crustacés,  peut  être  évaluée  à  plusieurs  centaines 
de  quintaux  pour  une  seule  région. 

Dans  les  lacs  suisses,  les  observations  continues  qui  ont  été 
relevées,  en  ces  dernières  années,  par  M.  le  professeur  Forel, 
pour  le  lac  Léman,  MM.  Asper  et  Inihof,  pour  le  lac  de  Zurich, 
les  lacs  italiens,  ceux  de  la  Bavière  et  de  la  Haute-Autriche, 
nous  renseignent  sur  la  vie  et  la  distribution  de  ces  animal- 
cules précieux.  Cette  faune  existe  aussi  dans  tous  les  fleuves, 
les  rivières,  les  torrents.  MM.  Lugrin  et  Noveray,  directeurs 
de  l'établissement  de  pisciculture  de  Gremaz  (Ain),  ont  les 
premiers  fait  une  application  pratique  de  ces  notions,  en 
cultivant  les  Crustacés  et  les  Insectes  pour  s'en  servir  comme 
base  de  nourriture  des  alevins. 


LE  ROLE  DES  CRUSTACÉS  DANS  LA  PISCICULTURE.  211 

Dans  une  note  intitulée  :  Multiplicaiion  des  Daphnies 
comme  nourriture  des  alevins  (1),  M.  Krantz  nous  a  ren- 
seigné sur  le  procédé  de  culture  en  usage  en  Russie.  M.  E. 
"Weeger,  président  de  la  Société  de  pêche  de  Moravie,  a  répété 
l'expérience  avec  succès.  Dans  sa  brochure  récente  (2)  nous 
voyons  des  tahelles  où  sont  indiquées  les  espèces  (66),  les 
localités  et  l'époque  de  l'année  où  l'on  peut  les  découvrir.  Un 
tableau  représente  les  petits  animaux  grossis,  qui  servent 
de  nourriture  aux  Salmonidés. 

Parmi  les  Crustacés,  les  suivants  se  prêtent  le  mieux  à  la 
nourriture  des  alevins  :  Cyclops  coronaius,  C.  hrevicaudatus, 

C.  serrullaius,  C.  minor,  Diapjiomiis  castor,  Daphnia  pulex, 

D.  sima.  Le  Pideaj  gammarus  peut  être  employé.  Pendant 
près  de  quarante  années,  M.  Weeger  a  disséqué  plusieurs 
milliers  de  Truites.  En  juin,  juillet  et  août,  leur  estomac 
contenait  une  forte  quantité  de  Pulex.  La  chair  devenait 
toujours  plus  rose  à  la  cuisson,  et  le  goût  en  était  très  fin.  On 
peut  se  demander  si  les  Pulex  ne  donnent  pas  aux  Truites 
leur  coloration  ? 

La  multiplication  des  Cj^clops  et  des  Daphnies  est  très  con- 
sidérable. La  Daphnia  pulex  a  deux  sortes  d'œufs,  ceux 
d'été  et  ceux  d'hiver  ;  les  œufs  d'été  mûrissent  sans  fécon- 
dation dans  le  ventre  de  la  femelle.  Les  petits  sont  donc 
engendrés  tout  vivants  et  au  bout  d'une  ou  deux  semaines, 
ils  sont  assez  avancés  pour  se  reproduire.  Dans  cette  saison, 
la  température  de  l'eau  agit  certainement  sur  leur  développe- 
ment. Ramdohr  a  évalué  la  reproduction  d'une  seule  Daphnia 
pour  l'espace  des  soixante  jours,  à  1,291,370,075  individus. 
Tous  les  autres  animalcules  se  reproduisent  dans  des  con- 
ditions analogues  de  fécondité.  La  question  qui  se  pose  est  de 
savoir  comment  se  nourrissent  ces  Crustacés  ?  L'étude  des 
Infusoires  microscopiques  nous  a  renseignés.  La  matière 
organique,  surtout  d'origine  animale,  se  décompose  pour 
donner  naissance  aux  Infusoires.  Or,  ces  derniers  habitent 
les  eaux  douces  et  ils  servent  de  nourriture  principale  aux 
Daphnies,  Cyclops,  etc.  La  culture  des  Crustacés  pour  l'éle- 
vage des  alevins  est  donc,  à  son  tour,  basée  sur  la  produc- 
tion des  Infusoires. 

(1)  Rerue,  1891,  II,  p.  460-462. 

(2)  Die  Aufzucht  der  Forelle  und  dev  andcren  Salmoiiiden,  par  M.  E.  Weej^er 
(2°  édilion],  Vienne,  1892. 


212  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES   APPLIQUÉES. 

La  pèche  des  Crustacés  est  surtout  abondante  dans  la 
soirée  ;  on  les  introduit  dans  des  récipients,  en  aj^ant  soin 
d'y  apporter  la  boue  des  endroits  où  on  les  a  trouvés.  On  a 
disposé  auparavant,  d'une  manière  spéciale,  des  excréments 
de  divers  animaux  qui  fourniront  les  Infusoires.  Ceux-ci 
donneront  bientôt  une  ample  nourriture  aux  Crustacés  et  les 
Cyclops.  les  Daphnies  se  reproduiront  en  masses,  après  dix 
ou  quatorze  jours  de  séjour  dans  les  bassins.  De  nuit,  ces 
animalcules  arrivent  â  la  surface  ;  on  en  fera  alors  une 
ample  moisson  pour  les  alevins  de  Salmonidés. 

Outre  les  Crustacés,  on  peut  élever  différents  Insectes 
aériens  pour  la  pisciculture. 

Les  larves  de  Moucherons  sont  utilisées  principalement 
pour  rélevage  des  Carpes.  Quand  la  femelle  de  l'Insecte  se 
reproduit,  elle  se  pose  sur  l'eau  et  pond  400  à  500  œufs  tous 
réunis  ensemble,  qui  flottent  à  la  surface.  Quelques  jours 
après,  les  larves  en  sortent.  Dans  les  étés  chauds,  le  Calex 
pipiens  a  souvent  cinq  générations  successives.  Si  sur  les 
400  ou  500  œufs  pondus,  200  seulement  donnent  naissance  à 
des  femelles,  on  peut  évaluer  la  reproduction  d'un  Calex, 
pour  un  été,  à  trois  ou  quatre  millions.  Ces  Moucherons  et 
leurs  larves  seront  facilement  cultivés  dans  des  citernes  à  eau 
stagnante. 

Pour  les  tous  jeunes  alevins  de  Truite,  qui  viennent  de 
perdre  la  vésicule  embryonnaire,  les  larves  de  ces  Mouche- 
rons sont  de  troi)  grande  dimension,  mais  elles  seront  une 
nourriture  avantageuse  aux  alevins  de  5  à  8  centimètres  de 
longueur;  la  Truite  les  mange  très  volontiers. 

Les  larves  des  Mouches  à  vers  sont  recherchées  pour  la 
culture  des  Salmonidés.  La  multiplication  de  ces  Insectes  est 
extraordinaire.  Une  seule  Mouche  pond  au  mois  d'avril 
80  œufs  qui  produisent  l'été  suivant,  dans  de  bonnes  condi- 
tions, 8000  millions  d'Insectes. 

Diverses  espèces  de  Mouches  sont  cultivées  dans  ce  même 
but,  et  en  Amérique,  de  1886-1890,  le  nombre  des  Salmonidés 
qui  s'en  nourrissent  est  très  élevé.  Pour  la  culture  systé- 
matique, on  connaît  plusieurs  riiéthodes  assez  compliquées, 
que  je  me  dispenserai  de  décrire.  On  trouvera  tous  les  détails 
dans  la  brochure  de  M.  Weeger  et,  particulièrement,  dans  les 
revues  de  pêche  des  Etats-Unis. 


LE  ROLE  DES  CRUSTACES  DANS  LA  PISCICULTURE.  2-13 

Les  Ephémérides  dont  on  connaît  de  grandes  espèces  et  de 
petites  espèces,  vivent  à  peine  deux  ou  trois  jours,  parfois 
quelques  heures  seulement,  et  sont,  néanmoins,  une  bonne 
nourriture  pour  la  Truite  et  pour  l'Ombre.  On  leur  donne  la 
larve  ou  l'Insecte  parfait.  Les  Ephémères  se  développent  de- 
puis mars  jusqu'en  octobre.  Ils  sortent  de  larves,  mais  leurs 
transformations  durent  trois  ans.  U Ephemera  vulgata,  es- 
pèce la  plus  utile  pour  la  pisciculture,  se  montre,  à  certaines 
époques,  sur  les  bords  des  grands  fleuves,  la  Seine,  l'Elbe,  le 
Danube,  etc.. .,  en  telle  masse  que  la  surface  de  l'eau  et  les 
rives  se  recouvrent  de  leurs  cadavres  ;  cette  couche  at- 
teint parfois  plusieurs  centimètres  en  épaisseur  (1).  Depuis 
quelques  années,  on  récolte  près  de  l'Elbe  ces  Insectes,  on  les 
laisse  sécher  et  on  les  vend  dans  le  commerce,  pour  nourrir 
les  Poissons  et  les  Oiseaux  insectivores.  Les  Truites  soignées 
ainsi  gagnent  beaucoup  pour  la  saveur  de  leur  chair. 

Les  Phryganes  et  leurs  larves  abondaient,  il  y  a  trente  ans, 
dans  les  cours  d'eau  ;  les  égouts  des  fabriques  les  ont  bien  di- 
minuées et  même  anéanties  dans  quelques  régions.  Cette  fa- 
mille d'Insectes  comprend  80  espèces  qui  sont  très  fécondes. 
Les  larves  se  fixent  sur  le  sable,  les  bois  ou  les  pailles  flot- 
tantes sur  l'eau.  En  Styrie,  on  s'en  sert  beaucoup  pour  la 
pèche  à  la  ligne  de  la  Truite  et  de  l'Ombre.  Dans  les  eaux 
claires,  on  les  trouve  en  masses  attachées  aux  berges;  c'est 
la  nourriture  d'hiver  des  Salmonidés.  Comme  ces  larves  sont 
souvent  réunies  et  fixées  sur  les  pierres,  on  les  recueille  faci- 
lement. Les  Phn'ganes  ont  donc  une  certaine  valeur  pour  la 
pisciculture. 

Dans  les  torrents  des  montagnes  ,  aux  endroits  où  le 
courant  est  très  rapide,  la  Truite  reste  toujours  de  petite 
taille.  Au  contraire,  dans  d'autres  où  l'eau  est  plus  tranquille, 
et  où  l'on  trouve  de  la  végétation,  près  des  moulins,  etc., 
elle  se  développe  mieux  et  devient  beaucoup  plus  grande. 
On  doit  certainement  en  attribuer  la  cause  à  ce  que  les 
plantes  aquatiques  des  torrents  donnent  asile  à  une  foule  de 
Crustacés,  soit  à  l'état  libre,  soit  fixés  à  ces  végétations.  Ce 
sont  des  C?jpris,  Lynceiis,  Bosmina  ;  parmi  les  Phyllopodes, 

{!]  J'ai  assisté  un  jour  à  ce  spectacle.  Comme  je  navifçuais,  en  été,  sur  l'Elbe, 
entre  Aussig  et  Leitmerilz  [Bohême),  le  pont  de  notre  bateau  à  vapeur  fut  en 
quelques  instants  couvert  d'Ephémères.  On  avait  peine  à  se  débarrasser  de  tous 
ceux  qui  s'attachaient  aux  vêtements. 


214  RKVL'E  DES   SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

le  BrancM'iMS.  On  recommande  donc,  pour  favoriser  le  dé- 
veloppement des  Truites  de  rivière,  d'introduire,  en  certaines 
places,  les  plantes  suivantes  : 

Hippuris  vulgarls  L.,  Acorns  calanmsh.,  Hydrocharis 
morsus  ranœ  ;  genre  Ranunculus  et  Poiamogelon. 

Ces  végétaux  ont  plusieurs  avantages  :  ils  absorbent  l'a- 
cide carbonique  en  produisant  de  l'oxygène.  Ils  purifient 
l'eau.  Ils  donnent  un  abri  .et  de  l'ombre  aux  Poisssons  et 
aux  alevins.  Ils  servent  de  refuge  aux  petits  Crustacés  et 
aux  Insectes. 


SUR  L'ARAUCARIA  BRASILIENSIS  Rich. 

Son    rendement    et    son    acclimatation    en    Europe 

et    en   Algérie 

Par  m.  le  l)-"  Edouard  HECKEL, 
Professeur  à  la  Faculté  des  sciences,  directeur  du  Jardin  botanique  de  Marseille. 


Après  r^.  BiclwilU  Hook  (Vulgù  :  Dunya-Biinya),  l'espèce 
la  plus  intéressante  du  genre  est  certainement  r.4.  B-rasi- 
liensis  Rich.,  soit  qu'on  se  place  exclusivement  au  point  de 
vue  bromatologique,  soit  qu'on  envisage  l'ampleurdes  espaces 
occupés  par  ces  deux  espèces.  Il  y  a  de  plus  certaines  affinités 
de  formes  juvéniles  et  adultes  entre  V Araucaria  du  Sud  de 
FA  ustralie  et  celui  du  Brésil  (nous  les  mettrons  en  évidence)  ; 
enfin,  ils  sont  rattachés  l'un  à  l'autre  par  cette  particularité 
que,  tous  deux  indigènes  de  l'iiémisplière  Sud,  ils  y  occupent, 
l'un  au  Brésil  (de  15  à  25«  Lat.  Sud],  l'autre,  en  Australie 
(de  15  à  30°  de  Lat.  Sud),  des  zones  montagneuses  corres- 
pondantes, à  des  altitudes  comparables  et  toujours  dans  la 
région  littorale  de  ces  deux  continents.  A  ces  divers  titres, 
l'étude  de  V Araucaria  du  Brésil  s'imposait  à  l'étude  après 
celle  de  son  congénère  australien  ;  nous  verrons  que  le  pre- 
mier, bien  moins  connu  et  moins  répandu  dans  nos  zones 
européennes,  mériterait  cependant  d'y  prendre  place  à  divers 
égards. 

Voici  ce  qu'on  lit  sur  ce  végétal,  dans  le  Manuel  de  VAccli- 
mateiir,  de  Cli.  Naudin  (p.  140-1887)  :  «  Arbre  du  Brésil 
«méridional,  mesurant  de  50  à  60  mètres,  analogue  âr.4. 
»  Bidwilli  Hook,  par  le  port  et  le  feuillage  (1),  il  est  rustique 
))  au  même  degré.  Ses  graines  sont  comestibles  et  son  bois 
»  très  estimé  pour  la  grande  charpente.  On  en  extrait  aussi 
»  beaucoup  de  résine  et  de  téréltenthine.  C'est  un  des  rares 
»  arbres  de  l'Amérique   du  Sud,  qui  constituent  à  eux  seuls 

(1)  L'Araucaria  du  Brésil  de  la  villa  Thuret,  ainsi  qu'on  peut  le  voir  par  le 
dessin  que  nous  en  donnons,  rappelle  beaucoup  1'^.  Bidvnlli  du  même  jardin  ; 
mais  on  verra  aussi  que  le  port  du  premier  est  bien  différent  du  dernier  dans  le 
pays  d'origine  de  ces  deux  espèces. 


216  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

»  des  forêts.  On  en  voit  çà  et  là  de  beaux  exemplaires  dans 
»  les  parcs  et  jardins  de  la  Basse-Provence,  o 

A  la  date  du  17  août  1891,  l'éminent  directeur  du  labora- 
toire de  la  villa  Thuret  voulait  bien  me  donner  [m  litieris) 
le  complément  d'informations  suivant,  au  sujet  de  V Arau- 
caria Brasiliensis  et  de  son  existence  sur  le  littoral  médi- 
terranéen :  «  Je  n'en  connais  qu'un  seul,  tout  compte  fait  (1), 
i>  qui  mérite  d'être  signalé,  c'est  le  nôtre.  Arbre  de  9  mètres 
»  de  baut,  rameux  dès  la  base  ;  rameaux  en  verticilles  ré- 
»  guliers,  de  5  à  7  branches  longues,  dénudées  dans  les  2/3 
»  inférieurs,  feuillus  et  touffus  dans  2/3  supérieurs,  étalés 
).  horizontalement  et  même  au-dessous  de  l'horizontale, toutes 
).  particularités  qui  donnent  à  l'arbre  un  port  et  un  aspect  qui 
»  le  font  immédiatement  reconnaître.  Notre  arbre  est  femelle 
n  et  produit  des  cônes  presque  sphériques  et  stériles  bien 
).  entendu,  de  la  grosseur  des  deux  poings.  Ce  n'est  guère 
»  que  le  quart  du  volume  des  cônes  du  BidwillL  » 

En  ce  qui  concerne  l'introduction  de  VAraucaria  du 
Brésil  au  Portugal  où  les  autres  espèces  du  même  genre 
réussissent  si  bien,  notamment  à  Lisbonne,  je  suis  heureux 
de  pouvoir  transcrire  ici  une  note  que  M.  Daveau,  inspecteur 
des  jardins  botaniques  de  cette  capitale,  m'a  fait  tenir  par 
M.  le  Consul  général  du  Brésil  Da  Silveira  Bulcao. 

On  lit  dans  Gardener's  Chrnnicle,  à  propos  du  Candela- 
Wa-iree  des  Anglais  {Gardeners  Chronicle,  23  juin  1S88, 
p.  774)  : 

«  A.  Brasiliensis  originaire,  comme  son  nom  lindique.des 
«  parties  méridionales  du  Brésil,  et  dont  de  beaux  spécimens 
»  peuvent  être  vus  dans  la  serre  tempérée  de  Kew,  a  ses  ra- 
»  meaux  gracieusement  inclinés  en  bas,  et  épaissement  en- 
»  tourés  de  feuilles  d'un  vert  brillant  et  lancéolées.  On  peut 
»  juger,  par  notre  figure  représentant  un  de  ces  végétaux 
.)  croissant  dans  les  Barbades,  combien  change  l'aspect  de 
.)  l'arbre  sous  l'influence  de  l'âge.  La  photographie  de  cet 
»  arbre  nous  a  été  donnée  par  le  général  Munro  qui  nous  a 
»  fait  connaître  que  ce  végétal  est  désigné  sous  le  nom  de 
»  arJjre  à  candélabre .  Les  vieilles  feuilles  tombent  graduel- 

(1)  Ce  fait  m'est  confirmé  le  30  août  1891  [in  litieris)  par  M.  le  D'  Sauvaigo 
qui  m'écrit  de  Nice  :  .  L'espèce  m'est  presque  inconnue  ;  quelques  exemplaires 
bien  modestes  et  de  peu  d'intérêt  existent  sur  le  littoral.  » 


Araucaria  Brasilieiisis  de  la  villa  Toiiret,  à  Aatibes. 


218  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

»  lement,  laissant  les  grandes  branches  nues,  à  l'exception 
»  d'une  touffe  globulaire  qui  en  couronne  le  sommet.  » 

Plus  loin,  dans  Gardener's  Chronicle,  mai  1888,  p.  648, 
sous  la  signature  D'"  H.  Bennet  (Torre  de  Grimaldi,  Italy),  à 
Menton,  on  lit  encore  : 

«  J'ai  aussi  un  A.  Brasiliensis,  mais  il  végète  modeste- 
»  ment.  Notre  hiver  est  probablement  trop  froid,  » 

On  voit,  par  les  résultats  obtenus  à  la  villa  Thuret,  à  An- 
tibes,  que  l'espèce  qui  nous  occupe  peut  réussir  très  bien  sur 
notre  côte  méditerranéenne  de  la  Provence  méridionale. 

«  L'A.  Brasiliensis  ne  croit  pas  à  Lisbonne  d'une  façon 
»  satislaisante,  non  pas  à  cause  du  climat,  mais  bien  à  cause 
)>  de  la  composition  du  sol  qui  y  est  calcaire.  On  voit,  en 
»  effet,  cette,  espèce  réussir  dans  les  sols  granitiques  de  la 
»  Serra  de  Cintra  ;  elle  se  développe  également  avec  une  rare 
»  vigueur  dans  les  cultures  du  jardin  botanique  de  Coïmbre, 
»  dont  le  sol  est  composé  de  micaschiste.  Les  Araucarias 
^»  y  fructifient  très  bien,  surtout  si  on  a  soin  de  les  féconder, 
»  mais  je  n'ai  jamais  entendu  dire  qu'on  en  extrayait  de  la 
»  résine,  ce  qu'il  est  facile  de  vérifier,  en  s'adressant  au 
»  savant  directeur  du  jardin  botanique,  le  Dr  Julio  A.  Hen- 
»  riquez,  qui  donnera  l'âge  des  exemplaires  (1). 

»  La  composition  du  sol  n'est  pas,  à  mon  avis,  le  seul 
»  obstacle  à  la  culture  des  A.  Brasiliensis  A  Lisbonne,  la 
»  sécheresse  de  l'air  ne  permettrait  pas  non  plus  une  bonne 
»  réussite.  Tous  les  individus  que  j'ai  vus  à  Lisbonne, 
»  quoique  jeunes,  présentaient  tous  des  signes  de  décré- 
»  pitude,  que  je  crois  devoir  aux  causes  exposées  plus  haut. 
»  On  cultive  à  Lisbonne  A.  excelsa,  CooJii  et  Bidwilli, 
»  qui  s'y  développent  d'une  façon  irréprochable  et  y  fruc- 
»  tifient.  » 

Il  est  probable  que  l'insuccès  de  la  végétation  de  cette 
espèce  sur  le  littoral  méditerranéen  de  la  Basse-Provence, 
tient  à  la  sécheresse  de  l'air,  durant  les  longs  mois  d'été, 
plus  encore  qu'à  la  nature  du  sol,  qui  est  du  reste  siliceux 
dans  un  grand   parcours  de  ce  littoral,  où  cependant  l'yl . 


(1)  M.  le  D'  Henriquez  m'écrit  à  la  date  du  30  juillet  1802  :  «  Je  vous  ren- 
seignerai sur  les  Araucarias  du  jardin  botanique  et  surtout  sur  ceux  qui  sont 
cultivés  non  à  Cintra  mais  bien  au  Bussaco  et  au  Porto.  Deux  A.  Brasiliensis 
du  jardin  de  Coïmbre  sont,  sans  doute,  les  plus  beaux  exemplaires  qu'on  puisse 
rencontrer  en  Europe.  Je  vous  en  enverrai  une  photographie.  • 


L'ARAUCARIA  BRASILIENSIS.  219 

Brasiliensis  ne  réussit  pas  du  tout.  C'est  par  la  même  raison, 
(lu  reste,  que  VA.  imdricata,  qui  végète  Lien  en  Bretagne  et 
même  en  Angleterre,  ne  réussit  pas  en  Provence,  où  cepen- 
dant il  retrouve  la  moyenne  de  température  annuelle  du 
Chili,  sa  patrie. 

Voici  ce  que  l'on  trouve  d'intéressant  sur  le  végétal  dans 
Kirwan  {Les  Conifères,  1868,  t.  II,  p.  16).  «  Il  se  distingue 
)j  du  type  chilien  [A.  imhricata  Pavon),  par  ses  l'euilles  plus 
»  étroites  à  la  base,  plus  allongées,  moins  aiguës,  moins 
»  raides  et  moins  piquantes  de  la  pointe  ;  ses  rameaux  sont 
»  plus  minces,  plus  allongés  et  plus  pendants.  Par  suite, 
))  l'aspect  général  de  l'arbre  n'a  pas ,  d'une  manière  aussi 
»  .prononcée,  le  cachet  d'excessive  originalité,  qui  caractérise 
»  son  voisin  d'Araucanie,  mais  il  est  peut-être  plus  gracieux, 
»  du  moins  pendant  la  jeunesse. 

«  A  l'âge  adulte,  il  se  dégarnit  de  toutes  ses  branches 
»  inférieures  et  ne  conserve  que  les  plus  hauts  verticilles  de 
»  la  cime,  ce  qui  peut  lui  donner  un  beau  coup  d'œil  dans  un 
»  massif  forestier,  mais  enlève  à  l'arbre  pris  isolément,  tout 
»  mérite  décoratif  dans  un  square  ou  un  jardin. 

»  L'Araucaria  du  Brésil  parvient  aux  mêmes  dimensions 
»  que  celui  du  Chili.  Sa  croissance  est  pins  rapide  et  plus  vi- 
))  goureuse,  mais  il  est  plus  sensible  au  froid.  On  a  cepen- 
»  dant  pu  le  cultiver  en  pleine  terre  sous  le  climat  de  Paris, 
»  au  Jardin  des  Plantes  notamment,  mais  il  n'y  est  pas 
»  d'une  belle  venue  et  ne  se  comporte  point  comme  un  arbre 
»  d'avenir.  Il  faut  donc  le  réserver  à  des  régions  plus  méri- 
»  dionales,  comme  la  Provence  ou  l'Afrique  (1). 

»  Les  branches  inférieures  tombent  de  bonne  heure, 
»  l'écorce  devient  brune  et  lisse  et  prend  une  consistance  qui 
»  offre  une  grande  analogie  avec  l'écorce  du  cerisier. 

M  La  résine  est  rougeàtre,  aromatique,  et  sert  aux  mêmes 
»  usages  que  la  térébenthine.  Les  graines  sont  comestibles, 
»  avec  un  testa  rougeàtre,  lisse,  luisant.  Pour  les  semer,  on 
))  les  dépose  en  terre  à  une  profondeur  de  4  à  5  centimètres. 
»  Elles  lèvent  dans  un  intervalle  qui  varie  de  six  semaines  à 
»  trois  mois. 

[1]  Nous  avons  vu  déjà  plus  haut  comment  il  se  comporte  en  Provence,  nous 
verrons  Lieutôt  comment  il  résiste  au  climat  sec  et  chaud  de  l'Afrique  du  Nord 
(Algérie),  d'une  part  à  Alger  au  jardin  d'essai  du  Hamma,  et  de  l'autre  à  Phi- 
lippeville  où  il  en  existe  une  petite  forêt  dont  nous  donnons  ici  la  vue  d'en- 
semble d'après  une  photographie  due  à  M.  Blauchet,  pharmacien  de  celte  ville. 


220  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

»  Ayant  remarqué,  dit  le  major  Tannay,  que  l'Araucaria 
»  du  Brésil  s'est  si  bien  acclimaté  en  France  qu'il  y  passe  les 
»  hivers  en  pleine  terre,  j'ai  pensé  qu'il  serait  avantageux 
»  d'y  multiplier  un  arbre  aussi  pittoresque  qu'utile  par  la  qua- 
»  lité  de  son  bois  et  de  ses  fruits.  » 

Passons  à  la  description  qu'en  donne  Carrière  (  Traité  gé- 
néral des  Conifères,  1855,  p.  415).  Connu  encore  sous  les 
noms  de  Colymbea  angnstifolla  Bertol,  A.  Ridolfiana  Savi, 
Pinùs dioica,  kRK^.,  A7^aucaria  cli  BihUani  IIort  Ital,  cet 
arbre  habite  le  Brésil  entre  15"  et  25"  latitude,  où  il  constitue 
de  vastes  forêts  dans  les  montagnes  ;  il  a  été  introduit  en  Eu- 
rope en  1816. 

Arbre  de  4  à  5  métrés,  pyramidal  dans  sa  jeunesse,  plus  lard  à  cime 
étalée  arrondie.  Tronc  bientôt   nu  dans  sa  partie  inférieure  par  l'e'pui- 
senient   successif  des   branches,    recouvert  d'une   écorce    gris    brun, 
longtemi)S  garni  de  feuilles  marcescenles.  Branches  vcrlicillées,  étalées 
ou  déclinées,  relevées  à  l'extrémité.  Feuilles  alternes,  e'ialées,  les  cau- 
linaires  imbriquées,  recourbées  en  dehors,  toutes  très  aiguës,  carénées 
en  dessous,  glaucescentes,  longues  de  2  à  5  centimètres,  larges  de  5  à 
8  millimètres,  élargies  et  decurrenles  à  la  base,  souvent  un  peu   tor- 
dues, glaucescentes  en  dessous  dans  les  jeunes  individus,  terminées 
en  une   pointe  scarieuse,    longue,   fine,   très   aiguë,  liamules  simple-, 
effiles,    très   caducs.   Chatons  femelles,  drcsse's,  ovoïdes,  obtus.  Cônes 
très  gros,  subglobuleux,  quelquefois  légèrement  déprimés,  écailles  des 
cônes  acuminées,  recurve'cs.    Graines  comestibles,   longues  d'environ 
5  centimètres,  à  testa  roussùtre,  lisse  et  luisant,  à  aile  presque  oblitd- 
re'e  à  la  base. 

Une  varie'te'  de  l'espèce  est  connue  sous  le  nom  de  A.  Brasilensis 
çracilis,  Arauc-gracdis  Hort.,  Araucaria  ele  g  ans,  Hort..  Ar.  Ridolfiana 
Knight:  branches  grôles,  etale'es,  défléchies.  Feuilles  d'un  vert  clair 
ou  presque  glauques,  plus  étroites,  beaucoup  plus  fines  et  plus  rap- 
prochées que  dans  l'espèce. 

Quoique  cette  espèce  puisse  passer  l'hiver  en  pleine  terre, 
dans  plusieurs  de  nos  départements  méridionaux,  elle  n'y 
forme  jamais  un  bel  arbre,  car,  à  mesure  qu'elle  s'élève,  les 
branches  inférieures  s'épuisent  et  disparaissent  successive- 
ment de  sorte  qu'il  n'y  a  jamais  que  quelques-unes  du  som- 
met qui  forment  une  sorte  de  parasol. 

A  ces  descriptions,  nous  pouvons  ajouter  quelques  détails 
sur  l'étendue  et  la  nature  des  forêts  de  ces  végétaux  au  Bré- 
sil leur  patrie.  Je  les  tiens  de  M.  Janmot,  ingénieur  agri- 
cole français   qui   m'a  rapporté,  avec  la  photographie  ci- 


222  REVUE  DES  SCIEiNCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

jointe  des  Araucarias  en  forêt,  dans  le  Parana,  les  renseigne- 
ments suivants,  résultant  d'un  séjour  de  dix-huit  mois  dans 
le  Brésil. 

Ces  grands  végétaux  qui  viennent  à  une  altitude  élevée  des 
grandes  montagnes  siliceuses  du  Brésil  sont  surtout  abon- 
dants et  d'un  développement  considérable  dans  l'Etat  du  Pa- 
rana. On  les  trouve  aussi  en  masses  assez  compactes  et  con- 
tinues dans  les  dépressions  de  la  sierra  de  Mantiquera,  dans 
l'Etat  de  Saint-Paul  et  à  Minas-Geraes.  Dans  l'Etat  du  Pa- 
rana seulement  les  Araucarias  en  l'orét  (dont  nous  donnons 
une  reproduction  de  vue  d'ensemble),  sont  exploités  comme 
bois  de  meubles  et  d'ébénisterie.  Ils  sont  excellents  pour  cet 
usage. 

M.  Janmot  a  rapporté  de  son  voyage  cette  certitude  que 
l'abatage  de  ces  grands  végétaux  ([ui  se  pratique  journelle- 
ment dans  les  forêts  du  Parana,  ne  donne  jamais  lieu,  du 
moins  aux  saisons  où  il  a  pu  opérer,  à  un  écoulement  de 
gommo-résine  comparable,  comme  abondance,  à  celle  qu'on 
observe,  presqu'en  tout  temps  sur  l'^l .  Coolii  de  la  Nouvelle- 
Calédonie.  Il  est  possible,  dans  ce  cas,  que  l'exploitation  de 
ces  végétaux,  à  ce  point  de  vue,  restât  sans  grands  résul- 
tats. —  Toutefois  M.  Da  Sylvera  Bulcao,  consul  général  du 
Brésil  à  Marseille,  m'aflirme  que  dans  le  cours  de  ses  chasses 
en  pleine  forêt  de  la  sierra  Mantiquera,  il  a  eu  l'occasion  de 
frapper,  des  troncs  cVAraiicaria  axec  une  hachette  destinée 
à  se  frayer  un  passage  à  travers  bois,  et  que  chaque  fois 
qu'il  revenait  par  le  même  chemin,  il  pouvait  constater  au 
retour  une  exsudation  abondante  de  résine,  sous  forme  de 
chandelles.  Ces  assertions  contradictoires  laisseraient  sup- 
poser que  ce  végétal  ne  donne  par  gemnage  une  abondante 
exsudation  gommo-résine  qu'à  des  saisons  déterminées,  et 
qu'en  tout  autre  temps  il  n'en  fournit  pas  du  tout.  En  tout 
cas,  les  assertions  de  MM.  Naudin  et  de  Kirwan,  relatées  ci- 
dessus,  ne  laissent  aucun  doute  sur  l'existence  et  l'emploi, 
dans  le  pays  natal  de  ces  végétaux,  d'un  exsudât  appelé 
résineux  par  ces  auteurs  et  utilisé  comme  térébenthine,  ce 
qui  implique  qu'il  est  assez  abondant.  Tous  les  Araucarias, 
du  reste,  ont  une  saison  privilégiée  pour  cette  production, 
et  ceux  qui  en  donnent  en  tout  temps,  comme  A.  Cooki,  en 
fournissent  plus  abondanmient  à  certaines  époques  de  l'année. 

Nous  avons   vu  comment  se  comporte  1'^.  Brasiliensis 


L'ARAUCARIA  BRASILIENSIS. 


223 


dans  sa  patrie,  d'après  des  témoignages  non  douteux  ;  exami- 
nons maintenant  les  résultats  de  son  introduction  en  Algérie. 
Voici  d'abord  une  lettre  très  explicite  sur  ce  point  de  M.  Ri- 
vière, directeur  du  jardin  d'Essai  du  Hamma,  à  Alger  : 


Groupe  à'Araîicaria  Brasiliensis  de  l'ancienne  pépinière, 
à  Philippeville  (Algérie). 


«  L'A.  Brasiliensis  se  comporte  très  mal  en  Algérie  :  il  y 
»  craint  également  la  chaleur  et  le  froid.  Sur  notre  coteau, 
»  une  plantation  d'une  cinquantaine  de  ces  arbres  a  fini  par 


224  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES.' 

»  périr,  après  avoir  résisté  pendant  vingt-cinq  ans  environ. 
»  Dans  le  cas  présent,  on  peut  attribuer  la  mortalité  à  l'effet 
»  du  vent  de  mer  qui  brûlait,  chez  ces  végétaux,  la  face  ex- 
»  posée  à  ses  effluves. 

»  Dans  la  partie  basse  du  Hamma  et  dans  certains  endroits 
»  abrités,  il  y  existe  encore  quelques  sujets  de  8  mètres 
»  de  haut  et  0'^.25  du  diamètre  ;  mais  ils  sont  souffreteux  et 
»  n'ont  que  quelques  verticilles  verts  en  bon  état.  Il  y  a  une 
»  dizaine  d'années,  nous  récoltions  encore  de  temps  en  temps, 
»  quelques  graines  fertiles. 

»  On  remarquait  autrefois  dans  les  débris  de  l'ancienne 
»  pépinière  gouvernementale  de  Philippeville,  une  assez  belle 
»  allée  de  ces  Araucaria  qui  donnaient  des  graines  fertiles 
»  en  abondance.  La  localité  en  question  était  éloignée  de  la 
»  mer  d'environ  6  kilomètres  et  protégée  par  un  relèvement 
»  de  colline.  Quand  j'ai  visité  cette  i)lantation,  il  y  a  environ 
»  vingt- trois  ans,  elle  donnait  déjà  des  signes  de  dépérisse- 
>>  ment.  Depuis  elle  a  périclité. 

»  En  résumé  :  VA.  B/-asiliensis  n'est  pas,  à  mon  avis,  un 
»  arbre  de  grande  vigueur  sous  notre  climat.  Je  vous  ferai 
»  adresser  les  exsudais  résineux  que  nous  retirerons  des  in- 
»  cisions  qui  viennent  d'être  faites  sur  cette  espèce,  d'après 
»  votre  demande.  » 

Très  intéressé  parla  révélation  de  l'existencee  d'une  petite 
plantation  d'A.BrasiUensis  à  Philippeville,  je  m'empressai  de 
m'enquérir  auprès  du  maire  de  cette  localité,  pour  savoir  si 
elle  existait  encore.  Ce  magistrat  m'ayant  répondu  «  qu'on 
»  trouve  à  Philippeville,  à  l'extrémité  de  la  pépinière,  dans 
»  une  allée  transversale  à  gauche,  dix-sept  pieds  d'^.  B/'a- 
»  siliensis  de  15  mètres  de  haut  sur  0"', 35  de  diamètre  moyen, 
»  mais  d'une  apparence  peu  florissante  et  dépoia^vus  de  toute 
»  sécrétion  résineuse  »,  je  résolus  d'avoir  des  détails  plus 
précis  sur  cette  plantation  déjà  ancienne  et  une  photographie 
de  la  petite  forêt  qu'ils  forment.  Dans  ce  but,  je  m'adressai 
à  M.  Blanchet,  pharmacien  dans  cette  ville,  qui  a  répondu 
complètement  à  mon  attente,  ce  dont  je  ne  saurais  trop  le 
remercier  publiquement. 

En  me  transmettant  des  vues  photographiques  (reproduites 
ici)  de  ce  massif  (ï Araucaria,  M.  Blanchet  l'accompagne  des 
renseignements  suivants  : 

«  Le  plus  grand  de  ces  Araucaria  mesure  19'", 50  de  haut 


L'ARAUCARIA  BRASILIENSIS. 


225 


»  et  1^,55  de  circonférence  à  la  base;  le  plus  gros  a  une  cir- 
»  conférence  de  2  mètres. 

»  Ces  arbres  doivent  avoir  plus  de  quarante  années 
»  d'existence.  Ils  ont  malheureusement  été  abandonnés  à 
»  eux-mêmes  depuis  que  la  pépinière  est  vendue  à  des 
»  particuliers;  de  là  leur  apparence  peu  florissante.  Ils  ap- 
»  partiennent  aujourd'hui  à  la  Banque  d'Algérie,  et  cet  éta- 
»  blissement  ne  demanderait  pas  mieux  que  de  faire  autour 
»  d'eux  les  travaux  de  culture  qui  pourraient  paraître  utiles 
»  à  leur  conservation.  —  Quelques  sujets  ont  péri,  et  pour 


//o 


a  Grain  d'amidon  simple,  h  Grain  d'amidon  composé. 


Coupe  transversale  de  l'amande 

endosperme)    de  la  graine    édule 

à? Araucaria  Brasiliensis. 


»  soustraire  les  autres  au  même  sort,  il  serait  nécessaire, 
»  peut-être ,  de  les  débarrasser  des  broussailles  qui  les 
»  entourent. 

»  Selon  vos  indications,  j'ai  pratiqué  des  incisions  sur  les 
»  sujets  les  plus  vigoureux,  et  depuis  le  mois  de  janvier  (la 
)>  lettre  de  M.  Blanchet  est  du  16  avril  1892)  il  ne  s'y  est  pas 
»  déposé  de  résine.  J'ai  pu  constater  que  la  même  résine  ne 
»  vient  pas  spontanément.  On  en  trouve  bien  quelques  frag- 
»  ments  dans  les  parties  où  l'écorce  est  fendue,  mais  ils  sont 
»  de  très  peu  d'importance.  » 

M.  Blanchet,  comme  M.  Rivière  (d'Alger),  a  pu  me  faire 
plus  tard  un  envoi  d'exsudat  gommo-résineux  provenant  des 
incisions  que  j'avais  conseillé  de  faire;  bien  que  cet  envoi 

5  Septembre  1892.  15 


226  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

fût  peu  abondant,  il  a  permis  une  analyse  des  deux  produits 
et  d'Alger  et  de  Pliilippeville. 

Il  m'a  paru  intéressant  de  donner  la  composition  chimique 
de  la  graine  à' A.  Brasiliensis ,  employée  au  Brésil  comme 
comestible,  et  celle  de  l'exsudation  gommo-résineuse  des 
arbres  du  Brésil,  d'Alger  et  de  Pliilippeville.  —  Les  graines 
m'ont  été  envoyées  avec  un  vieux  bloc  de  résine  (malheureu- 
sement délavée  par  les  pluies  abondantes  de  la  Sierra  Manti- 
quera),  par  M.  Janmot,   pendant  son  séjour  au  Brésil.  Voici 


■*sr 


A.  Endosperme  de  la  graine  d'^.  Brasiliensis  (partie  comestible).—  B.  Le 
même  fendu  longitudinalemenl  pour  montrer  Pépaisseur  de  l'endosperme  c 
et  l'embryon  d.  —  C.  Graine  d'^.  Brasilicnsis  avec  ses  enveloppes  sper- 
modermiques  et  son  aile  rudimenlaire. 


les  détails  de  cette  double  analyse  chimique  faite  par  M.  le 
professeur  Schlagdenhauifen  de  Nancy,  sur  les  échantillons 
authentiques  que  je  lui  ai  envoyés. 

Il  est  inutile  de  revenir  sur  la  description  de  la  graine,  je 
me  borne  à  en  donner  une  bonne  figure,  de  grandeur  natu- 
relle, sous  deux  états  :  entière  et  dépouillée  de  ses  enve- 
loppes, enfin  fendue  pour  montrer  la  situation  et  la  longueur 
de  l'embryon.  (Voir  ci-des.sus.) 


L'ARAUCARIA   BRASILIEXSIS-  227 

Analyses  des  graines  provenant  du  Brésil. 

Leur  poids  moyen  varie  de  4  à  5  grammes.  Quelques 
graines  choisies,  provenant  d'un  lot  de  300  grammes  nous 
ont  donné  les  résultats  suivants  : 


GRAINE    ENTIÈRE. 

AMANDE    MONDEE. 

PERISPKRME. 

8,10 

(5,35 

1,75 

7,70 

6,10 

1,60 

6,45 

4,35 

2,10 

5,20 

3,80 

1,40 

4,55 

3,55 

1,00 

Le  périsperme  ne  présentant  aucun  intérêt  au  point  de 
vue  de  l'étude  chimique,  puisque  les  principes  qu'il  renferme 
sont  les  mêmes  que  ceux  des  organes  similaires  d'autres 
plantes,  nous  n'avons  fait  que  l'analyse  des  graines  mondées. 

Nos  opérations  ont  porté  sur  10  grammes  de  matière  fine- 
ment pulvérisée  et  desséchée  à  105°. 

I.  Traitement  à  l'éther  du  pétrole.  —  Soumise  à  l'action 
de  l'éther  de  pétrole  dans  l'appareil  à  déplacement  continu, 
l'amande  mondée  fournit  0.16  "/o  de  matière  grasse. 

IL  Traiteynent  à  l'alcool.  —  L'extrait  alcoolique  que  l'on 
obtient  renferme  un  peu  de  glucose,  du  sucre  interverti  et  de 
la  gliadine. 

lU.  Traitement  à  Veau.  —  En  épuisant  la  matière  pendant 
dix  heures  successivement  à  l'eau  froide,  on  enlève  une  cer- 
taine quantité  de  matières  sucrées,  gommeuses  et  albumi- 
noïdes.  Le  caractère  azoté  de  l'extrait  aqueux  est  facile  à 
constater  puisque  l'incinération  avec  du  sodium  fournit  en 
présence  des  sels  ferroso-ferrique  un  abondant  précipité  de 
Bleu  de  Prusse.  L'extrait  contient  des  principes  gommeux  en 
raison  de  la  précipitation  par  le  chlorure  ferrique  et  de  l'al- 
cool ;  il  renferme  enfin  du  sucre  puisqu'il  réduit  directement 
la  liqueur  de  Bareswill. 

IV.  Traitement  à  la  chaux  iodée.  —  Nous  opérons  sur  le 
produit  épuisé  par  les  traitements  précédents  pour  déter- 
miner les  matières  albuminoïdes  insolubles  contenues  encore 
dans  la  poudre.  L'analyse  nous  fournit  2.35%.  Une  deuxième 
expérience  effectuée  avec  la  poudre  d'amande  intacte  nous 
indique  la   proportion   des  matières   albuminoïdes  solubles 


228  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

entraînées  par  le  traitement  â  l'alcool  (gliadine)  et  par  l'épui- 
sement à  l'eau  froide. 

V.  Traitement  à  l'acide  chlorUydrique  étendu. — Nous 
soumettons  une  partie  de  la  poudre,  épuisée  par  les  divers 
véhicules,  à  l'action  de  l'acide  clilorhydrique  étendu  au  bain- 
marie,  en  ayant  soin  de  renouveler  l'eau  au  fur  et  à  mesure 
qu'elle  s'évapore.  Après  huit  heures,  nous  filtrons  et  exa- 
minons le  liquide  au  réactif  cupropotassique.  Nous  dosons  le 
sucre  formé  et  le  rapportons,  par  le  calcul,  â  de  l'amidon 
existant  pHmitivement  dans  la  graine. 

VI.  Incinération.  —  La  différence  entre  le  poids  de  la 
poudre  provenant  du  traitement  précédent  et  celui  de  la 
poudre  intacte  donne  le  poids  de  la  cellulose.  En  incinérant 
la  partie  purement  cellulosique  on  obtient  le  poids  des  sels 
fixes. 

VII.  Eau  d'hydratation.  —  La  détermination  de  cette 
donnée  importante  s'obtient  par  la  perte  de  poids  d'une  cer- 
taine quantité  de  matière  fraîchement  râpée  et  soumise  à 
l'étuve  â  105». 

En  groupant  ces  divers  résultats,  nous  arrivons  à  la  com- 
position de  la  graine  qui  peut  être  considérée  comme  renfer- 
mant les  principes  suivants  : 

Composition  de  la  graine. 

Matière  grasse 0,16 

Glucose  et  sucre  interverti 3,51 

Sels  lixes 1,09 

Matières  amylace'es  et  albuminées  solubles 5,43 

Matières  albumine'es  insolubles 2,35 

Amidon 32,04 

Cellulose  (par  difforenco). 23,15 

Eau  d'hydratation 32,27 

100,00 

Comme  on  peut  le  voir,  en  comparant  ces  résultats  analy- 
tiques â  ceux  qu'a  donnés  l'examen  chimique  de  la  graine 
d'^.  Bidwilli  (Bunya-Bunya),  voir  la  Revue  des  Sciences 
naturelles  appliquées,  20  août  18U1,  la  graine  d'^.  Brasl- 
licnsis  est  moins  riche  en  princii)es  azotés  que  celle  de  VA . 
Bidivilli,  mais  elle  contient  beaucoup  plus  de  fécule  et  moins 
d'eau.  Elle  doit  être  un  peu  moins  nutritive  que  sa  congénère 
d'Australie. 


L'ARAUCARIA  BRASILIENSIS.  229 

Analyse  de  la  gomme  résine  provenant  du  Brésil 

ET  délavée  par  les  EAUX  PLUVIALES. 

Traitements.  —  Nous  commençons  par  dessécher  la  ma- 
tière à  la  température  de  T05°,  Nous  l'épuisons  ensuite  suc- 
cessivement par  l'éther  de  pétrole  et  l'alcool. 

Le  résidu,  non  dissout,  très  faible  est  repris  ensuite  par  de 
l'eau  qui  n'enlève  qu'une  proportion  minime  de  matières 
gommeuse  et  albuminoïtle  et  laisse  sur  filtre  un  peu  de 
mucilage.  Les  résultats  obtenus  sont  les  suivants  : 

Composition. 

Eau  d'hydratation 9,20 

Résine  soluble  dans  l'éther  de  pétrole 10,40 

Résine  soluble  dans  alcool 78,03 

Sels  fixes 1 .035 

Gomme,  matière  albuminée,  mucilage 1,335 

100,000 

Cette  résine  a  évidemment  perdu  toute  sa  gomme  ou  à  peu 
près  par  l'action  des  eaux  pkiviales. 

Analyse  de  la  gomme  résine  provenant  du  jardin 

d'essai  d'Alger. 

Eau  d'hydratation 1G,237 

Re'sine 6,463 

Gomme 77,300 

100,000 

Analyse  de  la  gomme  résine  d' At^aitcaria  Brasiliensis 

(Philippeville). 

Résine 64,84  «/o 

Matière  gommeuse 35, 16  % 

100,00 

L'échantillon  renfermait  des  brindilles  de  bois  et  autres 
matières  étrangères  dont  on  n'a  pas  tenu  compte  dans  le 
calcul  de  l'analyse. 

/)  On  a  épuisé  d'abord  par  l'alcool  à  chaud  et  passé 
l'extrait. 

T)  On  a  traité  le  résidu  par  l'eau.  On  sépare  par  le  filtre 


230  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

les  matières  étrangères  et  l'on  concentre  le  liquide  aqueux 
qui  jouit  des  propriétés  de  la  gomme.  L'incinération  du  ré- 
sidu fournit  des  cendres  alcalines  qui  contiennent  de  la 
chaux  et  de  la  potasse  comme  les  cendres  de  la  gomme  ara- 
bique et  cela  dans  les  proportions  de  3  ^/o  environ.  En  effet, 
sur  0  ?'■•  8(3-2  de  gomme  constatée  dans  2  s^.  452  de  gomme 
r.ésine  débarrassée  de  matières  étrangères,  je  trouve  0,0268 

de  cendres  d'où  -^  =  'f  d'où  x  ^  3,1  Vc 

On  est  donc  dans  la  limite  d'une  gomme  arabique  type  en 
ce  qui  constitue  la  quantité  de  cendre. 

L'analyse  chimique  des  divers  produits  d'exsudation 
srommo-résineuse  a  donné  des  résultats  bien  différents, 
comme  on  l'a  vu  :  seul  l'examen  du  produit  naturel  du  Brésil 
(qui  reste  à  faire)  donnera  la  mesure  exacte  de  la  richesse  de 
ce  produit  en  gomme,  sur  une  résultante  de  l'examen  de  plu- 
sieurs échantillons  prélevés  à  diverses  époques  de  l'année  ; 
mais,  dès  aujourd'hui,  nous  pouvons  prévoir  que  cette  ri- 
chesse en  somme  sera  élevée  et  nous  avons  la  certitude  que 
c'est  de  Varabine  que  secrète  cette  espèce  d'Araucaria, 
comme  le  font,  du  reste,  toutes  les  espèces  que  nous  avons 
examinées  jusqu'ici. 

Quant  à  la  germination  de  1'^.  BrnsUicnsis,  hien  qu'eUe 
soit  liypogée,  comme  toute  la  section  à  laquelle  il  appar- 
tient (Colymbea),  elle  présente  quelques  différences  avec  le 
processus  si  curieux  que  nous  avons  examiné  en  détail  dans 
A.  Bidwilli. 

Pour  bien  saisir  la  nature  des  phénomènes  complexes  qui 
se  passent  dans  A.  Biclicilli,  il  faut  d'abord  les  envisager  dans 
A.  Brasillensis  Ricii.,  où  ils  sont  beaucoup  plus  simples,  le 
processus  germinatif  propre  à  la  première  espèce  n'étant 
qu'une  accentuation  et  une  complication  de  la  manière  d'être 
particulière  à  la  seconde. 

Lorsqu'une  graine  à\Araucaria  Brasillensis  germe,  les 
cotylédons  restent  inclus  et  leurs  pétioles  prennent ,  au 
dehors  de  la  graine,  un  certain  accroissement.  Mais  ceux-ci 
ne  sont  pas  connés  et  se  présentent  sous  forme  de  bandes 
larges  et  épaisses.  A.  leur  point  d'insertion  sur  l'axe  hypoco- 
tylé,se  trouve  la  gemmule  qui  s'allonge  verticalement  en  pas- 
sant au  milieu  des  deux  pétioles  cotylédonaires,  et  va  former 
la  plantule  sans  le  secours  de  la  tigelle,  qui  ne  s'accroît  pas. 


L'ARAUCARIA.  BRASILIENSIS.  231 

Les  cotylédons,  sous  forme  de  A'éritables  cuillers,  restent  in- 
clus dans  la  graine  où  ils  verdissent  et  pourrissent  ensuite 
avec  l'endosperme,  sans  jamais  s'en  dégager.  Cependant, 
l'axe  hypocotylé  se  renfle  très  légèrement  en  un  tubercule, 
véritable  réservoir  d'amidon  pour  la  plantule.  Celle-ci  y 
puise  ses  éléments  de  nutrition  en  même  temps  que  l'endo- 
sperme se  vide  de  cette  réserve  hydrocarbonée,  et  que  la  ra- 
cine remplit  ses  fonctions  absorbantes.  On  trouve  des  condi- 
tions absolument  semblables  dans  la  germination  de  V Arau- 
caria imdricata  Pav.  du  Chili,  avec  cette  différence  toute- 
fois, que  la  tubérisation  de  l'axe  hypocotylé  y  est  encore 
moins  accusée.  Les  autres  processus  sont  complètement 
identiques  et,  chose  remarquable,  les  deuxplantules  qui  nais- 
sent de  la  gemmule,  dans  l'un  et  l'autre  cas,  présentent  un 
faciès  commun  et  se  ressemblent  sensiblement  alors  que  les 
végétaux  qui  en  sortiront,  une  fois  parvenus  à  l'état  adulte, 
sont  profondément  dissemblables.  Les  états  juvéniles  témoi- 
gnent de  la  pa  rente. 

Dans  la  germination  de  la  graine  d^ Ai^ancaria  BidiaWU 
les  faits  sont  plus  saisissants.  Comme  dans  les  deux  cas  pré- 
cédents, la  seconde  et  la  troisième  phases  germinatives  sont 
supprimées,  mais  cette  suppression  s'accompagne  des  com- 
plications suivantes.  Ici,  les  pétioles  cotylédonaires  sont  con- 
nés  en  un  tube  fermé  (1)  sur  toute  leur  étendue,  ils  acquièrent 
une  longueur  de  5  à  6  centimètres  et  renferment  à  leur  base, 
c'est-à-dire  à  leur  i)oint  dïnsertion  sur  l'axe  hypocotylé,  la 
gemmule  qui  y  reste  incluse  et  qui  ne  saurait  se  dégager  sans 
la  rupture  du  tube  pétiolaire.  Cette  séparation  d'avec  l'axe 
hypocotylé,  et,  par  suite,  la  sortie  de  la  gemmule  se  font  d'une 
manière  spéciale,  qui  ne  ressemble  à  rien  de  ce  qui  est 
connu.  Dans  l'Anémone,  la  Dauphinelle,  V EranlMs  liyemalis, 
les  Léontice,  Dodécathée,  Cerfeuil,  etc.,  on  sait  que  la  gem- 
mule en  se  développant,  perce  latéralement  le  tube  pétiolaire 
à  la  base.  Ici  on  voit,  au  point  même  où  se  trouve  la  gem- 

[1)  11  esl  bon  de  remarquer  que  la  perminalion  hypogée  des  Araucarias^  qui 
se  rapproche  si  sensiblement  de  celle  des  Cycadées,  en  diii'ère  cependant  par  ce 
point,  que  les  Araucarias  américains  (Columbea)  à  germination  hypogée  ont 
leurs  pétioles  col^-lédonaires  accrus  libres,  tandis  que,  dans  les  Cycadées,  ces 
mêmes  organes  sont  soudés  dans  leur  moitié  supérieure  et  libres  par  leur  moitié 
inlérieure.  Dans  A.  Bidwilli,  la  soudure  a  lieu  sur  toute  leur  longueur;  la 
coupe  du  corps  cotylédonaire  montre,  en  eifet,  la  cavité  des  cotylédons,  fai- 
sant suite  d'une  manière  non  interrompue  avec  le  tube  pétiolaire. 


232  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

mule,  se  former  sur  le  tube  pétiolaire,  un  bourrelet  circulaire 
à  bords  saillants,  qui  marquera,  par  le  développement  d'une 


A.  Germination  de  VA.  BidwilU. 

B.  Germination  de  VA.  Brasiliemis, 


L'ARAUCARIA   RRASILIENSIS.  233 

zone  subéreuse,  la  ligne  de  séparation  du  corps  cotylédonaire 
tout  entier  d'avec  l'axe  hypocotylé  qui  porte  à  son  sommet  la 
gemmule  et  à  sa  base  la  racine.  Cette  séparation  se  produit  à 
un  moment  donné.  Alors  la  graine  mise  en  germination 
avec  ses  cotylédons  cochléaires  inclus  (ils  ont  verdi  pendant 
la  germination  en  Tabsence  de  toute  lumière)  suivis  du  tube 
pétiolaire,  forment  un  tout  qui  reste  complètement  séparé  de 
la  racine,  de  l'axe  hypocotylé  et  de  la  gemmule.  Cette  der- 
nière se  présente  sous  forme  d'un  petit  corps  blanchâtre  au 
sommet  de  l'axe  hypocotylé.  Mais  il  y  a  plus.  Dès  le  début  de 
la  germination,  qui  parcourt  assez  promptement  sa  première 
phase  (saillie  et  allongement  de  la  radicule],  l'axe  hypocotylé 
se  tubérise  fortement  et  prend  l'aspect  d'un  tubercule  fusi- 
Ibrme  très  renflé  et  assez  développé,  mesurant  6  à  7  centi- 
mètres de  long  et  terminé  à  la  partie  inférieure  par  la  racine 
très  grêle  et  filamenteuse,  pourvue  de  quelques  radicelles.  Ce 
tubercule  caulinaire  est  gorgé  d'un  amidon  revêtant  la  même 
forme  que  celui  de  l'endosperme,  c'est-à-dire  constitué  par 
des  grains  simples  ovoïdes  tronqués  ou  des  grains  composés 
formés  de  grains  simples  réunis  par  trois.  Cette  réserve  s'y 
accumule  à  mesure  que  celle  de  l'endosperme  se  vide.  On  voit, 
en  effet,  les  grains  amylacés  de  l'endosperme  perdre  de  plus 
en  plus  leurs  dimensions  à  mesure  que  le  tubercule  se  déve- 
loppe et  se  remplit  de  grains  bien  formés  et  normaux.  La 
jeune  plantule  en  formation  (1]  se  nourrit  donc  entièrement 
aux  dépens  des  réserves  transportées  de  l'endosperme  dans 
le  tubercule  hypocotylé,  et  aussi  par  le  libre  jeu  des  fonc- 
tions de  la  racine. 

En  somme,  comme  on  vient  de  le  voir,  le  processus  germi- 
natif  propre  à  l'^l.  Bidioilli  est  annoncé  parla  manière  d'être 
de  r^.  Brasiliensis  dont  il  diffère  seulement  :  l-^  par  la  tubé- 
risation  plus  prononcée  de  l'axe  hypocotylé  ;  2°  par  l'état 
coiicrescent  en  tube  des  pétioles  cotylédonaires  ;  3°  par  le 
mode  de  séparation  des  cotylédons  d'avec  l'axe  et  la  racine 
du  jeune  végétal. 


(1)  Cette  jeune  plantule  rappelle  aussi  beaucoup,  par  son  aspect  général  et 
par  la  manière  d'être  des  premières  feuilles,  les  formes  si  rapprochées  des  plan- 
tules  d'.l.  Brasiliensis  et  d'^.  imbricaîa.  On  sait  cependant  que  ces  trois  végé- 
taux, quand  ils  sont  adultes,  ne  se  ressemblent  ni  comme  aspect  général,  ni 
comme  forme  et  situation  des  feuilles. 


II.  CHRONIQUE  DES  COLONIES  ET  DES  PAYS  D'OUTRE-MER. 


Le  Beurre  de  Cây-Gây  en  Gochinchine. 

Sans  claercher  à  entrer  daus  les  considérations  spéciales  et  les 
polémiques,  qui  font  de  la  question  coloniale  un  véritable  sujet  d'ac- 
tualité pour  les  économistes,  nous  croyons  de  notre  devoir  d'apporter, 
bien  modestement,  à  l'œuvre  d'extension  de  nos  possessions,  les  quel- 
ques connaissances  que  nous  avons  pu  acquérir  avec  le  temps.  C'est 
pourquoi  nous  avons  signalé,  chaque  fois  que  l'occasion  s'en  est  pre'- 
sentée,  les  produits  naturels  encore  peu  connus  de  nos  colonies,  dont 
les  industriels  français  pourraient  certainement  tirer  un  parti  avan- 
tageux. Aujourd'hui,  nous  nous  occuperons  d'un  produit  spécial  à  la 
Gochinchine  et  au  Cambodge  qui,  selon  nous,  peut  devenir  pour  nos 
établissements  d'outre-mer,  une  source  certaine  de  prospe'rile  :  nous 
voulons  parler  des  fruits  du  CSy-Cây  et  du  corps  gras  qu'on  eu  retire. 

Le  fruit  du  Cily-Cay  [Irvingia  Harmamlii]  est  un  petit  drupe  ovoïde, 
de  la  grosseur  d'une  noix  et  de  couleur  jaune,  dans  lequel  se  trouve, 
sous  une  enveloppe  très  résistante,  une  amande  grasse  assez  volumi- 
neuse, recouverte  par  un  lo'gumcnt  d'un  brun  brillant. 

Lorsque  les  fruits  sont  arrives  à  complète  maturité,  c'est-à-dire  au 
mois  de  juillet,  quand  ils  tombent  de  l'arbre,  les  Annamites  se  rendent 
daus  les  forêts  pour  les  ramasser  et  les  mettre  en  las  ;  ils  les  trans- 
portent ensuite  dans  leurs  villages  et  enlèvent  la  partie  extérieure, 
soit  en  la  brisant  avec  un  couperet  ou  en  la  grillant  au  feu,  soit  encore 
eu  la  faisant  dessécher  au  soleil.  Une  fois  relire'es  et  séehées  elles- 
mêmes,  les  amandes  sont  broyées  grossièrement  dans  un  mortier  de 
l)ois  ou  de  granit  ;  la  pûte  que  l'on  obtient  de  cette  façon  est  mise 
dans  de  l'eau  qu'on  chaulTe  jusqu'à  l'ébuUilion  ;  la  matière  grasse  se 
sépare  et  vient  flotter  à  la  surface  du  liquide,  d'où  on  1  enlève  à 
mesure  que  la  couche  se  forme,  et  on  la  coule  dans  des  moules.  Ce 
produit,  connu  en  Cochinchine  et  au  Cambodge  sous  le  nom  im- 
propre de  Cire  de  t'ây-Cây,  est  solide,  d'un  gris  jaunâtre,  odorant  o'tant 
frais,  mais  il  devient  blanchâtre  et  contracte  une  odeur  forte  et  nau- 
séeuse en  vieillissant.  Au  dire  des  Annamites,  les  Siamois  font  une 
espèce  de  pain  en  ajoutant  du  sel  et  du  poivre  au  re'sidu  ;  cet  aliment 
serait  même  d'un  goût  assez  agre'able.  ' 

MNL  Ed.  Brousmiche  et  Vignoli,  pharmaciens  de  la  Marine,  se  sont 
occupés  des  avantages  qu'on  pourrait  retirer  de  cette  graisse  végétale 
au  point  de  vue  industriel,  et  nous  fournissent  à  ce  sujet  les  rensei- 
gnements suivants  : 

Ce  corps  gras  n'est  pas  une  cire,  comme  on  le  dit  vulgairement, 
c'est  une  sorte  de  beurre  analogue  au  beurre  de  cacao.  Soumis  à  la 
distillation,  il  donne  naissance  à  de  l'acrcoline,  produit  constant  de  la 
décomposition  de  Tole'ine.  En  le  saponifiant  par  les  alcalis,  M.  Vignoli 


CHRONIQUE  DES  COLONIES  ET  DES  tAïS  D'OUTRE-MER.  233 

a  trouvé  qu'il  contenait  68  à  TO  pour  cent  d'acides  gras,  parmi  lesquels 
l'acide  ole'ique  entrait  pour  30  pour  cent  environ,  le  reste  serait  forme' 
d'acide  margarique  mii  à  un  peu  d'acide  sle'arique  et  d'acide  caprique  : 
c'est  ce  dernier  qui  communiquerait  au  produit  son  odeur  caractéris- 
tique. De  plus,  le  liquide  provenant  de  la  saponification  renferme  de 
la  glyce'rine,  ce  qui  ne  se  produit  Jamais  avec  la  cire. 

Le  Beurre  de  Cây-Câij  est  fusible  à  38  degrés  et  se  solidifie  à  34  : 
peu  soluble  dans  l'alcool  froid,  il  se  dissout  complètement  dans  l'alcool 
bouillant,  il  est  également  très  soluble  dans  l'élher,  le  sulfure  de  car- 
bone, la  benzine  et  l'étber  de  pétrole.  Pour  purifier  le  produit  com- 
mercial, il  suffirait  de  le  fondre  au  bain-marie  et  de  le  filtrer  à  cbaud 
sur  une  étamiue  en  flanelle  ;  il  ne  resterait  alors  sur  le  fiUre  que  des 
matières  terreuses  et  parencbymateuses,  entraînées  pendant  la  prépa- 
ration. 

En  Cocbincbine  et  au  Cambodge,  le  beurre  de  Cày-Cay  est  utilisé 
pour  faire  des  chandelles  d'une  qualité  intermédiaire  entre  la  bougie 
et  le  suif  animal  ;  ces  chandelles  briilent  avec  une  flamme  assez  bril- 
lante et  sans  répandre  d'odeur  désagréable. 

L'extraction  est  pratiquée,  en  général,  par  les  paysans  des  territoires 
forestiers  et  pour  leur  consommation  usuelle  seulement;  les  Anna- 
mites et  même  les  Mois  trouvent  cette  exploitation  trop  lente  et  exi- 
geant trop  de  peine  et  de  soins  pour  les  profits  qu'ils  en  retirent. 
Disons  à  ce  propos  que  les  procédés  rudimenlaires  employés  par  les  in- 
digènes ne  permettent  guère  d'obtenir  plus  de  20  pour  cent  de  matière 
grasse,  soit  une  perle  de  30  pour  cent  sur  la  quantité  que  l'on  pourrait 
retirer  par  les  moyens  mécaniques  dont  on  dispose  actuellement. 

Le  beurre  de  Cay-Cây  se  trouve  en  Cochinchine  sous  forme  de  pains 
coniques  du  poids  de  2-3  kilog.,  mais  il  ne  donne  lieu  qu'à  un  com- 
merce restreint  ;  celui  qui  vient  du  Cambodge  et  du  Laos  est  en  pains 
de  1,000  à  1,200  grammes,  coulés  dans  des  moules  qui  leur  donnent 
la  forme  d'une  calotte  sphérique. 

Avant  de  terminer  ces  lignes,  nous  appelons  encore  une  fois  l'at- 
tention des  industriels  sur  ce  produit  encore  peu  connu  de  notre 
colonie,  et  nous  souhaitons  de  voir  trouver  un  débouché  pour  cette 
matière  première,  qui  serait  susceptible  de  diverses  applications,  no- 
tamment dans  la  savonnerie  et  lu  fabrication  des  bougies,  dans  nos 
possessions  de  l'Extrême-Orient. 

Il  serait  donc  utile  de  montrer  aux  Annamites  la  manière  de  tirer 
le  meilleur  parti  de  cette  production  naturelle  de  leur  pays,  en  leur 
faisant  entrevoir  les  bénéfices  importants  qu'ils  pourraient  réaliser  en 
déployant  un  peu  plus  d'activité,  et  surtout  en  leur  achetant,  à  un 
taux  raisonnable,  le  produit  prêt  à  être  soumis  à  la  presse. 

Maximilien  Vanden-Berghe. 


III.  CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS. 


Une  Exposition  internationale  de  Volailles ,  organisée 
sous  la  protection  du  Ministère  royal  de  rApriculture,  par  la  Socie'le' 
hongroise  des  éleveurs  de  Budapest,  aura  lieu  dans  cette  ville  du 
22  septenabre  au  2  octobre  1892. 

L'Albinisme  sous  les  tropiques.  —  Un  correspondant  du  Land 
and  Water  remarque  la  rareté  des  albinos  chez  les  animaux  des  con- 
trées tropicales.  Il  semble,  à  quelques  exceptions  près,  qu'on  n'en  a 
presque  jamais  vu  purmi  les  Carnassiers,  les  Ruminants  ou  les  petits 
Mammifères  des  Indes.  Le  Chenil  signalait  derniërcmcnt  deux  exem- 
plaires albinos  du  Chacal  (Canis  aureus)  que  l'on  conserve  au  Jardin 
Zoologique  de  Hambourg.  .M.  Moray  Brown  cite  plusieurs  albinos  de 
l'Antilope  Sassin  ou  «  Bouc  noir  »  qu'il  a  examinés.  Enfin,  un  troi- 
sième cas,  sous  le  titre  de  Gour  blanc  [Bos  (/aurus),  est  encore  men- 
tionné dans  cette  Kevue. 

Mais,  sons  les  climats  tropicaux,  l'albinisme  reste  un  fait  bien 
exceptionnel.  Quand  des  changements  se  produisent  sur  la  coloration 
normale  des  animaux,  ils  tendent  plus  souvent  vers  le  mdianisme. 

Au  contraire,  dans  nos  régions,  on  a  noté  des  albinos  chez  un  grand 
nombre  d'animaux.  On  connaît  des  Chauve-souris  blanches.  On  a 
observé  l'albinisme,  parmi  les  Ruminants,  chez  le  Cerf,  le  Chevreuil, 
le  Daim  ;  chez  le  Renard,  la  Loutre  et  la  .Martre;  pour  les  Rongeurs, 
le  Lièvre,  le  Lapin,  lÉcureuil,  le  Hat,  le  Loir,  la  Taupe.  Dans  les 
oiseaux,  les  exemples  sont  encore  nombreux.  Chez  les  Rapaces  : 
l'Aigle,  la  Bu.<5e,  le  Faucun,  la  Chouette.  Passereaux  :  le  Freux,  la 
Corneille  noire,  le  Choucas,  la  Pie,  le  Geai  ;  le  Merle,  la  Grive, 
l'Alouette  des  champs,  le  Pinson,  le  Chardonneret,  le  Moineau,  le 
Friquet,  la  M('sange  bleue,  le  Gobe-mouche  gris  ;  le  Pic  vert  ;  l'En- 
goulovenl,  les  Hirondelles  [rustica,  urbica,  riparia)^  le  Martin-pêcheur  ; 
la  Bécasse  et  la  Be'cassine.  On  a  vu  des  Canards  sauvages  blancs. 
Enfin,  parmi  les  Gallinacés,  les  Perdrix  {cinerea,  rufa),  la  Caille  et 
la  Tourterelle. 

Parfois,  l'érythrisme  (rouge)  ou  le  flavisme  (jaune)  remplacent  l'al- 
binisme ou  le  me'lanisme.  Ce  fait  se  pre'sente  principalement  dans  le 
groupe  des  Perroquets.  De  S. 

Le  Dindon  sauvage  dans  la  forêt  de  Marly.  —  Nous 
lisons  dans  Le  Temps  sous  la  signature  de  M.  G.  de  Cherville  : 

«  Nous  pouvons  vous  donner  des  nouvelles  des  essais  d'acclimata- 
tion en  liberté  du  Dindon  sauvage  qui  ont  été  tentés  dans  la  forêt  de 
Marly  par  M.  l'inspecteur  Recope' ;  sans  être  encore  concluants,  ils 
fortifient  déjà  les  espérances  qui   ont   e'tc'  fonde'es  sur  l'expérience. 


CHRONIQUE  GENEKALK  ET  FAITS   DIVERS.  237 

Cette  année,  les  couvées  de  dindonneaux  ont  ote'  e'ievées  en  complète 
liberté'  dans  les  parties  les  moins  fre'quente'es  du  massif  et  n'ont  pas 
reçu  le  moindre  agrainage  ;  aussi  les  jeunes  se  montrenl-ils  excessi- 
vement farouches  ;  il  suffit  de  l'apparition  d'une  forme  humaine  dans 
leurs  demeures  pour  qu'ils  disparaissent  et  s'enfoncent  dans  les  ron- 
ciers les  plus  épais.  Les  mères,  que  l'on  taxait  l'anne'e  dernière  d'une 
civilisation  exagérée,  ont  e'ie'  elles-mêmes  gagne'es  par  la  sauvagerie 
de  leurs  nourrissons  ;  elles  no  s'enfuient  pas  si  elles  croient  leur  pro- 
ge'uiture  menace'e,  mais  reviennent  intrépidement  sur  le  garde  qui  se 
montre,  non  plus  pour  se  laisser  admirer,  mais  pour  essayer  de  lui 
sauter  au  visage.  Ces  dispositions  ne  pouvant  que  s'accentuer  chez 
les  Dindonneaux,  il  devient  probable  que,  comme  en  Allemagne,  ils 
se  décideront  à  prendre  leur  essor  devant  le  chien  ou  les  rabatteurs 
et  à  offrir  aux  invite's  de  M.  le  Président  de  la  République  l'objectif  le 
plus  magnifique  qu'il  lui  soit  possible  d'ambitionner.  » 

Les  fruits  des  Citrus.  —  L'Oranger  cultivé  occupe  une  place 
importante  parmi  les  plantes  e'conomiques.  Son  fruit,  appelé'  «  Orange 
douce,  Orange  de  Malte,  de  Valence,  de  Portugal,  de  Blidah  »,  etc., 
est  un  des  plus  beaux  et  des  plus  agréables  du  régne  ve'ge'tal.  C'est 
une  baie  globuleuse,  quelquefois  un  peu  de'prime'e,  revêtue  d'une 
e'corce  lisse  ou  légèrement  rugueuse,  sous  laquelle  on  rencontre  une 
pulpe  filamenteuse,  blanche,  mince  et  d'un  goîit  fade,  qui  forme 
la  presque  totalité  du  fruit.  Cette  pulpe  contient  8-10  loges  occu- 
pées par  des  ve'sicules  oblongues  gorgées  d'un  suc  incolore,  jaundtre, 
quelquefois  rouge,  selon  les  varie'le's  qui  sont  très  nombreuses. 

D'une  saveur  douce  ou  un  peu  aigrelette,  aromatique  et  sucre'e, 
l'Orange  est  un  fruit  délicieux,  très  sain,  dont  la  consommation  est 
e'norme  dans  la  plus  grande  partie  du  monde  entier.  L'usage  du  suc  ou 
jus  d'orange  est  très  re'pandu  pour  la  pre'paration  de  sirops,  de  confi- 
tures ou  de  boissons  rafraîchissantes  appele'es  orangeades. 

Depuis  quelques  années,  on  pre'pare  en  Ame'rique,  notamment  en 
Floride  et  aux  Antilles,  sous  le  nom  de  Vin  d'Orange,  un  breuvage 
capiteux,  légèrement  alcoolique  et  suffisamment  sucré,  d'un  goût 
agre'able,  regardé  comme  tonique  et  hygie'nique.  Ce  liquide  offre 
l'avantage  de  se  conserver  et  même  de  s'améliorer  sensiblement  au 
bout  de  trois  ans  de  bouteille.  En  Espagne,  surtout  en  Andalousie 
où  cette  industrie  semble  vouloir  prendre  une  grande  extension,  on 
fabrique  une  sorte  de  vin  d'Orange  en  mettant  en  cuve  une  quantité 
déterminée  de  raisins  blancs  de  la  deuxième  cueille,  et  en  j  ajoutant 
environ  un  cinquième  d'Oranges  écrase'es.  Le  vin  qu'on  obtient  par 
le  mélange  de  Muscats  et  d  Oranges  est  plus  parfumé,  plus  moelleux 
que  celui  qui  provient  des  autres  sortes  de  raisins.  Le  Portugal  et  la 
Sicile  commencent  aussi  à  se  livrer  à  cette  fabrication  dont  on  a  pro- 
pose' l'essai  dans  notre  colonie  alge'rienne. 


238  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

L'écorce  d'Orange  candie  au  sucre  est  un  article  très  apprécié  do 
la  confiserie  parisienne  ;  elle  sert  aussi  quelquefois  à  aromatiser  di- 
verses friandises,  crèmes,  pâtisseries,  etc.  Cette  écorce  est  parfois 
vendue  comme  écorce  d'Orange  amère,  quoique  très  inférieure  à  celle 
du  Bigaradier,  dont  elle  se  distingue  par  sa  nature  spongieuse  et  sou 
coût  faiblement  amer.  L'essence  qu'on  en  retire,  bien  connue  en  par- 
fumerie sous  le  nom  d'essence  de  Portugal,  est  la  plus  légère  de  celles 
qu'on  extrait  des  diverses  espèces  de  Ciirus,  car  sa  densité'  n'est  que 
de  0,835  après  parfaite  reclificalion  ;  c'est  celle  aussi  qui  de'vie  le  plus 
à  droite  la  lumière  polarise'e. 

Les  fleurs  de  l'Oranger  doux  sont  souvent  mélangées  à  celles  du 
Ciù-us  Mgaradia  pour  la  fabrication  de  l'eau  de  fleur  d'oranger,  mais 
elles  ne  les  valent  pas.  Enfin,  l'essence  dite  de  Petit  Orain  est  en 
partie  extraite  de  ses  feuilles. 

Le  fruit  du  Bigaradier  appelé  «  Orange  amère,  Bigarade,  Orange  de 
Séville  »,  est  une  ])aie  de  moyenne  grosseur,  sembla])le  à  l'Orange 
douce  par  la  forme,  mais  d'une  couleur  rougeatre  souvent  plus  foncée; 
elle  se  distingue  encore  de  celle-ci  par  son  zeste  plus  rugueux  à  la 
surface  et  par  ses  vésicules  oléifères  concaves  et  non  convexes.  Sa 
pulpe  acide,  d'une  saveur  amère  et  désagréable,  n'est  pas  comestible, 
mais  sert  quelquefois  de  condiment  et  d'assaisonnement. 

L'e'corce  enlevée  au  couteau  et  de'coupe'e  en  lanières  spirale'es  que 
l'on  fait  desse'cher,  constitue  la  véritable  écorce  d'Orange  amère  em- 
ployée en  médecine  pour  la  préparation  d'un  sirop  tonique  que  l'on 
associe  souvent  au  Quinquina  et  au  Colombo.  Ce  produit,  qui  donne 
lieu  à  un  commerce  important,  est  d'un  usage  très  répandu  pour  la 
préparation  de  certaines  liqueurs,  notamment  du  Curaçao  et  du  Bitter- 
Par  l'expression  ou  la  distillation  du  zeste,  on  obtient  une  essence 
ayant  à  peu  près  la  même  odeur  que  celle  que  l'on  retire  du  Limon  et 
du  Cédrat,  mais  plus  fine  et  plus  pénétrante.  Cette  essence,  connue 
dans  le  commerce  sous  le  nom  d'essence  de  Bigarade,  se  fabrique  sur- 
tout en  Sicile  et  dans  le  midi  de  la  France  ;  elle  trouve  son  emploi 
principal  dans  la  parfumerie  et  entre  dans  la  composition  de  spiri- 
tueux amers.  La  qualité  supérieure,  obtenue  directement  par  pression, 
est  presque  toujours  falsifie'c,  de  l'aveu  des  fabricants  eux-mêmes, 
avec  l'huile  distillée  ou  avec  l'essence  de  citron  ordinaire. 

L'essence  de  Ne'roli,  qui  atteint  un  prix  si  c'ievé  dans  le  commerce,  est 
obtenue  en  distillant  la  fleur  seule  du  Bigaradier  ;  sa  couleur  est  bru- 
nâtre, son  odeur  forte  et  agrda))le,  sa  saveur  aromatique  et  amère.  Le 
Ne'roli  se  rencontre  rarement  pur  et  sert  en  parfumerie,  notamment 
pour  la  pre'paration  de  l'Eau  de  Cologne  et  autres  parfums  estime's. 
En  1828,  Boullay  a  retire'  de  cette  essence  un  corps  cristallin,  insipide, 
neutre,  connu  en  chimie  sous  le  nom  de  Camphre  de  Néroli.  L'eau, 
ayant  servi  à  la  distillation  de  l'essence,  constitue  l'Eau  de  fleur 
d'Oranger  double  ou  triple  dont  les  usages  sont  connus  de  tous. 


CHRONIQUE  GENERALE  ET  FAITS  DIVERS.  239 

Nous  montionneious  encore  dans  ce  faible  aperçu  des  produits 
du  Bigaradier,  les  Omngettes  qui  sont  des  fruits  cueillis  avant  qu'ils 
aient  atteint  la  grosseur  d'une  Cerise;  elles  sont  rondes,  d'un  noir 
grisâtre,  marquées  d'un  point  jaunâtre  au  sommet.  On  les  utilise  en 
médecine  pour  pre'parer  une  leinLure  stomachique  très  amère  et  comme 
pois  d'oranges  pour  les  cautères,  plus  rarement  en  parfumerie.  Les 
fruits  tombe's  de  l'arbre  peu  après  la  floraison,  sont  appele's  Petit- 
grain  et  servent  à  proparer  l'essence  de  ce  nom,  presque  toujours 
me'lange'e  à  celle  des  feuilles  de  l'arbre  lui-même  ou  de  l'Oranger 
doux.  Les  Chinois,  qu'on  mange  confits  dans  l'eau-de-vie,  sont  pro- 
duits également  par  une  variété'  de  Bigaradier  de  la  Chine.  Les  feuilles 
des  diverses  espèces  d'Orangers  possèdent  des  propriéte's  antispas- 
modiques,  mais  celles  du  Bigaradier  sont  les  plus  recherchées. 

Le  fruit  du  Citrus  limonum  ou  Limon,  appelé  plus  communément 
mais  improprement  Citron,  est  une  baie  ovoïde,  charnue,  plus  ou 
moins  rugueuse,  terminée  par  un  mamelon  obtus.  11  se  compose  d'un 
péricarpe  ou  zeste  jaune  ou  verdâtre,  d'une  odeur  aromatique  el  d'une 
saveur  amère.  L'intérieur  du  Limon  est  occupe'  par  une  pulpe 
blanche,  mince,  à  cloisons  rayonnantes,  entre  lesquelles  se  trouvent 
une  grande  quantité  de  loges  remplies  d'un  liquide  fortement  acide, 
qui  constitue  le  jus  de  Citron. 

Le  suc  exprimé  du  Limon  frais  sert  à  préparer  un  grand  nombre  de 
boissons  acidulées,  dont  la  plus  commune  est  la  limonade;  ces  bois- 
sons sont  surtout  d'un  usage  très  répandu  en  Amérique,  où  le  nombre 
de  Citrons  exporte's  chaque  année  atteint  un  chiffre  considérable. 
Tout  le  monde  connaît  aussi  l'emploi  du  Citron  comme  assaisonne- 
ment condlmentaire  de  certains  mets,  et  l'usage  que  l'on  en  fait  en 
confiserie  pour  aromatiser  les  bonbons,  pastilles,  etc. 

Le  jus  de  Citron  frais  est  considéré  comme  excellent  pour  com- 
battre les  inflammations  légères  de  la  gorge.  En  Afrique,  le  Citron  est 
un  remède  très  populaire,  employé'  par  les  Arabes  et  les  Kabyles 
contre  les  fièvres  intermittentes  et  palude'ennes.  Disons  encore  que  le 
jus  de  Citron  est  recommandé,  d'une  façon  toute  particulière,  dans  la 
marine  anglaise,  comme  un  préservatif  presque  infaillible  du  scorbut 
de  mer. 

Préparé  en  grand  pour  les  besoins  de  l'industrie,  le  jus  de  Citron 
est  extrait  par  pression  des  fruits  à  pulpe  acide  de  plusieurs  espèces 
et  variétés  de  Citrus,  mais  surtout  du  Limonier.  C'est  un  liquide  lim- 
pide, d'une  teinte  légèrement  ambrée,  lorsqu'il  a  e'té  clarifie';  son 
odeur  est  fraîche,  faiblement  aromatique,  et  sa  saveur  fortement  acide. 
Le  jus  de  Citron  est  l'objet  d'un  commerce  très  important;  mais 
comme  il  est  sujet  à  la  fermentation,  à  cause  des  matières  albu- 
minoïdes,  de  la  gomme  et  du  sucre  qu'il  contient,  il  faut,  pour  le  faire 
voyager,  le  soumettre  à  l'ébullition  et  le  tenir  dans  des  vases  bien 
pleins  et  hermétiquement  fermés.  En  Ame'rique,  ce  produit  est  utilisé 


240  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

par  les  teinturiers  pour  fixer  certaines  couleurs;  en  Europe  et  dans 
nos  colonies,  le  jus  concentré  du  Citron  sert  exclusivement  à  la  pré- 
paration de  l'acide  citrique. 

Par  la  distillation  des  fruits  verts  et  par  pression  du  zeste  des  fruits 
mi!irs,  on  relire  Vessence  de  Citron,  sous  forme  d'un  liquide  incolore  ou 
faiblement  coloré  en  jaune,  d'une  odeur  forte  mais  agréable,  d'une  sa- 
veur aromatique  et  un  peu  amére.  L'essence  de  Citron  s'emploie  ordi- 
nairement dans  la  confiserie,  la  parfumerie,  mais  peu  en  médecine. 
Celle  qu'on  rencontre  dans  le  commerce  est  rarement  pure  et  on  lui 
substitue  le  plus  souvent  Vhuile  distillée  qui  est  d'un  prix  inférieur. 
L'essence  de  Citron  se  prépare  surtout  en  Sicile  et  en  Calabre  ;  les 
vilies  où  ce  trafic  est  le  plus  important  sont  Messine  et  Palerme.  En 
France,  Nice  et  Menton  possèdent  aussi  quelques  fabriques  qui  livrent 
des  produits  eslirae's. 

M.  le  D""  Bcrtherand  a  propose  l'hydrolat  de  fleurs  de  Limonier 
comme  succédané  de  l'eau  distille'c  de  fleurs  d'Oranger,  si  souvent 
de  mauvaise  qualité.  Ce  produit  présente  un  arôme  et  une  saveur  ana- 
logues à  ceux  de  la  fleur  de  Bigaradier,  mais  plus  fins,  plus  suaves 
et  plus  persistants.  Cette  eau  jouit,  d'ailleurs,  des  mômes  propriétés 
antispasmodiques,  et  constitue  un  excellent  collyre  dans  les  conjonc- 
tivites légères  et  le  prurit  des  paupières. 

Plusieurs  principes  amers  ont  été'  retirés  de  l'Orange  et  du  Citron,  ce 
sont  :  VHépéridme,  découverte  en  1828  par  Lebreton  dans  l'enveloppe 
blanche  et  spongieuse  de  ces  fruits  ;  VAurantiine,  retirée  par  Brandes, 
vers  1841  ;  la  Li/nionine,  obtenue  par  Bernays  en  épuisant  les  pépins 
de  Citron  par  l'alcool.  Ces  substances,  dont  la  composition  est  encore 
assez  mal  connue,  n'offrent  guère  jusqu'ici  qu'un  intérêt  purement 
scientifique. 


Les  Fauvettes  d'Europe,  par  F.  de  Schaeck.  (Extrait  des  Mé- 
moires de  la  Société  zoologique  de  France  pour  18U0),  133  pages, 
figures. 

Monographie  des  Francolins,  par  F.  de  Schaeck.  (Extrait  des 
Me'moires  de  la  Socie'te'  zoologique  de  France  pour  1891.) 

Effets  produits  sur  l'engraissement  des  Porcs  par  la  nour- 
riture sèche  ou  la  nourriture  mouillée,  par  A.  Caux,  chevalier  du 
Mérite  agricole,  économe  de  l'asile  départemental  de  Saint- Yon. 

Des  pommes  à  cidre  d'origine  e'trangère  importe'es  en  France  — 
Des  engrais  de  ferme  ;  expe'riences  faites  avec  le  fumier  de  tourbe 
de  Hollande  ;  considérations  sur  l'enseignement  primaire  de  l'agri- 
culture, par  A.  C\ux,  chevalier  du  Mérite  agricole,  économe  de 
l'asile  départemental  de  Saint-Yon. 


Le  Gérant  :  Jules  Grisakd. 


I.  TRAVAUX  ADRESSES  A  LA  SOCIETE. 


L'ETAT   ACTUEL 

DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  EUROPE 

Pak  m.  e.  leclainche, 

Professeur  à  l'Ecole  vétérinaire  de  Toulouse 

Et  m.  Ch.  MOROT, 

Vétérinaire  municipal  à  Troyes. 

(SUITE  *) 


SUISSE. 

Canton  de  Frihourg  (48).  On  mange  du  cheval  au  chef- 
lieu  et  dans  toutes  les  campagnes,  surtout  dans  le  district 
de  la  Singine.  Quand  les  paysans  ont  des  chevaux  vieux, 
tarés,  défectueux,  atteints  d'accidents  ou  de  certaines  mala- 
dies, ils  les  abattent,  puis  en  salent  ou  en  fument  la  viande 
pour  leur  consommation  personnelle. 

Frïbourg.  Les  solipèdes  de  boucherie  sont  sacrifiés  à  l'a- 
battoir de  la  ville,  et  l'hippophagie  est  soumise  aux  disposi- 
tions suivantes  du  règlement  communal  du  i''^  juillet  1889  : 

L'autorisation  d'abattre  des  chevaux  pour  la  cousommation  n'est 
accordée  par  la  Direction  de  police  locale  que  sur  la  déclaration 
écrite  de  l'inspecteur  (de  l'abattoir),  attestaiat  que  l'animal  est  sain. 

S'il  résulte  de  l'examen  de  l'inspecteur  que  l'animal  est  malade, 
l'abatage  et  l'enfouissement  doivent  être  faits  par  l'e'quarrisseur. 

Les  locaux  servant  à  l'abatage  des  chevaux  destinés  à  la  consom- 
mation doivent  être  agréés  par  la  Direction  de  police  et  sont  place's 
sous  la  surveillance  de  celte  autorité  ainsi  que  les  lieux  de  débit  et 
leurs  dépendances.  L'inspecteur  des  boucheries  en  a  la  surveillance 
immédiate. 

L''abatage  des  chevaux  est  soumis  au  paiement  du  permis  prévu  au 
tarif  (ir.  2,50). 

La  vente  de  viande  de  cheval  ne  peut  se  faire  que  dans  les  locaux 

(*)  'Voyez  plus  haut,  pages  1,  97,  14^  et  193. 

20  Septembre  1892.  16 


242  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

désignes  par  le  chef  de  la  police  ;  ceux-ci  porleut  à  l'exte'rieur,  d'une 
manière  apparcnle.  les  mots  :  «  viande  de  cheval  ». 

Toutes  viandes,  provenant  de  chevaux  abattus  hors  de  la  commune, 
et  destine'es  à  être  vendues  dans  la  commune,  doivent  être  accompa- 
gnées du  certificat  de  provenance  délivre  par  l'inspecteur  du  bc'tail  de 
la  commune  d'où  elles  sont  importées. 

Ces  viandes  ne  peuvent  être  exposées  en  vente  avant  d'avoir  été 
visitées  par  le  sous-inspecteur  de  l'abatloir  et  estampillées  par  lui. 

Aucune  viande,  provenant  de  chevaux  abattus  dans  d'autres  com- 
munes pour  cause  de  maladies,  ne  peut  être  introduite  dans  la  com- 
mune de  Fribourg  pour  être  livrée  h  la  consommation. 

La  viande,  provenant  de  chevaux  abattus  pour  cause  d'accidents, 
doit  être  accompagnée  du  certificat  officiel  de  la  commune  où  l'ani- 
mal a  été  abattu  (déclaration  attestant  le  genre  d'accident  survenu). 
Elle  ne  peut  être  vendue  qu'après  avoir  c'té  visitée  et  estampillée  par 
le  sous-inspecteur  et  avoir  paye  la  finance  de  G  centimes  par  kilo- 
gramme. 

Les  organes  essentiels  :  le  poumon,  le  foie,  la  rate  et  le  cœur  doi- 
vent être  produits. 

Les  nombreux  laits  rappoi'tés  dans  ce  mémoire  démonti'ent 
que.  de  tous  les  côtés,  la  viande  de  cheval  est  en  train  de 
perdre  son  mauvais  renom  d'autrefois  et  d'entrer  pour  une 
part  de  plus  en  plus  considérable  dans  l'alimentation  hu- 
maine. Même  dans  les  contrées  restées  sensiblement  rél'rac- 
taires  à  l'hippophagie,  il  n'est  pas  rare  de  rencontrer  des 
personnes  autorisées  qui  se  déclarent  partisans  sincères  de 
ce  genre  d'alimentation  et  ne  se  font  aucun  scrupule  d'en 
affirmer  publiquement  les  avantages.  C'est  ainsi  que  malgré 
la  grande  aversion  de  .ses  compatriotes  pour  l'hippophagie  (1), 
aversion  qu'il  qualifie  d'irrationnelle,  M.  le  professeur  Tho- 
mas Walley  d'Edimbourg  n'a  pas  craint  d'écrire  les  lignes 
suivantes  :  «  La  non  consommation  de  la  viande  de  cheval 
dans  notre  pays  cause  évidemment  ici  un  très  grand  préju- 
dice. On  peut  en  juger  par  l'extension  de  la  vente  de  cet 

(1)  M.  Wylde,  chef  du  service  d'inspection  de  la  boucherie  de 
Londres,  n'est  pas  partisan  de  l'hippophagie  parce  que,  dit-il,  elle  ne 
peut  employer  que  des  chevaux  malades  ou  en  mauvais  olai  et  non 
des  chevaux  sains  et  gras  qui  coûtent  plus  cher  que  les  bœufs.  Il 
pense  que  la  viande  chevaline  serait  très  peu  consommée  en  Angle- 
terre, si  elle  y  était  rigoureusement  débitée  sous  sa  v<û-ita'jle  désigna- 
tion, ainsi  que  l'exige  la  loi.  {T/ie  inspection  of  méat,  by  W.  Wylde. 
London, 1890,  p.  23  et  24.) 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  EUROPE.  243 

aliment  dans  certaines   contrées  du  continent,   notamment 
dans  l'épicurienne  France  » .  (Y) 

Malheureusement,  faute  de  tableaux  statistiques  publiés 
par  les  différents  États,  il  est  bien  difficile  d'être  fixé  exac- 
tement sur  l'importance  numérique  de  l'hippophagie.  Pour 
arriver  à  ce  résultat,  il  faudrait  que,  dans  chaque  pays,  le 
gouvernement  recueillît  ces  statistiques  et  les  fit  imprimer. 
Il  nous  reste  à  formuler  le  vœu  de  voir  bientôt  notre  désir 
se  réaliser. 

Les  statistiques  hippophagiques  officielles  ne  donnent  que 
le  nombre  des  solipèdes  régulièrement  abattus  et  inspectés 
dans  des  abattoirs  publics  ou  autorisés.  Il  serait  bien  diflflcile 
actuellement  de  connaître  la  quantité  de  solii)èdes  d'équar- 
rissage  malades  ou  en  mauvais  état,  dont  la  viande  est  livrée 
clandestinement  à  la  consommation.  Ce  commerce  interlope 
était  autrefois  très  répandu  en  France,  en  Belgique,  etc., 
d'après  Verheyen,  Vernois  et  Tardieu  (E).  Pour  être  con- 
vaincu qu'il  continue  à  s'exercer  de  temps  à  autre  dans  notre 
pays  et  ailleurs,  il  suffît  de  parcourir  les  journaux  vétéri- 
naires, les  revues  médicales  ou  d'hygiène  ainsi  que  les  divers 
organes  de  la  presse  politique.  En  signalant  les  dangers  de 
ce  trafic  abusif,  M.  le  1)''  Vallin  émettait  récemment  la  con- 
clusion suivante  :  «  Autant  l'hygiène  publique  et  le  bien-être 
des  populations  sont  intéressés  au  progrès  des  boucheries  de 
cheval  surveillées  à  l'égal  des  autres  boucheries,  autant  le 
commerce  clandestin  de  ces  viandes  répugnantes  et  dange- 
reuses (chevaux  d'équarrissage  malades  ou  étiques)  est  une 
menace  pour  la  santé  publique  »  (1).  Cette  conclusion  sera 
aussi  la  nôtre  ;  nous  nous  permettrons  seulement  d'y  ajouter 
ceci  :  Il  est  indispensable  que  les  pouvoirs  publics  prennent 
des  mesures  sérieuses  pour  que  la  viande  de  cheval,  propre 
à  la  consommation,  soit  toujours  et  partout  débitée  comme 
viande  de  cheval  (2).  Il  faut,  en  un  mot,  qu'une  réglemen- 

(1)  Revue  d'hygièiie  et  de  police  sanitaire,  numéro  du  20  janvier  1892, 
p.  75. 

(2)  C'est  en  saucissons  que  la  viande  de  cheval  se  prête  le  plus  fa- 
cilement à  la  fraude.  11  faudrait  qu'il  y  eût  en  France  une  prescrip- 
tion analogue  à  celle  de  l'article  55  du  Règlement  du  J  aoâl  iSOO  sur  la 
surveillance  hygiénique  des  aliments  en  Italie.  Art.  55.  «  On  ne  pourra 
fabriquer  des  saucissons  en  mélangeant  des  viandes  provenant  d'ani- 
maux d'espèces  différentes,  à  moins  que  ce  mélange  ne  soit  approuvé 
par  l'autorité  sanitaire  et  ne  soit  déclaré  dans  le  commerce. . .  ■> 


244  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

tation  générale  (1)  bien  établie  permette  aux  vétérinaires- 
inspecteurs  des  viandes  de  remplir  convenablement  leur  mis- 
sion à  la  fois  hygiénique  et  morale,  qui  consiste  à  empêcher 
et  la  vente  d'aliments  insalubres  et  la  tromperie  sur  la  nature 
des  aliments  mis  en  vente. 


APPENDICE. 

Bar-le- Duc— Meuse.  (Com.  de  M.  Laurent,  vétérinaire  à 
Bar,  1"  juin  189-2.)  Les  débuts  de  l'hippophagie  remontent  à 
1S6T.  Depuis  l'année  1891,  on  abat  environ  deux  chevaux  par 
semaine.  Il  y  a  actuellement  deux  boucheries  hippopliagiques 
à  Bar-  le-Duc  ;  le  prix  de  la  viande  de  cheval  y  varie,  selon 
les  catégories,  de  20  à  80  c.  le  demi-kilo  (80  c.  le  filei). 

Epernaij  —  Marne.  D'une  statistique  delà  mairie  de  cette 
ville,  que  nous  devons  à  l'obligeance  de  M.  Pol  Royer,  de 
Saint-Victor  (Marne),  il  résulte  que,  dans  le  cours  de  1891, 
il  a  été  abattu  et  consommé  à  Kpernay  247  chevaux  et 
10  ânes  ou  mulets. 

Niort  —  Deux-Srrrrs.  (Com.  de  M.  Laugeron,  vétérinaire, 
à  Niort,  15  juillet  1892.)  A  deux  reprises  dillerentes,  on  a 
infructueusement  tenté  de  monter  une  boucherie  de  cheval 
à  Niort.  L'insuccès  de  l'hippophagie  dans  cette  ville  tient  à 
ce  que  la  population  ouvrière  y  est  peu  nombreuse  et,  en 
général,  aisée. 

Orléans  — Loiret.  (Com.  de  M.  François,  vétérinaire,  à  Or- 
léans, 1"'  septembre  1892.)  Il  y  a  actuellement  deux  bouche- 
ries hipi)ophagiques,  à  Oi'léans;  elles  sont  installées  aux 
Halles,  Le  nombre  des  solipèdes  sacrifiés  à  l'abattoir  a  été  : 

„      (  387  chevaux,        „      (   316  chevaux,        „      [  334  chevaux. 
En    )     ^„   ^  En    \      ,^   .  En    )      ^„  ^ 

1889        ''^'^7'  1890        '^'"7;  1891        '^'/"f, 

l       7  mulots.  '       3  mulets.  l       2  mulcls. 

(1)  Ch.  Morol.  De  la  nécessité  d'un  règlement  d'administration  publi- 
que sur  la  surveillance  hygiénique  des  différents  alituents  d'origine  animale 
et  sur  l'inspectton  sanitaire  des  divers  établissements  servant  à  la  prépa- 
ration, au  dépôt  et  à  la  vente  de  ces  substances,  in  Bulletin  de  la  Société 
Vétérinaire  de  l'Aube,  1"''  trimestre  1892.  Troyes,  1892,  p.  7  et  s.  Cu 
mémoire  contient  plusieurs  lois  et  règlements  généraux  sur  l'hippo- 
phagie de  divers  pays  d'Europe,  notamment  du  grand-duché  de  Bade, 
de  la  Bavière,  de  la  Belgique,  des  Iles-Britanniques,  du  Wurlom- 
berg,  etc. 


L'ÉTAT  ACTUEL  DE  L'HIPPÛPHAGIE  EN  EUROPE.  245 

Sens  —  Yonne.  En  1891  il  a  été  consommé  36  chevaux  et 
9  ânes.  (Statistique  de  l'abattoir  de  Sens.) 

Vendeuvre-sur-Barse — Aube .  (Com.  de  M.  Martin,  vété- 
rinaire à  Vendeuvre.)  Pendant  un  certain  temps,  il  y  a  quel- 
ques années,  un  boucher  hippophagique  de  Troyes  apportait, 
par  intervalle,  de  la  viande  chevaline  à  Vendeuvre  et  la  dé- 
bitait en  concurrence  avec  un  individu  de  la  localité  qui  sa- 
crifiait quelques  chevaux  de  boucherie  à  l'abattoir  communal. 
Ce  dernier  commerçant,  resté  seul  maître  de  la  place,  ven- 
dait couramment  la  viande  de  cheval  25  à  30  centimes  le 
demi-kilo  et  même  60  centimes  les  meilleurs  morceaux.  En 
1891  il  n'a  tué  qu'un  seul  cheval,  parce  que  son  établissement 
a  cessé  d'être  fréquenté  à  la  suite  de  la  découverte  d'un  che- 
val morveux  dans  ses  écuries. 

Vassy  —  Marne.  (Com.  de  M.  Streicher,  vétérinaire  à 
Vassy.)  Le  nombre  des  chevaux  consommés  a  été  de  62  en 
1888,  43  en  1889,53  en  1890,  13  en  1891  et  dans  les  15  premiers 
mois  de  1892.  En  1891,  on  n'a  abattu  des  chevaux  de  bou- 
cherie qu'en  janvier,  lévrier,  mars,  avril,  mai  et  décembre. 

Mulhouse — Alsace.  En  1891-92,  on  a  sacrifié  528  chevaux 
à  Fabattoir.  On  a  refusé  le  permis  d'abatage  à  4  chevaux 
glandes  et  à  25  trop  maigres.  On  l'a  aussi  refusé  à  4  chevaux 
qui  ont  été  envoyés  au  clos  d'équarrissage,  1  pour  tétanos, 
1  pour  pneumonie,  1  pour  influenza  et  1  pour  crapaud.  Les 
cadavres  de  19  chevaux  ont  été  livrés  à  l'équarrisseur,  1  pour 
septicémie,  1  pour  entérite  gangreneuse,  1  pour  mélanose 
et  16  comme  n  ayant  pas  la  moelle.  La  viande  de  cheval  se 
vend  40  à  60  nuo'ks  le  kilo,  50  à  75  centimes.  (Zeits,  Fleisch-u 
Milchh,  sept.  1892,  p.  246  et  s.  Jungers). 

A  Karlsruhe,  on  a  consommé  345  chevaux  en  1891  {Berl. 
Thler.  Woch.,  1892,  n"  20). 

A  Cotthus  {Brandebourg),  on  a  consommé  252  chevaux 
du  l^'  avril  1891  au  31  mars  1892  {Berl.  Thier.  Woch.,  1892, 
n°21). 

A  Ralhenoiv  [Brajidebourg],  il  a  été  consommé  33  chevaux 
en  1890-91  et  48  en  1891-92  (Zeits.  FI.  v.  Milch.  Sept.  1892, 
p.  246.  Simon). 

A  Spremberg  [Brandebourg],  le  nombre  des  chevaux  de 
boucherie  abattus  a  été  de  32  du  1"  avril  1890  au  31  mars 
1891,  de  24  du  l^-'  avril  1891  au  31  mars  1892,  et  de  4  du 
l*""  avril  au  !<='■  juillet  1892.  Le  foie  d'un  de  ces  chevaux  con- 


246  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

tenait  des  échinocoques  {Zeitsch.  Fleisch.-u.  Milchhygiene, 
August  1892,  p.  222). 

A  Gœttingue  [Hanoi-re],  du  1<^'"  avril  1891  au  31  mars  1892, 
il  a  été  consommé  130  chevaux  {Berl.  Tliier.  Woch.,  1892, 

n»  18). 

A  Kœnigsherg  [Poméranie],  en  1891,  il  a  été  sacrifié 
2,640  chevaux  dé  boucherie,  qui  ont  fourni  5,280  quintaux 
de  viande,  dont  4,509  pour  l'alimentation  de  l'homme  et  ITl 
pour  celle  des  chiens  [Berl.  T/iier.  Woch.,  1892,  n°  9,  p.  107). 

Vienne  —  Autriche.  «  Dans  le  courant  du  premier  trimestre 
de  1892  on  a  abattu  à  Vienne  2,367  chevaux  de  boucherie, 
c'est-à-dire  143  de  phis  que  dans  le  dernier  trimestre  de 
1891   et   357   de    plus  que    dans   le    premier   trimestre    de 

1891.  On  voit  donc  que  la  consommation  de  la  viande  de 
cheval  s'accroît  constamment  à  Vienne,  ce  qui  l'ait  (pie  de 
nouvelles  boucheries  hippophagiques  ont  été  ouvertes  dans 
cette  ville.  »  (D'après  La  Presse,   de  Vienne,  du  29  avril 

1892.  —  Com.  de  M.  Koudelka). 

Bruxelles.  (Com.  de  M.  Van  Ilertsen).  Dans  la  ville  de 
Bruxelles  (faubourgs  non  compris),  il  a  été  abattu  ])our  la 
boucherie  1,534  solipèdes  (dont  2  ou  3  ânes  et  mulets)  en 
Î891,  et  705  ch  vaux  du  l"''  janvier  au  15  juin  1892.  Au 
20  juillet  1892,  il  y  avait  16  étaux  hippopliagiques  dans  les 
divers  quartiers  de  la  ville,  tous  à  domicile.  La  viande  de 
cheval  se  vend  aux  prix  suivants  par  demi-kilo  :  filet  50  à 
60  centimes;  biftecks  40  à  50  centimes;  carbo>ia'ies  3^)  k 
40  centimes;  viande  hachée  pour  la  charcuterie  30  à  35  cen- 
times. Les  solipèdes  de  boucherie  consommés  dans  les  di- 
vers faubourgs  de  Bruxelles  sont  sacrifiés  dans  d'autres 
abattoirs  que  celui  de  la  capitale  et  ne  figurent  pas  dans  les 
statistiques  précitées.  Bien  que  ne  possédant  aucun  chiffre 
olficiel  sur  ces  abatages  effectués  extra-muros,  M.  Van 
Hertsen  estime  que  la  consommation  hippophagique  des  fau- 
bourgs et  celle  de  la  ville  doivent  avoir  une  importance  à  peu 
près  égale. 

Roumanie  (Com.  de  M.  Furtuna,  vétérinaire  à  Constanta). 
Comme  tous  les  peuples  chrétiens  du  rite  grec,  tels  (jue  le 
Arméniens,  les  Bulgares,  les  Russes,  les  Serbes,  etc.,  les 
Roumains  s'abstiennent  absolument  de  manger  de  la  viande 
de  cheval,  même  en  cas  de  famine.  11  n'en  est  pas  de  môme 
des  Tartares  qui,  en  1852-53,  sont  venus  s'établir  dans  la 


L'ÉTAT   ACTUEL  DE  L'HIPPOPHAGIE  EN  EUROPE.  247 

JDobroiulja,  en  même  temps  que  dans  la  Bulgarie,  la  Russie 
méridionale  et  la  Turquie  d'Europe.  Dans  la  Dobroudja,  an- 
cien territoire  turc  annexé  à  la  Roumanie,  depuis  1877, 
les  Tartares  se  divisent  en  six  tribus  :  1°  les  Aytouani; 
•2o  les  RaygontsclUtschi;  y°  les  Darieni;  4°  les  Crimiaiw  \ 
5°  les  Ouiretschi;  6*^  les  Mogoï  ou  Vieux  Calmoutschi.  Les 
trois  premières  tribus  ne  mangent  que  de  la  viande  des  clie- 
vaiix  sains,  expressément  sacrifiés  pour  leur  consommation 
Les  Crimiaini,  très  bons  cavaliers  et  très  experts  dans  Féle- 
vage  des  chevaux,  qu'ils  aiment  passionnément,  ne  consom- 
ment jamais  de  viande  de  cheval;  leurs  prêtres  leur  défen- 
dent de  se  nourrir  de  cet  aliment  ainsi  que  de  la  chair  de 
porc.  Les  Oairt'tschi  et  les  Mogoï  recherchent  avec  passion 
la  viande  de  cheval  pour  leur  alimentation.  Ils  vont  même 
jusqu'à  déterrer  les  chevaux  crevés  ou  abattus  comme  ma- 
lades ;  ils  les  placent  alors  sur  leurs  quatre  pieds,  ou  sur  la 
partie  inférieure  de  la  poitrine  et  du  ventre  si  les  membres 
ont  été  enlevés,  après  quoi  un  de  leurs  prêtres  prononce 
quelques  paroles  sacramentelles  et  implante  son  couteau  au 
niveau  du  cœur  pour  faire  un  simulacre  d'égorgement.  Une 
fois  cette  cérémonie  achevée  le  cadavre  est  découpé  et  par- 
tagé entre  les  Tartares.  Chaque  famille  en  reçoit  un  morceau 
proportionné  au  prix  qu'elle  a  payé  pour  la  valeur  de  la 
viande  et  pour  l'opération  sacerdotale, 

MUayi.  En  1891,  on  a  sacrifié  4,091  solipèdes  de  boucherie, 
dont  3,606  chevaux,  375  mulets  et  110  ânes  [CLinica  veleri- 
naHa  di  MUano,  20  maggio  1892,  n°  14,  p.  217). 

V/interthur  [Canton  de  Zurich,  Suisse).  En  1891,  on  a  sa- 
crifié 3  chevaux  pour  la  boucherie.  Ces  trois  animaux,  qui 
avaient  été  abattus  pour  cause  de  coliques,  ont  été  saisis 
comme  impropres  à  la  consommation  [Bar.  Fieischschau 
Winlerthur  pro  1891,  in  Scliioeizer-Archiv  fïtr  Tliierheil- 
hunde,  Zurich,  Marz  u.  April  1892,  p.  90  et  91). 

[A  suivre.) 


LES  OIES  EN  RUSSIE 

LES  RACES  ACCLIMATÉES   ET  A  ACCLLMATEK 

Par    m.    VIENKOFF. 

(suite  et  fin*) 


Les  Oies  de  Toulouse  ont  le  corps  Cort,  très  massif  et 
comme  aplati  de  côté,  sur  des  jambes  basses,  le  cou  et  la 
queue  sont  peu  dévelopi)és.  La  tête  plus  ronde  est  bien 
emplumée  ;  le  bec,  beaucoup  plus  court  que  celui  des  Oies 
d'Emden  et  de  la  Poméranie,  est  très  fort,  élargi  â  la  base. 
Le  cou  fort  est  insensiblement  recourbé  en  arrière,  et  if 
existe  une  espèce  de  fanon.  La  poitrine  est  large  et  profonde, 
les  ailes  très  développées,  larges.  Les  hanches  puissantes, 
presque  cachées  sous  le  plumage,  les  pieds  forts.  Les  yeux 
de  ces  Oies,  d'une  nuance  brune,  semblent  avoir  une  ex- 
pression sournoise,  bien  que  les  toulousaines  soient  les  meil- 
leures des  Oies.  Le  bec  orangé  a  l'extrémité  blanchâtre  ;  les 
pieds  sont  d'un  rouge  orangé.  Le  i)lumage  est  abondant  et 
doux,  le  duvet  tendre.  Ces  Oies  sont  de  la  nuance  grise  des 
oiseaux  sauvages,  passant  par  endroits  graduellement  au 
blanc.  La  tète,  le  dos  et  le  cou  sont  dun  gris  noirâtre,  la 
queue  gris  et  blanc,  les  ailes  bordées  de  blanc.  Il  est  facile 
de  distinguer  les  oiseaux  des  deux  sexes  :  le  Jars  a  le  cou 
plus  long  et  plus  mince,  la  tête  et  le  fanon  plus  petits, 
cependant  la  femelle  est  i)lus  petite  de  taille. 

Les  marques  distinctives  de  cette  race  sont  une  corpulence 
massive,  le  sac  de  graisse  sous  le  ventre  et  l'espèce  de  fanon 
qu'ils  ont  à  la  gorge  rappelant  les  Oies-Cygnes  à  tête  bossue. 
Le  paquet  de  gi-aisse  en  question  se  développe  chez  les  Oi- 
sons, à  l'âge  de  sept  à  huit  mois,  il  traîne  presque  à  terre 
et  rend  les  mouvements  de  l'oiseau  fort  lents,  ce  qui  concorde 
d'ailleurs  parfaitement  avec  sa  nature  débonnaire. 

Dans  le  climat  rigoureux  de  la  Russie,  les  Oies  de  Tou- 
louse se  montrent  moins  rustiques  que  les  Emden,  exigent 

(*)  Voir  plus  haut,  pajçe  160. 


LES  OIES  EN  RUSSIE.  "249 

une  nourriture  ylus  choisie  et  plus  de  soins.  Il  est  nécessaire 
de  renouveler  le  sang  de  temps  en  temps  pour  empêcher  la 
race  de  dégénérer.  Dans  le  nord  de  l'Allemagne,  on  préfère 
croiser  les  Jars  métis  de  toulousaines  avec  les  femelles  de 
race  commune.  Les  métis  sont  bien  plus  foi'ts  que  les  Oies 
ordinaires  et  tiennent  beaucoup  des  toulousaines,  lorsqu'ils 
ont  deux  à  trois  ans.  Les  toulousaines  pur  sang  atteignent 
rapidement  le  poids  de  31  livres  russes,  elles  donnent  une 
excellente  chair  et  beaucoup  de  graisse.  La  condition  in- 
dispensable de  l'élevage  de  cette  race,  comme  de  toutes 
les  Oies,  est  un  l)assin  d'eau  quelconque,  autrement,  les 
œufs  restent  inféconds  et  la  chair  acquiert  une  odeur  désa- 
gréable rappelant  celle  de  l'huile  de  foie  de  morue.  Les  tou- 
lousaines pondent  fort  bien  en  Russie  et  les  Oisons  éclosent 
régulièrement,  ils  naissent  recouverts  de  duvet  gris  foncé 
avec  un  bec  noir  qui  ne  devient  rouge  que  plus  tard. 

Les  Anglais  ont  un  Jars  par  trois  femelles,  et  de  plus 
un  mâle  tenu  séparé.  Les  toulousaines  pondent  trente  à 
cinquante  œufs  tous  les  étés  mais  ne  couvent  guère  ;  il  ne 
serait  d'ailleurs  pas  avantageux  de  les  laisser  couver.  Les 
nids  se  trouvent  par  terre,  et  par  une  saison  sèche  on  les 
arrose  vers  le  vingt-huitième  jour,  deux  jours  avant  l'éclo- 
sion  des  poussins.  La  Poule  ne  peut  couvrir  plus  de  cinq 
œufs.  En  Russie,  où  les  Corbeaux,  les  Belettes,  etc.,  sont 
très  nombreux,  on  met  à  couver,  en  même  temps  que  des 
Poules,  une  Oie  commune  à  laquelle  on  fait  ensuite  élever 
tous  les  Oisons  sous  la  conduite  d'un  Jars. 

Les  Anglais  tiennent  les  Oisons  dans  des  poulaillers  avec 
hangar  posés  sur  du  gazon  tondu  et  n'ayant  point  de  plan- 
cher ;  on  en  fait  un  en  Russie  par  crainte  des  Furets,  mais 
on  le  recouvre  de  terre  et  de  gazon  ou  de  paille.  Par  un 
temps  humide,  les  éleveurs  russes  mettent  du  foin  sec  autour 
du  poulailler.  Comme  premie-r  aliment,  le  D-"  Bragg  donne 
du  froment  bouilli,  séché  et  mélangé  à  de  la  farine  d'avoine 
diluée  d'eau.  Plus  tard,  on  y  ajoute  de  l'orge  et  de  l'avoine, 
quelquefois,  il  y  a  des  pommes  de  terre  cuites.  A  deux  mois, 
il  leur  donne  des  grains  crus  et  plus  tard  des  pommes  de 
terre  non  cuites  simplement  hachées  et  jetées  sur  le  gazon. 
On  ne  permet  pas  aux  petits  de  passer  la  nuit  sur  l'eau.  A 
Toulouse,  on  nourrit  cette  race  d'Oies  avec  une  pâtée  com- 
posée de  son  et  d'ortie  hachée,  et  on  les  envoie  paître. 


230  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES   APPLIQUÉES. 

L'élevage  des  Oies  de  Toulouse,  qui  est  fort  important, 
se  su])divise  en  quatre  catégories  :  les  uns  élèvent  des  Oisons 
à  l'aide  de  Poules  et  les  vendent  à  huit  Jours  à  d'autres  qui, 
eux,  les  entretiennent  pendant  tout  l'été  pour  les  revendre 
aux  engraisseurs ,  en  automne.  Ces  derniers,  après  une 
période  d'engraissage,  les  repassent  à  une  quatrième  caté- 
gorie d'industriels  s'occupant  de  l'ahatage  et  du  commei'ce 
de  leur  viande  Craiclie  ou  salée.  Mais  l'industrie  la  plus  im- 
portante est  l'engraissement  qui  (X)nimence  à  la  tin  du  mois 
d'octobre  et  dure  un  mois,  et  dans  certains  cas  six  semaines. 
A  Toulouse,  on  n'engraisse  que  les  Oies  ayant  six  mois  au 
moins  ;  on  commence  par-  les  y  «  préparer  »  pendant  une 
période  de  douze  à  quinze  jours.  Les  Oies,  tenues  immobiles, 
sont  gavées  avec  du  maïs  principalement,  trois  fois  par  jour. 
Trente  liti'es  de  maïs  sont  considérés  comme  quantité  suf- 
fisante pour  l'engraissement  d'un  oiseau.  Tl  s'y  pratique  plu- 
sieurs procédés;  dans  un  premier,  la  gaveuse  tient  l'Oie  entre 
ses  genoux,  et,  lui  ouvrant  le  bec,  y  pousse  les  grains  au 
moyen  d'une  baguette  par  un  entonnoir.  L'Oie  boit  de  l'eau 
salée. 

Dans'  les  iiays  situés  à  l'ouest  de  Toulouse,  l'ouvrière  se 
met  à  genoux  devant  l'Oie,  la  tient  de  la  main  gauche  tandis 
qu'avec  la  droite,  elle  lui  met  dans  le  bec  des  grains  de  maïs 
bien  lavés.  De  temps  en  temps,  elle  conduit  les  grains  avec 
la  main  dans  le  gésier  et  serre  l'œsophage  avec  les  doigts. 
Elle  continue  ainsi  jusqu'à  ce  que  le  gésier  .soit  entièrement 
rempli.  Alors,  on  les  met  sur  une  litière  pro[)re,  et  on  leur 
donne  de  l'eau.  Quinze  à  dix-huit  jours  de  ce  régime,  c'est- 
à-dire  trente  à  trente-trois  jours  en  comptant  la  jiériode  de 
la  préparation,  sulïisent  pour  rendre  l'oiseau  tellement  gras 
qu'il  mourrait  inévitablement  si  l'on  ne  rabattait  pas.  Il  suf- 
fit à  cette  époque,  d'élever  l'animal  par  les  pattes,  la  tète 
en  bas  pour  qu'il  meure  foudroyé.  Les  excréments  mêmes 
en  sont  gras.  L'Oie  pèse  alors  20  à  28  livres  ;  les  vieux  oi- 
.seaux  engraissent  plus  rapidement,  mais  leur  chair  est  moins 
tendre. 

On  tue  les  Oies  en  i)longeant  la  pointe  du  couteau  dans  la 
colonne  vertébrale,  à  la  base  du  crâne,  dans  le  dos  :  le  sang 
s'écoule  mieux  par  cette  blessure.  On  les  plume  et  on  ar- 
rache le  duvet  après  avoir  échaudé  le  corps.  Le  foie  aug- 
mente, chez  l'Oie  engraissée,  de  trois  à  six  fois  son  volume 


LES  OIES  EX  RUSSIE.  2o1 

ordinaire,  il  atteint  500  grammes  et  se  vend  de  2  à  5  francs 
pièce.  L'engraissement  ne  continue  pas  au-delà  du  mois  de 
décembre,  car  c'est  l'époque  du  rut  qui  commence  alors.  Les 
Oies  vivantes  sont  plumées  au  mois  de  mai. 

Le  même  système  d'engraissage  est  appliqué  à  Toulouse 
aux  «  Mulards  »  —  produits  du  croisement  du  Canard  musqué 
avec  le  Canard  commun  qui  ne  pond  que  des  œufs  non  fé- 
condés, mais  dont  le  foie  est  plus  tendre  et  d'un  prix  plus 
élevé  que  celui  des  Oies. 

Dans  le  Nord  de  la  France,  l'engraissage  des  Oies  d'Alen- 
çon  se  fait  avec  une  pâtée  composée  de  farine  de  sarrasin, 
d'orge  et  de  pommes  de  terre  cuites  mêlés  à  du  lait  caillé. 
On  les  y  prépare  par  un  régime  alimentaire  de  farine  diluée 
d'eau,  de  betteraves  blanchies,  etc.  Le  sarrasin,  le  maïs,  les 
pois  cuits,  le  navet  composent  la  nourriture  peu  coûteuse 
que  l'on  y  donne  aux  Oies  à  engraisser. 

Dans  l'engraissage  allemand,  on  prépare  une  pâtée  très 
épaisse  avec  de  la  farine  d'orge  et  de  l'eau  chaude,  on  en  fait 
des  boules  que  l'on  sèche  devant  le  feu  pendant  quatre  à  cinq 
jours  L'eau  à  boire  pour  les  Oies  est  filtrée  sur  du  sable  et 
du  charbon  pilé.  On  fait  faire  aux  Oies  cinq  repas  par  jour; 
toute  la  période  d'engraissement  comprend  trente-quatre 
jours.  M™«  Davidis,  éleveur  allemand,  pratique  un  engrais- 
sage intensif  au  moyen  du  millet,  de  la  farine  et  du  beurre 
ou  de  la  graisse,  en  pâtée.  Après  avoir  gavé  les  animaux,  on 
leur  donne  du  lait  à  boire.  L'animal  atteint  l'engraissement 
maximum,  au  bout  de  vingt-quatre  jours.  Le  procédé  est 
d'ailleurs  applicable  aux  autres  volailles,  Chapons,  Poulardes, 
Dindes,  Pigeons,  Poussins,  etc.  Dans  les  provinces  rhénanes, 
on  remplace  le  millet  par  de  la  farine  de  maïs. 

En  Alsace,  patrie  des  pâtés  de  Strasbourg,  on  fait  aux 
Oies  une  existence  tellement  pénible  que  la  Société  protec- 
trice des  animaux  a  dû  souvent  intervenir  pour  obliger  les 
éleveurs  à  y  renoncer,  en  partie  au  moins.  Les  engraisseurs 
les  moins  barbares  placent  les  Oies  dans  des  cages  tellement 
étroites  que  l'animal  ne  peut  faire  le  moindre  mouvement  si 
ce  n'est  de  tendre  le  cou  pour  boire  dans  un  auget  oii  l'on 
met  du  charbon  de  bois.  On  gave  deux  fois  par  jour  avec  du 
maïs  ayant  trempé  vingt-quatre  heures  dans  l'eau,  on  y 
ajoute  quelquefois  une  gousse  d'ail.  A  partir  du  vingtième 
ou  vingt-deuxième  jour,  on  ajoute  une  cuillerée  d'huile  de 


îîo2  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

girofle  par  Jour.  On  tue  les  animaux  devenus  énormes,  au 
bout  de  vingt-quatre  à  vingt-cinq  jours.  Dans  les  fabriques 
de  pâtés  les  plus  connues,  on  préfère  nourrir  les  Oies  au 
moyen  de  riz  à  moitié  cuit,  de  sarrasin  et  de  marrons,  le 
tout  en  bouillie.  Un  engraissage  parfait  demande  jusqu'à  sept 
semaines.  Les  foies,  pesant  jusqu'à  trois  livres  allemandes, 
sont  truffés  dans  la  proportion  d'une  demi-livre  de  trulfes  par 
livre  de  foie  ;  on  les  place  .sur  des  tables  de  marbre  dans  des 
glacières  où  ils  sont  laissés  une  buitaine  de  jours,  pour  se 
pénétrer  de  l'arôme  des  truffés.  Après  quoi,  on  les  met 
dans  des  terrines  entre  deux  lits  de  farce  de  viande,  on 
bouche  le  tout  à  la  graisse,  et  Ton  fait  cuire  dans  des  ter- 
rines fermées  pendant  cinq  heures —  opération  particulière- 
ment délicate  et  confiée  à  des  spécialistes.  Les  pots  emballés 
dans  des  boîtes  de  fer  blanc  sont  envoyés  ensuite  dans  les 
cinq  parties  du  monde.  Cette  industrie  rapporte  plus  d'un 
million  de  francs  tous  les  ans. 

On  engraisse  aujourd'hui  une  quantité  considérable  d'Oies 
pour  leur  foie,  en  Autriche  et  surtout  en  Hongrie.  Vienne  est 
devenue  un  des  centres  de  la  fabrication  de  i)àtés  en  ter- 
rines de  faïence,  lesquelles  .sont  de  fabrication  viennoise  éga- 
lement. La  France  vient  api'ès  avec  ses  terrines  de  foies  gras. 

Continuons  maintenant  notre  étude  sur  les  races  d'Oies, 
par  celles  de  la  Poinémnie.  Elles  existent  dans  le  commerce 
sous  forme  de  volailles  engraissées,  de  moitiés  d'oiseaux 
fumés  ou  salés.  L'extérieur  de  ces  Oies  est  celui  des  Oies 
communes,  mais  elles  sont  très  grosses.  Les  volailles  en- 
graissées pèsent  2.5  à  31  livres  russes.  Elles  ont  la  tête 
allongée,  les  yeux  grands,  bleu  clair.  Les  pieds  courts  et 
forts,  sont  d'un  jaune  orangé,  le  bec  également.  Le  cou  et  le 
bec  sont  assez  longs,  le  corps  long  et  large,  le  dos  légère- 
ment bombé,  les  ailes  collées  au  corps. 

On  n'attache  aucune  importance  au  plumage,  mais  les 
Oies  blanches  sont  considérées  comme  les  plus  belles.  Il  y  en 
a  de  blanches  pommelées  de  gris,  les  oisons  sont  jaunes, 
gris  ou  bigarrés.  Les  Oies  blanches  de  la  Poméranie  sont 
faciles  à  distinguer  des  Oies  blanches  d'Emden:  les  premières 
ont  le  dos  ]iresque  plat,  tandis  que  chez  les  Emden  il  est  for- 
tement bombé.  Les  Oies  d'Emden  ont  en  outre  le  cou  moins 
long  et  recourbé  en  avant;  ces  Oies  exigent  un  pâturage 
comme  condition  indispensable  de  leur  existence.  Les  Oies 


LES  OIES  EN  RUSSIE.  253 

que  l'on  élève  en  Poméranie  et  au  Mecklembourg  donnent 
beaucoup  de  viande  et  de  graisse.  On  tâche  d'avoir  des 
oisons  le  plus  tôt  possible,  vers  Pâques  ;  au  mois  d'octobre, 
on  les  vend  T  à  8  marks  pièce.  On  engraisse  surtout  en  vue  des 
fêtes  de  Noël  qui  ne  seraient  pas  complètes  pour  un  Allemand 
s'il  n'y  avait  pas  d'Oie  rôtie.  Les  animaux  nourris  avec  des 
boules  de  pâte,  atteignent  25  à  38  livres  russes,  mais  au  ré- 
gime de  grains,  ils  n'ont  jamais  plus  de  19  à  20  livres  russes. 
On  engraisse  à  l'avoine  dont  on  lait  des  boules  ;  au  bout  de 
dix  jours,  on  arrive  à  en  faire  avaler  jusqu'à  dix  par  jour  à 
chaque  volaille,  et  Ton  continue  jusqu'à  soixante  à  soixante- 
dix.  C'est  ainsi  qu'une  Oie  n'ayant  que  H  livres  1/2  au  début, 
pèse  après  la  période  d'engraissement  25  livres,  non  com- 
pris les  plumes,  et  elle  fournit  8  livres  3/4  de  graisse,  2  à 
4  livres  de  foie,  4  livres  de  poitrine  que  l'on  fume  ainsi  que 
les  hanches  pour  être  expédiées  dans  les  localités  les  plus 
éloignées  de  l'Allemagne.  L'engraissement  est  pratiqué  en 
Poméranie  par  grandes  quantités  à  la  fois,  son  principal 
centre  est  Mittel-Oderbruch.  On  achète  les  oiseaux  en  au- 
tomne et  on  les  envoie  en  pâturage,  ce  qui  revient  à  50  à  80 
pfennigs  par  tête  de  volaille.  L'alimentation  se  compose  de 
deux  tiers  d'avoine  et  d'un  tiers  d'orge,  et  dure  quatre  à 
cinq  semaines. 

On  n'attache  pas  une  grande  importance,  dans  ce  pays,  au 
commerce  des  plumes  ou  duvet,  on  ne  plume  donc  pas  les 
oiseaux  vivants  de  peur  de  les  faire  maigrir.  D'ailleurs, 
comme  certains  éleveurs  anglais,  les  Allemands  ne  procèdent 
à  cette  opération  qu'une  fois  par  an,  avant  la  mue.  On  compte 
ordinairement  pour  15  grammes  de  duvet  —  1  kilog  de  perte 
en  viande  et  en  graisse.  Pour  renouveler  60  à  80  grammes 
de  plumes  arrachées,  il  faut  autant  de  nourriture  que  pour 
la  formation  de  4  à  5  kilog.  de  viande  ou  de  graisse.  On 
plume  les  jeunes  Oies  dès  l'époque  où  leurs  plumes  d'ailes  se 
sont  croisées  sur  la  queue  ;  on  donne  ration  double  après. 

On  croise  en  Russie  les  jars  Poméraniens  avec  les  femelles 
communes  ;  avec  une  nourriture  abondante  et  lorsqu'on  ne 
les  plume  pas  vivantes,  les  produits  de  ce  croisement  ne 
le  cèdent  en  rien  aux  animaux  pur  sang. 

Les  Oies  qui  possèdent  un  tudercule  à  la  base  du  bec, 
sont  désignées  sous  une  foule  de  noms  :  Oies-Cygnes,  Oies 
Chinoises,  Japonaises,  Oies  de  Guinée,  Oies  Siamoises,  etc. 


2Qi  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Ces  Oies  sont  grises  ayec  un  bec  noir,  les  pieds  et  la  bosse 
également  noirs  et  alors  elles  s'appellent  Honoloulou  ou 
Gong  Kong,  ou  blanches,  avec  le  bec,  les  pieds  et  la  bosse 
jaunes,  ce  sont  des  Siamoises.  Leur  long  cou  et  la  bosse  ca- 
ractéristique leur  ont  valu  à  toutes  le  nom  d'Oies-Cygnes  ; 
leur  caractère  est  peu  commode.  La  femelle  a  la  bosse  moins 
proéminente,  le  lanon  moins  développé,  le  ventre  plus  avalé 
que  le  mâle,  son  cri  est  plus  saccadé.  La  couleur  primitive 
de  cette  race  était  la  blanche,  mais  aujourd'hui,  il  y  en  a  de 
bigarrées  et  des  blanches  rayées  de  gris.  Les  bosses  n'appa- 
raissent chez  les  oisons  qu'à  l'automne.  Les  Oies-Cygnes 
méritent  toute  attention  comme  oiseaux  d'ornement  dans  les 
parcs  et  comme  utilité  ménagère.  Bien  qu'elles  n'aient  pas 
la  taille  des  races  précédemment  décrites  ,  elles  sont  ce- 
pendant plus  fortes  que  les  Oies  communes  ;  de  plus,  elles 
liondent  et  couvent  très  bien.  Cette  race  se  distingue  par  un 
instinct  particulièrement  développé  pour  l'éducation  des 
petits.  Les  volailles  obtenues  d'un  croisement  avec  les  Oies 
de  race  commune,  sont  d'une  taille  très  supérieure  à  celle 
des  animaux  ordinaires.  Il  est  prudent  de  ne  pas  sortir  les 
oisons  avant  les  mois  de  mars-avril. 

Après  avoir  enlevé  la  peau  du  cou  d'un  oison  abattu,  on 
la  coud  en  sac,  on  l'emplit  d'une  farce  de  viande  dOic,  de 
foie  et  de  graisse  que  Ion  fait  cuire  ensuite,  —  on  a  ainsi  une 
saucisse  particulièrement  savoureuse.  —  Les  plumes  des  Oies- 
Cygnes  sont  très  douces  et  tendres,  surtout  celles  des  blanches 
lorsqu'elles  ont  eu  la  possibilité  de  se  baigner  souvent.  Le 
pasteur  Tinemann,  qui  s'est  livré  pendant  longtemps  à  l'élève 
de  cette  race,  sépare  la  nuit  les  jeunes  des  vieux  et  leur 
donne  de  la  nourriture  qui  se  trouve  mangée  le  matin.  Il 
préconise  un  régime  de  salade  hachée  mêlée  à  du  son  trempé 
dans  de  l'eau  ou  du  lait  frais  ou  caillé,  pour  les  petits  de 
moins  de  deux  mois.  L'été,  les  feuilles  de  chou,  la  betterave, 
la  salade  que  Ion  doit  mélanger  à  du  son  i)Our  éviter  la 
diarrhée,  sont  les  aliments  indiqués. 

Les  Oies-Cygnes  arrachent  la  plus  petite  herbe,  et  là  où 
les  Oies  communes  ne  trouveraient  rien  à  glaner,  les  animaux 
de  cette  race  paissent  admirablement.  On  cesse  de  leur  don- 
ner du  grain  à  partir  du  milieu  de  décembre  et  jusqu'en  fé- 
vrier, afin  qu'elles  ne  se  mettent  pas  à  pondre  en  janvier.  Les 
oisons  éclos  de  bonne  heure  périssent  par  une  température 


LES  OIES  EN  RUSSIE.  253 

rigoureuse  ;   par  un  printemps  froid,  il   est  préférable    de 
retarder  l'éclosion  en  avril  et  même  en  mai. 

Les  Oies-Cygnes  sont  élevées  dans  le  gouvernement  de 
KiefF,  par  quantité  de  personnes,  elles  ne  demandent  d'autres 
soins  que  les  Oies  communes.  Il  existe  une  opinion  d'après 
laquelle  la  race  des  Oies  de  combat  de  Toula  (Russie)  pro- 
viendrait d'un  croisement  des  Oies-Cygnes  avec  les  femelles 
communes.  Cette  race  a  la  taille  de  l'Oie  commune,  le  corps 
est  développé  autant  en  longueur  qu'en  largeur;  ces  Oies 
sont  d'ordinaire  toutes  blanches.  La  tête  est  forte  et  presque 
ronde,  le  bec  très  court  et  très  épais  à  la  base,  en  coin,  le 
cou  long  et  mince.  Les  œufs  sont  blancs.  Le  caractère  batail- 
leur de  cette  race  la  rend  peu  sociable. 

Il  existe  dans  le  Midi  de  la  Russie  une  autre  race  fort  jolie 
que  l'on  appelle  en  Europe  Oie  de  Sébasiopol  dite  aussi  Oie 
du  Danube,  Turque  on  d'Astrakhan.  Sa  patrie  est  les  bords 
du  Danube  et  la  Hongrie.  Ces  Oies  sont  surtout  connues  sous 
le  nom  d'Oies  de  Sébastopol,  car  c'est  de  là  qu'elles  ont  été 
exportées  pour  la  première  fois,  pendant  la  guerre  de  Crimée, 
en  Angleterre. 

A  proprement  dire,  ce  sont  des  oies  communes  ne  se  dis- 
tinguant que  par  la  frisure  de  leurs  plumes.  Sans  eau  propre 
pour  les  baignades,  elles  prennent  un  aspect  pitoyable.  Leur 
élevage  est  celui  des  Oies  commuiies.  Les  femelles  couvent  et 
élèvent  bien,  mais  elles  pondent  peu  et  la  coquille  de  leurs 
œufs  est  souvent  si  dure  que  les  oisons  ont  de  la  peine  à  la 
percer  Leur  chair  est  bonne  ;  mais  c'est  surtout  leur  duvet 
qui  est  d'une  qualité  supérieure;  aussi,  lorsqu'on  ne  les  élève 
pas  pour  la  viande,  les  éleveurs  russes  les  plument-ils  plu- 
sieurs fois  par  an,  bien  à  tort. 

Les  Oies  canadiennes  qui  appartiennent  aux  espèces  des 
côtes  maritimes  et  ont  un  collier  blanc,  sont  élevées  surtout 
en  Amérique.  C'est  un  oiseau  très  rustique,  n'exigeant  pour 
son  élevage  aucun  soin  spécial,  mais  il  est  très  peu  répandu 
en  Russie  et  même  en  Europe  en  général.  La  canadienne  est 
grise,  a  un  corps  allongé,  la  tête  oblongue  également,  le  cou 
long,  et  bien  qu'elle  ne  soit  point  pourvue  de  la  bosse  de 
corne,  elle  est  souvent  appelée  Oie-Cygne  du  Canada.  Le  bec 
et  les  pieds  sont  noirs  ;  les  yeux  très  bruns,  les  jambes  lon- 
gues. Le  plumage  de  la  Canadienne  est  gris  ou  bigarré,  la  tête 
et  le  cou  d'un  noir  velouté,  les  joues  et  la  gorge  sont  blanches. 


256  REVUE  DES  SCIENCES   NATURELLES  APPLIQUEES. 

Sur  Feau,  cette  Oie  rappelle  le  Cygne  dont  elle  i)Ossècle  le 
son  de  voix.  Les  oisons  sont  gris  foncé.  Afin  que  les  Oies  ne 
s'envolent  pas,  on  leur  raccourcit  les  ailes.  La  femelle  couve 
cinq  à  six  œufs  et  plus  à  la  fois.  Le  jars  s'accouple  facilement 
aux  femelles  de  race  commune.  Les  canadiennes  n'ont  pas  le 
goût  de  la  natation  au  même  degré  que  les  autres  Oies,  elles 
préfèrent  flâner  dans  les  marais  où  elles  trouvent  les  plantes 
aquatiques  et  palustres  qui  comi)Osent  leur  nourriture  Leur 
chair  est  très  bonne,  les  plumes  et  le  duvet  excellents.  En 
Amérique,  on  prise  surtout  les  volailles  provenant  des  croi- 
sements des  Jars  canadiens  avec  les  Oies  communes 

En  dehors  des  cinq  races  principales  que  nous  venons  de 
décrire,  il  existe  dans  chaque  pays  des  variétés  d'Oies  com- 
munes qui,  avec  une  nourriture  abondante,  peuvent  atteindre 
une  belle  taille.  L'Allemagne,  Hessen,  possède  les  Oies  de 
Vétéraiis,  bigarrées  et  blanches,  au  cou  long  et  droit  ;  à 
Baden,  à  Rise,  il  existe  une  variété  api)elée  Oies  de  Rise.  On 
connaît  les  Oies  d'Alençon,  en  France.  Les  Oies  Norfolk  an- 
glaises sont  d'excellentes  volailles.  Celles  d'Italie  sont  appelées 
«  gigantesques  »  bien  que  leui'  taille  n'ait  rien  d'extraordi- 
naire. La  Russie  a  deux  bonnes  races,  celle  de  Tamboff  et 
celle  d'Arsamas  ;  nous  avons  déjà  mentionné  la  race  de 
Toula.  Il  existe,  en  outre,  un  grand  nombre  de  variétés  qui 
ne  sont  encore  élevées  qu'à  titre  d'ornement  et  sont  peu  ac- 
climatées, tel  est  le  cas  des  Oies  des  côtes  maritimes  :  les 
Brent,  les  Nil,  les  Magellan,  et  des  espèces  qui  représentent, 
à  vrai  dire,  une  transition  entre  les  Oies  et  les  Canards 
comme,  par  exemple,  le  Canard  d'Islande. 


LES  GRANDES  PECHES  EN  NORVEGE 

Par  m.  Amédée  BERTHOULE. 
(suite  et  fin  *). 


La  grande  pêche  au  Saumon  est  en  plein  activité  dans  les 
fjords  de  mai  en  août,  atteignant  son  maximum  du  20  juin 
au  10  juillet.  A  partir  de  cette  date,  le  poisson  gagne  de  plus 
en  plus  les  rivières,  où  on  le  pourchasse  activement  jusqu'au 
jour  de  la  fermeture. 

L'été  1891,  pendant  lequel  nous  avons  parcouru  le  pays,  a 
été  marqué  par  une  abondance  tout  à  fait  extraordinaire . 
Une  seule  maison  de  commerce  a  pu,  à  elle  seule,  exporter, 
en  moins  de  deux  semaines  1,800  caisses  de  Saumons  pesant 
chacune,  en  poids  net,  de  70  à  80  kilogr.  Un  jour  même,  il  a 
fallu  d'urgence  organiser  un  train  spécial  pour  ce  transport, 
de  Trondhjem  à  Christiania,  et  là,  fréter  un  vapeur  pour  l'Al- 
lemagne. Le  prix  du  port  en  chemin  de  fer  de  ce  volumineux 
colis  s'est  élevé  à  1,300  kr. 

L'Allemagne  et  l'Angleterre  se  partagent  le  produit  de  ces 
pêcheries.  Nous  n'en  recevons  en  France  qu'une  quantité  in- 
signifiante, à  cause  de  la  cherté  du  fret.  On  expédie  le  pois- 
son emballé  dans  de  la  glace  brisée  en  menus  éclats,  et  placé 
horizontalement  le  dos  en  bas.  Il  peut  ainsi  supporter  aisé- 
ment un  très  long  voyage  sans  la  moindre  altération. 

Comme  valeur  moyenne,  le  kilogramme  de  Saumon  est 
payé,  en  Norvège,  1  kr.  30;  l'été  dernier,  le  prix  est  un  mo- 
ment tombé  à  80  ores  (1  fr.  12)  sur  le  marché  de  Bergen   1). 

Les  années  d'excessive  abondance,  comme  celle  dont  nous 
parlons,  ne  sont  pas  également  heureuses  pour  tous.  Ainsi, 
nous  citait-on  une  grande  maison,  heureusement  pour  elle, 

(*)  Voyez  Revue,  1892,  i*"'  semestre,  p.  619,  et  2°  semesire,  p.  63  et  16". 

(1)  La  pêche,  en  1892,  a  été  mauvaise  par  suite  des  froids  qui  ont  régné  en 
Norvège  pendant  ce  printemps.  Néanmoins  les  prix  se  sont  maintenus  très  bas, 
de  1  kr.  à  1  kr.  20  le  kil.,  inlluencés,  sans  doute,  par  la  grande  abondance  du 
poisson  en  Ecosse. 

20  Septembre  1892.  47 


258  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

très  solidement  assise,  dont  les  pertes  se  sont  chiffrées  par 
100,000  kr.,  par  suite  de  Tavilissement  des  prix.  D'après  un 
usage  assez  constant,  en  effet,  les  négociants  en  gros  passent 
avec  les  pêcheurs  des  traités  Termes  pour  plusieurs  années,  à 
un  prix  uniCorme  et  invariable,  (^es  derniers  n'ont  à  leur 
charge  que  l'acquisition  des  engins  et  la  main-d'œuvre  ;  l'a- 
cheteur fournit  les  caisses  d'expédition  et  supporte  les  frais 
du  port  depuis  le  point  de  départ.  On  comprend  que,  dans  de 
telles  conditions,  si  l'un  a  tout  à  gagner  à  de  riches  captures, 
l'autre  doive  se  soucier  de  l'état  du  marché  sur  lequel  il  ex- 
pédiera les  produits.  Or,  cette  année  aussi,  l'Angleterre  re- 
gorgeait elle-même  de  Saumons  écossais  :  d'où  (nous  parlons 
pour  le  marchand  norvégien)  le  désastreux  abaissement  des 
prix  de  vente. 

Il  s'est  créé,  en  Norvège,  quelques  usines  pour  la  prépara- 
tion du  poisson  en  conserves.  Les  principales  sont  celles  de 
Stavanger,  Mandai,  Moss  et  Bergen.  Leur  exportation  an- 
nuelle moyenne  de  Saumon  en  boites  est  de  100  à  115,000  ki- 
logr.,  évalués  à  160,000  kr. 

Nous  donnons,  en  terminant  sur  ce  sujet,  un  relevé  des 
statistiques  ollicielles  de  la  pêche  du  Saumon  dans  les  fjords  : 

Quaulilés.  Valeur  moyenne. 

1885 583,782  lui.  1.40 

188r. 452,303  1.30 

1SS7 51(5,155  1.30 

1888 5'.t4,12-2  1.30 

1889 003,922  1.45 

1890 758,700  » 

Les  chiffres  pour  1891  ne  sont  pas  encore  relevés  ;  mais, 
d'après  ce  que  nous  venons  de  dire,  ils  seront  des  plus  cu- 
rieux à  connaître. 

* 

Il  ne  sera  pas  sans  intérêt  de  rapporter  ici  les  dispositions 
essentielles  de  la  législation  norvégienne  sur  la  pêche  de  ce 
poisson  ;  peut-être  y  trouvera-t-on  d'utiles  enseignements. 

Dans  son  ancien  état,  l'ouverture  de  la  pêche  avait  lieu 
dans  les  fjords  le  15  février,  dans  les  rivières  le  15  avril;  la 


LES  GRANDES  PÈCHES  EN  NORVÈGE.  lo\) 

date  de  la  fermeture  était  unilormément  fixée  au  15  sep- 
tembre, sauf  pour  quelques  rivières  qui  jouissaient  d'une  to- 
lérance exceptionnelle  jusqu'en  octobre. 

Mais  ce  régime  a  été  jugé  trop  large,  et,  pénétré  de  cette 
idée  que  le  plus  sur  moyen  d'enrichir  les  eaux  et  aussi,  par 
conséquent,  d'assurer  la  prospérité  de  l'industrie  qui  s'y  rat- 
tache, était,  avant  tout,  de  rendre  plus  sévères  les  mesures 
de  protection,  et  de  restreindre  dans  de  plus  étroites  limites 
l'exercice  de  la  pèche,  le  législateur  a  édicté,  en.  juin  1891, 
une  nouvelle  réglementation. 

Désormais,  la  pèche  du  Saumon  et  de  la  Truite  n'est  plus 
permise  que  du  14  avril  au  26  août  dans  les  tjords,du  30  avril 
au  26  août  dans  les  rivières  ;  par  faveur,  la  pèche  à  la  ligne 
se  prolonge  jusqu'au  14  septembre. 

Même  pendant  la  durée  légale,  cette  pèche  est  close,  chaque 
semaine,  du  vendredi  soir  à  six  heures  au  lundi  soir  même 
heure.  Durant  cet  intervalle,  tous  les  engins  doivent  être  sor- 
tis de  l'eau.  Cette  mesure  vise  principalement  le  kilenot. 

Tous  filets  ou  sennes  doivent  avoir  des  mailles  d'au  moins 
0"\065,  le  fil  mouillé.  Les  barres  des  pièges  de  toute  nature 
placés  dans  les  rivières  doivent  être  espacées  également 
de  0'",065. 

De  son  initiative,  ou  sur  la  demande  des  communes,  le 
roi  peut,  par  simples"  décrets,  réduire  encore  l'exercice  de 
la  pèche. 

Il  est  interdit  de  placer  aucun  engin  fixe  ou  dormant  dans 
le  milieu  des  rivières  ;  les  filets  ne  doivent  pas  barrer  plus  du 
tiers  de  leur  cours. 

Est  prohibée  aussi  la  pêclie  à  la  foëne. 

Les  pécheurs  norvégiens  se  sont  récriés  contre  une  seule 
de  ces  dispositions,  celle  qui  les  contraint  de  relever  leurs 
engins  fixes  chaque  semaine.  Il  s'ensuit,  en  effet,  pour  eux 
une  très  lourde  charge  de  main-d'œuvre,  la  mise  en  place  du 
kilenot  exigeant  un  assez  long  travail,  et  ne  pouvant  être 
assurée  dans  de  bonnes  conditions  que  par  un  temps  calme. 
Ils  préféreraient  de  beaucoup  voir  réduire,  plus  encore  qu'elle 
ne  l'est,  la  durée  annuelle  de  la  pêche  et  être  affranchis  de 
cette  entrave. 

A  part  cette  réserve,  ils  ont  la  sagesse  de  subir  docilement 
la  nouvelle  réglementation,  et  nul  doute  que,  respectueux 
de  l'autorité  de  leur  pays,  ils  ne  l'observent  scrupuleusement. 


260  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Qu'il  nous  soit  permis  de  proposer  à  nos  pêcheurs  de  France 
cet  exemple  de  soumission,  dont  le  résultat  bien  certain  est 
de  sauvegarder  l'avenir. 


*** 


Autant  que  chez  nous,  bien  qu'avec  une  moindre  vivacité 
dans  la  discussion,  la  question  toujours  agitée  des  mœurs  du 
premier  de  nos  salmonidés  préoccupe  les  ichtyologistes  du 
Nord;  elle  a  pour  eux  un  intérêt  plus  considérable  encore, 
par  suite  de  l'importance  énorme  de  la  pèche,  et  ils  en  pour- 
suivent l'étude  avec  une  opiniâtre  persévérance.  M.  l'inspec- 
teur des  pêches  Landmark,  de  Christiania,  a  rendu  compte 
au  congrès  de  Goteborg  des  expériences  qu'on  l'ait  dans  ce 
but  depuis  nombre  d'années. 

Un  des  procédés  les  plus  sûrs  et  les  plus  anciennement 
employés  est  le  marquage.  Il  a  porté,  en  Norvège,  sur  plu- 
sieurs milliers  de  poissons  adultes.  On  fit  d'abord  usage  de 
minces  fils  de  jdatine  attachés  à  la  nageoire  adipeuse  et  sup- 
portant une  petite  plaque  frappée  d'un  numéro  d'ordre  ;  mais 
la  faiblesse  du  fil  de  métal  et  la  l'orme  en  anneau  suscep- 
tible de  s'accrocher  à  tous  les  obstacles,  étaient  autant  de 
causes  de  bris  et,  par  conséquent,  d'insuccès.  On  usa,  par  la 
suite,  de  plaques  d'argent  appliquées  étroitement  à  la  base 
de  la  nageoire  dorsale,  et  n'y  faisant  aucune  saillie.  Des  cir- 
culaires furent  répandues  partout,  recommandant  aux  pê- 
cheurs de  Ivisiter  attentivement  tous  les  poissons  capturés, 
et  promettant  une  récompense  de  3  couronnes  pour  chaque 
marque  renvoyée  à  l'inspection  avec  une  note  certifiée  indi- 
quant la  date  et  le  lieu  de  la  pêche,  le  poids  et  la  taille  du 
poisson. 

Encore  que  pour  diverses  causes  un  nombre  relativement 
peu  considérable  de  marques- aient  été  retrouvées,  l'expé- 
rience n'a  pourtant  pas  manqué  de  produire  quelques  fruits. 
A  de  rares  exceptions  près,  les  Saumons  ont  été  repris  dans 
le  fleuve  même  où  ils  avaient  été  mis  en  liberté,  ou  bien  à 
proximité  de  son  embouchure,  attestant  par  là  leur  fidélité 
aux  eaux  natales;  mais  leur  croissance  a  été  assez  inégale  : 
alors,  en  effet,  que  quelques-uns  ne  gagnaient  que  50  à  60  % 
en  douze  mois,  d'autres,  repris  après  deux  années  écoulées, 
avaient  presque  triplé.  M.  Landmark  serait  porté  à  admettre 


LES  GRANDES  PÈCHES  EN  NORVÈGE.  264 

qu'en  moyenne  les  sujets  de  deux  et  trois  ans  d'âge  doublent 
leur  poids  chaque  année. 

En  ce  qui  touche  le  laps  de  temps  s'écoulant  entre  deux 
pontes,  nous  avons  exposé  les  opinions  émises  en  France,  et 
provoqué  entre  les  membres  du  congrès  une  discussion  qui 
ne  pouvait  être  que  très  instructive  pour  nous. 

M.  le  docteur  Trybom,  de  Stockholm,  secrétaire  du  con- 
grès, rapporte  les  réponses  reçues  par  lui  à  ce  sujet  de 
MM.  Nitsche  et  Haack,  qui  ont  constaté  l'un  et  l'autre  la 
présence  d'individus  stériles  au  temps  de  la  fraie,  et,  chez 
quelques-uns,  des  intervalles  de  deux  années  de  repos  entre 
deux  pontes. 

Les  Saumons  sont  extrêmement  nombreux  dans  les  lacs 
Wetter  et  Wenern,  véritables  mers  intérieures  mesurant 
ensemble  plus  de  7,000  kilomètres  carrés  de  superficie  ;  la 
pêche  est  spécialement  organisée  chaque  automne  dans  ces 
eaux,  en  vue  des  récoltes  d'œufs  pour  la  pisciculture  arti- 
ficielle. Les  observations  laites,  pendant  cette  saison,  plus 
particulièrement  par  M.  Ph.  Trybom,  lui  ont  démontré  qu'un 
certain  nombre  de  ces  poissons  passent  une  ou  plusieurs 
années  sans  frayer  ;  elles  concordent  à  cet  égard  avec  celles 
de  M.  Miescher,  de  Bàle. 

Dans  les  pêcheries  de  Saumons  de  souche  établies  à  Elfkar- 
leby,  on  trouve,  en  arrière-saison,  en  quantité  presque  égale, 
des  Saumons  dits  luisants  (blanka)  avec  des  organes  apparem- 
ment stériles,  et  des  sujets  féconds  ;  et  ainsi  encore  en  est-il 
dans  la  Baltique.  Dans  les  courants  de  la  côte  occidentale  de 
la  Suède,  il  n'y  a  qu'une  moindre  proportion  de  ces  blanha 
mêlés  aux  Saumons  de  fraie  ;  enfin,  au  rapport  de  M.  Land- 
mark,  on  n'en  voit  aucun  dans  les  eaux  occidentales  de  la 
Norvège.  Mais,  si  on  admet  aujourd'hui  que  les  premiers  ne 
soient  pas,  comme  on  l'avait  primitivement  supposé,  stériles 
à  vie,  on  ignore  la  durée  du  repos  sexuel  qu'ils  subissent.  On 
ne  saurait  davantage  prétendre  que  cette  stérilité  passagère 
soit  de  règle  absolue  et  générale  ;  à  l'appui  de  son  sentiment 
sur  ce  point,  M.  Trybom  produit  les  constatations  par  lui 
faites  en  saison.  Dans  la  rivière  d'Eman,  par  exemple,  on  a 
repris,  cet  automne,  une  femelle  de  forte  taille  chargée  d'œufs 
parfaitement  mûrs,  quoiqu'elle  eût  déjà  donné  une  ponte 
l'année  d'avant.  Des  observations  analogues  se  poursuivent 
sans  discontinuité. 


262  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Le  même  naturaliste  a  communiqué  les  mesurages  qu'il  a 
laits  sur  les  œuCs  de  Saumon  à  des  époques  différentes  ;  nous 
les  mentionnons  pour  qu'ils  puissent  être  rapprochés  de  ceux 
effectués  chez  nous  il  y  a  peu  de  temps. 

Sur  une  lemelle  prise  dans  l'Elfkarleby  (l)alelfven),  ayant 
nouvellement  frayé,  les  œufs  reformés  mesuraient  déjà  de 
0.03  à  0.1  "V"'  de  diamètre.  Chez  une  autre,  prise  à  Lagen,  en. 
octobre,  les  plus  gros  n'avaient  encore  que  0.1  "V"  \  ^^^^6  troi- 
sième, pèchée  le  20  mai  1891,  et  qui  avait  sûrement  frayé  à 
l'automne  189;»,  portait  des  œufs  de  0,1  à  1,2 '"/"\  elle  était 
très  maigre  et  sa  chair  presque  blanche.  Une  autre,  de  forte 
taille  comme  celle-ci,  dont  on  avait  aussi  constaté  la  fraie  en 
1890,  présentait  une  chair  très  grasse  et  Colorée;  ses  œufs 
mesuraient  de  0.3  à  2  "V"  5  ^^  l'aspect  des  ovaires,  il  était 
difficile  de  conclure  si  elle  serait  en  état  de  frayer  à  la  saison 
suivante. 

Avec  les  irrégularités  constatées  dans  l'apparence  des 
sujets,  et  les  œufs  paraissant  conserver  souvent  toute  l'année 
un  volume  pres({ue  constant,  on  ne  pourrait  se  prononcer 
avec  certitude  sur  l'espacement  des  pontes  successives  d'une 
même  femelle  ;  mais  il  semble  que,  s'il  se  manifeste  dans  les 
fleuves  suédois  une  stérilité  individuelle  de  deux  et  trois 
années  consécutives,  cela  dépend  moins  d'une  loi  générale 
de  la  nature  que  de  circonstances  i)articulières  et  locales, 
relatives  à  l'abondance  de  la  nourriture  et  à  certaines  autres 
conditions  physiques. 

Ce  qui  conlirmerait  cette  conclusion,  ce  sont  les  affir- 
mations précises  de  M.  l'inspecteur  Landmark,  établissant, 
au  contraire,  comme  règle,  que,  dans  les  eaux  des  côtes  oc- 
cidentales de  la  Norvège,  la  reproduction  du  S.  salar  est 
annuelle  ;  il  laudrait  attribuer  sa  constante  fécondité  au  mer- 
veilleux habitat  que  lui  offrent  les  fjords  et  les  torrents  de 
cette  région. 

Le  législateur  doit  faille,  dans  chaque  pays,  son  profit  de 
ces  observations,  et  se  montrer  d'autant  plus  sévère  dans  la 
protection  de  la  pêche,  et  d'autant  plus  soucieux  de  favoriser 
les  entreprises  de  multiplication  artiffcielle  de  cette  précieuse 
espèce  que  sa  fécondité  se  manifeste  moins  grande.  C'est  à 
ce  prix  seulement  que  l'équilibre  peut  être  maintenu  dans 
les  eaux. 


LES  GRANDES  PÈCHES  EN  NORVÈGE.  263 


IV 


Puisque  nous  avons  été  amené  à  parler  de  quelques-uns 
des  intéressants  travaux  de  la  conférence  de  GoteLorg,  sur 
lesquels  nous  aurons  sans  doute  à  revenir  d'une  façon  moins 
sommaire,  disons  un  mot  d'une  autre  question  qui  lui  a  été 
soumise,  et  dont  l'importance  ne  saurait  être  contestée,  bien 
que  la  solution  en  échappe  encore  ;  nous  voulons  parler  d'un 
projet  de  réglementation  de  la  pèche  en  haute  mer,  qui  déjà 
avait  été  présenté  au  congrès  de  Londres,  en  1890.  L'exposé 
en  a  été  fait  avec  toute  son  autorité  en  ces  matières  par  notre 
collègue  et  ami  M.  Feddersen,  de  Copenhague. 

Il  est  hors  de  doute  que  l'intensité  croissante  de  la  pêche, 
le  perfectionnement  des  bateaux  et  des  engins  pourraient, 
dans  un  avenir  plus  ou  moins  rapproché,  compromettre 
sérieusement  l'existence  des  espèces  marines  les  moins 
armées  pour  soutenir  la  lutte,  et  que  l'adoption,  par  voie 
diplomatique,  de  mesures  internationales  propres  à  enrayer 
une  abusive  et  imprévoyante  destruction,  seraient  des  plus 
utiles.  Mais,  outre  qu'avec  des  intérêts  très  dissemblables,  il 
est  fort  malaisé  de  s'accorder  sur  la  détermination  même  des 
espèces  à  protéger,  et  sur  la  fixation  d'une  taille  minima  au- 
desscus  de  laquelle  certains  poissons  devraient  être  remis  à 
l'eau,  quels  seraient  les  moyens  d'exécution,  et  comment 
organiser  effectivement  la  police  des  mers  ?  Ce  sont  ces  mul- 
tiples difficultés  qui  faisaient  dire  à  M.  Hoeck,  le  représentant 
hollandais  à  la  conférence,  que  «  la  question  des  poissons 
non  mûrs  était  elle-même  une  question  non  mûre  «. 

Il  faut  convenir,  du  reste,  que  les  poissons  auxquels 
s'attaque  la  grande  pêche,  se  défendent  assez  vaillamment 
eux-mêmes,  et  par  une  surabondante  fécondité,  et  par  cette 
humeur  nomade  qui  les  entraine  souvent  dans  des  retraites 
inaccessibles  ou  inconnues,  pour  qu'il  n'y  ait  pas  lieu  de  con- 
cevoir à  leur  sujet  de  réelles  inquiétudes.  Quant  aux  espèces 
littorales,  c'est  à  chaque  nation  individuellement  à  les  pro- 
téger dans  ses  eaux  territoriales. 

On  s'est  donc  séparé,  comme  il  était  advenu  à  Londres,  un 
an  plus  tôt,  sans  prendre  de  résolutions  précises  et  en  se 
bornant  à  remettre  une  fois  de  plus  le  problème  à  l'étude. 


264  REVUE  DES  SCIENXES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 


*   * 


Si  le  Hareng,  la  Morue,  le  Maquereau,  ne  sont  pas  menacés 
d'une  extermination  prochaine,  on  n'en  pourrait  malheureu- 
sement pas  dire  autant  d'un  autre  hôte  des  mers  du  Nord,  la 
Baleine.  Ce  puissant  cétacé  est  pourchassé  avec  un  impi- 
toyable acharnement,  et  à  l'aide  d'armes  nouvelles  contre 
lesquelles  il  sera  impuissant  à  lutter.  Les  légères  baleinières 
d'autrefois  ont  cédé  le  pas  à  des  vapeurs  d'assez  fort  tonnage  ; 
le  harpon  n'est  plus  lancé  à  la  main,  le  bras  robuste  du  marin 
est  désormais  remplacé  par  un  canon,  ou  par  un  mousquet  de 
gros  calibre.  La  poursuite  est  exempte  de  grandes  émotions, 
elle  est  jiresque  sans  danger.  La  destruction  allant  ainsi  son 
train,  les  produits  diminuent  sensiblement  d'une  campagne  à 
l'autre. 

En  1886,  il  fut  pris  1,260  Baleines  sur  la  côte  norvégienne, 
représentant  ensemble  une  valeur  de  1  million  197,000  kr.  On 
n'en  compta  plus  que  884  l'année  suivante,  755  en  1888,  et 
seulement  635,  valant  718,000  kr.  en  1889. 

Elles  se  montrèrent  cependant  moins  i-ares,  l'été  dernier, 
dans  le  l'inmarken.  Nous  en  avons  rencontré  fréquemment 
et  compté  Jusqu'à  sept  réunies  en  groupe  et  nageant  sans 
défiance  autour  de  notre  bateau.  Les  vapeurs  armés  pour 
leur  chasse  en  ramenaient  assez  régulièrement,  par  temps 
calme,  chacun  deux  par  jour  à  leur  usine;  aussi  bien,  les 
armateurs  se  déclaraient -ils  généralement  très  satisfaits 
•les  débuts  de  la  campagne  ;  l'un  d'eux  en  était  alors  à  sa 
68«  prise. 

Malgré  ce  retour  de  fortune,  on  peut  prévoir  le  temps  oii 
la  dernière  Baleine  aura  rejoint  dans  le  néant  les  espèces 
animales  que  l'homme  a  déjà  supprimées  de  la  surface 
du  globe. 


*  ♦ 


Le  cadre  restreint  dans  lequel  nous  avons  du  nous  main- 
tenir, ne  nous  a  pas  permis  de  passer  en  revue  dans  tous 
leurs  détails  les  diverses  branches  de  l'industrie  des  pèches 
maritimes  en  Norvège.  Le  tableau  suivant  donnera  une  idée 


LES  GRANDES  PÉCUES  EN  NORVÈGE.  205 

plus  nette  de  leur  importance  respective  ;  il  s'applique  exclu- 
sivement aux  exportations  du  pays  pendant  l'année  1890  : 

.  ,  Valeur 

Ouanliles.  , 

"^  en  kroners. 

Morue  salée 25,577,120  kilogr.  17,781.700 

Morue  sèche 18,5G5,870       —  (j, 703, 000 

Ilareug  salé 829,000       —  10,313,900 

Hareng  fumé 2,196,600       —  395,400 

Guano  de  poisson 8,630,600       —  1.078,800 

Poisson  sale 30,185,000       —  1,593,400 

Saumon  frais 758,610       —  1,137,900 

Hareng  frais 6.210,450      —  403,700 

Maquereau 1,161,680       —  209,100 

Homaid 660.000       —  429,000 

Huile  de  morue 184,800  hectcl.  6.811,800 

Rogue ST'.'OO       —  1,052,500 


^D^ 


Nos  importations  n'ont  dans  ces  chiffres  qu'une  faible 
importance.  La  cause  en  est,  d'une  façon  générale  dans 
l'élévation  du  fret  et,  spécialement  pour  les  poissons  frais, 
dans  la  longueur  du  voyage.  Nous  avons  reçu,  au  cours  du 
même  exercice  1890,  quelques  préparations  en  conserves  des 
meilleures  qualités,  1,800  hectolitres  d'huile  de  foie  de  morue, 
2,300  hectolitres  d'huile  de  baleine  ou  de  phoque  ;  mais,  en 
revanche,  nous  absorbons  la  presque  totalité  des  rogues 
(77,800  hectolitres  sur  87,700). 

Dans  son  ensemble,  le  commerce  des  produits  des  pêche- 
ries maritimes  de  la  Norvège  atteint  une  valeur  totale  de 
48,490,000  couronnes,  soit  près  de  70  millions  de  francs,  en 
1890  ;  c'est  l'équivalent  des  deux  tiers  des  rendements  annuels 
de  nos  pêches  françaises,  proportion  considérable,  si  on  con- 
sidère celui  de  la  population  du  pays,  et  les  rigoureuses  con- 
ditions climatériques  dans  lesquelles  doit  s'exercer  cette 
industrie. 

Rien  ne  montre  d'une  manière  plus  frappante  ce  que 
l'homme  peut  obtenir  de  la  nature  lorsque,  comme  le  Nor- 
végien,  son  bras  ne  craint  pas  la  fatigue  ni  son  cœur  les 


dangers. 


L'HORÏIGULÏURE  FRANÇAISE 

SES   PROGRÈS   ET  SES  CONQUÊTES  DEPUIS  1-789 

Par  m.  Charles  BALTET, 
Horticulteur,  président  de  la  Société  horticole  de  l'Aube. 

(  SUITE  ET  FIN  *  ] 


Nous  sommes  arrivés  au  but. 

Notre  promenade  à  travers  les  deux  hémisphères  ne  dé- 
montre-t-elle  pas  que  les  plus  jolies  filles  de  la  terre  —  les 
Fleurs  — ■  sont  venues  développer  encore  leurs  charmes  et 
l'aire  consacrer  leurs  grâces  ou  leurs  parfums  dans  notre 
patrie  hospitalière  où  l'esthétique  florale,  où  Pamour  du  Beau 
sont  élevés  à  la  hauteur  d'un  culte  ? 


VI.  —  Architecture  des  jardins. 

Avant  de  clore  cette  course  longue  et  rapide,  nous  ren- 
drons hommage  à  l'architecture  des  jardins  qui  a  su  tirer 
un  brillant  parti  dos  précieuses  et  importantes  découvertes  de 
riiomme  sur  toute  la  surface  du  globe.  Par  la  science  et  le 
talent  de  ses  maîtres,  l'horticulture  décorative  n'a-t-elle  i)as 
encouragé  les  chercheurs,  n'a-t-elle  pas  excité  le  zèle  et 
l'abnégation  des  explorateurs  en  faisant  valoir  encore  leurs 
trouvailles  dans  la  composition  des  parcs  et  des  jardins  ? 

Le  génie  horticole  (on  dit  bien  le  génie  militaire,  le  génie 
civil,  le  génie  rural)  a  donc  préparé  la  voie  de  progrès  dans 
laquelle  il  est  entré  lui-même,  bravement,  toutes  voiles 
<léployées  :  mais  ici.  il  ne  s'agit  i)lus  d'une  simple  retouche 
aux  traditions  séculaires,  il  fallait  une  révolution  complète. 
Elle  ne  se  fit  pas  attendre  et  sut  conserver,  malgré  tout,  son 
prestige  et  son  autorité. 

(*^  Voj'ez  Jievue,  année  1891,  note  p.  585,  et  année  1892,  l''''  semestre,  note 
p.  478  ;  2°  semestre,  p.  13G. 


L'HORTICULTURE  FRANÇAISE  DEPUIS  1789. 


261 


An  style  majestueux  et  correct  de  Le  Notre  (1613-1700),  le 
protégé  de  Colhert,  anobli  par  Louis  XIV,  à  son  œuvre  magis- 
trale avait  succédé  le  parc  paysager  avec  ses  lignes  idéales, 
ses  méandres  gracieux,  ses  vallonnements  halnlement  mou- 
vementés, ses  audaces  même  d'imagination,  toujours  heu- 
reuses si  elles  se  rapprochent  des  beautés,  des  splendeurs  ou 
des  harmonies  de  la  nature. 


■Vv 


Pierre  Barillet-Deschamps  (1824-1873),  architecte  de  jardins, 
créateur  ou  restaurateur  de  parcs  et  de  jardins  célèbres  en  France  et  à  rélranger 


L'initiative  d'un  favori  de  Louis  XV,  petit-fils  de  la  belle 
jardinière  du  château  d'Anet,  ^  aimée,  dit-on,  par  le  roi 
«  vert  galant  »  —  Charles  Dufresny  (1648-1724),  essayant  ses 
inspirations  à  Vincennes,  et  les  premiers  travaux  du  marquis 
René-Louis  de  Girardin  (1735-1808),  au  parc  d'Ermenon- 
ville, —  où  devait  s'éteindre  le  philosophe-botaniste  Jean- 
Jacques  Rousseau,  le  3  juillet  1778,  —  travaux  chantés  par 
l'abbé  Delille  en  1782,  dépassés  plus  tard  à  Bagatelle,  à  Mon- 
ceau, à  Méréville,  à  Sceaux,  à  Mortefontaine,  à  Vaux,  à 
Chantilly,  à  Fromont,   vinrent  jalonner   la  voie  nouvelle. 


268 


REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 


'   L'HORTICULTURE  FRANÇAISE  DEPUIS  1789.  269 

Menaçant  déjà  de  s'égarer  vers  la  mièvrerie  ou  vers  le 
genre  rococo,  la  mise  au  point  définitive  du  «  Beau  dans 
l'espace  «  fut  cependant  ajournée  à  la  paix  du  monde  ;  à 
ce  moment  de  calme,  en  effet,  l'œuvre  des  Gabriel  Thouin, 


/-M 


-^^Jsrà- 


xjt;j->rti 


,  ;^^:  4^^ 


Gynerium  argenleum,  de  Buenos-Ajre?,  au  Parc  Monceau,  à  Paris. 


270  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

des  Morel,  des  Varé,  des  Barillet-Descliamps,  des  Bùliler  se 
dessine  et  prend  rapidement  son  essor.  La  réputation  de  nos 
artistes  les  appelle  à  l'étranger,  auprès  de  grands  person- 
nages ou  d'administrations  publiques.  Leur  triomphe  au 
concours  international  de  Set'ton  Park  à  Liv'erpool ,  en 
1867  {l\  et  vingt  ans  après,  au  concours  du  parc  de  la 
Liberté  à  Lisbonne  (2),  n'est-il  pas  la  preuve  éclatante  de 
la  supériorité  des  paysagistes  Irançais  et  de  la  considération 
(jui  les  entoure  ? 

Stimulées  par  l'exemple  de  la  ville  de  Paris  qui,  depuis 
185?,  a  dépensé  quarante  millions  pour  donner  l'hygiène  et 
le  bien-être  à  ses  habitants  au  moyen  de  plantations  ha- 
bilement combinées  et  disséminées,  exemple  suivi  bientôt  à 
Lyon,  —  où  le  Parc  de  la  Tête- d'Or,  admirablement  réussi  par 
Buhler  aîné,  lait  oubliei*  désormais  cent  hectares  de  IViches 
marécageuses,  —  puis  à  Marseille,  à  Bordeaux,  à  Nantes,  à 
Lille,  à  Angers,  à  Rouen,  à  Caen,  à  Amiens,  à  Tours,  à 
Rennes,  à  Nîmes,  à  Avignon,  à  Toulouse,  à  Nice,  à  Dijon, 
à  Troyes,  à  Reims,  à  Châlons,  à  Metz,  à  Strasbourg,  à  Mul- 
house..., jiartout  enfiji,  nos  cités  principales,  jusqu'à  de 
modestes  bourgades,  se  sont  inspirées  du  travail  et  (hi  la- 
lent  de  nos  ingénieurs  paysagistes,  —  et  les  heureux  de  la 
terre  les  ont  imités . . , 

D'ailleurs,  ne  sommes-nous  i)as,  en  ce  moment,  au  faite  de 
leur  art?  Le  Trocadéro,  jardin  d'exposition,  a  été  créé  i)ar 
la  main  i)uissante  qui  a  métamorphosé  la  capitale.  Décor  du 
parc  Monceau,  placé  au  premier  rang  dans  le  Rapport  tjcnc- 
i-al  de  t Exposition  imiverselte  internationale  de  1889  par 
ITionorable  M.  Alfred  Picard  ;  ornementation  des  squares  et 
l»lantations  des  boulevards  avec  les  péiiinières  municipales 
de  la  Muette  et  d'Auteuil  ;  transformation  du  Bois- de-Bou- 
logne et  du  Bois-de-Vincennes  ;  enfin,  de  1864  à  1867,  coup 
de  baguette  magique  qui  a  lait  sortir  des  bas-fonds  de  Belle- 


(1)  Premier  prix  :  M.  Edouard  André. 

(2)  Premier  prix  :  M.  Henri  I.usscau  ; 
Deuxième  prix  ;  M.  Henri  Duchêne  ; 
Troisième  prix  :  M.  Eugèue  Deny  ; 

Mcnlions  honorables  :  MM.  Francisque  Morel  ;  Jean-Pierre  Durand  ;  X. . . 
Tous  Français  ! 

M.  Charles  .Joly  a  publié  les  plans  d'ensemble  de  nos  lauréats,  ce  qui  nous  a 
permis  de  les  étudier  et  d'apprécier  leur  mérite. 


L'HORTICULTURE  FRANÇAISE  DEPUIS  1789. 


271 


ville  le  parc  des  Buttes-Cliaumoiit,  modèle  unique  de  gran- 
deur étrange,  de  sauvagerie  aimable,    de  luxe   fantastique 


"rx 


Jean-Charles-Âdolphe  Alphand  (1817-1S91),  membre  de  l'Inslitut,  directeur  des 
travaux  de  la  ville  de  Paris,  auteur  des  Promenades  de  Paris,  de  VArhcreUim 
et  fleuriste  de  la  ville  de  Paris,  de  VArt  des  jardins,  grand'croix  de  la  Légion 
d"honneur.  —  (Gravure  de  l'Illustration  ;  n"  du  12  décembre  1891.) 


dans  les  détails  ;  nous  ajouterons  même  que,  dans  ce  quartier 
populeux,  le  chef-d'œuvre  du  Directeur  des  travaux  de  la 


L'HORTICULTURE,  FRANÇAISE  DEPUIS  1789.  283 

■ville  de  Paris  est  devenu  un  ferment  de  civilisation  appli- 
quée par  rinfiuence  seule  du  jardinage.  Conception  hardie, 
exécution  artistique.  Le  nom  glorieux  de  M.  Alpliand  et  de 
ses  vaillants  collaborateurs  est  inscrit  au  Livre  d'or  de  l'Hor- 
ticulture française . 

Ne  serait-ce  pas  l'occasion  de  répéter  ce  mot  de  Masson, 
jardinier  de  la  Société  centrale  d'horticulture,  à  son  retour 
d'une  visite  aux  grands  jardins  de  l'Europe  septentrionale, 
en  1847  ?  «  La  France  tient  encore  les  rênes  du  mouvement 
liorticole  et  en  possède  les  plus  beaux  monuments ...» 

Telles  sont  les  grandes  artères  de  la  vie  horticole  pen- 
dant un  siècle  et  les  résultats  qu'elle  a  donnés.  Le  progrès 
a-t-il  été  en  raison  des  sacrifices  :'  Sommes-nous  restés  à  la 
hauteur  de  la  tâche  ?  Peut-être  les  générations  futures  trou- 
veront-elles que  nous  avons  été  bien  naïfs  ou  quelque  peu 
arriérés  ;  mais  nous  pouvons  dire  sans  forfanterie  que,  dans 
l'histoire  de  l'Horticulture  française,  aucune  époque  n'aura 
été  plus  féconde  ! 


20  Septembre  1892.  1S 


LES    BOIS    INDUSTRIELS 

INDIGÈNES  ET  EXOTIQUES 
Par  Julks  GRISARD  et  Maximilien  VANDEN-BERGHE. 

(  SUITE  *  ) 


FERONIA.  ELEPHANTUM  Rox».  Féronier. 

Cratœca  Balanghas  Kœnig. 

Coclnncliino  :  Can- thau.  Java  :   Ktn'-icsta,  Kairics  vainc.  Sondunais  :  Madja. 
Tdiiioiil  :    Vil.am-pa:ham,  VuUam-mariim^   Villai/gcii/. 

Bel  arbre  (ruiic  hauteur  d<'  1-2-15  mètres,  à  branches  épi- 
neuses, dont  le  tronc,  droit  et  massif,  recouvert  d'une  écorce 
rugueuse  et  prolbndémeiit  li'crcée,  atteint  (Miviron  35  centi- 
méti'es  de  diamètre.  Feuilles  imparipennées,  composées  de 
5-7  folioles  opposées,  subsessiles,  ponctuées,  oblongues  et 
échancrées. 

Originaire  de  l'Asie  tropicale,  cette  espèce  est  très  com- 
mune dans  les  environs  de  Pomiicliéry  et  sur  la  côte  de 
Coromandel  ainsi  qu'en  Cochinchiue  ;  son  feuillage,  ample  et 
gracieux,  exhale  une  i)énétrante  odeur  d'anis,  ([ui  ])arrume 
agréablement  les  forets  où  elle  se  rencontre. 

Son  bois,  d'une  belle  couleur  jaune,  dur,  compact,  (Vun 
grain  lin  et  serré,  est  assurément  une  des  meilleures  essences 
forestières  de  l'Inde;  malheureusement,  ses  dimensions  rela- 
tivement faibles  empêchent  de  s'en  servir  pour  les  grandes 
constructions,  mais  il  est  excellent  pour  la  petite  chariiente, 
les  travaux  de  tour,  d'ébénisterie,  de  sculpture  et  même  de 
gravure. 

Les  feuilles  sont  regardées  i)ar  les  médecins  indiens  comme 
stomachiques  et  carminatives  ;  on  eu  retire  aussi,  par  la  dis- 
tillation, une  huile  volatile  {|ui  r.ippcUc  l'essence  d'anis.  Le 
suc  astringent  qu'elles  renferment  est  également  usité  dans  la 
médecine  hindoue  contre  certaines  affections  intestinales. 

(*)  Voyez  Hcvue,  années  1801,  noie  p.  ^-42  ;  lS'.)2,  V'  &;  me&lrc,  note  p.  Îi83, 
et  pli;s  haut,  p.  Tj. 


LES  BOIS  INDUSTRIELS  INDIGÈNES  ET  EXOTIQUES.  287 

En  Cocliiiichine,  la  décoction  de  la  racine  de  l'écorce  est 
considérée  comme  jouissant  des  mêmes  propriétés  astrin- 
gentes que  le  suc  des  feuilles. 

MURRAYA  EXOTICA  L.  Buis  de  Chine. 

Chalcas  paniculata  L. 

—      Japonensis  LouR. 
Marsaaa  buxifoUa  Sonn. 

Inde  :  Marsan.  Bengali  :  Kamenee.  Cochinchine  :  Nguijet-qui-taic.  Hindoustani  : 
Bibzar.  Tamoul  :  Kada-Kcnrji-Cheddi.  Malais  :  Kcnioeninf^,  Kamoeninçj. 
Réunion  :  Buis  de  l'Inde,  Bois  de  Chine.  Trinité  :  Citronera.  Venezuela  : 
Azahar  de  la  India. 

Grand  arbrisseau  ou  petit  arbre  à  feuillage  persistant,  at- 
teignant une  hauteur  de  10  mètres  au  plus,  sur  un  diamètre 
ne  dépassant  guère  20  centimètres,  inerme,  à  rameaux  dres- 
sés. Feuilles  imparipennées  composées  de  5-7  folioles  al- 
ternes, ovales,  lancéolées,  elliptiques,  aiguës  à  la  base,  ponc- 
tuées, luisantes,  coriaces,  assez  semblables  à  celles  du  buis. 

Très  répandue  dans  le  sud  de  l'Asie,  la  Malaisie  et  les  ré- 
gions les  plus  chaudes  de  l'Australie,  cette  espèce  est  souvent 
cultivée  dans  les  jardins,  comme  ornement,  pour  ses  grandes 
fleurs  blanches,  d'un  parfum  suave,  et  disposées  en  corj'mbe 
terminal. 

Son  bois,  jaunâtre,  quelquefois  marbré,  de  blanc,  de  rouge 
et  de  jaune,  est  dur,  assez  lourd,  d'une  texture  fine  et  com- 
pacte, qui  lui  permet  de  recevoir  un  très  beau  poli.  Ses 
dimensions  sont  suffisantes  pour  le  faire  employer  avanta- 
geusement dans  les  ouvrages  de  tour,  de  tabletterie,  la  gra- 
vure, en  un  mot,  dans  toutes  les  conditions  où  il  peut  être 
utilisé  comme  le  buis  avec  lequel  il  offre  quelque  ressem- 
blance. Ce  bois  est  encore  recherché  par  les  Malais  pour  la 
confection  de  cannes,  de  meubles  de  fantaisie,  de  fourreaux 
et  de  poignées  d'armes. 

L'écorce  est  insipide  et  huileuse  ;  les  feuilles  possèdent  une 
saveur  acre  et  sont  considérées  comme  toniques  et  stimu- 
lantes. 

Les  fleurs,  assez  semblables  à  celles  de  l'Oranger,  sont  très 
odorantes  et  donnent  par  la  distillation  une  essence  par- 
fumée qui,  au  bout  de  quelques  mois  de  préparation,  ne  le 
cède  en  rien  à  celles  faites  avec  les  fleurs  des  Citrus  ;  on  s'en 


288  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

sert  aussi  pour  teindre  les  cuirs  en  noir.  De  Vry  a  retiré  de 
toutes  les  parties  de  cette  fleur  et  surtout  des  pétales,  un 
glycoside,  la  Murroyine,  cristallisant  en  petites  aiguilles 
amères,  soluble  dans  l'alcool  et  l'eau  chaude,  peu  soluble 
dans  l'eau  froide,  insoluble  dans  l'éther.  Soumise  à  l'ébuUition 
en  présence  des  acides  dilués,  la  Murrayine  se  dédouble  en 
glycose  et  en  Murraycdnc.  Cette  dernière  substance  off're  la 
même  composition  et  à  peu  près  les  mêmes  propriétés  chi- 
miques que  le  glycoside. 

La  racine  est  utilisée  dans  la  médecine  indienne  comme 
astringent  et  stimulant. 

l,Q,Myrrnya  exotica  a  été  introduit  en  Europe  oîi  on  le 
cultive  en  serre  tempérée  ou  d'orangerie  ;  on  le  reproduit  de 
graines  ou  par  boutures  laites  sous  cloche.  M.  Naudin  le 
considère  comme  à  peu  près  rustique  dans  les  pays  du  midi, 
même  en  Provence,  aux  expositions  les  mieux  abritées. 

Nous  mentionnerons  encore  dans  ce  genre  : 

Le  Mw^raya  Sumatra7ia  Roxb.  [M.  paniculaia  Jacic.  non 
DC.  ;  Indes  néerlandaises  :  Kamoenimj,  Dingo  laioe,  de  Su- 
matra, Kamimie  ou  Wanatnh  de  Ménado).  Petit  arbre  svelte, 
croissant  spontanément  dans  tout  l'archipel.  Son  bois,  de 
couleur  jaune  nuancé  de  noir,  dur,  à  grain  très  fin,  est  très 
recherché  des  indigènes,  qui  en  font  des  boites,  des  cofïrets 
et  surtout  des  gaines  et  des  manches  de  kriss. 

Le  Dlngotto  hintalahie,  espèce  indéterminée,  donne  un 
bois  semblable,  mais  un  peu  plus  satiné;  celui  du  Djcnm\  de 
Java,  est  excellent  pour  la  confection  des  petits  meubles  ; 
enfin,  le  Moloiujotoh,  petit  arbre  de  Gorontalo,  fournit  un 
bois  jaune  paille,  compact,  d'un  travail  facile,  mais  il  est  peu 
employé. 

TODDALIA  ASIATICA   II.   B.\. 

Paullinia  Asiatica  L. 

—  aculeata  L. 
Scopolia  aculeata  Sm. 
Toddalia  aculeata  Peus, 

—  inermis  Juss. 

Inde  :  Toddalie.  Dukni  :  Janyli-  Kali-mirchi.  Malabar  :  Kakatoddah.  Iles  Mas- 
carei^nes  :  Patte  ou  pied  de  poule,  Bois  de  ronce.  Tamoul  :  Molakaninnai/, 
Milcv.caraney-cheddi,  Milakuranai.  Teleoga  :  Konda-Kasinda. 

Grand  arbrisseau  ou  petit  arbre,  à  tige  grimpante  ou  dres- 


LES  BOIS   INDUSTRIELS  INDIGÈNES  ET  EXOTIQUES.  289 

sée,  atteignant  quelquefois  une  hauteur  de  1-10  mètres,  :ï 
rameaux  tantôt  glabres  et  inermes,  tantôt  parsemés  d'aiguil- 
lons nombreux,  aigus,  recourbés  à  leur  extrémité.  Feuilles 
alternes,  composées  de  trois  folioles  obovales,  ovales-obîon- 
gues  ou  lancéolées,  entières,  acuminées  ou  arrondies  au 
sommet,  atténuées  à  la  base,  coriaces,  ponctuées,  d'un  vert 
pâle,  à  nervure  médiane  saillante. 

Cette  espèce  comprend  plusieurs  variétés  répandues  assez 
communément  dans  les  régions  sud  de  la  péninsule  indienne, 
la  côte  de  Coromandel,  les  parties  méridionales  du  Concan  et 
du  Canara,  Ceylan,  l'Archipel  indien,  le  sud  de  la  Chine  et 
les  îles  Maurice  et  de  la  Réunion. 

Son  bois,  de  couleur  jaune  clair,  d'une  densité  un  peu  au- 
dessus  de  la  moyenne,  est  d'une  texture  assez  compacte; 
convenant  assez  bien  pour  le  tour  et  la  confection  d'un 
grand  nombre  d'objets  divers,  on  le  débite  aussi  en  planches 
lorsque  les  dimensions  du  sujet  le  permettent,  et  sert  alors 
pour  les  travaux  intérieurs  de  menuiserie. 

Toutes  les  parties  de  cette  plante  possèdent  une  odeur  aro- 
matique mais  désagréable,  une  saveur  acre,  amère  et  poivrée 
et  sont  regardées  comme  toniques  et  stimulantes.  L'écorce, 
les  feuilles  et  les  fruits  sont  usités  en  décoction  contre  le  rhu- 
matisme, la  gale,  etc.  D'après  Roxburgh,  les  feuilles  fraîches 
sont  administrées  contre  les  douleurs  abdominales. 

Les  fruits  sont  de  petites  baies  globuleuses  ou  pyriformes, 
sèches,  coriaces,  de  la  grosseur  d'un  pois,  d'un  jaune  orangé, 
utilisées  comme  condiment  par  les  natifs  de  l'Inde;  leur 
saveur  am^re,  brûlante  et  piquante,  est  analogue  à  celle  du 
poivre  noir. 

La  racine,  formée  d'un  bois  jaunâtre,  assez  dense  et  d'une 
écorce  brune,  compacte  intérieurement,  subéreuse,  jaune  et 
spongieuse  à  la  surface,  a  été  introduite  autrefois  en  Europe 
et  préconisée  comme  remède  antidiarrhéique,  sous  le  nom 
de  Racine  de  Juan  Lopez,  quoique  la  véritable  provienne 
d"une  espèce  africaine  du  même  genre.  Cette  racine  jouit 
depuis  longtemps,  aux  îles  Mascareignes,  d'une  grande  répu- 
tation comme  antifébrile  et  reconstituante  ;  elle  a  été  inscrite 
dans  la  pharmacopée  anglo-indienne  sur  la  recommandation 
du  D""  Bidie,  de  Madras.  Ses  propriétés  thérapeutiques  sont 
dues  à  l'huile  essentielle  à  odeur  de  cannelle  qu'elle  renferme, 
ainsi  qu'au  tanin,  à  la  résine  et  au  principe  amer  qu'elle  con- 


290  BEVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

tient,  mais  sa  composition  chimique  est  encore  insuffisam 
ment  connue. 


TODDALIA  LANGEOLATA  Lamk. 

Scopolia  lanceolata  Spreng. 
Vepi'is  lanceolata  G.  Don. 

Cap  et  Natal  :   Whilc  Iroii  mood.  Cafre  :   Uinzani, 

Cette  espèce,  dont  les  caractères  botaniques  se  rappro- 
chent sensiblement  de  la  i)récédente,  est  originaire  de  l'A- 
frique orientale  et  se  rencontre  surtout  à  l'embouchure  du 
Zambèze. 

Son  bois,  de  couleur  Jaune  pâle,  dur,  insipide  et  inodore, 
présente  les  mêmes  qualités  que  celui  de  l'espèce  asiatique; 
les  indigènes  l'emploient  à  divers  usages,  notamment  dans  la 
confection  de  leurs  chariots. 

Le  T.  lanceolata  fournit  la  véritable  racine  de  Juan  La- 
pez, que  l'on  rencontre  dans  le  commerce  en  tronçons  longs 
de  25-30  centimètres,  dépouillés  de  la  partie  ligneuse  et  rou- 
lés comme  les  écorces  de  quinquinas.  Les  propriétés  médi- 
cinales de  cette  racine  et  celles  de  la  racine  du  T.  Aslatica 
sont  identiques;  on  obtient  de  bons  effets  de  ces  deux  racines 
dans  les  ras  de  faiblesse  générale,  de  débilité  constitution- 
nelle et  pendant  la  convalescence  des  affections  fébriles  pro- 
longées. Ce  médicament  se  prescrit  le  plus  souvent  en  infu- 
sion ou  en  teinture  alcoolique. 

ZANTHOXYLON    CLAVA   HERGULIS    L. 
Clavalier  des  Antilles,  Bois  jaune  des  Antilles. 

Zanthoxylon  Caribœum  Lamk.  non  G-ertn. 
—  Carolinianum  G.krtn. 

Antilles  (Créoles)  :  Bois  épineux  jaune,  Fpineii.K  jaune.  Cochinchine  :  Cây- 
muony-irounf].  Guadeloupe  :  Bois  manche-houe.  Guyane  :  Bois  piquant. 
Jamaïque:  Prickle  ijellow.  Mexique  :  Palo  Mulato  hoja  larf/a.  Trinité  (An- 
glais) :   Yellow  Sanders  ;  (Espaj:.)  :  MapurUo,  Espina  de  bobo. 

Arbre  de  dimensions  moyennes  à  feuilles  persistantes , 
composées  de  9-11  folioles,  sessiles,  ovales,  grossièrement 
dentées,  inégales  à  la  base,  glabres  ;  croissant  spontanément 
aux  Antilles,  notamment  à  la  Guadeloupe  où  il  se  rencontre 


LES  BOIS  INDUSTRIELS  IXDIGENKS  ET  EXOTIQUES.  291 

abonilamment.  On  le  trouverait  également  en  Cocliinchine, 
suivant  M.  de  Lanessan. 

Son  bois,  de  couleur  Jaune,  d'un  grain  uni  et  satiné,  est 
d'une  densité  moyenne,  d'une  résistance  égale  à  celle  du 
chêne  et  un  peu  plus  élastique  que  ce  dernier.  Recherché 
aux  Antilles  pour  la  construction,  ce  bois  est  assez  joli  pour 
être  employé  dans  la  menuiserie  fine  et  l'ébénisterie. 

L'écorce  mince,  d'une  saveur  désagréable,  acre  et  amère, 
olîre  quelques  points  de  ressemblance  avec  l'Augusture  vraie, 
mais  s'en  distingue  par  sa  couleur  d'un  jaune  vif  et  sa  cas- 
sure fibreuse  ;  elle  est  prescrite  par  les  médecins  des  Antilles 
et  de  la  Guyane  comme  tonique  et  lebriCuge. 

MM.  Ed.  Heckel  et  F.  Schlagdenhauffen  ont  retiré  de  cette 
écorce  :  1"  une  substance  soluble  dans  l'alcool,  cristallisant 
en  aiguilles  incolores  ;  2°  une  petite  quantité  d'un  alcaloïde, 
la  Zantlioxyline,  possédant  les  propriétés  lebriluges  de  la 
quinine;  3° une  matière  résineuse,  produisant  les  mêmes  efiéts 
physiologiques  que  l'alcaloïde.  Cette  écorce  a  été  recom- 
mandée en  Europe  et  on  commence  même  à  s'en  servir  à 
Marseille  et  dans  quelques  autres  points  du  midi  de  la  France. 
La  proportion  considérable  de  matière  colorante  qu'elle  con- 
tient, la  l'ait  rechercher  aux  Antilles  pour  la  teinture  en  jaune. 

Les  feuilles  sont  vulnéraires  et  astringentes  ;  on  les  consi- 
dère comme  nn  diaphorétique  puissant,  surtout  dans  le 
tétanos. 

Les  fruits  et  les  graines  possèdent  une  odeur  agréable. 

ZANTHOXYLON  PRAXINEUM    Wili.d. 
Bois  épineux  blanc,  Glavalier,  Frêne  épineux. 

Zanthoxylum  Americanum  Mill. 

—  ramifloi'um  Mighx. 

—  Caribœum  G.ertn.  non  L.vmk. 

Amérique  du  Nord  :  Prickhj  Ash,  Toothachc  trcc.  Mexique  :  Palo  nivAato 

de  Mazantlan. 

Arbre  de  petite  taille,  dont  les  branches  sont  munies 
d'épines  brunes,  courtes,  coniques,  aiguës  et  très  fortes; 
feuilles  imparipennées,  composées  de  4-5  paires  de  folioles 
subsessiles,  ovales  aiguës,  légèrement  serretées,  duveteuses 
en  dessous. 


292  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Originaire  de  FAmérique  septentrionale,  cette  espèce  qui 
se  rencontre  également  au  Mexique,  fournit  un  beau  et  bon 
bois  d'ébénisterie,  ne  différant  de  celui  de  l'espèce  précédente 
que  par  ses  dimensions  plus  petites  qui  n'en  permettent  pas 
l'emploi  dans  la  construction,  mais  il  est  utilisé  dans  la  tein- 
ture en  jaune  comme  celui  de  l'espèce  précédente. 

L'écorce  est  formée  d'un  épidémie  gris,  ridé  transversale- 
ment par  la  dessiccation,  et  d'un  liber  presque  blanc  ;  sa  saveur 
d'abord  faiblement  mucilagineuse,  ne  tarde  pas  à  devenir  acre 
et  à  provoquer  la  salivation.  Son  analyse  a  été  faite  par  Pelle- 
tan  et  Chevalier,  qui  y  ont  trouvé  un  principe  colorant  parti- 
culier, de  saveur  amère  et  styptique  qu'ils  ont  nommé  Zantho- 
picrite,  cristallisant  en  aiguilles  d'un  jaune  verdâtre.  Depuis, 
M.  Dysons  -  Perrins  a  établi  l'identité  de  cette  substance 
avec  la  berbérine.  Cette  écorce  est  un  remède  populaire 
contre  les  maux  de  dents  ;  elle  est  usitée  comme  masticatoire 
et  inscrite  dans  la  pharmacopée  des  Etats-Unis. 

Toutes  les  parties  de  cette  plante,  notamment  les  fleurs, 
sont  très  odorantes  et  renferment  une  huile  volatile  à  odeur 
de  citron. 

ZANTHOXYLON  PINNATIFOLTUM   Benth  et  Hook. 

BlacMurnia  pinnata  Forst. 
Ptelea  pinnata  I..  f. 
Samara  Blackburnia  Spr. 

Petit  arbre  d'une  hauteur  moyenne  de  10  mètres,  dont  le 
tronc  est  recouvert  d'une  écorce  cendrée,  fendillée  horizonta- 
lement. Feuilles  alternes  au  sommet  des  rameaux,  composées 
de  2-3  paires  de  folioles  oppo.sées,  subsessiles,  très  inéqui- 
latérales,  luisantes  et  coriaces,  à  nervures  peu  ou  point 
saillantes. 

Originaire  de  la  Nouvelle-Calédonie,  cette  espèce  croît 
surtout  dans  les  sols  argilo-schisteux  de  Nouméa  ;  on  la 
rencontre  également  à  Taïti. 

Le  bois,  de  couleur  brun  jaunâtre,  jaune-rougeâtre  au 
cœur,  à  grain  fin,  dur,  assez  joli  étant  verni,  est  susceptible 
d'être  utilisé  pour  divers  travaux  de  menuiserie  fine  et  même 
d'ébénisterie.  Il  possède  étant  frais  une  odeur  assez  pronon- 
cée de  réglisse.  L'aubier,  rouge-jaunâtre  et  très  épais  dans 


LES  BOIS  INDUSTRIELS  INDIGÈNES  ET  EXOTIQUES.  293 

les  jeunes  arbres,  devient  très  mince  et  presque  nul  chez  les 
sujets  d'un  certain  âge. 

Zanthoxylon  Budrunga  DC.  (Fagara  Budnmga  Roxb.) 
Annamite:  Chol  moi.  Bengali  :  Budrunga.  Petit  arbre  de 
10  mètres  de  hauteur  environ,  sur  un  diamètre  moyen  de 
25  centimètres,  dont  le  tronc  est  tourmenté  et  souvent  creux. 
Originaire  de  l'Indo-Chine,  cette  espèce  se  rencontre  dans 
rinde  et  surtout  en  Cochinchine,  oii  elle  est  très  répandue 
sur  les  bords  des  fleuves  et  des  arroyos.  Son  bois  est  de  cou- 
leur gris-clair  ou  blanc  jaunâtre,  assez  lourd,  à  grain  fin, 
d'une  texture  assez  compacte,  à  fibres  légèrement  ondulées, 
et  d'un  travail  facile  ;  bon  pour  le  tour,  la  menuiserie  et  la 
confection  de  menus  objets,  il  est  très  employé  dans  la  co- 
lonie comme  combustible.  Sa  densité  approximative  est  de 
0,890.  L'écorce  passe  en  Cochinchine  pour  fébrifuge.  Cette 
espèce  est  recommandée  pour  ses  propriétés  digestives,  sti- 
mulantes et  stomachiques. 


FAMILLE  DES  OGHN ÂGÉES. 

La  famille  des  Ochnacées  se  compose  d'arbres  et  d'arbris- 
seaux à  feuilles  alternes,  simples,  très  entières  ou  dentées, 
très  rarement  pennées,  le  plus  ordinairement  coriaces,  lui- 
santes et  striées  par  des  nervures  parallèles  et  rapprochées, 
munies  à  la  base  de  leurs  courts  pétioles  de  stipules  libres 
et  caduques  ou  soudées  en  une  seule  axillaire  et  per- 
sistante. 

On  rencontre  ces  végétaux  dispersés  dans  les  régions  tro- 
picales des  deux  mondes. 

Leurs  fleurs  disposées  en  grappes  ou  en  corymbes,  ordi- 
nairement de  couleur  jaune,  sont  souvent  odorantes  et  très 
élégantes.  Un  certain  nombre  d'Ochnacées  sont  cultivées 
dans  nos  serres.  Elles  renferment  un  suc  aqueux,  en  gé- 
néral très  amer,  mais  tempéré  par  un  principe  astringent. 
Quelques  espèces  sont  utilisées  en  médecine  en  raison  des 
principes  qu'elles  contiennent,  d'autres  fournissent  des 
baies  comestibles  et  donnent  une  huile  employée  dans  l'a- 
limentation. 


-9i  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

OGHNA  WALLIGHII    Planch. 
Annamite  :  Mong-tog. 

Petit  arbre  d'une  hauteur  de  10  mètres,  sur  un  diamètre 
de  20/30  centimètres,  à  (euilles  caduques,  alternes,  serrulées, 
coriaces,  originaire  de  la  Cochincliine. 

Son  bois,  de  couleur  brune,  lourd,  d'une  texture  fine  et 
fibreuse,  est  bon  pour  l'ébénisterie,  la  menuiserie  et  autres 
travaux. 

Son  écorce  jouit  de  propriétés  amères  assez  prononcées; 
on  l'emploie  comme  tonique  digestif. 

L'OcJtna  arhorea  Burcii.,  connu  des  colons  du  Cap  et  de 
Natal,  sous  les  noms  anglais  de  Red  loood  et  hollandais  de 
Roodhout^  lournit  un  bois  utilisé  dans  ces  pays  pour  les  ou- 
vrages d'ébénisterie  et  de  charronnage,  plus  particulière- 
ment pour  rayons  de  roues. 

On  peut  encore  citer  dans  cotte  petite  lamille  : 

Le  Gomphia  angustifolia,  Waiil.  [Ochna  nngustifolia, 
H.  Bx.  O.  Malabarica,  DC.  Walheria  serrata,  Willd.)  Petit 
arbre  à  leuilles  alternes,  elliptiques,  oblongues,  aiguës  aux 
deux  extrémités,  lisses  et  coriaces,  dont  le  bois  est  employé 
dans  les  constructions,  à  Ceylan,  où  il  porte  le  nom  de  «  Bo- 
kaara  gass  ».  Les  leuilles  et  les  racines  i)0ssèdent  une  amer- 
tume analogue  à  celle  des  Quassiées  et  sont  usitées  en  décoc- 
tion, au  Malabar,  comme  stomachiques  et  digestives. 

Goniphia  Sumalrana,  Jack.  (Presqu'île  de  Malacca  : 
Chinta  mola.)  Petit  arbre  dont  le  bois  rouge  terne,  dur,  à 
grain  moyen,  est  utilisé  dans  la  construction  des  barques  et 
la  confection  de  pompes,  poulies,  etc.  Une  espèce  indéter- 
minée, peut-être  une  simple  variété  de  la  précédente,  porte 
les  noms  de  «  Ruthee  chinta  mola,  Churta  mola  ou  Chirta 
mola  »  ;  son  bois,  blanc  jaunâtre,  de  dureté  moyenne,  est 
cassant  et  se  gerce  par  la  dessiccation. 

Le  bois  de  quelques  beaux  arbres  du  groupe  des  Luxem- 
burgiées  s'emploie  aussi,  en  Colombie,  pour  divers  objets. 

[A  suivre.) 


IL  CHRONIQUE  DES  COLONIES  ET  DES  PAYS  D'OUTRE-MER. 


Jardin  botanique  de  Geylan. 

Nous  empruntons  ce  qui  suit,  au  rapport  annuel  de  1891,  du  Direc- 
teur du  Jardin  botanique  de  Ceylan,  M.  le  D''  II.  Trimcn. 

Au  commencement  de  l'année  le  Directeur  visita,  avec  l'autorisation 
de  S.  E.  le  Gouverneur,  les  jardins  botaniques  de  Singapore  et  de 
Buitenznrg  (Java).  Voici  ce  qu'il  dit  au  sujet  de   ces  deux  jardins  : 

Celui  de  Singapore,  siluc  prés  de  la  ville,  forme  en  quelque  sorte  un 
grand  parc  public,  autant  qu'un  jardin  scientifique.  Ces  deux  buts  sont 
admirablement  atteints  ;  les  pelouses  sont  bien  entretenues,  les  mas- 
sifs de  fleurs  sont  très  bien  disposes  pour  le  climat  tropical,  et  il  y  a 
une  grande  et  belle  collection  de  plantes  malaisiennes  rares.  Les  terres 
destinées  aux  engrais  de  culture  de  plantes  économiques  sont  situées 
à  quelque  distance  du  jardin,  ce  qui  m^e  paraît  très  bien  compris.  Le 
Directeur  a  sous  ses  ordres  un  jardinier  chef  européen  et  deux  ou 
trois  bons  jardiniers  indigènes.  Il  est  aussi  charge  de  la  surveillance 
des  jardins  de  Penang  et  de  Malacca,  dirigés  par  des  jardiniers  euro- 
péens. L'herbarium  et  la  bibliothèque  reçoivent  une  grande  extension. 
L'établissement  botanique  de  Buitenzorg  diffère  complètement  de 
toute  autre  institution  de  ce  genre,  même  de  celui  de  Kew.  11  est 
entretenu  entièrement  dans  un  but  scientifique.  Le  Dir-ecteur  a  la 
haute  main  sur  les  six  départements  de  l'établissement: 
1'^  L'herbarium,  la  bibliothèque  et  le  musée  ; 
2"^  Le  laboratoire  botanique  ; 

3<»  Le  jardin  d'essai  et  le  laboratoire  de  chimie  culturale  ; 
4°  Le  laboratoire  pharmaceutique  ; 
5°  Les  jardins  botaniques  ; 
6'^  L'institution  photographique. 

Ces  départements  sont  dirigés  par  des  chefs  pratiques,  techniques 
et  scientifiques  choisis  en  Hollande,  et  la  plupart  ont  un  assistant.  11 
y  a  donc  un  très  grand  état-major  diEurope'ens.  Les  laboratoires,  la 
bibliothèque,  etc..  sont  très  complets  et  entretenus  avec  beaucoup  de 
soin  ;  les  études  botaniques  sont  suivies  pas  à  pas  sur  tous  les  pomts 
du  globe.  Beaucoup  d'éminents  naturalistes  d'Europe  vont  y  passer 
quelque  temps.  Les  Annales  du  Jardin  hotnwque  de  Buitenzorg  pa- 
raissent périodiquement,  et  une  seconde  publication  «  Teusmannia  » 
s'occupe  plus  spécialement  de  questions  économiques  et  de  cultures. 
Les  jardins  mêmes  occupent  une  superficie  de  60  à  70  acres,  à  une 
altitude  d'environ  800  pieds,  avec  un  sol  excellent  et  de  l'eau  à  pro- 
fusion. Les  plantes  sont  très  nombreuses  et  très  riches  ;  chacune  d'elles 
porte  son  nom  sur  une  planchette  en  bois  très  dur  à'Eusideroxi/lon  que 
les  fourmis  n'attaquent  jamais.  Il  y  a  peut  être  un  peu  d'encombre- 


296  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

menl.  Du  jardin  de  Buitenzorg  dépend  le  petit  jardin  Tjibodas,  à  une 
altitude  de  4,700  pieds,  ayant  son  directeur  européen,  et  un  labora- 
toire pour  quatre  étudiants. 

Le  jardin  de  culture,  jardin  d'essai,  est  h  environ  deux  milles  du 
jardin  principal.  Il  est  divise  en  parties  carrées,  destinées  chacune  à 
un  produit,  mais  il  n'est  pas  encore  entièrement  occupé.  De  larges 
planchettes  aux  coins  de  ces  divisions  indiquent  le  nom  et  la  date  des 
ensemencements.  Il  y  a  ici  beaucoup  de  plantes  d'un  grand  intérêt  ; 
on  peut  obtenir  des  graines  gratis. 

Ensuite  on  lit  sous  la  rubrique  :  Notes  sur  les  plantes  économiques  : 

Café.  C/est  surtout  dans  l'est  de  Ceylau  que  cette  culture  réussit 
bien.  Je  suis  cependant  d'avis,  depuis  que  j'ai  visite'  Java,  que  la  cul- 
ture du  café'  Libéria  a  été  abandonnée  trop  tôt  à  Ceylan. 

Quinquina.  L'histoire  de  la  culture  de  quinquina  à  Ceylan,  qui  est 
très  intéressante,  touche  à  sa  fin,  cette  industrie  appartient  à  l'avenir 
à  Java,  cil  l'on  a  persévéré  avec  patience. 

Cacao.  Cet  article  prospère  à  Ceylan.  Grûce  aux  soins  donne's  à 
cette  culture,  les  produits  de  Ceylan  obtiennent  les  prix  les  plus 
f'ieve's,  on  continue  à  distribuer  des  semences  dans  les  villages. 

Gambir.  La  plante  vient  bien.  11  ne  sera  probablemnl  pas  difficile 
d'introduire  cette  culture  à  Ceylan. 

Etant  à  Siugapore  je  saisis  l'occasion  d'étudier  la  préparation  de  ce 
produit,  et  quoiqu'elle  ait  été  souvent  décrite,  je  pense  qu'il  est 
intéressant  de  la  faire  connaître  d'une  manière  exacte.  Le  11  mars, 
je  visitai  une  plantation  chinoise  à  Shung-Chonkong  à  quelques  kilo- 
mètres de  Singapore,  où  l'on  cultive  et  prépare  le  Gambir.  Cette 
industrie  est  entièrement  entre  les  mains  des  Chinois  qui  laissent 
pousser  la  plante  sur  des  pentes,  presque  sans  s'en  occuper,  sous  une 
masse  confuse  de  mauvaises  herbes  (lautana  et  alang-alang).  Quel- 
quefois on  coupe  l'alang-alang,  mais  c'est  tout.  Cette  plantation  avait 
5  ans,  et  les  plantes  vivent  de  13  à  15  ans,  fleurissant  toute  l'anne'e. 

La  préparation  a  lieu,  lorsque  le  poivre  n'est  pas  encore  bon  à 
cueillir.  On  ne  cultive  quune  seule  espèce  à  Singapore.  Il  paraît  que 
YUncaria  Gambir  n'est  pas  connu  à  l'èlat  sauvage,  mais  M.  Kidley,  le 
directeur  du  jardin  botanique  de  Singapore,  dit  que  YUncaria  ovaUfolia 
sauvage  lui  ressemble  beaucoup  et  est  peut-être  le  même.  Le  Gambir 
est  un  arbuste  qui  s'e'tend  surtout  en  largeur,  avec  de  longues  branches 
arque'es.  La  récolte  consiste  dans  les  petites  branches  courtes,  riches 
eu  feuilles  qui  poussent  sur  les  côtés.  On  enlevé  ces  feuilles  rapidement 
avec  la  main  et  on  les  transporte  dans  des  paniers  sous  un  hangar  peu 
élevé.  Ici  se  trouvent  de  grands  fiits  en.  fer  remplis  d'eau,  que  l'on  tient 
constamment  bouillante.  Les  feuilles  sont  mises  dans  cette  eau  pen- 
dant six  heures,  et  deux  hommes  armés  de  fourches  à  cinq  dents  et 
à  longs  manches,  faites  avec  du  bois  dur  de  Tampinies  {Sloetia  side- 
Toxijlon)  les  remuent  constamment.  C'est  un  travail  très  fatigant.  On 


CHRONIQUE  DES  COLONIES  ET  DES  PAYS  D'OUTRE -MER.         297 

retire  ensuite  la  masse  molle  de  l'eau,  et  on  la  place  sur  une  auge  de 
bois  en  pente,  en  la  laissant  égouller  dans  le  fût,  afin  d'obteni['  la  plus 
grande  quantité'  d'extrait  possible.  On  verse  ensuite  l'eau  bouillante 
dans  des  baquets  de  bois,  pour  la  laisser  refroidir.  Elle  est  alors  épaisse 
et  d'une  couleur  vert  jaunâtre,  mais  elle  est  encore  fluide  même  étant 
refroidie.  Pour  la  rendre  solide,  l'ouvrier  met  dans  chacun  des  ba- 
quets un  cylindre  court  et  e'pais,  fait  avec  du  bois  de  Mahang  [Maca- 
ranga  hyiJoleuca)  et  commence  à  remuer  la  masse,  en  frottant  avec  ses 
doigts  le  long  de  la  surface  des  cylindres.  Pendant  celte  opération  le 
liquide  devient  de  plus  en  plus  e'pais.  On  la  continue  pendant  un 
quart  d'heure  environ.  Quelques  minutes  après,  toute  la  masse  se  fige 
et  prend  la  consistance  du  fromage,  probablement  à  la  suite  de  la 
cristallisation  de  l'acide  du  cachou,  dont  elle  est  composée  en  grande 
partie.  On  dit  que  tout  l'art  de  la  préparation  consiste  à  connaître 
exactement  le  moment  où  il  faut  s'arrêter  de  remuer.  Si  l'on  s'arrête 
trop  tôt,  ou  si  l'on  ne  remue  pas  assez  longtemps,  la  masse  ne  se 
prend  pas. 

Au  bout  de  quelques  heures  on  peut  retirer  la  masse  comme  d'un 
moule  ;  on  la  coupe  en  de  petits  cubes  et  on  la  sèche  au  soleil. 

Cubèbe.  Comme  un  des  résultats  de  mon  voyage  à  Buitenzorg,  j'ai 
re'ussi  enfin  à  obtenir  le  vrai  Piper  Cuheha.  Une  vingtaine  de  racines 
sont  arrivées  saines  à  Ceylan,  mais  plusieurs  sont  mortes  depuis,  de 
sorte  que  notre  jardin  n'en  possède  plus  que  huit.  Mais  je  ne  doute 
pas  que  ceux-ci  ne  réussissent. 

J'ai  remarqué  qu'à  Buitenzorg  on  cultive  cette  plante  contre  des 
Eriodeiidrou.  La  dilTérence  de  forme  entre  les  feuilles  supérieures 
et  les  feuilles  inférieures,  de  la  môme  plante,  est  frappante.  Aussi, 
suis-je  porté  à  croire  que  l'on  cultive  à  Buitenzorg  deux  plantes 
ensemble. 

'Eryth.roxylon  Coca.  La  plante  cullive'e  à  Buitenzorg  se  dislingue, 
d'après  M.  le  D'' Burck,  de  la  plante  ordinaire  qu'il  appelle  H.  Boli- 
vanum,  tandis  qu'il  donne  à  cette  variété  le  nom  de  Spruceanum.  Il  dit 
qu'elle  est  quatre  fois  plus  riche  en  alcaloïde  que  la  plante  ordinaire, 
mais  il  y  a  des  raisons  pour  en  douter.  J'ai  examine'  la  plante  de 
Buitenzorg,  et  je  l'ai  trouvée  identique  à  celle  de  Pera  de  niva,  que 
j'appelle  l'espèce  à  petites  feuilles.  Il  est  probable  que  cette  der- 
nière vient  de  Buitenzorg,  de  nos  nombreux  e'changes.  Les  fleurs 
sont  blanches  et  les  feuilles  ressemblent  beaucoup  à  celles  de  la 
variété  dite  Granatense  do  Morris,  un  peu  moins  pilles  et  plus  arron- 
dies aux  extre'mités. 

D""  Meyners  d'Estrey. 


III.  CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS. 


Fermes  à  Autruches  en  Australie.  —  A  la  deinirre  assem- 
blée générale  de  la  South  Australian  Ostvich  Compaii!/,  tenue  à  Adé- 
laïde, on  a  rendu  compte  des  opérations  d\'levage  laites  pendant  le 
second  semestre  de  1891.  Le  rapport  comprend  deux  parties  dis- 
tinctes :  l'une  se  rapporte  aux  ame'liorations  introduites  dans  l'ame'na- 
gement  de  l'Autruchcrie,  l'autre  concerne  les  re'suUats  obtenus. 

Pour  ceux-ci,  la  saison  lut  moins  bonne  qu'on  ne  l'espérait.  L'abon- 
dance des  pluies  lut  1res  nuisible  à  la  reproduction  des  Oiseaux. 
Pourtant,  leur  nombre  s'est  accru  de  149  individus,  et,  au  31  octobre 
1891,  on  comptait  eu  tout  "733  Aulrucbes.  A  Londres,  où  l'on  vend 
leurs  plumes,  le  prix  a  beaucoup  baissé.  Des  récentes  cargaisons,  une 
partie  n'a  pu  môme  être  écoulée,  ce  qui  a  causé  un  préjudice  au  com- 
merce. 11  se  relèvera  certainement  d'année  en  année,  parce  que  dans 
l'Autruchcrie  australienne,  la  plupart  des  e'ièves  arrivent  à  l'ilgc 
adulte  011  ils  produisent  les  plus  belles  plumes.  L'on  cspùre  donc  que 
leur  prix  montera  et  que  l'entreprise  en  profilera. 

Eu  1890,  les  Lapins,  devenus  si  nombreux  on  Auslralie,  avaient 
non  seulement  endommage'  les  parcs,  mais  encore  troublé  les  oiseaux 
pendant  qu'ils  couvaient.  Celle  année,  on  y  a  porte  remède  ou  exler- 
minant  les  Lapins  autour  des  Autrucberies. 

Le  profit  net  re'alise'  par  la  Houth  Australian  Ostrich  Company  est  de 
276  livres  anglaises  pour  le  dernier  semestre  d'élevage.  (i. 

Les  Crabes  migrateurs.  —  Dans  les  Indes  occidentales,  on 
trouve  des  Crabes  qui  sont  à  la  lois  marins  cl  terrestres.  Ces  Crus- 
tacés se  reproduisent  toujours  dans  la  mer.  Mais,  à  l'étal  adulte,  ils 
rréqucnteul  les  rivages,  et,  semjilables  aux  Poissons  du  déluge  de 
Deucalion  dont  nous  parle  Horace,  ils  gagnent  les  sommets  des  Lautes 
montagnes.  Une  fois  par  an,  un  instinct  curieux  les  guide,  car  ou  les 
voit  émigrer  par  milliers  vers  la  mer  où  ils  vont  pondre.  11.;  arrivent 
jusque  dans  la  rade  de  Port-Uoyal  (Jamaïque). 

On  profile  de  ces  passages  des  Crabes  pour  les  capturer.  Beaucoup 
conlieuni>nl  de  magnifiques  coraux.  Leur  chair  est  en  outre  1res  esti- 
mée aux  Anlilles.  On  les  prépare  chauds  avec  de  la  rianure,  en  les 
laissant  enveloppe's  dans  leur  carapace  rouge;  ils  fournissent  un  mets 
excellent.  Ceux  qui  ont  échappe  vont  se  reproduire  en  mer.  Leurs 
jeunes  y  Iraverseront  une  période  larvaire  où  ils  nageront  librement, 
pour  passer  ensuite  à  un  stage  d'eau  duuce  et  terrestre.         \)v.  S. 

Mode  et  genre  de  nourriture  de  la  Truite  marine  {Salmo 
inarinus  L.).  —  Un  correspondant  du  Land  and  Waler  relevé  le  l'ail  que 
les  Truites  en  eau  douce  ont  l'habilude  de  dégorger  leur   nourriture. 


CimOXIQUE  GENERALE  ET  FAITS  DIVERS.  299 

vers,  mouches,  frais,  etc...,  clans  la  lutle  pour  la  liberté  lorsqu'elles 
sont  pèche'es  à  l'hameçon.  Dans  ces  condilions,  on  n'a  jamais  retrouvé 
aucune  nourriture  dans  leur  estomac.  Mais  dans  une  pêche  au  filet 
pratiquée  à  marée  haute,  notre  observateur  a  maintes  fois  retire'  des 
Truites  de  mer  qui  étaient  remplies  de  petites  Anguilles  de  sable. 
Quelques  heures  plus  tard,  lorsque  la  mer  s'était  retirée  du  canal,  il 
péchait  ces  mômes  Poissons  à  la  ligne  et  leur  intestin  était  entière- 
ment vide.  D'après  lui,  l'ingurgiiatiou  de  l'eau  douce  obligerait  d'a- 
bord le  Poisson  à  rejeter  tout  ce  qu'il  a  avalé  dans  l'eau  salée. 

La  Rédaction  de  cette  Revue  rappelle  les  divergences  d'opinions  qui 
ont  toujours  existé  à  ce  sujet.  Faudrait-il  admettre  que  la  puissance 
de  dissolution  du  suc  gastrique  rend  le  Poisson  capable  de  digérer 
entre  le  moment  de  la  marée  haute  et  celui  de  la  pêche  ?  Mais  d'ordi- 
naire les  Saumons  pris  soit  au  harpon,  soit  au  lilet,  se  débarrassent 
do  leur  nourriture.  Un  exemple  curieux  du  fait  fut  cité  par  ^L  W-. 
Campbell,  qui  conserva  vivants  716  saumons  à  Islay.  M.  Campbell  les 
vit  chaque  semaine  rejeter  le  contenu  de  leur  e.--tomar,  consistant 
principalement  en  de  jeunes  Anguilles.  De  S. 

Propriétés  médicinales  de  l'Ailante.  —  Après  avoir  examiné 
plus  haut  les  qualités  de  l'Ailante  et  les  services  qu'il  peut  rendre 
coramo  bois  industriel,  il  nous  reste  à  dire  quelques  mots  des  proprié- 
tés qui  lui  ont  été  attribuées  comme  agent  thérapeutique. 

Toutes  les  parties  de  l'arbre  possèdent  une  odeur  désagréable  et  des 
propriété?  irritautcs,  ducs  à  une  substance  acre,  amére  et  très  volatile, 
qui  n'est  pas  sans  danger  pour  C3ux  qui  le  travaillent  au  moment  de 
la  sève.  M.  Decaisue  a  même  constaté  que  les  jardiniers  chargés  de 
tailler  l'.-Vilaute  étaient  souvent  atteints  de  nausées,  d'étourdisse- 
mcnts,  accompagnés  d'une  sorte  de  somnolence. 

Au  sujet  d'une  épidémie  qui  sévit  pendant  un  moment  à  Castres  sur 
les  Canards  domestiques,  M.  Caraveu-Cachin  signala  à  l'Académie  des 
Sciences  le  danger  qu'offrait  l'ingestion  des  feuilles  d'Allante  par  les 
oiseaux  de  basse-cour.  D'après  cet  observateur,  l'empoisonnement  se 
produirait  par  une  vésicalion  qui  dégénère  eu  une  inllammatiou  du  tube 
digestif  et  ne  larde  pas  à  amener  la  mort.  Chez  l'homme,  la  mastica- 
tion des  feuilles  ou  d'un  fragment  d'écorce  fait  éprouver  un  malaise 
caractérisé  par  de  la  faiblesse,  des  nausées,  une  sueur  froide  et  môme 
des  verliges,  en  un  mot,  les  effets  d'un  hyposthénisant  puissant  ana- 
logue au  tabac. 

Les  feuilles  nourrissent  un  ver  à  soie,  VAttacus  cijnthia,  aujourd'hui 
complètement  naturalisé  en  France;  ce  nouveau  séricigcne  a  été 
l'objet  de  nombreuses  études  de  la  part  de  la  Société  nationale  d'Ac- 
climatation. 

D'après  l'analyse  de  Payen,  l'écorce  d'Allante  se  compose  de 
ligneux,  de  chlorophylle,   d'une  matière  grasse  azotée,  d'une  matière 


300  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

colorante  jaune  peu  stable,  de  mucilage,  d'une  substance  amère,  d'une 
re'sine  aromatique,  ve'sicanle  et  très  acre  et  des  traces  d'huile  essen- 
tielle d'une  odeur  forte  et  vircuse. 

Vers  1858,  M.  Hétet,  professeur  à  l'Ecole  de  médecine  navale  de 
Toulon,  fit  connaître  les  expérience  faites  par  lui  sur  l'homme  et  les 
animaux  avec  l'oléo-résine,  que  contiennent  l'e'eorce  et  les  feuilles,  et 
lui  attribua  des  propriéte's  éméto-cathartiques  et  une  action  spéciale 
sur  le  Te'nia  ou  Ver  solitaire.  Prises  à  l'intérieur  par  l'homme,  les 
préparations  d'Allante  ne  détermineraient  pas  de  vomissements  comme 
chez  les  Chiens,  administrées  à  la  dose  tenifuge,  elles  n'exerceraient 
aucune  inllucnce  sur  la  sanle  et  ne  fatigueraient  pas  le  malade  :  les 
effets  locaux  se  borneraient  à  quelques  douleurs  d'intestins  et  parfois 
à  une  purgalion  mode're'e. 

D'après  des  travaux  plus  récents  et  surtout  après  les  expériences  de 
M.  Beranger-Fe'raud,  il  semble  aujourd'hui  démontré  que  l'Ailante 
re'ussit  bien  sur  les  ascarides,  mais  peu  sur  le  Ténia,  et  occasionne 
presque  toujours  de  violentes  coliques.  Ces  contradictions  n'ont  pas 
lieu  de  nous  surprendre  ;  c'est,  d'ailleurs,  ce  qui  arrive  souvent  à  l'an- 
nonce de  quelque  me'dicament  nouveau  :  on  en  fait  d'abord  une  véri- 
table panacée,  puis  on  le  laisse  ensuite  tomber  dans  un  oubli  quel- 
quefois assez  peu  justitié. 

En  Chine,  l'écorce  de  la  racine  de  l'Allante  est  conside're'e,  de  temps 
immémorial,  comme  un  anthelmintique  de  grande  valeur  et  s'emploie 
aussi  pour  combattre  les  affections  de  poitrine.  Le  D''  Robert,  méde- 
cin principal  de  la  marine,  dit  avoir  obtenu  de  sérieux  résultats  avec 
celte  écorce  dans  le  traitement  delà  diarrhée  et  de  la  dysenterie,  mais 
que  cette  propriété'  était,  pour  ainsi  dire,  encore  inconnue  aux  méde- 
cins chinois.  La  racine  de  l'Ailante  est  blanche  intérieurement;  sou 
tissu  hlche  et  fibreux  lui  donne  assez  l'apparence  de  la  racine  de  gui- 
mauve. Elle  renferme,  comme  composition  chimique  :  des  matières 
albuminoïdes,  de  l'amidon,  de  la  pectosc  et  de  la  dextrine,  des  ma- 
tières grasses  et  résineuses,  plus  une  substance  amère  et  acide  {Acide 
atlantique  ?)  à  laquelle  elle  doit,  en  partie,  ses  propriétés. 

L'écorce  seule  est  administrée  en  infusion  concentrée  ou  sous  forme 
d'e.K.lrait  aqueux.  J-  G. 

Vente  d'Orchidées.  —  A  la  dernière  exposition  florale  de 
Londres,  on  a  remarque'  des  spécimens  de  Caltlei/a  Laurenceana  que 
l'on  n'avait  plus  vu  figurer  depuis  longtemps.  Les  lots  de  cette  plante 
se  vendirent  de  1  à  19  guine'es  (26  à  295  francs). 

A  ce  concours,  plus  de  2,000  exemplaires  de  VOdontoglossum  crispmi 
furent  aus.si  achele's.  De  S. 


Le  Gérant  :  Jules  Grisard. 


1.  TRAVAUX  ADRESSES  A  LA  SOCIETE. 


NOTES 

SUR 

QUELQUES  ANIMAUX  EXOTIQUES 

AYANT    EXISTÉ 

AU  PARC  DE  LA  FONTAINE  (PRÈS  TOURS) 
(du  1  '  avril  1891  au  30  mars  1892) 

Par  m.  SHARLAND. 


Les  notes  que  nous  envoie  M.  Sharland  contiennent  des 
renseignements  très  intéressants  que  les  lecteurs  de  la  Revue 
sauront  apprécier. 

Notre  collègue  a  créé  dans  son  parc  de  La  Fontaine  un 
véritable  jardin  d'expériences,  et  les  laits  de  rusticité,  de 
résistance  au  froid  qu'il  a  fait  connaître,  les  reproductions 
d'oiseaux  des  régions  tropicales  obtenues  méritent  l'atten- 
tion de  tous  ceux  qui  se  préoccupent  de  l'étude  et  de  l'éle- 
vage des  animaux  exotiques  (1).  {RédacHon.) 

Mammifères. 

Antilopes  —  Cerfs  —  Gazelles. 

Je  n'ai  eu  que  très  peu  de  jeunes.  Deux  Antilopes  de  l'Inde 
[Antilope  cenncapra)  sont  nées  en  mai.  Comme  j'avais  perdu 
mon  mâle  en  janvier  je  n'ai  pu  avoir  d'autre  reproduction. 

(1)   M.  Sharlaud  dit  que  les  plus  grands  l'roids  de  l'hiver  1891-92  ont  été  : 

22  novembre 10'  7  mars fj» 

23  —         0°  8     — 7° 

24  —         9»  9     —  o' 

25  —         lu-         10     —   0" 

12  janvier 9»         11     —  4' 

13  —     3»         12     —  6' 

4  mars 7"         13     —    2» 

5  —   7»        15     — 5» 

6  —  7» 

Températures  relevées  à  sept  heures  du  malin. 

5  Octobre  1892.  19 


302  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQL'ÉKS. 

Une  Gazelle  de  Perse  [GazeUa  sulxjutiurosa]  est  née  en 
avril,  elle  est  morte  le  jour  même.  Mon  mâle  était  très  vieux 
et  je  l'ai  perdu  en  juin. 

Deux  Cervules  de  Reeves  [Cervulus  Reevesii)  m'ont  donné 
chacune  un  petit  ;  ces  jeunes  se  sont  bien  élevés. 

J'ai  acheté  un  couple  de  Cerfs  axis  {Ccrvus  axis)  importés 
et  un  couple  de  Chevrotains  musqués  (Mosc.'ius  moschifcrus). 
Ces  animaux  sont  jeunes,  ils  ont  bien  i)assé  l'hiver  et  sont 
très  beaux  aujourd'hui.  Les  Chevrotains  se  sont  toujours  bien 
portés,  ils  sont  dans  un  parc  avec  une  cabane  exposée  au 
nord  et  n'ont  jamais  été  enlermés.  Pendant  la  journée  ils 
restent  le  plus  souvent  couchés,  mais  vers  le  soir  ils  jouent, 
sautent  et  sont  très  gais  ;  ils  n'ont  jamais  cherché  à  sortir  de 
leur  parc.  Ils  mangent  peu  d'herbe,  leur  parc  reste  toujours 
plus  vert  que  celui  des  autres  Ruminants. 

Au  mois  de  septembre  j'ai  reçu  un  couple  de  Gazelles  qui 
venaient  du  voisinage  de  la  mer  Rouge  {GazeUa  Arabica  on 
dorcas'i).  Ces  animaux  étaient  pariaitement  apprivoisés  et 
en  assez  bon  état.  Le  mâle,  cependant,  bêlait  quebjuefois  et 
avait  l'air  de  souffrir,  et,  en  effet,  huit  jo\irs  après  on  le  trouvait 
mort.  En  faisant  l'autopsie  on  découvrit  dans  sa  panse  un 
morceau  de  toile  fine,  gros  comme  un  mouchoir  de  poche.  Tl 
n'y  a  jamais  eu  de  toile  pareille  chez  moi,  il  faut  donc  qu  il 
ait  avalé  cela  depuis  un  peu  de  temps.  La  femelle  était  dans 
un  enclos  avec  les  Gazelles  de  Perse  ;  elle  allait  bien  vers  la 
fin  d'octobre  ;  il  commençait  à  faire  froid,  cependant  clic 
n'avait  pas  l'air  d'en  souffrir  ;  et  on  croyait  qu'elle  rentrait 
dans  la  cabane  la  nuit.  Un  matin,  après  une  nuit  assez  l'ude, 
on  l'a  trouvée  morte,  sans  doute  du  froid. 

Alpagas  [Lama  pacos). 

Ma  femelle  Ali»aca  m'a  donné  un  jeune  mâle  à  la  fin  d'avril; 
il  est  très  beau  aujourd'hui. 

Maras  {Dolichotis  Paiagonlca). 

Entre  le  l"^""  avi'il  1890  et  le  l"'"  avi-il  1891,  vingt-six  Maras 
sont  nés  chez  moi,  dont  trois  dans  les  mois  de  février  et  de 
mars  de  cette  année.  De  ces  vingt- six  \\\i  a  disparu  deux 
jours  après  sa  naissance  ;  il  est  probable  qu'il  a  i)assé  au  tra- 
vers du  grillage,  qui  était  en  grosses  mailles,  dans  le  ])arc  où 


NOTES  SUR  QUELQUES  ANIMAUX  EXOTIQUES.  303 

il  est  né  et  qu'il  s'est  perdu.  Deux  sont  morts  le  jour  de 
leur  naissance  ;  deux  qui  étaient  nés  bien  portants  ont  bien- 
tôt eu  l'air  de  souffrir  de  rhumatismes  dans  les  pattes  de 
derrière  et  sont  morts  à  1  âge  de  trois  mois  environ  ;  un  a  été 
tué  le  lendemain  de  sa  naissance  par  une  autre  mère  ;   la 
sienne  l'ayant  fait  entrer  dans  un  terrier  où  il  y  avait  déjà 
deux  petits  ;  un  autre  qui  avait  deux  ou  trois  jours  a  été 
trouvé  tué,  probablement  par  une  l'emelle  qui  avait  égale- 
ment des  jeunes.  Des  sept  qui  sont  morts,  deux  sont  de  cette 
année.  Les  dix-huit  de  l'année  dernière  ont  été  tous  élevés 
et  celui  qui  reste  de  cette  année  est  très  beau.  En  général, 
ces  animaux  l'ont  bon  ménage  ensemble,  et  j'ai  eu  trois  cou- 
ples de  jeunes  de  différents  âges  dans  le  même  terrier,  qui 
ont  été  tous  élevés. 

Un  dimanche  matin,  je  voyais  deux  petits  qui  venaient  de 
naître  à  l'entrée  du  terrier.  Les  lundi,  mardi  et  mercredi,  ne 
les  ayant  pas  aperçus,  je  commençais  à  croire  qu'un  accident 
leur  était  arrivé.  L'entrée  du  terrier  est  à  côté  d'une  cave 
située  hors  de  leur  enclos  et  dans  cette  cave,  qui  est  creusée 
dans  le  tuf  sans  être  maçonnée,  on  avait  empilé  plusieurs 
mètres  d'échalas  de  vigne  ;  on  entendait  souvent,  dans  ces 
échalas,  des  bruits  qu'on  attribuait  à  des  Rats.  Fouines  ou 
Belettes.  De  plus,  pendant  l'hiver,  le  sol  de  la  cave  avait  été 
couvert  d'eau  et  il  y  faisait  très  humide.  Je  pensai  donc  que 
ces  petits  avaient  été  tués  par  des  bêtes  ou  peut-être  noj-é 
et  je  fis  donc  enlever  les  échalas.  Nous  découvrîmes  que  le 
terrier  suivait  la  cave  sur  une  longueur  de  trois  mètres,  mais 
à  une  hauteur  d'un  mètre  du  sol  et  qu'il  était  très  sec  En 
faisant  le  terrier,  la  terre  que  les  Lièvres  n'avaient  pas  fait 
sortir  par  le  trou  d'entrée,  était  touibée  entre  les  échalas  et 
en  les  ôtant  le  terrier  se  trouvait  ouvert  du  côté  de  la  cave  ; 
il  s'en  allait  alors  dans  deux  directions  et  nous  ne  pouvions 
plus  le  suivre  ;  un  ouvrier  en  passant  la  moitié  du  corps  dans 
une  des  galeries  et,  avec  une  perche  de  six  pieds  ayant  une 
chandelle  au  bout,  vit  plus  loin  une  chambre,  mais  pas  de 
petits;  je  croyais  donc  qu'ils  avaient  été  mangés  par  des  Rats, 
et  je  fis  boucher  l'entrée  du  terrier  dans  l'enclos  des  Lièvres, 
pour  les  empêcher  d'aller  dans  la  cave.  Le  soir,  sur  les  huit 
heures,  je  retournai  voir  si  les  Lièvres  cherchaient  â  entrer 
dans  leur  terrier;  j'en  trouvai  trois  ou  quatre  qui  avaient 
l'air  très  affairés,  près  du  grillage  qui  sépare  leur  parc  de 


s 


304  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  AITLIQUÉES. 

l'entrée  de  la  cave,  qui  est  cachée  par  des  arbres,  et  en  même 
temps  je  crus  apercevoir  un  petit  animal  qui  se  sauvait.  Je 
m'éloignai  quelques  minutes  ;  en  revenant  doucement,  je  vis 
la  mère  dans  son  enclos  et  les  deux  petits  de  l'autre  côté  du 
grillage  ;  comme  le  trou  était  bouché,  les  jeunes  n'avaient  pas 
pu  sortir  quand  la  mère  les  avait  appelés,  mais  ils  étaient 
sortis  par  la  cave  ;  j'en  lérmai  l'entrée  et  je  débouchai  le  ter- 
rier ;  dans  la  nuit,  les  petits  rejoignirent  leur  mère.  Dans  la 
journée  du  lendemain,  je  les  vis  tous  trois  ensemlde  dans  leur 
parc.  J'ai  fait  poser  du  grillage  sur  le  côté  ouvert  du  couloir, 
ils  y  rentrent  tous  comme  d'iiabitude  et  les  petits  ont  été 
élevés.  Quand  j'ai  vu  l'étendue  de  ce  souterrain,  je  n'étais 
plus  étonné  que  trois  couples  s'y  soient  élevés  ensemble. 

J'étais  curieux  de  goûter  cet  animal,  et  le  3  novembre  j'en 
ai  fait  tuer  un.  C'était  une  femelle,  née  au  printemps,  et  je 
fus  étonné  de  la  trouver  déjà  [tleine.  Je  l'ai  mangée  en  civet 
et  en  rôti  ;  en  civet,  je  l'ai  trouvée  fade  ;  en  rôti,  c'était 
délicat  ;  la  chair  en  était  très  blanche  et  ressemblait  plutcU  à 
celle  de  la  Pintade  ou  de  la  Dinde  qu'à  toute  autre.  Ayant 
enfermé  plusieurs  Maras  dans  une  petite  cour  pour  h^s 
prendre,  je  fus  surpris  de  voir  qu'ils  sautaient  par  dessus 
une  clôture  de  1  mètre  80  de  haut.  Cependant,  ils  n'avaient 
jamais  cherché  à  passer  par  dessus  la  clôture  de  leur  enclos, 
qui  est  beaucoup  moins  haute. 

Agoutis   {Dnsyprocla  acuti). 

Deux  femelles  m'ont  donné  sept  petits  qui  ont  été  tous 
élevés. 

Chacals  [Canis  anthiis). 

Une  de  mes  femelles  a  réussi  à  élever  quatre  petits. 

Singes. 

Un  Rhésus  est  né  le  15  janvier.  Il  était  très  beau  et  très 
vif,  mais  il  faisait  très  froid  ce  jour  là,  et  au  bout  de  deux 
ou  trois  heures  il  ne  pouvait  plus  tenir  à  sa  mère  ;  il  est  moi-t 
le  soir  même.  Les  père  et  mère  étaient  dans  une  cage  placée 
dans  une  écurie  non  chaufïée,  l'eau  n'y  gelait  pas,  mais  la 
température  a  dû  être  très  près  de  0''.  La  mère  ne  voulait 
pas  se  séparer  de  son  petit  mort.  Au  bout  de  huit  jours, 


NOTES  SUB   QUELQUES  ANIMAUX  EXOTIQUES.  305 

comme  il  était  impossible  de  le  lui  arracher  et  qu'il  sentait 
mauvais,  on  fit  sortir  les  Rhésus  de  leur  cage  et  alors  on 
parvint  à  avoir  le  jeune.  Le  màle  ne  s'occupait  pas  du  petit, 
ni  vivant  ni  mort. 

Au  mois  d"avril,  j'ai  acheté  un  Mandrill  femelle  comme 
compagne  pour  le  mâle  que  j'ai  depuis  quatre  ans.  Elle  était 
très  belle  à  son  arrivée  :  elle  avait  probablement  six  ans,  et 
était  à  peu  près  aussi  forte  que  mon  màle.  Très  gâtée,  habi- 
tuée à  lait,  soupe,  chocolat,  viande  r(3tie,  vin,  cognac,  thé, 
elle  a  (hi  trouver  un  régime  de  pain,  biscuit  et  carottes  un 
peu  dur;  on  ne  i)0uvait  pas  lui  donner  de  friandises,  carie 
mâle  les  lui  arrachait  ;  à  peine  s'il  la  laissait  assez  manger  ; 
aussi  elle  maigrissait,  et  je  dus  la  mettre  dans  une  cage  seule 
où  elle  pouvait  manger  à  son  aise.  On  lui  donnait  une  meil- 
leure nourriture  et  elle  redevenait  très  belle.  Mais  la  cage 
provisoire  où  on  l'avait  installée  pour  l'été  était  très  exposée 
et  elle  ne  pouvait  pas  }■  passer  l'hiver.  On  l'a  donc  remise 
avec  le  màle  dans  une  grande  cage  dans  l'écurie,  espérant 
([ue  le  couple  ferait  meilleur  ménage,  mais  le  màle  tour- 
mentait toujours  sa  femelle.  Il  n'était  pas  facile  de  les  sé- 
parer, car  elle  était  très  méchante  et,  d'ailleurs,  je  ne  savais 
Ijas  où  la  mettre  ;  j'attendais  le  beau  temps  pour  la  replacer 
dans  sa  cage  d'été;  mais  au  mois  de  février  elle  mourut.  Je 
crois  que  les  mauvais  traitements  du  mâle  ont  contribué 
beaucoup  à  sa  mort.  C'est  le  seul  Singe  que  j'aie  perdu  dans 
l'année;  mais  pour  que  les  singes  vivent  chez  moi,  il  faut  que 
je  les  possède  jeunes,  avant  qu'ils  ne  soient  formés.  Mes 
Singes  en  vieillissant  sont  devenus  méchants  ;  j'ai  été  obligé 
de  les  .séparer  et  je  n'ai  pas  su  où  les  mettre.  Les  Magots,  les 
Macaques  Bonnet-chinois  et  Cercopithèques  {Cercopithecu^ 
fuliginosus)  sont  toujours  restés  dans  le  rocher.  Ils  se  portent 
tous  bien.  Un  des  Magots  est  devenu  si  gros  qu'avec  sa 
longue  fourrure  il  ressemble  à  un  petit  ours.  Le  Cercopi- 
thèque, que  l'on  croit  si  délicat  et  que  j'ai  depuis  juin  ISS^, 
mangeait  une  pomme  de  ma  main  à  travers  le  grillage,  assis 
sur  la  glace  de  son  abreuvoir  dans  le  plus  grand  froid  de 
l'hiver. 

Makis  [Le^nnr  variiis). 

Deux  Makis  achetés  le  15  mars  ont  passé  l'été  dans  une 
c.ige  fermée  par  devant  par  un  tiers  bois  et  deux  tiers  gril- 


306  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

lage.  Dans  cette  cage,  il  y  avait  deux  boites  où  ils  entraient 
assez  souvent  la  nuit.  Le  15  octobre,  leur  cage  a  été  rentrée 
dans  récurie  avec  celle  des  Mandrills.  Ils  y  ont  bien  passé 
l'hiver. 

Kangurous. 

Un  Kangurou  géant,  seulement,  est  né  au  mois  de  janvier. 
Le  vieux  mâle  Bennett  était  malade  depuis  longtemps,  et  il 
est  mort  au  mois  d'août;  l'autre  mâle  était  trop  jeune  pour 
reproduire. 

Tanrecs  [Cenietes  setosus). 

Le  L5  octobre,  j"ai  reçu  deux  de  ces  petits  animaux.  Tls 
n'étaient  pas  en  mauvais  état,  mais  la  personne  qui  me  les 
avait  envoyés  m'avait  dit  qu'ils  ne  mangeaient  guère  et  je 
n'avais  pas  grand  espoir  de  les  garder  longtemps.  En  arri- 
vant, on  leur  a  donné  du  pain,  de  la  viande  crue,  des  fruits, 
des  racines.  Pendant  la  première  nuit,  ils  ont  mangé  un  peu 
de  viande  ;  toute  la  journée,  ils  restaient  dans  leur  boîte, 
enfouis  dans  le  foin  ;  le  soir,  sur  les  cinq  heures,  ils  sortaient 
et  mangeaient  un  peu.  Puis  l'appétit  revint  de  plus  en  plus, 
mais  ils  ne  consommaient  que  le  soir  ou  la  nuit.  Un  soir,  le 
faisandier,  ayant  ramassé  une  grande  limace,  la  leur  présenta 
devant  leur  case  ;  l'un  d'eux  sauta  contre  le  grillage  poui' 
l'attraper.  Après  cette  épreuve,  on  leur  donnait,  quand  on  en 
trouvait.  Limaces,    Escargots    et    Vers    de  terre,    dont  ils 
étaient  très  friands.  Jamais  ils  n'ont  touché  au  pain  ou  aux 
racines.  Ils  finissaient  par  manger  tant,  que  je  croyais  qu'ils 
engraissaient  pour  hiverner.  Leurs  excréments  sentaient  si 
mauvais  que  l'on  ne  pouvait  les  garder  plus  longtemps  dans 
la  remise  avec  les  oiseaux ,  on   les   plaça  dans  l'écurie  ;  là 
(Picore  leur  odeur  était  tellement  forte  qu'on  dut  les  mettre 
dans  une  cave  où  il  faisait  plus  chaud  que  dans  l'écurie.  Ils 
mangeaient  bien,  étaient  très  gras  et  tout  i)araissait  aller  bien, 
quand,  le  matin  du  22  février,  le  faisandier,  en  allant  dans  la 
cave,  trouvait  l'un  de  ces  animaux  mort  hors  de  la  boite  et 
l'autre  mourant  dans  sa  boite  ;  il  mourut  dans  la  journée.  11 
faisait  froid  en  ce  moment;  cependant  la  température  avait 
déjà  été  plus  rigoureuse  dans  le  courant  de  l'hiver.  Néan- 
moins, comme  ces  animaux  étaient  très  gras  et  en  très  bon 
état,  je  crois  qu'il  faut  attribuer  leur  mort  au  froid. 


NOTES  SUR  QUELQUES  ANIMAUX  EXOTIQUES.  307 

Oiseaux. 

Grues. 

J'ai  perdu  ma  Grue  couronnée  noire  {Balearica  pavonina). 
Au  mois  de  juillet,  j'ai  remarqué  qu'elle  maigrissait  et  en  la 
regardant  de  près,  je  vis  que  la  mandibule  .supérieure  était 
devenue  si  longue  qu'elle  mangeait  avec  difliculté.  On  la 
coupa,  et  l'oiseau  semblait  aller  mieux,  mais  il  mourut  au 
mois  de  novembre.  Cette  Grue  avait  perdu  deux  ou  trois  de 
ses  ongles,  sans  doute  l'effet  de  l'iiiver  dernier. 

On  a  trouvé  des  coques  d'œul"  dans  le  parc  des  Grues  de 
Paradis,  mais  on  n'a  jamais  vu  l'oiseau  faire  un  nid  ou 
couver.  La  lemelle  avait  déjà  pondu  étant  seule. 

Flamants. 

Je  n'ai  pas  été  heureux  avec  mes  Flamants.  Deux  des  trois 
qui  avaient  passé  Tliiver  chez  moi  et  que  je  n'avais  que  de- 
puis le  mois  d'avril  1890,  sont  morts  vers  la  lîn  d'avril. 
Quoique  ces  animaux  parussent  en  bon  état  quand  je  vous 
envoyai  mon  rapport  au  l*^''  avril,  il  est  probable  qu'ils  souf- 
fraient des  rigueu?\s  de  l'hiver.  Celui  que  j'avais  depuis  mai 
1887  est  mort  en  décembre.  En  mai,  j'ai  acheté  deux  sujets, 
dont  l'un  mourut  peu  de  temps  après;  l'autre,  qui  était  devenu 
très  beau,  s'envola  en  juin  et  fut  tué  d'un  coup  de  fusil  à 
80  kilomètres  d'ici.  Au  commencement  de  septembre,  j'ai 
acheté  six  nouveaux  oiseaux  ;  trois  sont  arrivés  morts,  étant 
mal  emballés.  Les  ti'ois  autres  étaient  bien  en  chair  et  en 
plumes  ;  cependant  ils  sont  tous  morts  en  quinze  jours.  Je 
crois  qu'ils  étaient  trop  vieux  pour  s'habituer  au  changement 
de  nourriture;  et,  peut-être,  comme  ces  oiseaux  ont  toujours 
réussi  ici,  nous  ne  les  avons  pas  assez  surveillés  à  leur  ar- 
rivée. 

Tantales. 

En  octobre,  j'ai  reçu  deux  Tantales  de  l'Inde  [Tanialus 
leucoccphahis).  Ces  oiseaux  ont  passé  l'hiver  dans  une  vo- 
lière du  parc.  On  les  enfermait  tous  les  soirs  et  même  pen- 
dant les  journées,  dans  les  grands  froids.  Ils  commencent  à 
être  en  couleur. 


308  REVUE  DES  SCIENXES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

Chaia  ou  Kamiçhi  {Chauna  cliuvaria). 

J'ai  reçu  deux  de  ces  oiseaux  en  juin.  Je  les  ai  lait  mettre 
dans  un  petit  enclos,  traversé  par  un  ruisseau.  Mais,  voyant 
qu'ils  n'allaient  guère  dans  l'eau  et  qu'ils  mangeaient  beau- 
coup d'herbe,  je  les  ai  changés  et  mis  dans  un  grand  parc. 
On  leur  donnait  à  manger  dans  une  cabane  et  l'hiver  ils  y 
entraient  librement.  Dans  les  plus  grands  froids,  on  fermait 
la  porte  de  la  cabane  la  nuit  ;  ils  sortaient  tous  les  jours  et 
n'ont  jamais  souffert  du  fi-oid. 

Râles  —  Poules  sultanes  —  Ibis,  etc. 

Les  additions  les  plus  intéressantes  sont  deux  Courlans 
géants  (Aramides  ipecaha),  deux  Poules  sultanes  [Porphyrio 
7nelaHotus),  trois  î'oulques  de  l'Amérique  du  Sud  [Fuiica 
ardesiaca).  Ces  oiseaux  étaient  avec  d'autres  porphyrions, 
dans  un  enclos  près  de  l'eau.  Une  des  Foulques  est  morte 
le  lendemain  de  son  arrivée  ;  les  deux  autres ,  mâle  et 
femelle,  sont  devenues  très  belles  Au  mois  d'octobre,  la  fe- 
melle a  disparu,  impossible  d'en  trouver  une  trace  morte  ou 
vivante  Tous  ces  oiseaux  sont  restés  dehors  jusqu'aux 
grands  froids.  Comme  il  ny  avait  pas  d'abri  dans  leur  enclos, 
on  les  a  mis  dans  une  volière  oii  on  ne  pouvait  les  renfermer 
la  nuit.  La  Foulque  est  morte  en  mars,  les  Courlans  et  les 
Porphyrios  sont  tous  bien  portants. 

Un  Biboreau  de  l'Amérique  du  Sud  {Nycticorax  Gardeni?) 
ayant  l'air  de  souffrir  du  froid,  était  rentré  dans  l'écurie, 
ainsi  qu'un  petit  Héron  blanc  {Buhidcus  ibis)  que  j'avais  reçu 
en  septembre.  Deux  Ibis  [Ibis  stricUpennis]  et  deux  petits 
Hérons  blancs  sont  restés  dehors  tout  l'hiver;  ils  rentraient 
seuls  la  nuit  sous  un  petit  abri  ouvert  par  devant. 

Calao. 

J'ai  reçu  un  jeune  Calao  à  casque  festonné  [Rhytidoceros 
vndidatiis)  ;  il  était  en  assez  bon  état  et  il  enUellit  beau- 
coup pendant  les  deux  mois  que  je  l'ai  gardé.  Avec  des  fruits 
on  lui  donnait  à  manger  du  cœur  de  cheval  qu'il  aimait  beau- 
cou}!.  Un  jour  que  le  cœur  manquait  on  lui  donna  de  la  viande  ; 
il  ne  put  la  digérer  ;  le  lendemain  on  le  trouva  couché  dans 
un  coin  de  la  cage,  il  avait  vomi  la  viande;    il   mangeait 


NOTES  SUR  QUELQUES  ANIMAUX  EXOTIQUES.        3G9 

quelques  cerises  et  paraissait  aller  mieux,  mais  il  mourut  dans 
la  journée. 

Cariama  de  Burmeister  [Chimga  Burmeisteri). 

A  son  arrivée  j'ai  lait  mettre  cet  oiseau  dans  une  grande 
volière;  mais,  quoique  très  apprivoisé,  il  cherchait  tant  à  sor- 
tir et  paraissait  si  malheureux,  que  je  voyais  qu'il  n'avait  pas 
l'habitude  d'être  enfermé  ;  cependant  il  n'était  pas  éjointé. 
On  lui  coupa  une  aile  et  on  le  mit  dans  un  grand  enclos  où  il 
ne  paraissait  pas  plus  heureux  ;  on  le  laissa  donc  libre.  Il  se 
promène,  vient  à  la  maison  du  laisandier,  rentre,  sort  et  se 
trouve  tout  à  fait  chez  lui,  devenant  très  familier  avec  la 
femme  du  laisandier,  lui  rapportant  les  petits  objets  qu'il  ra- 
masse. Il  ne  s'éloignait  pas  beaucoup  de  la  maison;  la  nuit 
il  perchait  dans  un  cerisier  à  côté.  Il  s'est  constitué  le  gar- 
dien de  la  maison.  Aussitôt  qu'il  voit  quelqu'un  approcher,  il 
court  à  sa  rencontre,  se  jette  sur  lui,  ne  le  quitte  pas  et,  à  son 
départ,  raccompagne  jusqu'au  bout  du  parc.  Il  n'est  pas  plus 
aimable  pour  moi  ou  les  ouvriers  de  la  maison  que  pour  les 
étrangers.  Il  n'a  jamais  pu  souffrir  le  fils  du  faisandier,  un 
jeune  homme  de  17  ans.  Quand  il  sort  le  matin  il  l'attend  à  la 
porte  et  aussitôt  qu'il  l'entend  de  loin,  le  soir,  il  court  et  se 
jette  sur  lui.  Il  ne  craint  rien,  il  attaque  le  grand  chien  de 
Saint-Bernard,  et  on  était  obligé  d'enfermer  le  petit  Casoar, 
qui  était  libre  avec  lui,  tellement  il  le  tourmentait.  Quand  il  a 
commencé  à  faire  froid,  il  est  entré  tout  seul  le  soir  sous  un 
hangar  adossé  à  la  maison.  Quelques  nuits  de  très  grand  froid 
et  quand  la  terre  était  couverte  de  neige,  qu'il  n'aimait  pas 
du  tout,  on  l'enfermait  dans  une  cabane.  Il  chante  beaucoup, 
a  la  voix  très  sonore  et  des  cris  variés. 

Casoars  —  Nandous. 

Mes  Casoars  Emeus  ont  commencé  à  pondre  fin  novembre. 
Le  mâle  a  bien  couvé,  mais  les  œufs  étaient  clairs. 

La  femelle  Nandou  avait  pondu  dix  œufs  quand,  un  matin, 
je  l'ai  trouvée  couchée  par  terre  pouvant  à  peine  respirer,  et 
au  bout  d'une  heure  elle  était  morte  d'une  congestion.  Elle 
était  en  très  bon  état.  Je  ne  sais  pas  si  l'on  doit  attribuer  sa 
mort  à  ce  qu'elle  s'est  couchée  dans  l'herbe,  qui  était  dans  ce 
moment  très  longue  et  très  mouillée,  et  qu'elle  a  pris  froid . 


310  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQI'EKS. 

Au  commencement  dejuin  jai  reçu  un  petit  Casoar,  que  je 
croyais  un  Casoar  à  casque;  il  avait  de  40  à  50  centimètres  de 
liant  ;  aujourd'hui  il  a  plus  d'un  mètre,  son  cou  est  devenu 
rouge  et  bleu;  je  crois  que  c'est  un  Casoar  d'Australie  {Ca- 
suarius  australls).  Il  a  passé  lliiver  dans  le  parc  quand  il 
faisait  très  froid  ;  on  fermait  la  porte  de  sa  cabane  la  nuit. 

Pintades  —  Faisans,  etc. 

Mes  acquisitions  sont  quatre  Pintades  Vulturines  [Numida 
vid(iirina),  au  mois  d'avril.  Au  fond  de  leur  volière  est  une 
grotte  creusée  dans  le  rocher  et  fermée  sur  le  devant  par  des 
jiortes  vitrées.  Tout  l'hiver  on  les  y  enfermait  la  nuit,  et,  quand 
il  faisait  très  froid,  on  ne  les  laissait  i)as  sortir  dans  la  journée. 
Une  d'elles  qui  depuis  longtemps  pai*aissait  faible  est  morte  en 
janvier,  les  trois  autres  sont  belles  et  bien  portantes. 

En  mars,  j'ai  reçu  une  couple  de  Pintades  gris  et  blanc, 
qui  venait  de  Madagascar;  c'est  probablement  une  variété  de 
Pintades  domestiques.  Ces  oiseaux  ont  pondu  beaucoup  mais 
n'ont  jamais  couvé.  Les  œufs  mis  sous  une  poule  ('talent 
clairs.  A  leur  arrivée,  ces  Pintades  avaient  l'air  de  soulfrir 
du  froid,  mais  elles  ont  fort  bien  passé  l'hiver  dans  le  parc 
avec  les  Cliaias.  Quand  il  faisait  très  froid  elles  restaient  dans 
la  cabane. 

En  mars,  j'ai  reçu  un  lot  de  Faisans  importés,  Mongols, 
Prélats,  Queue  Rousse  et  Cabots.  Les  Mongols  ont  pondu  et 
on  a  élevé  pas  mal  de  petits  ;  plusieurs  des  autres  sont 
morts. 

Quatre  Francolins  de  Madagascar  ont  passé  l'hiver  dans 
une  volière,  assez  mal  exposée,  mais  où  on  jjouvait  les  en- 
fermer la  nuit  et  quand  il  faisait  très  froid  ;  dans  ce  moment, 
deux  (il  n'y  a  qu'un  mâle),  ont  l'air  d'être  accouplés  ;  ils  oiif 
battu  les  deux  autres  femelles  et  nous  les  avons  séparés. 

Pigeons  —  Colombes. 

Je  n'ai  élevé  que  des  Lumachelles  et  des  Lophotes.  Mes 
Labrador  [Phaps  eicgons]  ont  pondu  beaucoup.  La  femelle 
couvait  quebiuefois,  mais  au  bout  de  quelques  jours  le  mâle 
la  dérangeait.  Les  œufs,  mis  sous  des  Tourterelles,  n'ont  jyas 
réussi,  quoif^ue  souvent  fertiles.  Mes  Gouras  ont  pondu  deux 
œufs  (l'un  au  mois  de  février,  l'autre  en  mars),  par  terre.  Mis 


NOTES  SUR  QUELQUES  ANIMAUX  EXOTIQUES.        31  1 

SOUS  des  Pigeons  ordinaires,  ils  étaient  clairs.  Les  Colombes 
Grivelées  pondent  aussi  par  terre  et  ne  s'occupent  pas  de 
leurs  œufs. 

Oies  —  Canards. 

Mes  Oies  de  Magellan  n'ont  pas  réussi.  La  nuit  après  lé- 
closion  des  œufs,  la  femelle  a  dû  êti'e  effrayée  par  une 
Fouine  ou  quelque  autre  béte.Le  matin  on  a  trouvé  les  petits 
morts  et  écartés  de  tous  côtés.  Les  Oies  barrées  de  l'Inde 
et  les  Oies  mariées  [juhata]  n'ont  rien  fait.  La  femelle  Oie 
Cabouc  [Sarcldiornis  melanola)  est  morte  au  commence- 
ment de  l'année. 

En  Canards,  j'ai  élevé  quelques  Carolins,  Bahamas,  Pepo- 
sacas,  Becs  de  lait,  mais  peu  de  chose. 

J'ai  acheté,  il  y  a  un  mois,  deux  Oies  de  Neige  bleues  ;  ces 
oiseaux  sont  en  bon  état  et  ont  l'air  de  s'habituer  chez  moi. 

Aras  —  Cacatois  —  Perruches. 

Mes  Aras  verts  [Ara  mililaris)  ont  commencé  à  couver  le 
19  mai;  la  femelle  a  très  bien  couvé  jusqu'au  25  juin;  quand 
elle  a  quitté  le  nid,  il  y  restait  un  œuf  clair  et  les  coques  de 
deux  œufs  qui  ont  dû  être  clairs.  L'Ara  bleu  {Ara  ararainia) 
a  pondu  son  premier  œuf  le  3  juin,  le  deuxième  le  5,  le  troi- 
sième le  8;  elle  a  très  bien  couvé,  mais  les  œufs  étaient  clairs. 
Le  25  juillet  elle  a  recommencé  à  pondre  (1).  Les  Singes  sont 
entrés  dans  la  volière  le  27  et  ont  mangé  l'œuf.  Elle  a  encoiv 


(1]  Note  ajoutée  pendant  l'impression. 

.  La  FoDlaiue,  26  août  18î)2. 

•  Mardi,  nous  avons  eu  iinfi  agréable  surprise.  En  faisant  la  chasse  aux 
Souris  dans  la  volière  des  Aras  bleus,  le  i'aisandier  a  trouvé,  sous  les  bûches, 
un  jeune  Ara  bien  cinpluiné,  et  porteur  d'une  belle  queue;  il  doit  avoir  plus  de 
deux  mois.  Nous  n'avions  pas  une  idée  que  ces  Aras  avaient  un  jeune.  Du  2(1 
au  2o  mai,  la  femelle  a  commencé  à  couver,  et  les  deux  oiseaux  défendaient 
leur  nid,  qui  était  tout  à  fait  dans  l'angle  du  rocher,  et  ne  laissaient  personne 
en  approcher.  Au  bout  d'un  mois,  ne  voyant  ni  coquille  d'œuf,  ni  signe  do 
jeune,  nous  avons  pensé  que  les  œufs  étaient  clairs,  comme  ceux  de  l'année 
dernière.  Depuis  mon  retour  d''Allemagne,  je  voyais  bien  que  les  oiseaux  al- 
laient souvent  dans  le  coin  du  rocher,  mais  je  croyais  que  la  femelle  voulait 
pondre. 

.  Le  jeune  Ara  est  si  beau  que  j'espère  qu'il  sera  élevé.  Si  nous  avions  su 
qu'il  existait,  il  est  probable  que  nous  nous  en  serions  trop  occupés  et  qu'il 
serait  déjà  mort;  nous  le  laissons  tranquille  et,  sans  doute,  bientôt  il  sortira 
pour  manger.  • 


312  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

pondu  deux  œufs  qu'elle  a  bien  couvés,  ne  se  dérangeant  ja- 
mais; mais  les  œuls  étaient  clairs.  Cependant,  l'année  précé- 
dente, il  y  avait  un  des  œufs  des  verts  et  deux  des  bleus  qui 
étaient  fertiles,  quoiqu'ils  ne  soient  pas  arrivés  à  éclosion. 
(les  Aras  n'acceptent  pas  les  tonneaux  avec  coupures  de 
bois  que  je  leur  mets  pour  nids.  Ils  pondent  toujours  dans 
un  trou  par  terre. 

Je  ne  crois  pas  que  les  Cacatois  aient  pondu.  Il  y  en  avait 
trop  ensemble  et  je  n'avais  pas  de  volières  pour  les  séparer. 

En  Perruches,  je  n'ai  élevé  que  deux  Swainson. 

En  février,  j'ai  acheté  ti'ois  petits  Vasas  [Coracopsis  nigra)  ; 
je  les  ai  gardés  dans  la  remise  jusqu'au  mois  de  mai  ;  alors,  je 
les  ai  mis  dans  une  volière  peu  abritée.  Ils  sont  restés  là 
tout  l'hiver;  ils  n'ont  pas  souflért  du  froid,  ils  se  promenaient 
dans  la  neige  et  étaient  toujours  gais  ;  le  fond  de  la  volière 
seulement  est  couvert  d'un  toit.  En  novembre,  j'ai  reçu 
([uatre  Perruches  Cornues  {Nymphicns  l'vœensis).  (Ce  n'est 
pas  la  variété  que  j'avais  déjà)  et  deux  Perruches  de  la  Nou- 
velle-Calédonie [Cyanoramphns  Samrli  y).  Deux  des  pre- 
mières sont  mortes  et  les  deux  autres  ne  font  pas  très  bonne 
mine.  Il  est  bien  entendu,  que  j'ai  tenu  ces  Perruches  dans 
la  remise. 

Oiseaux  divers. 

Le  Ptilonorhynque  'PlUonorhyncus  violascens)  que  j'ai  eu 
<leiuiis  juillet  1884,  est  mort  ce  mois-ci.  On  l'a  rentré  l'hiver  : 
il  était  dans  une  grande  cage  avec  une  Mainate  religieuse.  Il 
est  mort  d'être  trop  gras.  Ce  n'était  qu'une  boule  de  graisse. 
Je  croyais  toujours  que  c'était  une  femelle,  car  il  n'était  de- 
venu noir  que  depuis  dix  huit  mois  ;  c'était  un  mâle.  En  oc- 
tobre, j'ai  acheté  deux  de  ces  oiseaux  ;  un  d'eux  est  mort 
avant  que  je  Taie  reçu  ;  l'autre  est  bien  portant.  Ces  deux 
étaient  noirs  en  arrivant. 

J'ai  reçu  des  Pies  bleues  d'Amérique  [Cyanocilia  crislata], 
ainsi  que  deux  Pies  de  l'Amérique  du  Sud,  que  je  crois  être 
la  Pie  à  tête  noire  {Cyanocorax  cyanomclas). 


VISITES    FAITES 

AUX  ÉTABLISSEMENTS    D'AVICULTURE 

Par  m.  MAROIS 


ÉLEVAGE  DU  PTN,  par  Mo  y  aux  (Calvados) 

(12  K.  ÎJUO    DK    LISIEUX) 

Appartenant  à  21''''  la  comtesse  de  Chahannes  la  Palier. 


L'élevage  du  cliâteau  du  Pin  est  surtout  remarquable  par 
la  variété  des  races  de  petites  Poules  dont  il  est  composé. 

Il  se  trouve  situé  en  face  du  château,  c'est-à-dire  à  droite 
de  la  route,  en  venant  de  Lisieux. 

En  entrant,  à  gauche,  atelier  de  menuiserie,  à  droite 
écuries  et  logement  des  ]iiqueurs  ;  etc. 

Grande  cour  de  verdure,  à  la  suite  de  cette  cour,  l'élevage  ; 
grand  emplacement  à  gauche  en  entrant  divisé  en  petits  com- 
partiments, pour  recevoir  les  Poussins  ;  à  droite  le  premier 
poulailler  divisé  en  quatorze  compartiments,  plus  au  centre 
un  salon  de  repos  avec  vérandah  vitrée  sur  le  devant. 

Description  d'un  compartiment  : 

Cabane  en  maçonnerie  de  briques  apparentes  jointoyées  à 
l'anglaise,  intérieur  blanchi  à  la  chaux  vive,  couverture  en 
zinc,  porte  à  un  vantail  pour  la  sortie  des  Poules,  avec  petite 
porte  dans  ladite  pour  ne  pas  laisser  celle-ci  toujours  ou- 
verte ;  ce  compartiment  est  éclairé  par  deux  ouvertures  gril- 
lagées. Le  sol  de  la  cabane  est  en  terre  avec  couche  de  sable 
fin  sur  le  dessus,  litière  en  paille,  ni  pondoirs,  ni  perchoii-s 
dans  les  deux  cabanes  câ  chaque  extrémité  ;  les  Poules  pon- 
dent par  terre. 

Dans  les  autres  cabanes,  où  il  n'existe  que  des  Pigeons  et 
petites  Poules,  les  Poules  pondent  dans  de  petits  paniers  en 
osier  et  il  existe  des  perchoirs  ronds.  —  Le  sol  de  ces  ca- 
banes est  en  terre,  avec  sable  fin. 

La  cabane  couverte  a  comme  dimensions  2'",10  sur  S^'AW 
pour  les  deux  cabanes  en  aile  ;  les  cabanes  entre  les  ailes 
n'ont  que  l-,80  sur  1"\65;  au  devant  de  ces  cabanes,  volières 


31  ;  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

grillagées  a^ant  :  les  deux  en  ailes  3'^,60  sur  5  mètres,  les 
autres  r",80  sur  5  mètres  ;  sol  terre  et  sable  ;  dans  la  pre- 
mière cabane  seulement,  touffe  d'arbres  verts. 

Ce  premier  poulailler  est  divisé  en  deux  ailes,  c'est-à-dire 
([ue  de  chaque  côté  du  petit  salon  au  centre,  il  existe  sept 
compartiments.  Pour  le  service  à  faire  aux  volailles  de 
chaque  aile,  il  n'existe  qu'une  porte  extérieure.  les  autres 
sont  intérieures,  incommodité  lorsque  par  hasard  on  laisse 
une  jiorte  séparative  ouverte  et  en  même  tem[)S  pour  sortir, 
il  faut  revenir  sur  ses  pas  et  retraverser  toutes  les  cabanes 
en  faisant  attention  de  bien  fermer  les  portes  derrière  soi. 

La  partie  couverte  de  grillage  au  pourtour,  repose  sur  sou- 
bassement en  briques  ;  sous  les  séparations  entre  cabanes,  il 
serait  nécessaire  que  le  mur  soit  d'une  hauteur  de  0"\50  à 
0"\60  i)0ur  empêcher  les  Coqs  de  se  voir  et  par  ce  fait  de 
s'abimer  la  crête  en  cherchant  à  se  battre. 

Le  pavillon  central  se  compose  sur  le  devant  d'une  vé- 
randah  vitrée  et  fermée  i»ermettant  de  surveiller  à  droite  et  à 
gauche  les  parquets  ;  à  la  suite,  petit  salon  de  repos. 

Entre  le  gros  mur  du  fond  et  les  cabanes  contre  le  jjavillon 
du  milieu,  il  existe  un  couloir  donnant  accès  à  deux  très 
gros  poêles ,  chaulfant  en  hiver  les  parquets  fermés  ;  les 
tuyaux  de  chaleur  jiassant  dans  les  cabanes  sont  protégés 
par  une  double  enveloppe  en  grillage  pour  empêcher  les 
volailles  ou  Pigeons  de  se  brûler. 

Cette  première  partie  de  l'élevage  est  très  confortable, 
sauf  les  portes  et  les  cloisons  de  séparation  en  briques  :  il  y 
aurait  peut-être  à  ajouter  un  abri  en  arbres  verts  jjour  l'été, 
afin  que  les  volailles  puissent  se  percher  et  se  garantir  de  la 
pluie  ou  des  rayons  du  soleil. 

Races  de  poules  et  pigeons  dans  ces  volières,  en  commen- 
rant  contre  l'entrée  : 

Parquet  n"   1.1  coq  «  Cochinchine  fauve  »,  4  poules  ; 
(!«■■  prix  au  concours  général). 
Dans  une  petite  volière  un  coq  «  Nangasaki  >;. 

—  n°  2.  1  coq,  3  poules,  race  «  Nangasaki  dorés  ». 

—  n°  ;3.  1  coq,  2  poules,  race  «  Nangasaki  coucou  «, 

1  coq  Sebright, 

—  n°  4.  1  coq,  2  poules,  race  «  Nangasaki  argentés  »  ; 

pigeons  «  Queue-de-Paon  »  blancs. 


VISITES  AUX  ÉTABLISSEMENTS  D'AVICULTURE.  315 

Parquet  n»  5.   1  coq,  1  poule,  race  «  Nangasaki  blancs  ». 
_       11°  6.   1  coq,  2  poules,  race  «  Nangasaki  cailloutés  ». 

—  n°  7.   1  coq,  3  poules,  race  «  Nangasaki  soyeux  ». 

Après  la  vérandali  est  le  pavillon  du  milieu  : 

Parquet  n°  8.   1  coq,  1  poule,  race  du  Chili. 

—  n»  9.  1  coq,  -i  poules,  race  Walikiki   de  diverses 

couleurs. 

—  n°  10.  1  coq.  5  poules,  race  «  Java  noirs  »  ;  pigeons 

«  Pies  y>  noirs. 

—  n°  11.  1  coq,  3  poules,  race  «  Java  blancs  ». 

—  n°  12.  1  coq,  2  poules,  race  «  Scotch  Grey  «,  pigeons 

a  Pies  »  rouges. 

—  n^  13.  2  coqs,  3  poules,  race  «  Sebright  «,  pigeons 

cravatés. 

—  n°  U.  1  coq,  3  poules,  race  Coucou  de  Maline,  pi- 

geons Damacènes. 

En  retour,  dans  l'allée  à  droite  : 

Cinq  volières  en  bois,  couvertes  en  bois,  avec  grillage  sur 
le  devant,  sol  en  bois,  porte  en  grillage,  trois  compartiments 
par  cabane,  pour  la  ponte,  paniers  en  osier,  perchoirs  ronds 
en  bois  ;  par  suite  des  planchers  en  bois  des  compartiments 
de  ces  volières  occupés  par  des  poules,  celles-ci  ne  peuvent 

se  poudrer. 
Chacune  de  ces  volières  a  l'",00  sur  r",40  de  hauteur. 

1"^  volière  :  Colins,  pigeons  «  Pies  »,  bleus  et  blancs. 

2e        —  1  coq  «  Java  »  blanc. 

30        _  2  coqs,  1  poule  «  Nangasaki  ». 

40        _  2  coqs  Bentam  Pékin  coucou. 

50        _  1  coq  Bentam  doré,  2  poules  «  Caille  ». 

Grande  volière. 

Au  centre,  un  pavillon  en  bois,  genre  chc\let,  couvert  sur  le 
dessus  en  ardoises  ;  ce  pavillon  sert  de  pavillon  à  graines, 
logement  de  paniers  et  divers  objets  pour  les  volailles.  — 
Pour  donner  accès  à  ce  pavillon,  un  couloir  partant  d'une 
des  allées  ;  au  pourtour  des  parvis  de  ce  lavillon  en  bois 
rayonnent  16  parquets  de  volailles  en  éventail  ;  la  partie  de 
ces  parquets  contre  les  parois  du  pavillon  central  sert  de 
poulailler  à  chaque  race. 


316 


REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 


Si  le  pavillon  central  était  construit  comme  la  volière  pa- 
rallèle à  la  route,  en  briques  avec  sol  en  briques  pour  em- 
pêcher la  vermine,  les  animaux  nuisibles  ne  pouvant  s'intro- 
duire dans  ce  pavillon  pour  manger  les  graines  et  au  besoin 
saigner  les  volailles,  ce  pavillon,  dis -je,  serait  le  type  pouvant 
servir  de  modèle  à  un  amateur;  mais  pour  cela  il  faudrait 
qu'il  soit,  comme  je  le  dis,  en  maçonnerie  ;  de  plus,  chaque 


ELEVAGE  DE  M""'  LA  COMTESSE 


DE  CHABANNES  LA  PALICE. 


)eux.ièaie  grau  de  volière. 


—  Coupe. 


l'iau.  —  Projet  fie  modilicalion. 


c 
< 

> 


j I 


20 


318  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

partie  des  parquets  devrait  ^tre  avec  soubassement  en 
briques,  de  0'",60  de  hauteur,  avec  montants  en  1er  et  gril- 
lage tout  an  pourtour  et  sur  le  dessus.  Le  poulailler,  au  lieu 
d'être  en  bois,  devrait  être  également  en  briques,  avec  partie 
à  jour  en  dessous,  comme  actuellement,  mais  de  plus  grandes 
dimensions  pour  permettre  aux  volailles  de  se  poudrer  et  de 
se  mettre  à  l'abri. 

De  plus,  il  serait  nécessaire  d'ajouter,  dans  chaque  com- 
partiment, ou  rayon,  une  touffe  d'arbrisseaux,  pour  permettre 
aux  volailles  de  se  mettre  à  l'abri. 

Le  pourtour  extérieur  de  ces  cabanes  devrait  être  égale- 
ment en  briques,  sur  une  hauteur  d'environ  0"\40,  avec  en- 
trée particulière  pour  chaque  compartiment,  avec  serrure  et 
bec  de  cane,  une  seule  clef  pour  toutes  les  portes. 

Actuellement  les  compartiments  ont  comme  grandeur  : 
longueur,  7"", 00,  largeur  contre  allée  3'",60,  au  fond,  0'",70. 
Le  poulaill(>r  contre  pavillon  a  0'",70  de  largeur  sur  le  devant 
et  0™,20  dans  le  fond  et  est  en  bois  ;  il  est  élevé  du  sol  d'en- 
viron 1"\00  et  forme  en  dessous  abri  et  poudrette  pour  les 
volailles. 

Pour  faire  un  parquet  parfait,  il  faudrait  que  le  comparti- 
ment, à  mon  avis,  puisse  avoir  :  longueur,  l'^.OO,  largeur 
contre  allée  3"', 00,  au  fond,  1"\20. 

Le  poulailler,  1"',20  de  largeur  sur  le  devant  et  0"%80  au 
moins  dans  le  fond.  Le  sol  de  ces  compartiments  est  parfait, 
il  est  en  gazon. 

La  déiunise  ou  modification  à  faire  n'est  pas  extraordi- 
naire et  l'élevage  de  M"'"  la  comtesse  de  Chabannes,  si  remar- 
quable par  sa  ravissante  collection  de  petites  races,  pourrait 
être  cité  comme  type  de  l'élevage  d'amateur. 

Je  conseille  aussi  comme  type  de  mailles  pour  le  grillage, 
la  maille  de  0'",019  et  les  montants  en  fer  assemblé  avec  bou- 
lons et  écrous  permettant  de  démonter  les  volières. 

Les  volailles  composant  les  parquets  au  pourtour  de  ce 
Iiavillon  sont  les  races  suivantes  : 

En  conmiençant  à  droite  de  l'entrée  : 

l'^e  volière  :  1  coq,  2  poules,  race  "  Bentam  de  Pékin  »  blancs. 
2«  —  2  coqs,  3  poules,  race  «  Bentam  de  Pékin  >■>  coucou. 
3«  —  1  coq,  4  poules,  race  «  Bentam  de  Pékin  »  noirs. 
4«      —        1  coq,  3  poules,  race  «  Bentam  de  Pékin  »  perdrix. 


VISITES   AUX   i:TAr.LISSE.ME\rS  D'AVICULTURE.  319 

.V  volièiv  :  1  coq,  3  poulas,  race  «  Beiitam  de  Pékin  »  fauves;. 

Oe      —  1  coq,  -poules,  race  <*  Bralima inverses  »  (naines). 

7p      —  1  co'i,  1  poule,  race  «  Hambourg  »  argentés. 

8"       —  2  coqs,  4  poules,  race  «  Barbu  d'Anvers  .>  blancs. 

Qo       _  Icoq,  1  poules,  race  k  Barbu  d'Anvers  »  coucou. 

]0-  .  —  1  coq,  5  poules,  race  «  Barbu  d'Anvers  »  noirs. 

IP      _  \  coq,  3  poules,  race  h  Barbu  d'Anvers  »,  caille. 

]2'-       —  1  coq.  :?  poules,  race  <<  Wyandotte  blancs  ■>. 

i:>      —  1  coq,  '2  [»oules,  race  i'  Wyandotte  »  argentés. 

14'       —  1  coq.  2  poules,  race  k  Wyandotte  »  dorés. 

15°      —  1  coq.  4  ])Oules,  race  c(  Nègre  ». 

l(j«      —  1  coq,  '1  j)ouIes,  race  «  Langslian  ». 

Tel  est  rélevage  du  cliàteau  du  Pin  par  Moyaux  (Cal- 
vados) dont  le'?  amateurs  et  éleveurs  connaissent  de  réputa- 
tion et  de  vue,  les  sujets  primés  dans  les  concours  généraux, 
régionaux  et  concours  de  la  Société  d'Aviculture  de  la  So- 
ciété d'Acclimatation. 

L'ensemble  des  volailles  composant  l'élevage  est  cliarmant 
et  digne  d'être  visilé. 

Avec  une  légère  modiiication  dans  la  construction  des  par 
([uets,  cela  serait,  on  peut  le  dire,  un  pèlerinage  agréable  à 
Taire  pour  les  amateurs  désireux  de  voir  cette  remarquable 
collection  de  })etites  races  ;  ils  pourront  admirer  en  même 
temps  ce  bel  emplacement,  si  spacieux,  la  perfection  et  la 
commodité  des  parquets. 

Nourriture  des  volailles  et  Pigeons  :  blé,  sarrasin  et  avoine. 

Pour  les  couvées  em])loi  de  Poules,  pas  de  couveuse  arti- 
ficielle. 

Je  manquerais  à  mon  devoir  en  ne  signalant  pas  à  la  So- 
ciété le  faisandier  du  Pin;  le  jeune  Sébastien  Josse,  âgé  de 
15  ans,  au  service  des  châtelains,  depuis  deux  ans  :  ce  garçon 
est  remarquable  par  son  intelligence  et  son  dévouement. 

Race  de  volailles  de  la  contrée  le  plus  souvent  rencontrée, 
dans  la  campagne  :  Poules  noires  avec  huppe  semblable  à  la 
race  de  Caumont  et  quelques  types  de  la  race  de  Crèvecœur. 


L'INDUSTRIE  DU  POISSON 

SUR    LE    TERRITOIRE    DE    L'AMOUR 
Par  Cath.  KRANTZ. 


C'est  toujours  avec  surprise,  parce  que  le  fait  est  malheu- 
reusement trop  rare,  que  l'on  rencontre  un"  renseignement 
sur  l'état  économique  des  confins  de  la  Russie  d'Asie.  Nous 
avons  sous  les  yeux  une  intéressante  brochure  de  M.  Na- 
darofif  relative  au  «  Congrès  »  du  territoire  de  l'Amour  (à 
Khaharovka),  congrès  où  étaient  réunis  tous  ceux  qui,  à  un 
titre  quelconque,  se  consacrent  aux  intérêts  de  ce  pays  aussi 
curieux  qu'ignoi'é. 

Parmi  les  questions  intéressant  l'industrie  locale,  le  «  Con- 
grès »  s"est  surtout  occupé  du  poisson.  Xous  devons  à  la 
Commission  spéciale  qui  s'y  était  consacrée,  les  renseigne- 
ments que  l'on  va  lire  ci- dessous. 

La  pèche  du  poisson  constitue  la  véritable  richesse  de  ce 
pays,  étant  un  des  principaux  éléments  d'alimentation  de  sa 
population  actuelle  et  à  venir  et  une  source  de  ses  revenus, 
sans  parler  de  son  importance  au  point  de  vue  fiscal. 

La  Commission  classe  les  poissons  du  Territoire,  dans  les 
trois  groupes  suivants  : 

1'"  Les  poissons  des  rivières  et  lacs  :  le  Sterhît,  le  Thymalle, 
ia  «  Kalouga  »,  la  Carpe,  la  Brème,  le  Brochet,  le  Carassin, 
la  Lotte,  la  Tanche  et  quelques  autres  ; 

2**  Les  salmonidés  qui  entrent  dans  les  rivières  pour  frayer: 
le  Gardon,  l'Eperlan,  et  surtout  la  «  Kéta  »  {Oncorhynchwi 
lagocsp  halus)  ; 

2"  Les  poissons  de  mer  qui  s'approchent  des  côtes  à  des 
époques  déterminées,  i)Our  frayer,  mais  qui  ne  remontent 
pas  les  rivières  :  les  Harengs. 

Au  point  de  vue  industriel,  le  Saumon  «  Gorbouscha  » 
{0>icorhy)ic/if''i  protei'.s  Pall.)  et  la  »  Kéta  »  0/icorhioichiis 
lai/oce/hulffs Pall.)  et  le  Hareng  méritent  surtout  lattention. 

D'une  façon  générale,  l'industrie  du  poisson  de  ce  pays  se 
borne  à  satisfaire  les  besoins  locaux  et  une  quantité  insigni- 


L'INDUSTRIE  DU  POISSON   SUR   LE  TERHITOIUE   DE  L'A.MOU!'.       321 

liante  de  poisson  est  seulement  exportée  de  la  côte  méridio- 
nale de  l'ile  de  Saklialine.  On  doit  attribuer  cet  état  léthar- 
gique de  l'industrie  et  du  commerce  de  poisson  aux  raisons, 
toujours  les  mêmes  :  la  cherté  et  la  mauvaise  qualité  du  sel, 
l'absence  de  spécialistes  expérimentés,  celle  de  toute  initiative 
énergique,  enfin  le  manque  de  bras  et  de  capitaux.  Des  Ja- 
ponais viennent,  cependant,  sur  la  côte  sud  de  Saklialine,  y 
apportant  leur  sel  et  amenant  avec  eux  des  ouvriers  auxquels 
ils  adjoignent  des  indigènes.  Ils  salent  la  «  Kéta  »  [lour  la 
consommation  alimentaire,  extraient  du  Hareng,  l'huile,  <'t 
de  ses  débris  fabriquent  un  engrais  avec  lequel  on  l'ume  les 
rizières  au  Japon.  Dans  la  fabrication,  cet  engrais  revient  à 
41  koi)ecks  le  poud,  et  il  est  vendu  au  Japon  54-68  koj). 
L  initiative  russe  est  représentée  sur  Tile  Saklialine,  par  un 
seul  commerçant  M.  Séménoff"  qui  a  exporté  en  1885,  3,000 
pouds  (le  poud  =  environ  14  kilog)  de  Morue  et  10,000  pouds 
de  Harengs  secs. 

En  1884,  le  poisson  exporté  en  dehors  du  territoire  de  l'Em- 
pire Russe  a  été  frappé  d'un  droit  de  5  kopecks  or  par  poud 
de  poisson  si  l'exportateur  est  étranger,  et  5  k.  papier  lors- 
qu'il est  de  nationalité  russe. 

Au  Japon ,  la  «  Gorbouscha  »  {Oncorhyuchus  proteus, 
Pall.)  et  la  «  Kéta  »  [Oncorhynchiis  Ingocephalus  Pall.) 
salées  et  séchées  se  vendent  un  «  ien  o  (=  1  dollar),  40  à  43 
pièces,  et  la  Morue  1  rouble  50  kop.  le  poud. 

Il  a  été  peivu  en  1884,  sous  la  rubri({ue  de  droits  pour  le 
poisson  exporté  2,850  r.  25  k.,  y  compris  022  r.  52  k.  pro- 
venant des  amendes  pour  pèche  sans  permis,  et  en  1885,  il 
est  rentré  au  Trésor  Russe  5,000  roubles —  produit  de  la  taxe 
de  même  nature. 

Un  commerçant  du  pays,  M.  Baranoff",  a  essayé  par  deux 
l'ois  d'expédier  de  la  Kéta  salée  à  Odessa  ;  mais,  salée  modé- 
rément, elle  se  gâtait  en  route,  et,  d'un  autre  côté,  lorsque 
la  salure  était  forte,  le  poisson  durcissait  et  prenait  un  goût 
amer. 

On  se  servait  du  sel  Japonais  évaporé  du  varech.  Les  frais 
de  la  fabrication  et  le  prix  du  transport  montaient  ensemble  à 
4  roubles  par  poud,  et,  de  plus,  en  avait  eu  à  payer  à  Odessa 
2  roubles  de  droits  d'entrée  par  poud. 

La  Kéta,  pour  la  consommation  locale,  est  préparée  surtout 
à  Nicolaiév.^k,  d'où  l'on  a  expédié,  en  1885,  20,000  pouds  de 


:Viî  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Kéta  salée  dans  les  localités  en  amont  de  l'Amour  et  3,U0U 
vers  Sakholine.  Le  poisson  préparé  à  Nicolaiévsk  ne  st^ 
conserve  pas  longtemps.  La  canse  doit  en  être  attribuée  à  la 
mauvaise  qualité  du  sel.  On  ne  saurait  trop  recommander 
l'emploi  du  s£l  évaporé  par  les  <.<  manza  »  ;  dans  le  territoire 
Sud-Oussoury,  il  ne  contient  pas  plus  de  1/4  -^/o  de  sulfate 
de  magnésie,  tandis  que  le  sel  des  autres  provenances,  dont 
on  se  sert  dans  le  pays,  en  renferme  de  1  à  :i  l/2%. 

A  ce  sujet,  la  commission  spéciale  du  Congrès  de  Kliaba- 
rovka  a  émis  l'opinion  qu'une  des  mesures  les  plus  impor- 
tantes et  les  plus  urgentes  à  prendre  pour  le  développement 
de  l'industrie  du  poisson  dans  le  territoire  de  l'Amour,  devait 
être  l'exploration  et  la  mise  en  exploitation  des  mines  de  sel 
découvertes  à  proximité  de  Nicolaiévsk,  ainsi  que  des  bouil- 
loires de  sel,  surtout  dans  le  territoire  Sud-Oussoury.  Pour 
cela,  elle  voudrait  voir  adopter  le  régime  de  la  liberté  pour 
rétablissement  des  bouilloires  avec  exonération,  pendant  dix 
ans,  par  exemple,  de  tout  impôt  pour  la  terre  et  de  tout  paie- 
ment pour  le  combustible  et  l'alTranchissement  de  tout  droit 
sur  la  fabrication  du  sel.  Kn  outre,  à  titre  d'encouragement, 
l'Etat  achèterait  tous  les  ans,  pour  ses  besoins,  une  certaine 
quantité  de  ce  sel  et  le  paierait  en  argent  comptant. 

Comme  suite  à  ces  mesures,  les  membres  de  la  connuis- 
sion  croient  nécessaire  d'autoriser  les  industriels  russes  à 
exporter  du  poisson  à  l'étranger,  sans  avoir  câ  payer  de  ce 
chef  aucun  droit.  Le  Congrès  a  pleinement  adopté  ce  rap- 
port de  la  commission  et  il  y  a  adjoint  un  paragraphe  supplé- 
mentaire exprimant  le  vœu  que  l'on  n'octroie  plus  de  «  per- 
mis »  (brevet)  de  bouilloires  de  sel  à  des  Chinois,  car,  dès 
aujourd'hui,  dans  le  tei'ritoire  Stul-Oussoury  où  il  existe 
quinze  usines  à  sel,  fabriquant  chacune  trois  cents  à  quinze 
cents  pouds  par  an,  tout  le  sel  obtenu  est  exporté  à  Khoun- 

tchoun. 

Ensuite,  M.  Ovtchinnikoff  avait  demandé  que  l'on  interdise 
la  pêche  au  filet  â  moins  de  150  verstes  du  liman  de  l'Amour, 
et  encore  sous  la  condition  expresse  que  le  filet  ne  barrerait 
jamais  plus  de  deux  tiers  du  chenal  (petite  baie),  car,  sans  ces 
précautions,  la  plus  grande  partie  des  poissons  qui  se  di- 
rigent ordinairement  vers  le  chenal  au  lieu  de  remonter  dans 
la^rivière,  retourneraient  à  la  mer.  D'ailhurs.  dans  le  lac 
Baïkal,   il   est  interdit  de  pêcher  au  filet,  aux  embouchures 


L'INDUSTRIE  DU  POISSON  SUR  LE  TERRITOIRE  DE  L'AMOUR.       323 

des  rivières,  et  dans  la  rivière  Sélenga  il  n'est  permis  de 
pêcher  qu'à  une  distance  d'au  moins  30  verstes  en  amont  de 
l'embouchure  .  On  organise  aussi  des  pèches  au  Cormoran  et 
cet  oiseau  détruit  des  quantités  de  poisson  à  ces  endroits. 
Dans  l'intérêt  de  la  pêche  et  pour  sauvegarder  l'avenir,  il  se- 
rait vraiment  à  désirer  que  les  mesures  de, conservation, 
prises  dans  certaines  localités,  soient  étendues,  à  toutes  les 
rivières  même  les  moins  importantes. 

La  commission  a,  en  outre,  attiré  l'attention  du  Congrès 
sur  des  malentendus  relatifs  aux  produits  locaux  qui,  expor- 
tés du  pays  d'origine,  —  le  territoire  de  l'Amour,  —  pour 
entrer  dans  une  autre  partie  du  territoire  de  la  Russie, 
l)assent  par  la  douane  où  quelquefois  ils  sont  considérés 
comme  produits  étrangers  et,  comme  tels,  frappés  de  droits. 
Nous  l'avons  déjà  mentionné  plus  haut,  M.  Baranoff  en  en- 
voyant du  poisson  de  Nicolaiévsk  à  Odessa  s'est  vu  forcé  de 
payer  des  droits  de  douane. 

En  ce  qui  concerne  l'utilisation  des  débris,  on  retire  sur 
l'Amour  les  cartilages  de  la  tête  des  poissons.  Sur  1,000  pouds 
fabriqués  annuellement,  la  moitié  va  en  Chine,  par  Nico- 
laiévsk, et  l'autre  moitié  en  Mandchourie  par  la  rivière 
Soungari. 

Les  cartilages  se  vendent,  sur  les  lieux  de  fabrication, 
40  roubles  le  poud,  à  Shanghaï,  75  roubles  et  le  long  du 
cours  de  la  Soungari,  70  roubles. 

Pour  conclure,  nous  exprimons  le  vœu  que  de  semblables 
«  Congrès  »,  locaux,  bien  placés  pour  connaître  les  besoins 
économiques  du  pays  dans  toutes  ses  particularités,  et  pour 
savoir  les  moyens  d'améliorer  ou  de  développer  ses  industries 
vitales,  se  multiplient  et  étendent  déplus  en  plus  leur  sphère 
d'action  dans  ce  vaste  pays  si  dépourvu  de  toute  organisation 
et  de  toute  initiative,  qui  est  la  belle  et  la  riche  Russie. 


LA  CANNE  A  SUCRE 

PRODUCTION  DE  LA  GRAINE  ET  VARIATION  SÉMINALE 

Par  m.  h,  BRÉZOL. 


Dans  le  deuxième  volume  de  son  ouvrage  sur  les  variations 
des  animaux  et  des  plantes,  par  l'influence  de  la  domes- 
tication, Darwin  résume  par  ces  quelques  lignes,  les  résultats 
d'un  grand  nombre  d'observations:  «  Les  plantes  qui,  pour 
0  une  cause  quelconque,  croissent  trop  plantureusement  et 
»  produisent  un  excès  de  feuilles,  de  tiges,  de  stalons,  de 
»  tubercules,  de  vrilles,  etc.,  arrivent  souvent  à  ne  plus 
»  fleurir,  ou  si  elles  fleurissent,  à  porter  des  fleurs  stériles.  )^ 
Comme  exemple  de  stérilité  consécutive  d'un  excès  de  vigueur 
de  la  végétation,  Darwin  citait  surtout  la  Canne  à  sucre 
«  qui,  disait-il,  croissant  vigoureusement  et  produisant  des 
»  tiges  succulentes  en  abondance,  n'a  jamais,  d'après 
»  plusieurs  observateurs,  donné  de  graines  aux  Antilles,  à 
»  Malaga,  dans  l'Inde,  en  Cochinchine,  dans  l'Archijxd 
»  Malais  ». 

«  Persontie  n'a  pu  trouver  la  Canne  â  sucre  à  l'état  de 
y>  nature  et  personne,  dit  Alphonse  de  Candolle,  dans  son 
»  ouvrage  si  connu  sur  l'origine  des  plantes  cultivées,  n'en  a 
»  décrit  ou  dessiné  la  graine  ».  M.  Bentham  disait  souvent 
que  la  graine  de  la  Canne  à  sucre  était  chose  absolument 
inconnue  dans  les  herbiers.  M.  Hackel,  la  plus  récente  auto- 
rité sur  les  plantes  herbacées,  dit  de  la  graine  de  la  Canne, 
dans  la  monographie  des  Andropogonées  qu'il  a  récemment 
publiée  :  «  Cariopsum  nemo  adhuc  vidisse  videtur.  »  Per- 
sonne jusqu'ici  ne  parait  en  avoir  vu  le  caryopse. 

Les  expériences  des  praticiens  sont  toujours  restées 
stériles.  Léonard  Wray,  dans  son  ouvrage  intitulé  :  Pratical 
Sugar  Planter,  le  planteur  de  sucre  praticien,  publié  en 
1848,  discute  longuement  cette  question;  mais  le  passage 
suivant  suffit  pour  faire  connaître  son  opinion  :  «  Nous  enten- 
»  dons  souvent  parler  de  graine  de  Canne  à  sucre,  et  on  a 


LA  CANNE  A  SUCRE.  32o 

»  l'ait  dernièrement  une  sérieuse  enquête,  afin  d'en  finir  avec 
»  la  question  de  savoir  si  la  Canne  à  sucre  est  réellement 
-:>  obtenue  de  semence  dans  quelques  parties  du  monde,  ou  si 
>j  cette  hypothèse  est  fausse.  J/enquète,  qui  lut  concluante, 
»  établit  le  lait  que,  dans  aucun  pays,  on  n'avait  cultivé  la 
»  Canne  à  sucre  de  semis  à  notre  époque,  sans  savoir  cepen- 
«  dant  si  on  ne  l'avait  pas  lait  dans  les  âges  primitifs... 
»  Cette  idée  se  représentant  continuellement,  que  la  Canne  à 
»  sucre  avait  été  obtenue  de  graines  en  Egypte  et  aux  Indes 
»  orientales,  avait  amené  à  croire  que  cette  plante  pouvait 
0  être  considérablement  améliorée,  par  une  culture  soigneuse 
«  et  raisonnée.  si  des  agriculteurs  européens  pouvaient 
»  d'abord  en  obtenir  de  la  graine.  C'est  de  là  que  viennent  les 
»  nombreuses  tentatives  privées  ou  publi(iues  qui  ont  été 
•>  laites  à  cette  époque  pour  obtenir  la  graine  introuvable. 
»  La  Société  royale  d'agriculture  de  la  Jamaïque  étudia  cette 
»  question  et  recueillit  très  intelligemment  ses  informations, 
»  et  je  crois  que  cette  enquête  n'est  pas  encore  terminée.  » 
Wray  conclut  enfin  :  «  Aucune  espèce  de  Canne  à  sucre  pro- 
»  duisant  des  graines  ou  quelque  chose  d'analogue  à  des 
»  graines,  n'est  connue,  soit  dans  l'Inde,  soit  en  Chine,  soit 
»  dans  rindo-Chine,  soit  en  Egypte,  soit  môme  aux  Antilles. 
»  Dans  tous  ces  pays,  la  Canne  n'est  multipliée  que  par  bou- 
«  ture.  » 

Quarante  ans  plus  tard,  en  1885,  des  autorités  en  cette 
matière,  Lock,  Wigner  et  Harland,  dans  leur  ouvrage 
intitulé  :  Sugai^  grow'mg  and  refining^  la  culture  et  le  raffi- 
nage du  sucre,  disaient  à  peu  près  la  même  chose  :  «  On  a 
«  répété  plus  d'une  fois  que  la  Canne  à  sucre  est  obtenue  de 
"  graines  dans  plusieurs  régions,  mais  c'était  une  erreur, 
'  aucune  espèce  de  Canne  à  sucre,  mûrissant  régulièrement 
n  des  graines,  n'étant  connue.  La  multiplication  de  cette 
»  plante  est  donc  exclusivement  pratiquée  au  moyen  de  bou- 
»  tures  obtenues  par  la  section  des  tiges.  » 

Le  nombre  des  espèces  et  des  variétés  de  Canne  à  sucre 
existant  actuellement  est  considérable.  Dans  le  jardin  bota- 
nique de  la  Jamaïque,  61  espèces  ou  variétés  faisaient,  en 
1884,  l'objet  de  cultures  expérimentales.  On  peut  alors  se 
demander  comment  ces  variétés  se  sont  formées.  La  graine 
de  Canne  à  sucre  ayant  été  pendant  fort  longtemps  inconnue, 


326  REVUE  DES  SCTEXCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

il  semble  que  ces  variétés  aient  dû  se  constituer  lentement 
l)ar  la  sélection  de  ce  que  l'on  nomme  les  variations  des 
tiges  C'est-à-dire  qu'un  planteur  ayant  remarqué  dans  un 
champ  un  pied  de  Canne  paraissant  offrir  sur  ses  compagnons 
quelque  différence  à  son  avantage,  isole  ce  pied,  lui  enlève 
des  boutures  et  les  plante.  Les  boutures  pourront  donner 
également  quelques  pieds  ayant  une  plus  forte  teneur  en 
sucre,  ils  seront  isolés  à  leur  tour  et  débités  en  boutures  et, 
par  une  répétition  continuelle  de  cette  sélection  des  boutures, 
on  obtiendra  et  multipliera  une  variété  nouvelle  plus  riche 
en  sucre. 

En  1884,  il  y  eut  entre  le  Directeur  du  jardin  royal  de  Kew 
et  le  ministère  anglais  des  colonies,  un  échange  de  corres- 
pondance sur  les  mesures  qu'il  conviendrait  de  prendre  pour 
améliorer  la  canne  à  sucre,  comme   on  avait   amélioré  la 
betterave.  Pour  la  betterave,  on  avait  procédé  à  l'analyse  des 
racines  de  chaque  récolte  ;  puis  à  une  sélection  qui  ne  per- 
mettait qu'aux  racines  les  i)lus  riches  en  matière  saccharine 
d'être  élevées  au  i-ang  de  porte-graines,   et  cela  l'ut  répété 
l)endant  un  certain  nombre  de  générations.  Il  est  évident 
que   cette  sélection    rendrait    de  grands   services,   et  con- 
duirait à  d'importants  résultats;  mais  les  deux  plantes  ne  se 
trouvent  pas  dans  les  mêmes  conditions,   au  point  de  vue 
de  la  reproduction.   Dans  le  cas  de   la    betterave,   le    cul- 
tivateur agit  sur  une  plante,  qui  a  une  existence  relativement 
courte,  la  betterave  étant  bisannuelle,  et  dans  chaque  culture 
successive,  on  l'obtient  par  un  semis.  En  mettant  à  profit  les 
l)ropriétés  bien  connues  de  la  variation  séminale  de  deux  ans 
en  deux  ans,  on  peut  marcher  à  grands  pas  vers  le  but  qu'on 
se  propose.  Mais  avec  une  plante  telle  que  la  Canne  à  sucre, 
on  n'a  plus  les  mêmes  facilités  de  sélection.  Comme  il  était 
évident  que  la  Canne  à  sucre  n'avait  pas  le  pouvoir  de  pro- 
duire des  graines,  on  ne  pouvait  agir  que  sur  ce  qu'on  peut 
appeler  la  variabilité  des  drageons. 

Les  renseignements  donnés  dans  ce  sens  au  ministère  des 
Colonies  semblent  avoir  été  transmis  aux  diverses  colonies 
où  croit  la  Canne  à  sucre,  et  publiés  dans  leurs  journaux 
officiels.  La  note  suivante,  par  exemple,  parut  dans  la  Gazdtê 
agricole  de  la  BarMcle,  en  août  1886  : 


LA  CANNE  A   SUCIŒ.  <i2' 

«  Jardins  royaux  de  Kmv  au  ministère  des  Colonies. 

{Extraie.) 
»  Jardins  royaux,  Kew,  13  mai  188G. 

,)  M.  Thiselton  Dyer  (1)  pense  qu'il  serait  utile  (réveiller 
»  Tattention  non  seulement  des  botanistes  de  profession, 
»  mais  aussi  des  planteurs,  sur  la  recherche  des  variétés  de 
w  Canne  à  sucre,  se  formant  par  les  variations  des  drageons 
»  qui  se  présentent  quelquefois  dans  les  champs  de  Canne. 
»  Si  on  trouve  des  drageons  modifiés,  les  plantes  mères  seront 
).  enlevées,  et  on  les  soumettra  à  des  essais  qui  feront  con- 
)j  naître  leur  valeur.  » 

Ces  circulaires  amenèrent  quelques  communications  qui 
arrivèrent  à  Kew,  annonçant  toutes,  la  découverte  d'une  pré- 
tendue graine  de  Canne  à  sucre.  En  1887,  un  de  ces  corres- 
pondants envoyait  un  paquet  de  graines  qu'il  disait  avoir 
recueillies  sur  des  panicules  de  Canne  à  sucre.  C'étaient  en 
réalité  des  graines  de  Sorgho  de  Guinée,  Sorghum  vidgarc- 
On  reçut,  cependant,  une  intéressante  communication  de 
M.  Harrison,  professeur  de  chimie  et  d'agriculture  à  la  Bar- 
hade.  Datée  du  17  septembre  1888,  elle  fut  publiée  dans  le 
BulUiin  du  Jardin  Botanique  de  Kew,  au  mois  de  décembre 
de  la  même  année.  Cette  lettre  était  ainsi  conçue  : 

«  Laboratoire  du  (Jouvernement. 

>;   Barbade,  17  septeir-bre  1888. 

\  Dans  certains  des  districts  les  plus  élevés  de  File,  on  a 
»  parfois  remarqué  de  très  petites  tiges  de  Canne  à  sucre, 
)  qui  ressemblent  à  des  herbes  fines,  mais  on  a  rarement 
»  essayé  de  les  cultiver.  M.  Parris  réussit  il  y  a  quelques 
>'  années  à  cultiver  plusieurs  Cannes  provenant  d'un  panicule 
>;  de  Canne  qu'on  avait  couvert  de  terre.  M.  Clarke  répéta 
>^  cette  expérience  avec  un  panicule  de  Canne,  du  type 
»  pourprée  transparente,  mais  il  ne  put  arrivera  faire  fleurir 
)^  les  tiges  ainsi  obtenues.  Il  y  a  déjà  des  années,  mon  beau- 
))  père  réussit  à  obtenir  des  jeunes  Cannes  en  plantant  des 
»  panicules,  mais  il  ne  réussit  pas  à  les  cultiver.  Nous  avions 

(1]   Directeur  de  Ki-w. 


328  REVUE  DES  SCIENTES  NAIUUELLES  APPLIQUEES. 

»  une  plantation  de  Cannes,  disposée  en  lignes  de  1"',20  de 
»  large,  sur  7'", 50  de  longueur,  de  manière  k  avoir  deux  sé- 
»  ries  ou  36  pieds  de  Cannes  pour  dix-huit  variétés  plantées 
»  côte  à  côte.  Les  champs  de  Canne  étaient  remarquables 
)^  cette   année  par  la    quantité    de  panicules  qu'émettaient 
»  certaines  variétés.  Nous  donnâmes  l'ordre  aux  ouvriers, 
"  qui  nettoyaient  le  champ  adjacent  à  la  collection  de  Cannes 
«  à  sucre,  de  nous  signaler  toutes  les  herbes  différant  des 
o  mauvaises  herbes  ordinaires,  qu'ils  trouveraient  dans  ce 
»  champ.  Vers  la  fin  de  janvier,  ces  ouvriers  nous  annon- 
o  cèrent    que    quelques    touiïés    d'une   herbe,    différant   de 
»  toutes  celles  qu"ils  connaissaient,  sortaient  çà  et  là  du  sol. 
»  Nous  trouvâmes  en  effet  ces  plantes,  formant  une  étroite 
>j  bande  dans  le  champ  sous  le  vent  de  notre  collection  de 
)'  Cannes  à  sucre.  Nous  trouvâmes  la  nouvelle  herbe   non 
»  seulement  à  la  surface  du  champ,  mais  aussi  sur  le  fond 
»  d'un  fossé  creusé  à  une  profondeur  de  50   centimètres  à 
»  travers  le  champ.  Nous  enlevâmes  ainsi  70  à  80  plantules, 
')  que  nous  eûmes  beaucoup  de  peine  à  conserver  en  vie,  car 
»  le  soleil  les  grillait.   Nous  dûmes  bien  des  fois  les  abriter 
»  contre  les  rayons  du  soleil,  et  nous  les  arrosions  conti- 
»  nuellement.  De  cette  façon,  nous  sauvâmes  64  ou  65  pieds 
>'  de  ces  végétaux,   qui  étaient  des  Cannes  à  sucre    Nous  en 
»  examinâmes  3  ou  4,  très  soigneusement,  afin  de  bien  nous 
»  assurer  que    ces  jeunes  plantes   ne  dérivaient  pas  d'un 
»  morceau  de  vieille  Canne  avant  fait  bouture.  Leur  mode  de 
»  croissance  était  tout  différent  de  celui  des  drageons  pous- 
»  sant  des  bourgeons  adventifs.    60  pieds  furent  successi- 
»  vement  transplantés,   et  sont  actuellement  cultivés.  Leur 
»  croissance  n'est  pas  encore  assez  avancée  pour  que  nous 
»  en  puissions  rien  dire,  mais  il  nous  semble  que  ces  Cannes 
»  appartiennent  au  moins  à  cinq  ou  six  variétés  différentes, 
»  Si  vous  trouvez  notre  découverte  intéressante,  nous  pour- 
»  rions  vous  envoyer,  en  janvier  ou  en  février,  des  échan- 
»  lillons  de  chacun  de  nos  types   de  cannes.  La  façon  dont 
»  elles  croissent  nous  permet  de  dire  qu'on  n'a  dû  rencontrer 
"  jusqu'ici  ces  variétés  que  très  rarement  dans  les  champs  de 
»  Cannes.  Le  temps  qu'il  a  fait  à  la  Barbade  a  été  très  favo- 
»  rable  à  la  croissance  de  nos  nouvelles  Cannes,  et  le  fait  de 
»  cultiver  plusieurs  variétés  côte  à  côte,  facilite  beaucoup 
»  plus  la  formation  des  graines,   que  quand  on  cultive  des 


LA  CANNE  A  SUCRE.  329 

»  Cannes  appartenant  à  une  seule  variété.  Je  n'ai  jamais  en- 
»  tendu  dire  que  les  Cannes  de  l'île  Bourbon  produisissent 
»  ici  des  panicules  fertiles.  Toutes  les  t'ois  qu'on  a  parlé  de 
»  panicules  fertiles,  il  était  question  de  la  variété  de  Canne 
«  pourprée,  et  de  la  blanche  transparente  qui  ont  une  grande 
»  tendance  à  varier.  Nous  essaierons  encore^  cette  année, 
»  d'obtenir  les  mêmes  résultats.  J'attends  impatiemment 
>>  votre  opinion  sur  nos  premiers  résultats,  car  si  nous  réus- 
»  sissons  à  démontrer  que  la  Canne  à  sucre  peut,  quand  elle 
»  se  trouve  dans  des  conditions  favorables,  produire  des 
»  graines  fertiles,  un  vaste  champ  aura  été  ouvert  à  l'in- 
»  vestigation. 

y>  J.-B.  Harrison    » 


'o"- 


L'intéressante  découverte  de  MM.  Harrison  et  Bovell  fit 
remarquer  l'importance  de  leurs  recherclies  antérieures  sur 
les  conditions  de  culture  de  la  Canne  à  sucre  que  personne 
n'avait  étudiées  avant  eux  Ces  recherches  avaient  été  en- 
treprises plusieurs  années  auparavant  à  la  maison  de  correc- 
tion de  Dodd  à  la  Barbade.  L'importance  de  la  découverte 
de  la  graine  de  Canne  à  sucre  fut  i)arfaitement  comprise  aux 
Antilles.  Le  Demerara  Avgosy  résume  parfaitement  sa  si- 
gnification dans  son  numéro  du  13  avril  1889,  dont  nous  ex- 
trayons le  passage  suivant  : 

«  Ce  que  nous  savons  des  perfectionnements  qui  ont  été 
'•  apportés  à  d'autres  plantes  par  la  sélection  dans  la  géné- 
»  ration  séminale,  nous  permet  de  dire  que  cette  découverte 
»  e.st  importante  et  qu'elle  sera  la  source  d'une  rénovation 
»  et  d'un  enrichissement  des  Cannes  à  sucre.  Il  faudra  peut- 
»  être  plusieurs  années  pour  améliorer  nos  meilleures  varié- 
»  tés,  mais  nous  sommes  i)ersuadés  d'une  chose,  c'est  que  si 
»  les  meilleures  variétés  de  Cannes  peuvent  fournir  des 
»  graines,  on  arrivera,  par  des  essais  systématiques  soigneu- 
»  sèment  conduits,  à  contrôler  cette  opération,  et  un  choix 
»  soigneux,  une  sélection  de  la  descendance,  nous  donneront 
»  avec  le  temps  des  formes  améliorées.  » 

Les  mêmes  idées  se  retrouvaient  exprimées  dans  une  lettre, 
écrite  le  9  août  1889  du  Jardin  de  Kew,  au  ministère  des 
colonies  : 

«  Au  point  de  vue  du  planteur  de  Cannes,  la  multiplication 
»  par  sélection  des  graines  si  elle  est  bien  établie  et  si  elle  est 


330  RKVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

>)  intelligemment  mise  en  pratique,  est  capable  de  donner 
»  pour  la  Canne  à  sucre  et  sa  teneur  en  sucre,  le  même  ré- 
»  sultat  que  celui  obtenu  pour  la  betterave.  » 

Les  gens  de  science  n'aiment  pas  accepter  un  l'ait  simple- 
ment annoncé.  Avant  que  la  reproduction  minérale  ne  lût 
considérée  comme  très  probable  par  le  Directeur  du  jardin 
de  Kew,  il  était  nécessaire  qu'il  eût  vu  des  spécimens  au- 
thentiques des  graines  de  Canne  à  sucre  de  la  Barbade,  et 
qu'il  se  lut  assuré  qu'en  semant  ces  graines  on  obtenait  des 
tiges  de  canne  à  sucre. 

On  sait  que  certaines  graminées  ont  souvent  leurs  inflores- 
cences stériles,  elles  portent  alors  desbulbilles  végétative.sau 
lieu  de  graines  dans  leurs  Heurs,  elles  deviennent  vivipares; 
et  comme  MM.  Harrison  et  Bovell  ne  sont  pas  des  bota- 
nistes, il  n'y  aurait  eu  aucun  déshonneur  pour  eux  à  com- 
mettre une  erreur  de  détermination.  Tout  doute  lut  dissii)é 
après  la  réception  à  Kew  de  portions  de  panicules  de  Canne  â 
sucre  contenant  des  graines.  M.  Morris,  sous-directeur  du 
Jardin  de  Kew,  examina  plusieurs  centaines  d'épillets  en- 
levés à  ces  fragments  de  panicules  et  n'y  trouva  que 
Tort  peu  de  graines. 

Quelques-unes  de  ces  graines  furent  semées  dans  des  con- 
ditions favorables,  et  il  étudia  sérieusement  la  marche  de  la 
germination.  Ces  opérations  furent  répétées  pendant  plu- 
sieurs semaines,  et  à  la  fin,  on  entreprit  une  série  de  prépa- 
l'ations  microscopiques  qui  démontraient  définitivement  la 
possibilité  de  la  fécondité  de  la  Canne  â  sucre. 

En  reconnaissance  de  sa  belle  découverte,  M.  Harrison  fut 
nommé  directeur  du  laboratoire  du  Gouvernement  à  Deme- 
rara,  Guyane  anglaise. 

Feu  le  docteur  Soltwedel,  de  Java,  avait  prouvé,  en  1887, 
que  la  Canne  â  sucre  pouvait  produire  des  graines  fertiles, 
et  il  avait  publié  les  résultats  de  ses  cultures  dans  un  journal 
de  cette  île  intitulé  :  Tijâsclirift  voor  Land  en  Talnbouw, 
etc.,  Gazette  d'agriculture,  d'horticulture,  etc. 

En  1889,  quelques  mois  avant  que  M.  Morris  ne  lise  â  la 
Société  linnéenne  de  Londres  le  mémoire  qu'il  avait  rédigé 
pour  annoncer  la  découverte  de  MM.  Harrison  et  Bovell  et 
ses  observations  personnelles,  le  docteur  Benecke,  de  la  sta- 
tion d'expérimentation  sucrière  de  Samarang,  à  Java,  avait 
publié    une  monographie  intitulée  :    Ofcr  Zuchcr  rlct  uU 


LA  CANNE  A  SUCRE.  331 

Zaad,  sur  la  Canne  à  sucre  de  semis,  brochure  dans  laquelle 
non  seulement  il  décrivait  en  détail  les  recherches  du  doc- 
teur Soltwedel,  qui  venait  de  mourir  directeur  de  la  station 
expérimentale  de  Samarang,  il  décrivait  complètement  le 
fruit  de  la  Canne  à  sucre,  et  donnait  des  figures  de  la  graine, 
pendant  les  différentes  phases  de  la  germination,  et  des  fi- 
gures de  jeunes  plantes,  également  pendant  les  diflerentes 
phases  de  leur  développement. 

Il  n'y  a  donc  pas  eu  découverte  nouvelle  de  la  part  de 
MM.  Harrison  et  Bovell,  et  M.  Harrison  le  reconnaissait  hau- 
tement, du  reste,  dans  une  lettre  écrite  j>ar  lui  au  7  unes  et 
au  Mancliester  examiner,  lettre  dans  laquelle  il  disait  : 
«  M.  J.  W.  Parris,  de  la  Barbade,  obtint  en  1858  des  tiges  de 
»  Canne  à  sucre  provenant  de  semis. 

»  En  1861  62,  M.  Carter,  de  la  Barbade,  trouva  dans  un  de 
»  ses  champs  des  Cannes  portant  des  panicules  contenant  des 
»  graines  qui  furent  semées,  germèrent  et  donnèrent  des 
»  tiges  de  canne  à  sucre  provenant  de  semis.  Les  planteurs 
"  n'avaient  pu  utiliser  ces  expériences,  les  graines  susce[)- 
»  tibles  de  germer  se  trouvant  en  trop  faible  quantité  et  les 
»  Cannes  ainsi  obtenues  étant  de  trop  mauvaise  qualité  ; 
»  comme  un  grand  nombre  de  Cannes  cultivées  à  Dodd,  du 
n  reste. 

«  Le  docteur  Soltwedel,  directeur  de  la  station  expérimen- 
»  taie  de  Samarang,  Java,  dut  renoncer  à  ses  expériences  en 
»  reconnaissant  que  ses  Cannes  étaient  aussi  soumises  aux 
»  maladies  que  les  Cannes  venues  de  boutures.  » 

Le  docteur  Soltwedel  commença,  au  printemps  de  1885,  â  la 
fabrique  de  sucre  Bendokerep  â  Japara,  Java,  ses  recherches 
sur  la  fructification  de  la  Canne  à  sucre,  principalement  sur 
le  Saccharmm  spontanewn  ou  GlaglaJi  une  Canne  sauvage  de 
Java.  Il  remarqua  que  la  fleur  de  cette  espèce  avait  des  an- 
thères, un  pollen  régulièrement  constitués  et  un  pistil.  Il  y 
eut  fécondation  et  formation  de  graines.  Il  réussit  à  faire 
germer  ses  graines  en  1885  et  à  en  obtenir  des  tiges. 

Dans  la  même  année  Soltwedel  s'occupa  également  d'études 
sur  la  fieur  de  deux  variétés  de  Saccharum  officinaruiu 
nommé  TeJioe  ClierWou  à  Java  et  Teboe  Poeth  à  Bendokerep. 
Là  aussi,  il  eut  des  fleurs  parfaites,  mais  il  reconnut  que  le. 
pollen  était  stérile,  et  n'obtint  pas  de  fructification  Quoique 
les  rapports  d'autres  investigateurs  n'encourageassent  guère 


332  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES   APPLIQUÉES. 

à  cherchera  obtenir  des  graines  de  Glaglah,  le  D""  Soltwedel 
continua  cependant  ses  expériences  sur  cette  espèce,  car  il 
avait  très  souvent  vu  des  abeilles  venir  butiner  dans  leurs 
anthères.  Il  supposa  alors  que  les  anthères  devaient  contenir 
une  matière  attirant  les  abeilles,  afin  que  celles-ci  vinssent 
se  charger  de  la  fécondation  en  transportant  le  pollen  sur 
le  stigmate  du  pistil.  Aucune  de  ses  expériences  ne  réussit. 

Soltwedel  reprit  ses  recherches  dans  le  champ  d'expé- 
riences de  Samarang,  d'avril  à  juillet  1886.  Cette  année 
«ncore  il  ne  put  obtenir  de  graines  en  opérant  sur  des  variétés 
<le  la  véritable  Canne  à  sucre  industrielle,  mais  il  obtint  des 
graines  avec  le  Saccharum  glonggong,  une  Canne  à  sucre 
qui  croit  sauvage  à  Java  comme  le  Glaglah.  Il  fit  germer  ces 
graines  qui  donnèrent  des  Cannes  absolument  semblables  à  la 
plante  mère. 

En  1887,  il  réussit  enfin  à  obtenir  des  graines  de  la  vraie 
Canne  à  sucre.  Comme  il  avait  remarqué  que  la  Canne  à 
sucre  de  sucrerie  dite  Loethcrs,  une  variété  très  saccharine, 
pouvait  être  fécondée  sans  formation  de  graines,  il  eut  l'idée 
d'essayer  d'une  fertilisation  par  croisement,  en  prenant  sur 
une  plante  mâle  de  l'espèce  industrielle,  du  pollen  qu'il  déver- 
serait sur  le  pistil  de  l'espèce  sauvage,  et  il  publiait,  le  1'=''  juil- 
let 1887,  le  résultat  de  ses  expériences  dans  le  Tijdschrifl. 
voorLand  and  Tuinbouw,  la  Gazette  d'agriculture  et  d'Horti- 
culture, article  auquel  nous  empruntons  les  lignes  suivantes  : 

«  Pour  nos  expériences  de  croisement,  nous  choisîmes  cette 
»  année,  le  Glaglah  et  le  Loethcrs,  sans  nous  occuper  du 
>'  Glonggong,  parce  que  cette  variété  fleurit  très  tard,  après 
»  que  le  Loethers  est  défleuri.  Mais  le  croisement  est  très 
»  difficile  â  opérer  entre  fleurs  de  Canne  à  sucre,  à  cause  de 
»  l'extrême  petitesse  de  ces  fleurs.  A  l'aide  de  petits  ciseaux 
r  anatomiques,  nous  coupâmes  les  anthères  non  encore  ou- 
»  vertes  d'un  certain  nombre  de  fleurs  de  Glaglah  et  de  Loe- 
«  thers.  Nous  déversâmes  ensuite  du  pollen  de  Loelhe/'s  sur 
»  les  fleurs  émasculées  du  Glaglah  et  vice-versâ.  » 

On  ne  put  savoir  si  cette  opération  avait  réussi  ou  non  dans 
lie  sens  du  croisement  que  l'on  désirait,  mais  à  la  même 
.époque  on  constatait  que  vingt  variétés  de  la  vraie  Canne 
autres  que  la  Loethers^  avaient  été  fertilisées,  et  on  obtint 
■cette  année  uue  formation  de  graine  dans  11  variétés  diffé- 
rentes indiquées  dans  le  tableau  suivant  : 


LA  CANNE  A  SUCRE.  333 


NOMS  DES  VAniÉTÉs.       PAYS  o'on.n.N..    ,,Ï;;'J-,   'Z:Sr    ,rSes 


Pour  cent          Poids  Pour  cent 

(le  lleuis  dos  graines  des 

yanl  donne  eu  niilii-  graines 

des  graine.-,  grammes,  germant. 


1  Canne  jaune .  -  Hawai 3  "  /o  0,20  IG  "/o 

2  Teboe  batoeng Bornéo G  0.16  15 

3  Teboe  honing Bornéo 4,5  C,10  G 

4  Branche  blanche  .  . .  Maurice 31  0,15  35 

5  Loelhers Maurice 0,37  0,20  » 

6  Teboe  rapook Java 0,23  0,22  » 

7  Teboe  soerat  bali.  .  .  Java 0,36  0,20  » 

8  Teboe  soerat  redjoe.  Java 13,7  0,11  3 

9  Teboe  idjoe Java 0,8  0,20  ÎO 

10  Glonggong Java  sauvage.  S, 5  0,16 


11  Glagah Java  sauvage.       24  0,34 


» 

» 


Soltwedel  trouva  le  plus  grand  nombre  de  graines  dans  un 
épillet  de  Branche  blanche,  qui  sur  100  fleurs- avait  donné  en 
moyenne  31  graines.  Le  Teboe  rapooJi  en  fournit  le  moins, 
1  graine  pour  435  fleurs.  Ces  graines  étaient  excessivement 
petites,  celles  du  Glaglah  viennent  en  premier  lieu  pour  la 
taille,  celles  du  Tehoe  koening  et  du  Tehoe  ^œr ni  redjoe  en 
dernier. 

Un  très  grand  nombre  de  Cannes  obtenues  de  semis  péris- 
sait, et  Soltwedel  obtint  seulement  de  la  Canne  jaune  d'Hawaï, 
en  1887,  de  fortes  tiges  qui  s'élevèrent  à  2  mètres  50.  Il  divisa 
ces  tiges  en  boutures,  en  1888,  les  planta  et  elles  donnèrent 
des  pieds  de  3  mètres  50  de  haut. 

Soltwedel  obtint  donc  des  graines  de  Canne  à  sucre  en 
1887,  un  an  avant  MM.  Harrison  et  Bovell,  mais  en  trop 
petite  quantité  par  panicule  pour  que  sa  découverte  pût 
rendre  le  moindre  service  à  l'agriculture. 

Après  Soltwedel  un  planteur  de  Java,  nommé  Ostermann, 
obtint  en  juin  1887  des  Cannes  de  semis  en  semant  des  pani- 
cules  entiers  dans  un  sol  humide.  Cn  chimiste  nommé 
Schwartz,  le  D''  Ostermann  et  surtout  le  D"  F.  Benecke  obtin- 
rent de  nombreuses  graines  par  le  semis  de  graines  isolées. 

(A  suivre.) 


y  Octobre  1892. 


41 


CULTURE  DU  MASH 

DE  MÉSOPOTAMIE  (PHASEOLUS  VfRWISSIMUS) 

A  LAMARTINE  (ALGÉRIE)  EX  1890-1891 

Pak  m.  Jules  CLOQUET. 


Dans  le  courant  de  mai  1890,  mon  éminent  confrère, 
M.  Paillieux,  voulait  bien  m'adresser  un  sachet  de  j^n^aines  de 
:\rash  de  Mésopotamie,  en  me  demandant  d'en  essayer  la  cul- 
ture dans  la  région  où  je  me  trouvais. 

M.  Paillieux  estimait  que  ce  Phascolus  devait  être  inconnu 
en  Algérie.  Je  ne  sais  s'il  avait  déjà  lait  son  apparition  dans 
d'autres  régions,  mais  dans  la  plaine  du  Chelifi',  on  ne  le  con- 
naissait pas  encore. 

Notre  confrère  me  priait  de  semer  ces  graines  immédia- 
tement, craignant  qu'il  ne  iïit  déjà  trop  tard. 

Comme,  pour  difïérentes  raisons,  je  ne  pouvais  moi-même 
m'en  occuper  de  suite,  je  me  mis  en  rapport  avec  MM.  Astié 
et  Marage,  administrateurs  de  la  commune  mixte  du  Cheliff, 
lesquels  voulurent  bien  se  charger  de  ces  essais  dans  la  pé- 
pinière qu'ils  avaient  créée  à  Lamartine. 

J'étais  sûr  que  mes  graines  ne  pouvaient  être  placées 
entre  de  meilleures  mains.  En  effet,  le  résultat  obtenu  en  1890 
fut  si  favorable,  que  l'on  continua  en  1891,  et  que  cette  année 
1892,  on  doit  essayer  la  culture  sur  une  plus  grande  échelle. 

Voici  le  compte-rendu  des  observations  laites  en  1890  et 
1891  à  Lamartine. 

En  1890.  le  Mash  fut  semé  vers  la  fin  de  mai.  11  aurait  été 
beaucoup  préférable  de  le  semer  en  avril.  (Dans  la  lettre  qui 
accompagnait  son  envoi,  M.  Paillieux  émettait  la  même  opi- 
nion.) 

Le  terrain  employé  est  un  terrain  d'alluvions,  un  peu  glai- 
seux. Etant  donnés  les  premiers  résultats,  il  parait  probable 
que  tous  les  terrains  de  labour  de  la  région  se  prêteraient 
parfaitement  à  cette  culture. 

Vu  la  petite  quantité  de  graines  que  nous  possédions,  les 
semis  furent  faits  en  carré,  après  un  simple  piochage,  par 
raies  distantes  de  0,25  à  0,30  en  terrain  plat,  sans  exposition 
spéciale. 


CULTURE  DU  MASII  DE  MÉSOFOTAMIE.     ■  335 

La  durée  de  germination  a  été  d'une  huitaine  de  jours  en- 
viron. Deux  mois  après  la  sortie  de  terre,  le  Masli  donnait 
des  fruits  mûrs. 

La  température,  en  été,  s'élève  à  45-^  et  un  peu  au-dessus. 
En  hiver,  elle  s'abaisse  à  quelques  degrés  au-dessous  de  0. 

En  1891,  deux  semis  furent  faits  dans  les  mêmes  condi- 
tions, l'un  le  15  avril  et  l'autre  le  15  juin.  Le  premier  a  mis 
quinze  jours  à  lever.  Malheureusement  les  Sauterelles  sont 
arrivées  et  n"ont  épargné  que  quelques  pieds.  Le  second  a 
levé  au  bout  de  huit  jours. 

Comme  l'année  précédente,  les  pieds  ont  donné  des  fruits 
au  bout  de  deux  mois  de  la  sortie  de  terre.  Dans  l'un  et  l'autre 
semis,  la  lutte  contre  les  Criquets  a  empêché  d'observer  la 
floraison,  la  fructification  et  la  maturation. 

En  somme,  dans  la  région  du  Cheliff,  il  est  maintenant 
bien  établi  que  la  durée  de  germination  est  de  huit  à  quinze 
jours,  suivant  l'époque,  et  qu'au  bout  de  deux  mois  la  plante 
donne  des  fruits  bons  à  consommer. 

Pour  l'année  1892,  grâce  à  la  bonne  obligeance  de 
MM.  Paillieux  et  de  Vilmorin,  qui  ont  bien  voulu  mettre  à 
notre  disposition  une  plus  grande  quantité  de  graines,  à  la- 
quelle viendra  s'ajouter  le  produit  de  la  récolte  précédente, 
nous  comptons  faire  cette  culture  en  grand,  par  labour, 
en  semant,  comme  le  blé,  et  nous  ne  doutons  pas  d'obtenir 
d'excellents  résultats. 

Comme  de  juste,  j'ai  tenu  à  déguster  le  Masli.  Je  l'ai 
trouvé  excellent,  en  soupe,  en  purée  ;  je  le  préférerais  peut- 
être  même  à  la  lentille.  11  est  vrai  que  je  n'ai  pu  le  goûter 
qu'en  très  faible  quantité,  il  fallait  conserver  notre  petite 
récolte  pour  l'année  suivante.  Les  personnes  auxquelles  j'ai 
fait  goûter  du  Masli,  l'ont  aussi  fort  apprécié. 

A  notre  avis,  le  Masii  est  une  plante  qui  s'acclimatera  par- 
faitement en  Algérie,  quel  que  soit  le  terrain  de  la  culture,  et 
qui  rendra  de  véritables  services. 

Grâce  à  notre  éminent  confrère  M.  Paillieux,  à  qui  nous 
devons  déjà  tant  de  nouvelles  importations,  notre  colonie  se 
trouvera  dotée  d'une  nouvelle  richesse. 

Il  ne  faut  pas  oublier  non  plus  messieurs  les  Administra- 
teurs de  Lamartine,  MM.  Astié  et  Marage,  qui  ont  bien 
voulu  se  charger  de  cette  introduction,  et  auxquels  nous  de- 
vons les  renseignements  donnés  plus  haut. 


II.  CHRONIQUE  DES  COLONIES  ET  DES  PAYS  D'OUTRE-MER. 


L'Ouret  dans  les  diverses  cultures  de  Java. 

Il  y  a  peu  de  plantations  à  Java  qui  n'aient  été  atteintes  par  la  larve 
d'an"insecte  de  la  famille  des  coléoptères,  qui  est  répandu  dans  toute 
l'île  et  connu  sous  des  noms  diiTérents  suivant  les  diverses  résidences 
de  celte  île,  tels  que  Omet,  Quler  houmie,  Warvalan,  Eni/hook,  etc.  Il 
s'attaque  aux  plantations  de  Café,  de  Thé,  de  Quinquina,  de  Canne  à 

sucre  et  de  Tabac. 

En  voyageant,  dans  l'île  de  Java,  on  n'entend  que  des  plaintes  à 
propos  de  l'Ouret  et  de  la  maladie  des  feuilles. 

Qu'a-t-ou  fait  jusqu'à  présent  contre  ce  fléau  ? 

Ou  a  tâche  de  poursuivre  les  Ourets  dans  le  sous-sol  et  de  les  brû- 
ler. Mais  c'est  une  besogne  dc'sespérante,  leur  nombre  étant  trop  con- 
side'rable.  On  a  aussi  essayé  les  agents  chimiques  pour  les  détruire, 
fels  que  la  chaux  vive,  le  pétrole,  l'acide  sulfurique,  etc.  Mais  tout 
cela  est  insuffisant  pour  dc'lruire  les  milliards  d'Ourets  qui  envahissent 
tous  les  ans  le  sous-sol  et  les  racines  des  arbres. 

Comme  l'Ouret  se  présente  dans  les  contrées  hautes  et  sèches  aussi 
bien  que  dans  les  contre'es  basses  et  humides,  les  sécheresses  prolon- 
gées n'ont  aucun  rapport  avec  son  apparition;  du  reste,  on  eu  a  vu 
dans  les  cultures  européennes. 

Disons  à  ce  propos  que  M.  Grandeau,  bien  connu  des  cultivateurs 
français,  déclare  que  le  Hanneton  fait  perdre  en  France  à  l'agricul- 
ture environ  300  millions  de  francs  par  an.  On  a  donc  cherché, 
.pendant  plusieurs  années,  un  moyen  efficace  pour  se  débarrasser 
de  ce  tléau.  Mais  ces  recherches  ont  e'té  également  infructueuses. 

M.  Vivien,  chimiste  de  Saint-Quentin,  a  donne,  en  1889,  l'idée  de 
chercher  à  provoquer  une  maladie  parmi  ces  insectes. 

Le  28  juin  1890,  M.  Le  Moult  trouva  dans  une  terre  du  département 
de  l'Orne  un  certain  nombre  de  larves  couvertes  de  moisissures.  Sui- 
vant les  indications  de  M.  Vivien,  M.  Le  Moult  envoya  ces  larves  à 
M.  Giard,  professeur  d'une  école  d'agriculture. 

Le  résultat  des  recherches  de  M.  Giard,  aidé  de  M.  Prillieux  et  de 
M.  Delacroix,  était  que  cette  moisissure,  un  champignon  nomme  Botry- 
(is  tenella,  Iransporte'e  sur  des  larves  et  des  coléoptères  sains,  les 
rendait  malades  et  les  tuait,  et  que  le  parasite  n'était  nuisible  ni 
aux  plantes,  ni  aux  animaux. 

Bientôt,  on  fit  en  France  et  en  Allemagne  des  essais  en  plein  air  sur 
une  vaste  échelle,  et  l'on  constata  que  des  larves  infectées  par  ce  para- 
site [Botri/ds  tenella),  enterré  à  quelques  centimètres  de  profondeur,  sur 
plusieurs  points  d'une  terre  cullive'e,  avaient  atteint  toutes  les  larves 
saines  qui  linirent  par  mourir.  En  retournant  cette  terre,  on  la  trouvait 
couverte  de  larves  mortes,  qui  avaient  été  complètement  transformées 


CHRONIQUE  DES  COLONIES  ET  DES  PAYS  D'OUTRE -MER.  337 

en  ce  champignon-parasite,  lequel  avait  été  transporté  par  le  vent  et 
autres  influences  naturelles,  sur  d'autres  terres,  de  sorte  que  toute  la 
contrée  avait  cle'  dc'barrasse'e  de  cet  insecte  nuisible. 

L'ini^ecte  parfait  aussi  est  atteint  de  cette  moisissure  qui  empêche 
les  femelles  de  déposer  leurs  œufs  dans  le  sol,  de  sorte  que  le  mal  est 
frappé  à  >;ou  début. 

Des  lubes  du  Botri/tis  tenella  ont  donc  été  envoyés  à  Java,  où  des 
essais  ont  été  faits  avec  beaucoup  de  soin  par  M.  Luder,  administrateur 
des  cultures  de  Café  et  de  Quinquina  de  Pagliavan  (Pekulongan  .  Ces 
essais  ont  cto'  couronnés  de  succès.  Comme  les  tubes  de  Boti'jjtis 
tenella  ne  coûtent  que  6  francs,  on  peut  infecter  tout  une  entreprise 
à  très  peu  de  frais. 

Maladie  grave  de  la  Canne  à  sucre  à  la  Trinité. 

Une  maladie  grave  de  la  Canne  à  sucre  règne  à  la  Trinité  ;  les  plan- 
tations qui  en  sont  atteintes  sont  perdues  eu  deux  mois  de  temps. 
Une  commission  a  e'ié  nommée  afin  de  faire  une  enquête  à  cet  e'gard. 
Son  opinion  est  que  le  mal  est  causé  par  un  insecte,  signale  il  y  a 
quelque  temps,  par  M.  J.  Bell-Smith.  La  prochaine  récolte  est  sérieu- 
sement comoromi?e  dans  l'île  entière. 

L'insecte  ditîere  de  grandeur  et  d'autres  parliculanles  avec  celui  qui 
s'attaque  d'ordinaire  à  la  Canne  à  sucre.  Il  pénétre  dans  la  tige  en 
perçant  des  trous  d'une  grande  longueur,  oii  il  dépose  ses  œufs.  Les 
jeunes  insectes  se  multiplient  avec  une  rapidité'  étonnante  et  poursui- 
vent leur  œuvre  de  destruclion. 

La  Canne  atteinte  prend  une  nuance  légèrement  rougeâlre,  comme 
si  elle  était  bri^ilée  par  le  soleil.  Au-dessus  et  au-dessous  de  la  partie 
attaquée,  elle  a  l'air'  d'être  bien  portante  au  début,  mais  peu  à  peu 
le  mal  gagne  la  Canne  entière,  le  suc  devient  aigre  et  n'a  plus 
aucune  valeur  pour  la  fabrication  du  sucre. 

Le  seul  remède  trouve  jusqu'à  prc'senl  est  l'éloignement  imme'diat 
des  Cannes  atteintes.  Mais  le  mal  a  pris  des  proportions  trop  grandes 
pour  pouvoir  le  déraciner  cette  année. 

Il  paraît  que  la  reproduction  d'année  en  année  de  la  Canne  à  sucre, 
par  des  boutures,  mène  à  une  faiblesse  constitutionnelle  extrême,  qui 
la  rend  incapable  de  résister  aux  attaques  de  cette  nature,  (^est  pour 
celte  raison  que  l'on  recommande  d'employer  de  temps  en  temps  des 
semis  (1).  On  en  a  la  preuve  à  la  Trinité  où  les  plantations  de  ce  genre 
sont  restées  intactes.  Aux  îles  Bocas  et  aux  Barbades,  on  suit  cette 
méthode  et  l'on  n'a  pas  à  s'en  plaindre. 

D'   II.  Meyners  d'Estrey. 

(1)  Voir  nos  articles  sur  la  culture  de  la  Canne  à  sucre,  avec  >Ies  semis, 
dans  les  numéros  des  20  août  et  20  septembre  1890,  de  la  Reouc  des  sciences 
'•^aî'.'.relles  appliquas  et  le  préseiu  numéro,  p.  321. 


III.  CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS. 


Une  espèce  de  Zèbre  qui  va  disparaître.  {F.quus  ou  Hip- 
potigris  Quagya  G  m),  —  >;ous  connaissons  qualre  espèces  de  Zèbres, 
savoir  :  VEquus  ou  Hippotigris  Zébra  L.,  ou  Zèbre  proprement  dit. 
1'^.  ou  H.  Greviji  A.  M.-E.  YE.,  VH.  Burchellii  Gray,  ou  Zèbre  Dauw, 
enfin  VEf/icus  ou  nippoligris  Quagga  Gm.  très  voisin  du  DauAv,  et 
que  beaucoup  de  chasseurs  et  de  marchands  africains  qui  faisaient 
commerce  de  sa  peau  ont  confondu  avec  ce  dernier.  Plus  robuste  que 
le  Dauw.  le  Quagga  ressemble  surtout  a  un  véritable  cheval.  Il  se  dis- 
tingue du  précédent  par  le  petit  nombre  de  rayures  qui  n'atteignent 
pas  le  milieu  du  corps  ;  par  sa  coloration  brun-rouge  qui  devient 
blanche  sur  les  parties  inférieures.  Au  contraire,  le  Dauw  a  le  pelage 
entièrement  rayé,  à  l'exception  des  jambes  ;  sa  couleur  est  dun 
Sienne  jaunâtre.  Il  surpasse  par  sa  beauté'  le  Quagga.  A  cause  de  cette 
confusion,  les  indigènes  affirment  encore  aujourd'hui  que  le  Quagga 
vit  en  nombre  au-delà  du  fleuve  Orange.  Mais  on  a  constaté  qu'il 
n'existe  plus  dans  ces  contrées.  Son  habitat  était  la  colonie  du  Cap, 
l'Etat  libre  d'Orange  et  l'ouest  du  Griqua-Land.  Les  Boërs  ont  cause  sa 
disparition.  Plus  anciennement,  les  fermiers  hollandais  e'tablis  au  Cap 
tiraient  profit  de  sa  chair  jaune  et  huileuse  pour  nourrir  leurs  esclaves. 
L'animal  diminua  bien  vile.  En  1S40  on  le  trouvait  assez  abondant 
dans  les  plaines  septentrionales  de  la  colonie.  Ou  en  tua  un  certain 
nombre,  en  LS58,  près  de  Tiger  Berg,  aux  environs  d'Aberdeen.  Mais, 
depuis  vingt  ou  vingt-cinq  ans,  les  Bocrs  de  l'Etat  d'Orange  pensèrent 
à  utiliser  la  peau  du  Quagga  et  du  Dauw.  Ce  commerce  réussit  mal- 
heureusement trop  bien,  car  l'on  vit  certaines  régions  se  couvrir  de 
leurs  squelettes.  Cette  extermination  dura  vingt  années. 

Il  n'est  guère  possible  de  fixer  les  dates  cl  les  localités  où  le  Quagga 
fut  observé  en  dernier  lieu.  Au  Cap,  il  a  disparu  vers  LSGO  ou  LSô5. 
Près  de  la  rivière  Orange,  on  l'a  note'  à  une  époque  plus  récente.  En 
1H89,  M.  Selons  rapporte  qu'il  n'a  plus  entendu  parler  du  Quagga. 

On  le  rencontrait  dans  les  mômes  lieux  que  le  Dauw,  mais  on  ne  l'a 
jamais  vu  se  mêler  à  lui.  Dans  .ses  troupes,  on  voyait  souvent  des 
Gnous  et  des  Autruches.  De  vieux  chasseurs  ont  décrit  la  marche 
étrange  en  file  de  ces  Zèbres,  lorsqu'ils  traversaient  les  plaines,  et  leur 
fuite  en  escadrons,  quand  ils  étaient  surpris.  Ils  passent  pour  avoir  été 
des  adversaires  peu  commodes,  une  fois  blessés.  Cornwallis  Harris 
nous  parle  de  la  mort  de  son  serviteur  dont  le  crâne  fut  brise  d'un  coup 
de  pied  de  Quagga.  Un  indigène  qui  en  blessa  un  eut  tous  les  doigts 
de  la  main  coupés  par  les  dents  de  l'animal. 

Barrow,  en  1797,  nous  apprend  que  l'espèce  est  bien  membrce,  pas 
vicieuse  et  docile  comme  bôle  de  trait.  Au  point  de  vue  de  la  nour- 
riture, elle  n'est  pas  plus  exigeante  que  le  Mulet.  Cet  auteur  nous  dit 


CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS. 


339 


qu'elle  est  commune  dans  le  Sud  africain,  mais  que  peu  de  gens  s'en 
servent.  —  Les  jeunes  s'apprivoisent  mieux  que  les  Zèbres  ordinaires. 

Elle  se  serait  fort  bien  prêtée  à  la  domestication,  suivant  Jardine, 

qui  s'est  iiromeuc  dans  un  gig  attelé'  d'un  Quagga  dont  la  bouche  e'iait 
plus  sensible  que  celle  du  meilleur  Cheval.  Près  de  Londres.  M.  SherifT 
Parkins  attela  une  paire  de  Quaggas  h  son  phaéton.  De  S. 


Le  poids  des  Poussins  aux  différentes  époques  de  leur 
existence.  —  Voici  les  re'sultals  des  pesées  conse'cutivcs  de  Pous- 
sins faites  à  l'élevage  d'Aviculture  module  de  Liesnoï  (près  Saint-Pe'- 
tcrsbourg),  dans  le  courant  de  l'année  1890,  et  publics  par  le  Journal 
d'Aviculture,  bulletin  de  la  section  de  ce  nom  faisant  partie  de  la  Sec- 
tion Ornilhologique  de  la  Société  Impériale  Russe  d'Acclimatation  des 
animaux  et  des  plantes. 

La  précision  de  ces  renseignements  se  trouve  garantie  par  les  con- 
ditions mômes  que  l'on  a  eu  la  précaution  d'observer  strictement  : 

a)  La  couvaison  se  faisait  en  partie  naturellement,  par  des  Poules  et 
des  Dindes,  et  d'autre  part,  au  moyen  de  l'incubation  artificielle,  à 
l'aide  des  appareils  nouveaux  de  M.  Khirson  ; 

b)  Les  œufs  étaient  pese's  avant  de  les  mettre  sous  les  couveuses  ou 
dans  les  appareils  ; 

r.)  On  se  servait  de  balance  de  poste  marquant  les  poids  russes  de 
l:.te  1=  12  grammes  797)  et  de  zolotniks  {=  4  gr.  266;  ; 

dj  Les    Poussins   étaient  toujours  pesés  avant  les  repas,  ayant  le 

gosier  vide  ; 

ej  Les  chiflfres  que  l'on  trouvera  ci-dessous  repre'sentent  chacun  la 
moyenne  de  poids  de  5  à  10  Poussins  de  même  race  et  de  même  âge. 


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31 

340  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

Les  Poussins  sont  e'clos  entre  le  20  avril  et  le  5  mai.  Ils  se  sont 
couverts  de  plumes  dans  l'ordre  suivant  :  les  Plymoulh  Rocks  et  les 
Italiennes  Leghorn  paraissaient  entièrement  garnis  au  commence- 
ment de  la  cinquième  semaine  ;  les  Brahma  claire  (les  poules)  et  les 
Dorking  l'e'taicnt  huit  jours  plus  tard.  Au  bout  de  six  semaines,  se 
trouvaient  avoir  leur  plumage  complet  :  les  Pl^'mouth  Rocks,  les  Ila- 
liennes  blanches,  les  Perdri.\  Italiennes  et  les  poules  Brahma.  Les 
Wyandoltes  et  les  Langshan  avaient  encore,  à  cetle  e'poque,  la  partie 
postérieure  du  corps  recouverte  de  duvet.  Enfin,  les  coqs  Brahma  et 
les  Andalouses  restaient  peu  emplumés. 

La  conclusion  générale  qui  semble  devoir  être  de'diiite  de  ce  cons- 
ciencieux travail  est  la  suivante  :  le  développement  de  diffe'rentcs 
races  allait,  dans  les  cas  oludiés,  en  décroissant  dans  l'ordre  suivant  : 
Plymoulh  Rock,  Brahma  claire,  Italienne  blanche.  Perdrix  Italienne, 
Wyandotte,  Langshan,  Dorking,  Andalouse. 

Il  était  intéressant  de  donner  ces  renseignements  sur  le  di'velop- 
pement  des  Poussins,  car  c'est  là  un  critérium  qui  permet  de  juger  de 
la  plus  ou  moins  grande  faculté'  d'adaptation  dos  races  dans  ce  pays, 
de  leur  degré  d'acclimatation.  C.  K. 

Cas  d'hybridité.  —  Le  Jardin  Zoologique  de  Copenhague  a  ob- 
tenu Tanne'e  dernière  des  métis  provenant  du  Phasianus  Amherstiee  ^ 
avec  VEuplocomus  llneaôusQ;  du  Grand  Te'lras  J  [T.  urogallus)  avec 
le  Coq  de  bruyère  Ç  {T.  tetrix).  Ceux-ci  furent  malheureusement  tues 
par  une  Faisane.  Dans  cet  établissement  on  posséda  aussi  plusieurs 
hybrides  du  Canard  Mandarin  ^  avec  VAnas  spoiisa  Ç.  De  S. 

Utilisation  des  déjections  des  oiseaux  domestiques.  — 

Le  Journal  d' Av'cultare,  paraissant  à  Sainl-Po'lcrsbourg,  qui  sert  avec 
tant  d'intelligence  les  intc'rets  de  ce  genre  d'élevage  en  Russie,  publie 
les  renseignements  qui  suivent,  cherchant,  comme  il  le  fai  tsouvent,  à 
secouer,  par  le  tableau  des  avantages  matériels,  l'apathie  des  agricul- 
teurs russes. 

Les  oiseaux  dont  nous  utilisons  la  chair,  les  plumes  et  le  duvet, 
fournissent  encore  un  produit  fort  utile  —  leurs  déjections,  qui,  eu 
Russie,  font  conside're'es  comme  n'ayant  aucune  valeur  et  restant  sans 
emploi.  En  Chine,  au  Japon  et  dans  certains  pays  de  l'Europe  occi- 
dentale, c'est  cependant  presque  l'unique  engrais  dont  on  se  sert,  sur- 
tout pour  les  potagers,  les  vignobles,  les  melons,  le  lin  et  le  tabac, 
ainsi  que  pour  faire  bien  venir  les  arbres  et  les  buissons  d'or- 
nement. 

D'ordinaire,  cetle  substance  n'est  utilise'e  qu'après  avoir  été  sc'chce 
et  re'duite  en  poudre.  On  en  saupoudre  simplement  la  surface  à  fumer; 
on  se  sert  également  d'une  solution  composée  d'une  partie  de  celte 
poudre  dissoute  dans   10  parties  d'eau,   pour  arroser  la  terre   autour 


CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS. 


341 


des  jeunes  végétaux.  L'Etablissement  d'Aviculture  Pialique  récen - 
ment  fondé  à  Liésnc/i,  près  de  Saint-Pdtersbourg,  le  seul,  peut-être,  eu 
Russie  qui  ait  mis  son  élevage  sur  le  pied  «  européen  »,  —  iic  seil 
depuis  trois  ans  des  déjections  de  ses  animaux  pour  la  fumure  des 
terrains  plantés  de  plantes  potagères  et  de  jardin,  de  toutes  espèces  — 
et  il  se  félicite  des  résultats. 

Il  semble  que  c"est  là  l'unique  et  la  plus  ualurello  utilisation  à 
attendre  de  la  substance  en  question  :  les  oiseaux  domestiques  se 
nourrissent,  eu  eil'et,  presque  exclusivement  de  matières  végétales,  des 
trrains,  et  en  partie  seulement  d'insectes.  Leurs  excrémenis  contiennent 
donc  tous  les  éléments  mine'raux  et  organiques  qui  entrent  dans  leurs 
aliments  ;  il  ne  faut  pas  oublier  non  plus  que  ces  sécrétions  sont  très 
concentrées, les  oiseaux  rejetant  à  la  fois  sous  la  forme  solide  et  sous 
la  forme  liquide. 

Voici,  d'après  M.  E.  Wolf,  quelle  en  est  la  composition  chimique  : 


POUR    1,000    PARTI! 

îs  de  déje 

^                            ■ 

1 

DE 
CANARD. 

CTIONS 

DE 
PIGEON. 

POUR 
1,000  PARTIES 

d'excré- 
ments FRAIS 
DE  CHEVAL. 

DE 
POULET. 

d'oie. 

Il  y  a  : 
Eau 

560 

255 
15.4 
16,3 

8,5 
1,0 

24,0 
7,4 
•'•,5 

35,2 
1 

771 

134 
3,4 
5,3 
9,5 
1,3 
8,4 
2,0 
1,4 
14,(t 

565 

262 

14,0 

10,0 
6,2 
0,3 

17,0 
3,5 
3,3 

28.0 

519 

308 
17,8 
17,6 
10 

0," 

16,0 

3.0 

3,3 

20,2 

710 

246 

4,5       ' 

5,2 

1,5 

1,4  : 

1,2 

12,5 

Matière  organique.. . . 
Phosnhate 

Azote 

Potasse 

Sodium        - 

Chaux 

\lafnesi  J 

Combin.   sulfureuses. 
Silice  et  sable 

C'est-à-dire  que  les  déjections  des  oiseaux  domestiques  sont  surtout 
riches  eu  substances  les  plus  utiles  pour  la  regénération  du  sol  cul- 
tive': l'azote,  les  phosphates  et  les  alcalis  De  plus,  ces  matières  s'y 
trouvent  à  l'état  si  concentré  que  l'on  ne  doit  se  servir  d'ex- 
cre'ments  purs  que  par  petites  doses  et  il  est  préférable  de  les  mélanger 
de  terre  ou  de  les  dissoudre  dans  de  l'eau.  Dans  les  poulaillers  bien 
entretenus  où  il  existe  toujours  de  la  litière,  de  la  tourbe  ou  de  la 
sciure  en  quantité  suffisante,  les  excréments  s'y  trouvent  si  bien  mé- 
langés que  leur  ensemble  forme  un  engrais  tout  pre'pare'  qui  peut  être 
transporté  directement  du  poulailler  sur  la  terre  à  féconder.  Si  l'on 
désire  employer  la  substance  pure,  il  ne  suffit  pas  de  la  faire  sécher, 


342  REVUE  DES  SCIENCES  NATUHELLES  APPLIQUÉES. 

il  faut  encore  prendre  la  précaution  de  la  broyer,  car,  dans  le  cas  con- 
traire, les  grosses  parcelles  roulent  en  boules  et  eu  s'allacbanl  aux  ra- 
cines des  plantes  peuvent  devenu-  nuisibles. 

L'expérience  indique  que,  suivant  la  plus  ou  moins  grande  pureté  du 
produit  et  la  nature  de  la  plante  dont  on  désire  favoriser  ainsi  le  déve- 
loppement, il  faut  de  100  à  200  pouds  d-"oxcremenls  (le  poud  vaut 
16,380  kilog.)  par  déciatine  (1,092  bectares).  11  semble  plus  avan- 
taf-'cux  de  ne  pas  introduire  toute  cette  quantité  à  la  fois,  mais  de  la 
diviser  en  deux  :  d'abord  en  recouvrir  une  partie  en  labourant  et 
ensuite  en  répandre  sur  le  sol  après  l'ensemencement. 

Dans  presque  tous  les  villages  de  la  Russie,  sous  les  toits  des  édi- 
fices publics,  des  clochers,  etc.,  s'entassent  des  monceaux  de  colom- 
biuc—  ce  précieux  engrais,  —  tandis  que  la  cullure  environnante, 
la  terre  surmene'e  pâlit.  Les  agriculteurs  russes  n'auraient  cependant 
qu'à  se  baisser  pour  prendre  ce  qu'il  leur  faut.  .  .  en  nettoyant  par  la 
même  occasion  un  peu  ces  mêmes  édifices  publics.  S"ils  ne  savent 
utiliser  ces  ressources  aujourd'hui  abondantes,  quelqu'un  s'avisera  de 
les  exporter  à  l'étranger.  On  a  déjà  essaye  et  il  n'est  pas  douteux  qu'il 
y  a  là  un  péril  pour  l'agriculture  russe.  V. 

Le  bassin  de  la  Liez.  —  Etabli  au  pied  du  rocher  de  Langres, 
pour  servir  de  réservoir  au  canal  en  construction,  de  la  Marne  à  la 
Saône,  l'e'tang  dit  de  la  Liez,  est  alimenté  par  les  ruisseaux  de  Lecey, 
d'Orbigny  et  par  les  eaux  pluviales  des  pentes  cultivées  q>ù  forment 
son  cadre  et  l'entourent  de  toutes  parts,  sauf  à  l'ouest  où  il  est  ferme 
par  une  digue  en  ligne  droite,  qui  coupe  le  vallon  et  nuit  sensiblement 
à  l'harmonieux  de  son  aspect. 

Ce  véritable  lac  mesure  24  kilomètres  de  tour  par  terre,  7  kilomètres 
de  long  et  2  kilomètres  de  large.  La  profondeur  de  ses  eaux  est  de  8  à  9 
mètres  environ,  sauf  sur  les  bords,  bien  entendu,  mais  la  déclivité  est 
assez  rapide.  Il  baigne,  en  partie,  deux  petits  bois,  ce  qui  constitue  un 
excellent  refuge  pour  les  oiseaux  d'eau  de  toutes  sortes,  qui  y  sant  en 
grande  abondance,  tant  palmipèdes  que  rapaces,  ainsi  que  les  èchas- 
siers  de  différentes  espèces.  Mis  en  eau,  il  y  a  huit  ans  seulement,  ce 
bassin  est  loue  pour  la  chasse  et  la  pèche  à  une  Société  langroise,  qui 
a  été'  chargée  de  l'empoissonner  pour  partie. 

Pour  commencer  on  y  a  mis  des  petites  Carpes  {Cyprinus  Carpio)  et 
il  n'est  pas  rare  aujourd'hui  d'en  prendre  pesant  4  kilos  et  plus. 
L'alevin  y  fourmille.  On  a  aussi  introduit  dans  le  bassin  de  la  Liez  le 
Halmo  Quinnat,  qui  y  prospère  à  merveille  et  dont  on  capture  dès 
maintenant  de  beaux  e'chanlillons  de  6  à  7  kilos.  C'est,  je  crois,  la 
tentative  d'acclimatation  de  ce  poisson,  la  mieux  réussie  qui  ait  eu 
lieu  jusqu'à  ce  jour,  et  à  ce  titre  elle  mérite  d'être  signalée  à  notre 
Société.  Notre  lac  langrois  renferme  aussi  la  Tanche  {Cyprinus  tinca), 
dont  on  ne  voit  pas   beaucoup   d'individus,    parce  qu'elle  hante  pro- 


CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS.  313 

bablcment  de  proïérencc  les  grands  fonds  où  il  est  difficile  de  pocher. 
A  ma  connaissance,  un  seul  sociélaire  y  a  mis  9,000  Feras,  qui  vien- 
dront probablement  très  bien.  Mais,  la  curiosité  du  bassin,  c'est  le 
Ccregonus  clupeoides,  poisson  d'Ecosse,  qu'on  y  prend  en  assez  grande 
quantité  et  de  belle  taille  (3  kilos),  sans  qu'à  la  connaissance  d'aucun 
des  sociétaires  ni  de  l'Administration,  il  y  ait  jamais  été  apporté. 

Enfin,  les  amateurs  de  Goujon  [Cyprinus  Gobio)  trouveraient  dans 
l'étang  de  la  Liez  de  quoi  se  satisfaire  amplement.  Ce  bon  petit  poisson 
se  rencontrait  avant  l'établissement  du  bassin,  dans  les  ruisseaux  qui 
l'alimentent,  mais  depuis,  il  a  beaucoup  multiplie  et  grossi.  Pour  la 
nourriture  des  Saumons  et  de  la  Truite,  si  on  en  mettait,  comme  on 
aurait  raison  de  le  faire,  la  Bouvrière  commune  s'y  trouve  en  abon- 
dance. 

D'après  ce  qui  précède,  ou  voit  que  l'eau  du  bassin  de  la  Liez  est 
d'une  qualité  parfaite,  convenant  à  beaucoup  d'espèces  de  poissons, 
et  que  presque  toutes  celles  d'eau  douce  y  peuvent  être  acclimatées. 
Signalons-le  donc  en  terminant,  comme  un  éden  peur  les  ichtyolo- 
gistes,  les  pisciculteurs,  les  ornithologistes,  les  pêcheurs  et  les  chas- 
seurs en  général;  je  pourrais  ajouter  les  botanistes,  car  sur  les  bords 
on  pourrait  essayer  la  culture  de  beaucoup  de  belles  plantes  aqua- 
tiques, les  Qijperus,  les  Poatederia,  les  Nymphéa,  les  Aponogeton,  les 
Potamogetoii,  les  Neiumbium,  etc. 

Notons,  comme  digne  de  remarque,  que  le  Brochet  n'a  pas  encore 
fait  son  apparition  dans  le  bassin  de  la  Liez,  ce  qui  peut  être  considéré, 
par  les  fermiers,  comme  une  bonne  fortune  qui  ne  peut  toujours  durer. 

De  Confevron. 

Les  Saumons  de  la  Golumbia.  —  La  majeure  partie  des  Sau- 
mons vendus  aux  Étals-Unis  sous  forme  de  conserves,  dans  des 
boîtes,  des  cans  de  fer-blanc,  vient  des  eaux  de  la  Golumbia.  le  fleuve 
séparant  le  territoire  de  Washington  de  celui  de  l'Orégon,  où  la  pèche 
et  la  préparation  de  ces  poissons  s'exécutent  pendant  trois  mois  envi- 
ron de  l'année,  en  hiver. 

Chaque  cannery,  chaque  établissement  de  préparation,  occupe  200  où 
300  bateaux,  montés  par  un  pêcheur  qui  doit  fournir  l'embarcation  et 
payer  le  marinier  chargé  de  la  manœuvre.  Les  bateaux  se  mettent  en 
campagne  le  soir,  munis  d'un  grand  filet  à  mailles  de  20  centimètres, 
garni  à  son  bord  supérieur  de  flotteurs  en  bois  de  cèdre  rouge,  qu'on 
tend  en  travers  du  fleuve  non  loin  du  point  où  il  se  jette  dans  le  Paci- 
fique, pour  barrer  le  chemin  aux  Saumons  remontant  en  eau  douce. 
Chaque  bateau  prend  en  une  nuit  de  15  à  30  Saumons,  pesant  en 
moyenne  20  à  21  kilogs,  car  les  usines  ne  se  donnent  pas  la  peine  «le 
travailler  les  poissons  pesant  moins  de  13  à  14  kilogs.  On  en  prend 
même  parfois  de  38  et  39  kilogs.  Le  pêcheur  reçoit  en  moyenne  3  fr.  "75 
par  Saumon,  mais  il  doit  payer  son  marinier  auquel  il  donne  d'ordi- 


344  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

naire  125  à  130  francs  par  mois.  Les  pêcheurs  propriétaires  de  leurs 
bateaux  et  de  leurs  lilets  se  font  ainsi  de  5,000  à  7.500  francs  par  an: 
les  autres  ont  à  paver  sur  cette  somme  la  location  du  matériel,  ce  qui 
diminue  considérablement  les  béne'ficcs.  Tous  les  bateaux  apportent 
chaque  malin  leurs  prises  de  la  nuit  à  la  cannery  oii  on  les  reçoit  et 
les  porte  en  compte. 

L'apprêt  des  Saumons  est  confie'  à  des  Chinois,  et  chaque  canner;/ 
en  occupe  plusieurs  centaines.  Les  uns  enlèvent  eu  trois  coups  de 
couleau  la  tête,  la  queue  et  les  organes  intérieurs  des  Saumons,  et  ces 
poissons,  glissant  sur  un  plan  incliné,  tombent  entre  les  mains 
d'autres  opérateurs  qui  les  font  cuir,  en  enlèvent  la  viande,  et  Tintro- 
duisent  dans  les  boîtes  de  fer  blanc. 

En  1890,  les  23  usines  qui  fonctionnaient  sur  les  bords  de  la 
Columbia,  ont  traité  429,300  Saumons,  chilî're  supérieur  à  celui  de 
1889,  anne'e  où  on  n'en  avait  traité  que  321,314. 

La  seule  localité  d'Astoria,  dans  l'Orégon,  a  expédié  en  1890,  1768 
chariots  de  Saumons  aux  villes  situo'es  sur  le  Missouri.  II.  B. 

Le  Madia  et  sa  culture.  —  Si  la  culture  du  Madia,  commencée 
par  un  grand  nombre  d'agriculteurs  de  certaines  re'gions  de  la  France, 
n'a  pas  entièrement  donne'  les  résultats  sur  lesquels  on  se  croyait  eu 
droit  de  compter,  cette  plante  n'en  reste  pas  moins  inte'ressante  par  les 
avantages  rc'els  qu'elle  présente  sur  plusieurs  graines  ole'agineuses  de 
notre  pays,  notamment  par  la  rapidité  de  sa  croissance  et  par  sa  rus- 
ticité. 

Le  Madia  satica  Mol.  {Madia  viscosa  C.w.  Madi  des  Chiliens)  est 
une  plante  herbacée,  annuelle,  dont  la  lige  et  les  feuilles  sont  hérissées 
de  longs  poils  soyeux  et  glandulifères  qui  sécrètent  un  suc  jaune,  vis- 
queux, d'une  odeur  désagréable.  Sa  tige,  haute  de  50  centimètres  à 
1  mètre,  est  ramifiée  au  sommet;  ses  feuilles  inférieures  sont  opposées 
et  les  supérieures  alternes,  semi-amplexicaulcs,  Unéaircs-lancéole'es, 
très  entières,  à  trois  nervures  longitudinales. 

Indigène  au  Chili  et  en  Californie,  cette  plante  est  cultivée  dans  di- 
verses parties  de  l'Amérique;  elle  a  o'té  iutroduilc  en  Europe  il  y  a 
environ  un  demi-siècle  et  s'est  propagée  en  Allemagne  et  ensuite  en 
France. 

Les  fruits,  disposés  en  grappes  latérales,  sont  des  akènes  anguleux, 
allongés  ; 9-11  millimètres),  brunâtres,  aplatis  d'un  côté,  convexes  de 
l'autre,  marques  de  4-5  nervures  longitudinales  ;  ils  renferment  en- 
viron 25  "/\,  de  leur  poids  d'huile  grasse  qu'on  extrait  par  pression 
des  graines,  suivant  les  procèdes  ordinaires. 

Lhuilc  de  Madia  obtenue  à  froid  est  très  liquide,  d'une  belle  cou- 
leur jaune  doré  et  un  peu  plus  grasse  que  les  huiles  communément 
en  usage.  Elle  possède  une  légère  odeur  qui  disparaît  en  partie  avec 
le  temps,  ou  par  le   lavage   picalable  des  graines  à  l'eau  bouillante  ; 


CHRUNIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS.  3i5 

sa  saveur  assez  prononcée  ne  plaît  pas  à  tout  le  monde.  Ses  qua- 
lite's  alimentaires  sont  loin  d'égaler  celles  de  l'huile  d'olive,  comme  on 
a  pu  le  dire,  mais  il  faut  toutefois  reconnaître  que  son  goiit  est  bien 
préférable  à  celui  des  huiles  de  navette  et  de  colza  utilisées  pour  la 
table  dans  nos  campagnes  du  Nord  et  de  l'Est. 

•  Obtenue  par  pression  à  chaud,  l'huile  de  Madia  est  visqueuse,  un 
peu  épaisse  et  plus  foncée  en  couleur.  D'une  saveur  un  peu  ucre  et 
d'une  odeur  désagréable,  elle  est  impropre  à  l'alimentation.  Lors- 
qu'elle a  été'  epure'e  et  décolorée,  elle  est  excellente  pour  l'éclairage  et 
briîlc  avec  une  flamme  blanche  et  brillante,  sans  répandre  de  fumc'e. 
Traitée  par  la  soude,  elle  permet  de  fabriquer  de  bons  savons,  ana- 
logues à  ceux  de  Marseille,  mais  un  peu  moins  consistants. 

On  l'emploie  encore  utilement  pour  la  pro'paration  des  cuirs  et  le 
foulage  des  draps  ;  elle  produit,  en  outre,  avec  la  céruse,  une  pein- 
ture très  siccative.  L'huile  de  Madia  rancit  assez  vile  si  l'on  n'a  pas  la 
précaution  de  la  tenir  dans  des  vases  hermétiquement  fermés.  Par  ses 
propriétés  siccatives  et  sa  solubilité  dans  l'alcool,  elle  s'éloigne  beau- 
coup des  huiles  dolivc  du  commerce.  Elle  est  soluble  dans  30  parties 
d'alcool  froid  et  6  parties  d'alcool  bouillant. 

Le  tourteau  peut  être  employé'  comme  engrais  pour  les  terres;  il 
convient  parfaitement  à  la  nourriture  des  bestiaux,  car  l'enveloppe 
qui  entoure  l'amande  reste  toujours  imprégnée  d'une  certauie  quantité 
d'huile  qui  c'chappe  à  l'action  de  la  presse.  Le  meilleur  parti  à  en  tirer 
consiste  à  le  pulvériser  et  à  le  mélanger  avec  du  son,  des  grains  cuits, 
des  racines,  etc. 

Le  Madia  peut  être  donne'  comme  fourrage  vert  aux  Moutons,  mais 
l'odeur  caractéristique  de  ses  capitules  et  la  viscosité  de  ses  feuilles, 
en  e'ioignent  généralement  les  autres  animaux  domestiques.  La  plante 
sèche  fournit,  par  l'incinération,  des  cendres  riches  en  sels  minéraux 
et  bonnes  pour  l'amendement  des  prairies. 

Quoique  le  Madia  supporte  bien  tous  les  assolements,  les  sols  sili- 
ceux ou  argilo-siliceux,  perme'ables  lui  conviennent  particulièrement, 
mais  non  les  terrains  forts,  humides  et  compacts;  il  se  plaît  égale- 
ment dans  les  terres  sèches  formées  de  cailloux,  de  quartz  et  de  cal- 
caires. 11  résiste  aux  plus  grandes  sécheresses,  craint  l'humidité  pro- 
longée de  l'air  et  de  la  terre  et  supporte  difficilement  les  fortes  gelées 
d'hiver  et  les  froids  tardifs  du  printemps. 

Le  Madia  se  sème  à  la  volée  ou  en  ligne,  mais  ce  dernier  moyen 
semble  plus  avantageux  et  a  toujours  mieux  réussi,  tout  en  nécessi- 
tant moins  de  graines  Le  sol  destiné  à  le  recevoir  doit  être  ameubli 
et  bien  divisé  par  de  bons  hersages.  Cette  plante  se  sème  ordinai- 
rement du  mois  de  mai  au  mois  de  juin,  plus  rarement  en  automne  ; 
sa  maturité  a  lieu  environ  trois  ou  quatre  mois  après  la  semaille,  et 
se  reconnaît  lorsque  les  graines  deviennent  noires. 

Le  reproche  le  plus  sérieux  qu'on  ait  fait  au  Madia  au  sujet  de  sa 


34G  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

culture  en  France,  c'est  de  ne  pas  mûrir  toutes  ses  graines  eu  même 
temps,  ce  qui  rend  la  récolte  difficile  et  expose  les  cultivateurs  à 
une  perle  assez  sensible.  Nous  dirons,  cependant,  que  certaines  pré- 
cautions prises  pendant  la  coupe  ou  l'arrachage,  suffisent  presque 
toujours  à  éviter  cette  perte,  surtout  si  l'on  n'attend  pas  pour  récolter 
le  Madia  que  les  grappes  latérales  aient  atteint  une  complète  matu- 
rité, qui  s'opère  ensuite  lorsque  la  plante  est  en  gerbes. 

Une  fois  les  liges  coupées  ou  arrachées,  on  peut  battre  au  lléau 
ou,  lorsque  les  graines  sont  bien  mûres,  secouer  iortement  les  bou- 
quets de  fruits  sur  un  drap  dispose'  à  cet  elfet.  Celte  opération  doit  se 
pratiquer  autant  que  possible  dans  le  champ  même  ou  peu  après  la 
récolte,  pour  éviter  la  perte  et  réchaufTement  de  la  graine. 

Quant  aux  avantages  réels  qui  re'sultent  de  sa  culture,  disons  d'a- 
bord que  le  Madia  produit  une  quantité  d'huile  plus  grande  que  toutes 
les  autres  plantes  oléifères  cultive'es  jusqu'ici,  qu'il  demande  j)eu  ou 
point  d'engrais,  épuise  moins  le  sol  tout  en  ne  l'occupant  que  peu  de 
temps.  11  se  contente  aussi  de  terrains  de  qualilo's  très  inférieures  et 
n'est  pas  attaqué  par  les  insectes  dont  les  ravages  sont  quelquefois  si 
funestes  aux  Navettes  et  aux  Colzas.  Enfin,  disons  pour  terminer, 
d'accord  avec  M.  de  Vilmorin,  que  le  Madia  est  très  propre  à  ôlre 
employé  comme  récolte  intercalaire  et  à  remplacer  avantageusement 
les  récoltes  détruites  par  des  hivers  rigoureux,  des  inondations  ou 
des  orages. 

Le  Madia  mellosa  Mol.  est  une  espèce  voisine,  également  origi- 
naire du  Chili,  cultivée  en  Amérique  comme  plante  oléagineuse,  mais 
incoimue  des  agriculteurs  européens.  M.  V.-B. 

Acclimatement  dessences  forestières.  —  A  l'assemblée 
des  forestiers  allemands  qui  a  eu  lieu  à  Cassel  dans  les  dernier. ^ 
jours  du  mois  d'août  1890,  sous  la  présidence  du  conseiller  forestier 
supérieur  Hiesz,  il  a  été  rendu  compte  des  expériences  entreprises  sur 
les  différentes  parties  de  l'Allemagne  pour  racclimatement  de  coni- 
fères ou  d'essences  feuillues  exotiques. 

En  Prusse,  les  expériences  patronnées  par  le  prince  de  Bismarck  et 
le  ministre  Lucius,  ont  porté  sur  600  hectares  répartis  entre  dix  can- 
tonnements forestiers,  elles  ont  coûté  310,000. francs.  En  coordonnant 
les  résultats  obtenus,  on  a  pu  faire  des  essences  exotiques,  mises  en 
exi)érienee,  trois  catégories  distinctes. 

Le  premier  groupe  comprend  celles,  dont  le  succès,  dont  la  réussite, 
sont  indubitables  et  qui  se  recommandent  à  la  fois  en  raison  de  leur  pro- 
•ductivitc  et  pour  l'excellence  de  leur  bois  :  Ce  sont  parmi  les  conifères, 
le  Sapin  ou  Pin  de  Douglas  [Pseudotsuga  Douglasii],  le  Picea  Hitcheiisis, 
le  Chamœcypans  Lamsoniam,  le  Thui/a  gigantea.  Parmi  les  espcce=i 
feuillues,  le  Noyer  noir  {Juglans  n''gra),  l'Hickory  blanc  (J'an/a  alba],  le 
€arga  amara,  le  Carya  totneuiosa,  le  Chêne  rouge  {Quercus  rubra). 


CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS.  347 

Le  deiisiëme  groupe  se  compose  d'essences  susccpliblcs  seulement 
de  présenter  des  avantages  sur  les  arbres  indigène^  dans  des  circons- 
tances spéciales.  Ce  sont  le  Pilch  pin  {Pinus  rigida),  qui  aime  les  sols 
secs,  stériles,  les  dunes,  le  Genévrier  de  Virginie  [Jumperas  Yirgi- 
nUina),  ie  Sapiu  de  Nordmann  [Abies  Noi'dma'^imana)  que  son  entrée  en 
végétation  tardive  fait  résister  aux  froids,  et  le  Pinus  Laricio  pour  les 
ve"-ions  où  l'air  est  fort  humide.  Toutes  ces  espèces  appartienneiil  aux 
Conifères.  Nous  trouvons  parmi  les  essences  feuillues  1  Erable  à  sucre 
{Acer  saccharinum)  et  un  bouleau,  le  Betula  lenta  ame'ricain  qui  altcint 
une  taille  de  25  métrés. 

Les  essences  du  troisième  groupe  ne  peuvent  réussir  en  Prusse  ou 
du  moins  ne  présenteraient  aucun  avantage  sur  les  essences  locales. 
Elles  comprennent  parmi  les  conifères  :  le  Pin  de  Jeffrey  {Pinus 
Jeffrei/ii)  et  le  Pin  lourd  {Pinus  ponderosa]. 

Parmi  les  feuillus,  le  Frêne  pubescent  {Fraxinus  puhesceus]  les 
Érables,  VAcer  dasi/carpum,  VAcer  Califoniicum  qui  ont  quand  ils  sont 
jeunes  une  croissance  excessivement  rapide,  pour  se  ralentir  ensuite, 
et    deux  Hickorys  :    le    Cari/a,  porcina   {Pigaut   IUckori/)    et  le   Carf/a 

sulcata. 

Ou  a  également  fait  sur  des  espèces  japonaises  des  essais,  de  date 
encore  trop  re'cente  pour  pouvoir  en  déduire  la  moindre  conclusion. 
Parmi  les  conifères  cependant,  la  croissance  d'un  me'lézc.  le  Larix 
leptolepsis,  a  été  fort  rapide  et  on  paraît  devoir  obtenir  de  bous  résul- 
tats avec  le  Chamceci/paris  pisifera  et  le  Chamœcgparis  ohtusa. 

En  Bavière  on  a  fait  dans  soixante-quatre  cantonnements  forestiers 
des  essais  avec  le  Sapin  de  Douglas  [Pseadolsuga  Douglasi'].  Dans  qua- 
rante-six cantonnements  les  résultats  ont  e'ic  excellents.  Ils  ont  été 
bons  dans  douze  autres.  Mauvais  seulement  dans  six  cantonnements. 

Le  Chamœoj paris  Laivsoniana  a  e'ie'  mis  à  l'essai  dans  vingt  et  un 
cantonnements.  Les  résultats  ont  été  excellents  dans  huit.  Bous  dans 
sept.  Mauvais  seulement  dans  six. 

Le  Pilch  pin  du  Nord  {Pinus  rigida)  a  eu  32,000  de  ses  individus 
plante's  dans  vingt  cantonnements.  Les  résultats  ont  été  excellents 
dans  six.  Bons  dans  trois.  Mauvais  dans  onze.  Les  observations  des 
forestiers  bavarois  concordent  donc  avec  celles  de  leurs  collègues  de 
la  Prusse  qui  voient  dans  cette  essence  un  arbre  destiné  à  remplir  des 
buts  spéciaux. 

Le  Sapin  de  Nordmann  {Abies  Nordmanniana),  dont  7,500  individus 
ont  été  plante's  sur  quatorze  cantonnements,  a  donné  d'excellents  ré- 
sultats dans  deux  cantonnements,  de  bons  dans  dix,  de  mauvais  dans 
deux  seulement. 

Le  Pin  de  Jeffrey  {Pinus  Jeffrei/ii]  et  le  Piu  lourd  {Pinus  ponderosa"!, 
ont   donné  en  Bavière  des  résultats  beaucoup   meilleurs  qu'en  Prusse. 

H.   B. 


IV.  BIBLIOGRAPHIE. 


Les  Mollusques.  Introduction  à  l'étude  de  leur  organisation,  de'- 
veloppemeut,  classification,  affinités  et  principaux  types,  par  Henri 
CoupAiN,  professeur  d'histologie  à  la  Sorbonue.  —  Georges  Carré, 
éditeur,  à  Paris,  58,  rue  Saint-Andre'-des-Arts. 

L'ouvrage  que  nous  annonçons  sous  ce  titre,  quoique  intéressant 
toutes  les  personnes  qui  s'occupent  de  zoologie  en  général,  est  plus 
particulièrement  destine',  dans  la  pcuse'e  de  l'auteur,  aux  candidats  à 
la  licence  es  sciences  naturelles. 

Certes,  les  ouvrages  et  les  mémoires  originaux  sur  ce  sujet  sont 
nombreux,  mais  pris  isolément,  ces  travaux  ne  comprennent  guère 
qu'une  très  faible  partie  de  l'ensemble  des  connaissances  exige'es.  II 
résulte  donc  de  ceci,  que  le  candidat  est  oblige'  ou  de  parcourir  rapide- 
ment et  superficiellement  ces  ouvrages,  ou  de  noter,  dans  un  grand 
nombre  d'auteurs,  les  passages  ou  les  chapitres  concordant  avec  ic.^ 
diverses  parties  du  programme:  de  là,  une  grande  perle  de  temps. 
C'est  donc  pour  obvier  à  un  inconvénient,  re'ellement  sérieux,  que 
M.  II,  Coupain  vient  de  publier  ce  petit  traité  sur  les  Mollusques. 

Le  plan  de  ce  travail  est  très  simple  :  l'auteur  étudie,  les  unes 
après  les  autres,  chacune  des  classes  et  chacun  de  leurs  ordres,  en 
prenant  en  général  un  ou  plusieurs  types  dans  chacun  d'eux,  mais 
sans  insister  sur  la  description  des  caractères  des  genres  et  des  es- 
pèces, description  qu'il  est  toujours  facile  de  trouver  dans  les  ouvrages 
spéciaux. 

Le  premier  fascicule  comprend  les  Acéphales,  les  Scaphopodes  et 
les  Amphineures;  le  deuxième,  les  dilFéreuts  ordres  des  Gastéropodes 
et  le  troisième  et  dernier,  les  Ptéropodes  et  les  Co'phalopodcs. 

Nous  pensons  que  cet  ouvrage,  tel  qu'il  est  conçu,  est  appelé  à 
rendre  de  grands  services  aux  candidats  en  leur  facilitant  l'étude  de 
celte  partie  du  programme  ;  aussi  verrions-nous  avec  plaisir  traiter  par 
le  même  aulcur,  et  suivant  le  même  ordre  d'idée,  les  autres  groupes  du 
règne  animal. 

Disons  aussi,  pour  terminer,  que  ce  petit  livre  est  imprime'  avec 
luxe  et  qu'il  contient  environ  340  belles  figures  destinées  à  mettre  eu 
relief  les  parties  ge'nérales  du  texte  et  même  les  exceptions  lorsque 
celles-ci  peuvent  offrir  un  intérêt  particulier.  M.  V.-B. 


Le  Gérant  :  Julks  Grisakd. 


I.  TRAVAUX  ADRESSES  A  LA  SOCIETE. 


LA  CHASSE 

ET 

LE    GOAIMERCE   DES    OTARIES^'' 

Par  m.  ÏCIIER^'IG0FF. 


L'Otarie  appartient  à  la  lamille  des  Pliocien.s,  mais  elle  se 
distingue  des  Phoques  sous  plus  d'un  rapport.  Le  corps  de 
l'Otarie,  long  d'un  à  sept  pieds  (4  pieds  à  l'âge  moj'en),  a  la 
Ibrme  et  la  couleur  d'un  cigare  avec,  à  un  bout  la  tête,  la  bou- 
che pas  trop  grande,  de  toutes  petites  oreilles  et  de  grands  et 
beaux  yeux.  L'extrémité  postérieure  du  corps  est  terminée 
par  les  nageoires  a^'ant  l'aspect  d'une  paire  de  gants  de  peau, 
les  doigts  cousus  ensemble.  Ces  nageoires  servent  à  l'animal 
de  gouvernail  en  mer  et  d'éventail  sur  terre.  Une  autre  paire 
de  nageoires,  en  coins  larges  et  plats,  fixées  aux  côtés,  rem- 
plissent le  double  office  de  rames  dans  l'eau  et  de  jambes  sur 
la  terre  ferme.  Ces  deux  espèces  de  nageoires  ne  sont  autre 
chose  qu'une  modification  des  extrémités,  déterminée  par  les 
conditions  de  la  vie  de  l'animal  dans  l'eau.  Elles  sont  recou- 
vertes d'une  peau  noire  épaisse  dépourvue  de  poils. 

Le  corps  de  l'Otarie  est  très  souple  et  élastique.  En  na- 
geant et  en  plongeant,  l'animal  se  tortille  dans  tous  les  sens. 
Sur  terre,  l'Otarie  se  tient  presque  debout  ou  plutôt  assise, 
la  partie  antérieure  du  corps  presque  perpendiculaire  au 
train  de  derrière,  s'appuyant  sur  ses  deux  nageoires  de  côté 
et  sur  celle  de  derrière. 

Pour  se  mouvoir  sur  terre,  l'Otarie  avance  ses  nageoires 
l'une  après  l'autre,  et  elle  ramasse  à  chaque  pas  son  train  de 
derrière  qu'elle  reporte  ainsi  en  avant,  avançant  pour  ainsi 
dire,  par  sauts  ;  aussi,  marche-t-elle  péniblement  et  lente- 
ment. En  revanche,  elle  nage  très  vite,  très  adroitement  et 

(1)  L<:s  Otaries,  par  M.  Voloschinolf,  lieutenant-colonel  de  l'Etal-major 
russe.  Saint-Pétersbourg,  1889. 

20  Octobre  1892.  22 


350  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

infatigablement.  Pour  en  donner  un  exemple,  nous  citerons 
le  cas  où,  en  suivant  sans  s'en  éloigner  un  navire  faisant 
plus  de  10  nœuds  par  heure,  l'Otarie  trouvait  le  temps  de 
faire  encore  des  détours,  des  sauts,  etc. 

Pour  le  repos  et  le  sommeil,  l'Otarie  na  pas  besoin  de 
sortir  de  l'eau.  Elle  replie  ses  nageoires  et  dort  tranquil- 
lement ayant  seulement  le  bout  de  son  museau  hors  de  l'eau. 

Les  Otaries,  pareilles  en  cela  aux  oiseaux,  ont  des  migra- 
tions, quittant  pendant  l'été  les  latitudes  plus  voisines  de 
l'équateur  pour  des  endroits  qui  se  rapprochent  davantage 

du  pôle  Nord. 

C'est  en  l'741,  qu'avec  la  découverte  des  îles  du  Comman- 
deur, on  connut  pour  la  première  fois  un  des  séjours  des 

Otaries. 

La  question  de  savoir  où  se  trouvaient  les  autres  îles  ser- 
vant, pendant  l'été,  d'abri  aux  Otaries  qui  se  dirigeaient  par 
les   détroits  orientaux  des  îles  Aléoutiennes,   continuait  à 
préoccuper  les  Russes  qui  se  livraient  à  la  chasse  dans  ces 
latitudes,  lorsque  le  capitaine  Pribyloff  parvint  à  découvrir 
les  îles  qui  portent  aujourd'hui  son  nom.  Les  côtes  de  ces 
îles  étaient  recouvertes  d'un    nombre    immense  d'Otaries. 
C'est  ainsi  que  la  première  partie  du  problème,  à  savoir  oii 
les  Otaries  passent  l'été,  s'est  trouvée  résolue.  Quant  à  Fou- 
droit  qui  leur  sert  de  quartier  d'hiver,  il  reste  inconnu  jus- 
qu'à présent.  On  a  essayé  d'expliquer  leur  disparition,  pen- 
dant l'hiver,   de  différentes    manières  ;  on   a  supposé,  par 
exemple,  qu'elles  descendaient  au  fond  de  la  mer,  plongées 
en  léthargie,  ou  bien  qu'elles  se  rendaient  dans  l'hémisphère 
sud,  etc.  Ce  qui  parait  le  i)lus  vraisemblable,  c'est  que  les 
Otaries  ne  sortent  jamais  du  courant  chaud,  pass(^nt  l'hiver 
dans  les  latitudes  méridionales  qu'elles  quittent  Tété  pour 
celles  plus  voisines  du  pôle  Nord.   Appliquée  aux   Otaries 
de  la  mer  de  Behring,   cette  hypothèse  expliquerait  leurs 
migrations  par  ce  fait  que  les  Otaries  des  îles  du  Comman- 
deur passent  l'hiver  sur  l'Océan  entre  les  îles  Philippines  p\ 
les  îles  Japonaises,  tandis  que  Tété,  en  se  dirigeant  tou- 
jours au  nord,  elles  longent  les  Kouriles  et  se  trouvent  dans 
le  courant  du  Kamtchatka.  Ce  courant  est  faible  et  sui)crfi-. 
ciel  diminuant  d'intensité  avec  les  vents  de  l'ouest  et  du  nord, 
tandis  que  les  autres  vents  produisent  un  effet  contraire. 
C'est  à  ro^  ronditions:  de  la  dir^rtion  des  vents  que  l'on 


LA  CHASSE  ET  LE  COMMERCE  DES  OTARIES.  331 

attribue  la  plus  ou  moins  grande  alïïuence  des  Otaries  sur 
les  côtes  de  ces  îles.  Plus  le  courant  se  trouve  intense,  et 
plus  il  vient  d'animaux  ;  et  au  contraire,  si  le  courant  est 
laible,  un  nombre  relativement  insignifiant  vient  se  fixer 
dans  ces  parages,  tandis  que  la  plus  grande  partie  demeure 
dans  l'Océan,  au  sud  des  îles.  —  Cela  peut  s'appliquer  d'ail- 
leurs aux  îles  Prib.yloff". 

Comme  stations  d'été  des  Otaries,  on  connaît  aujourd'hui 
les  points  suivants  : 

Les  îles  Pribyloff,  dans  la  mer  de  Behring  :  environ 
5,000,000  animaux,  d'après  M.  Elliot  qui  a  consacré  à  l'étude 
de  cette  chasse  plusieurs  années  et  qui  est  resté  deux  ans  sur 
les  îles. 

Les  îles  du  Commandeur,  près  les  eûtes  orientales  du 
Kamtchatka.  Environ,  2,000,000,  suivant  M.  Grebnitzky. 

Les  îles  Srednevsky  (Kouriles^,  5  à  10,000. 

L'île  des  Phoques,  près  la  cote  orientale  de  Sakhaline, 
10,000  Otaries  environ. 

Sur  le  territoire  de  la  République  Argentine,  près  le  Cap 
de  Corinthe,  10,000. 

De  plus,  on  trouve  encore  des  Otaries  en  très  petit  nombre 
dans  d'autres  endroits  où  elles  étaient  très  nombreuses  au- 
trefois. Tel  est  le  cas  des  localités  suivantes,  dans  l'hémi- 
sphère sud  : 

1"  Les  îles  Galopaiis  (?).  La  peau  des  rares  Otaries  que  l'on 
y  rencontre  encore  n'a  guère  de  valeur  sur  le  marché  ; 

2°  Les  îles  San-Félix  et  Juan-Fernandez,  sur  les  côtes  du 
Chili  et  de  la  Bolivie  ; 

3"  La  côte  occidentale  de  la  Patagonie  et  une  partie  de  la 
Terre-de-Feu  ; 

4°  Les  îles  Falkland  ; 

o*'  Les  îles  Saint-Georges,  le  groupe  des  îles  Sandwich, 
rOcéanie  Méridionale,  les  îles  Écossaises  et  Aukland,  les  îles 
Campabella  et  Esméralda ,  ainsi  qu'un  certain  nombre  de 
petites  îles  au  sud  de  la  Nouvelle-Zélande  ; 

6"  Les  îles  du  Désespoir,  les  îlots  Roj'al  Company  situés  au 
sud  du  Cap  de  la  Bonne-Espérance  et  un  grand  nombre  de 
})etites  îles  de  la  même  partie  de  l'Océan. 

Les  endroits  énumérés  sous  les  numéros  1,  2,  3,  4,  5,  6  ont 
été,  dit  Elliot,  le  théâtre  d'une  chasse  longue  et  ardente,  ce 
qui  eut  pour  résultat  le  dépeuplement  des  Otaries.  Les  rares 


352'  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

peaux  que  l'on  s'y  procure,  sont  inégales  de  dimensions,  in- 
férieures comme  qualité  et  travail .  D'autre  part,  l'absence 
de  toute  réglementation  de  la  chasse,  de  toute  protection 
pour  les  animaux,  auront  pour  eftét,  dans  un  bref  délai, 
la  destruction  complète  des  Otaries  sur  ces  rivages  oîi  elles 
étaient  si  nombreuses  autrefois. 

Les  «  reposées  stations  »  de  la  mer  de  Behring  méritent 
plus  d'attention.  Les  îles  Pribyloff  appartenant  aujourd'hui 
aux  États-Unis  de  l'Amérique,  sont  situées  sous  bl°,  latitude 
nord,  et  160°,  longitude  ouest,  méridien  de  Poulkovo.  Le 
groupe  se  compose  de  deux  îles  et  deux  îlots  d'origine  volca- 
nique. La  plus  grande,  l'île  Saint-Paul  s'étend  à  15  kilo- 
mètres de  l'est  à  l'ouest  et  à  10  kilomètres  dans  le  sens  nord- 
sud.  Elle  semble  être  formée  par  une  suite  de  petites  collines 
qui  seraient  reliées  par  un  sol  de  formation  postérieure. 

Les  sables  profonds  rendent  difficiles  les  communications 
dans  l'île.  Sur  42  lieues  de  littoral,  16  1/2  sont  prises  par  les 
reposées  des  Otaries.  Le  produit  de  la  chasse  annuelle  peut 
être  évalué  à  15,000  Otaries. 

La  seconde  île  comme  importance,  est  l'île  Saint-Georges, 
plateau  escarpé  à  pentes  rapides  du  côté  de  la  mer  et  coupé 
dans  le  sens  transversal  par  une  vallée.  Dans  sa  partie  la 
plus  longue,  l'île  a  18  verstes  (kilom.),  sa  largeur  maximum 
est  de  8  kilom.  2  lieues  1/2  seulement  sont  occupées  par  les 
reposées  sur  l'étendue  totale  du  littoral  qui  est  de  29  verstes. 
La  chasse  aux  Otaries  donne  25,000  animaux  environ  tous 
les  ans. 

Le  climat  de  ces  îles,  très  humide,  rappelle  celui  des  îles 
du  Commandeur,  bien  que  i)lus  rigoureux.  —  La  population, 
formée  des  ouvriers  de  la  Compagnie  Russo-Américaine,  se 
compose  des  Aléoutes  et  des  Russes,  ainsi  que  des  métis  de 
ces  deux  races.  L'île  Saint-Paul  compte  300  âmes,  sur  l'île 
Saint-Georges,  il  existe  environ  lUO  habitants. 

Les  îles  du  Commandeur  sont  situées  à  300  lieues  dans  la 
direction  nord -est  de  Petropavlovsk  (Kamtchatka),  sous 
55"  de  latitude  nord,  c'est-à-dire  à  5"  au  sud  de  Saint- 
Pétersbourg. 

Deux  grandes  îles  :  Behring  et  Midnoï,  ainsi  que  deux 
autres  plus  petites,  sont  situées  dans  la  direction  nord-est- 
sud-ouest.  L'île  Behring  a  50  kilomètres  de  longueur  sur 
30  de  largeur  dans  sa  partie  septentrionale,  tandis  que  son 


LA  CHASSE  ET  LE  COMMERCE  DES  OTARIES.  353 

extrémité  sud  n'a   qu'un  développement  de  10  kilomètres. 

Toute  la  partie  nord  de  nie  Behring,  qui  s'élève  peu  au- 
dessus  du  niveau  de  la  mer,  est  recouverte  de  marais,  de 
tourbières  et  de  lacs.  Le  lac  Sarannoé,  le  plus  important,  a 
10  kilomètres  de  longueur  sur  5  de  largeur.  Cette  île  est,  en 
général,  très  montagneuse. 

Les  communications  se  font,  dans  l'Ile  Behring,  soit  à  pied, 
soit  à  l'aide  des  Chiens.  Le  premier  mode  de  locomotion  n'a 
rien  d'agréable  dans  ce  paj^s  où  l'on  a  sans  cesse  à  traverser 
des  gués  profonds,  l'eau  atteignant  à  mi-hauteur  d'homme,  à 
marcher  par  des  marais,  monter  et  descendre  des  collines 
très  raides,  etc.  Lorsqu'on  suit  la  côte,  on  fait  souvent  le 
tour  des  rochers  par  la  mer,  ou  bien  on  est  forcé  de  sauter 
d'une  pierre  sur  une  autre,  et  cela,  quelquefois,  sur  une  dis- 
tance de  plusieurs  kilomètres.  Une  promenade  semblable 
dans  l'air  humide  et  saturé  de  sel,  n'est  pas  sans  présenter 
des  dangers  sérieux  pour  ceux 'qui  n'en  ont  pas  une  longue 
habitude. 

Le  voyage  avec  les  Chiens,  dans  les  conditions  de  la  vie, 
sur  l'île  Behring,  est  encore  le  plus  commode. 

L'hiver,  7-11  Chiens  traînent  un  traîneau  chargé  de  10-12 
pouds  (poud  =  14  kilog.),  l'été,  le  même  nombre  d'animaux 
est  nécessaire  pour  le  transport  d'un  seul  voyageur.  Dans  le 
sol  glaiseux  et  pierreux  des  montagnes,  les  traîneaux  ont 
creusé  d'étroits  couloirs  d'un  mètre  de  profondeur.  Les 
20,000  Otaries,  qui  se  prennent  annuellement,  occupent  envi- 
ron 2  kilomètres  du  littoral. 

L'île  Midnoï  forme  une  bande  de  terre  très  étroite,  de  3  à 
6  kilomètres  de  large,  dans  la  même  direction  que  la  précé- 
dente. 

On  n'y  communique  qu'exceptionnellement  par  voie  de 
terre.  La  plus  petite  distance  entre  les  îles  Behring,  et  Midnoï 
est  de  30  lieues.  Les  côtes  n'offrent  aucun  port,  ni  abri  d'au- 
cune sorte  pour  les  navires  ;  seules,  les  petites  goélettes  peu- 
vent hiverner  dans  une  baie  de  l'île,  près  de  la  colonie 
Préobrajenskaïa.  Les  conditions  climatériques  y  sont  peu 
favorables  pour  l'homme.  On  les  aura  très  bien  caractérisées 
en  disant  qu'il  règne  à  Midnoï  un  automne  perpétuel.  11  faut 
cependant  distinguer  deux  saisons,  l'une  plus  chaude,  de  mai 
à  octobre,  et  l'autre  plus  rigoureuse,  du  mois  d'octobre  au- 
mois  de  mai. 


354  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

D'après  les  observations  faites,  le  climat  de  ces  lies  a  un  été 
trop  froid  et  un  hiver  trop  chaud  pour  la  latitude,  une 
grande  humidité  et  des  vents  très  forts. 

La  flore  des  îles  du  Commandeur  ne  contribue  pas  peu  â 
leur  donner  un  aspect  triste  et  monotone.  Pas  de  bois,  pas 
d'arbres.  De  chétifs  arbustes  de  Bouleau,  des  Sorbiers  et  des 
Chèvrefeuilles  des  bois,  s'élèvent  à  peine  au-dessus  du  sol. 
Eli  revanche,  les  herbes  sont  très  abondantes  et  très  luxu- 
riantes. Dans  certains  endroits,  les  Fougères  atteignent  un 
mètre  de  hauteur,  de  sorte  que  le  traîneau  avec  ses  Chiens 
et  le  voyageur  disparaissent  complètement,  cachés  par  leur^ 
opulentes  ramures. 

Les  herbes,  qui  se  rencontrent  dans  l'île,  sont  grossières  et 
trop  gonflées  de  liquide,  ce  qui  rend  fort  difticile  la  prépara- 
tion des  provisions  du  foin.  Parmi  les  baies,  nous  nommerons 
la  Camarine.  Le  D''  Dibovsky  prétend  que  les  conditions  du 
climat  et  du  sol  permettent  la  culture  forestière  et  celle  des 
graminées,  mais,  jusqu'à  présent,  il  n'existe  dans  l'île  aucun 
arbre  et  l'on  ne  cultive  que  le  Navet,  le  Kadis  et  les  Pommes 
de  terre,  sans  grand  succès  d'ailleurs. 

En  ce  qui  concerne  les  représentants  du  règne  animal, 
quelques-uns  y  vivent  toute  l'année,  d'autres  n'y  séjournent 
que  durant  la  saison  la  plus  chaude. 

Les  premiers  ne  sont  guère  nombreux.  Parmi  les  animaux 
de  la  seconde  catégorie,  nous  nommerons  les  Kenards  bleus, 
ainsi  qu'un  petit  nombre  de  Renards  blancs,  sur  l'île  de  Beh-- 
ring  ;  les  Castors  sur  l'île  Midnoï,  et  les  Phoques. 

Il  existe,  en  outre,  1.5  tètes  de  bétail  à  cornes  sur  l'île  Beh- 
ring, et  plusieurs  Rennes. 

Les  bêtes  â  cornes  restent  toute  l'année  en  pâture  ;  600 
Chiens  d'attelage  et  2  Chevaux  représentent  les  moyens  de 
transport. 

Parmi  les  animaux  domestiques  de  l'île  Midnoï,  nous  de- 
vons citer  1  Cheval,  1  Bouc,  et  quelques  Cochons. 

Au  printemps,  les  îles  semblent  se  réveiller  de  leur  léthar- 
gie. Des  nuées  d'oiseaux  de  mer,  de  Canards,  de  Bécasses  et 
d'Oies  sauvages  arrivent  en  nombre  si  considérable,  qu'ils 
recouvrent  entièrement  les  roches  et  que  celles-ci  i)araissent, 
de  loin,  noires  ou  blanches,  selon  la  couleur  du  plumage  des 
oiseaux  qui  viennent  s'y  poser. 

Les  embouchures  des  rivières  sont  littéralement  remplies 


LA  CHASSE  ET  LE  COMMERCE  DES  OTARIES.  355 

de  gros  poissons  Cpoisson  rouge)  qui  se  dirigent  en  amont. 
En  dépit  des  procédés  barbares  de  la  pèche,  la  rivière  Saran- 
novskaïa.  ;i  elle  seule,  a  donné,  en  1884,  100,000  «  poissons 
rouges  ».  On  y  trouve,  en  outre,  des  Morues,  des  Turbots  et 
une  espèce  de  petite  Sole,  que  les  gamins  s'amusent  à  prendre 
pour  lancer  ensuite  dans  l'eau. 

Dans  rile  Midnoï  et  dans  certaines  rivières  de  l'île  Beh- 
ring, on  p('^che  des  Truites. 

Tout  ce  qui  vient  d'être  dit  sur  la  flore  et  la  faune  des  îles 
du  Commandeur,  peut  s'appliquer  également  aux  îles  Pribyloff" 
avec  cette  seule  différence  que  le  climat  y  est  bien  plus  ri- 
goureux. 

Mais  la  véritable  source  de  richesse  pour  ces  îles  est  la  pré- 
sence des  Otaries,  qui  viennent  sur  leurs  côtes  tous  les  ans. 

On  peut  dire  que  ces  îles  si  tristes,  d'.une  nature  si  peu  sé- 
duisante, fussent  restées  inhabitées  sans  ces  paisibles,  utiles 
et  inofïensifs  animaux  qui  viennent  s'y  offrir  en  holocauste. 

La  chasse  aux  Otaries  fut  exploitée,  au  xviii«  siècle,  par 
plusieurs  Compagnies  russes,  qui  cédèrent  leur  place  à  la 
Compagnie  Russo-Américaine,  seule  fermière  depuis  1199. 

Cette  Compagnie  se  contentait  d'abord  d'envoyer  aux  îles 
ses  ouvriers  serfs,  en  séjour  provisoire.  Plus  tard,  le  noyau 
delà  population,  qui  s'y  était  formé,  fut  décimé  par  le  climat, 
la  misère  et  la  négligence  de  l'administration. 

Le  privilège  de  la  Compagnie  prit  fin,  en  1868,  par  la 
ruine  de  la  Société,  qui  a  réussi,  de  plus,  à  détruire  toute 
initiative  privée  dans  le  pays.  —  Aujourd'hui,  il  y  a  300  âmes 
sur  l'île  Behring,  et  200  sur  Tîle  Midnoï.  Ces  habitants  se 
livrent  à  la  chasse  des  Otaries ,  des  Castors ,  des  Renards 
bleus,  à  la  pèche  des  poissons,  à  la  chasse  aux  oiseaux;  ils 
recueillent,  en  outre,  les  œufs  de  ces  derniers,  jardinent, 
débardent  les  bois  que  les  flots  de  l'Océan  poussent  aux 
côtes,  etc. 

Le  bien-être  matériel  de  cette  population  s'est  notablement 
accru,  depuis  la  dissolution  de  la  Compagnie  Russo- Améri- 
caine. La  moyenne  des  gains  annuels,  pendant  1  années,  du 
mois  de  juin  1878  au  mois  de  juillet  1885,  a  été  de  69,000 
roubles-papiers,  somme  dans  laquelle  le  produit  de  la  chasse 
aux  Otaries  entrait  pour  54,0()0  r.  Tout  cet  argent  retournait, 
d'ailleurs,  presque  immédiatement,  dans  la  caisse  de  la  Com- 
pagnie fermière  de  la  chasse,  qui  fournit  à  ses  ouvriers  les 


356  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

^'ivres,  vêtements  et,  en  général,  tons  les  objets  nécessaires 
à  l'existence,  à  des  prix,  qui,  en  moyenne,  sont  de  216  %  su- 
périeurs au  prix  de  revient.  De  plus,  souvent  par  leur  qua- 
lité et  leur  choix,  les  marchandises  conviennent  peu  aux 
besoins  de  l'habitant  de  ces  îles. 

Après  avoir  ainsi  esquissé  les  conditions  de  Fexistence  de 
la  population  des  îles  où  se  fait  actuellement  la  chasse  aux 
Otaries,  et  avant  de  passer  à  la  description  de  la  chasse,  il 
est  indispensable  de  dire  quelques  mots  du  séjour  aux  îles, 
des  Otaries,  objets  de  cette  chasse. 

Les  Otaries  apparaissent  dans  les  îles  de  la  mer  de  Behring, 
à  la  fin  du  mois  d'avril  et  au  commencement  du  mois  de  mai. 
Les  vieux  mâles  arrivent  les  premiers.  Le  mâle  atteint  son 
■  complet  développement  à  l'âge  de  6-7  ans  ;  l'animal  de  cet 
âge  est  désigné  par  la  population  indigène  sous  le  nom  de 
«  siékatch  ».  Il  pèse  de  8  à  16  pouds  et  est  long  de  6  à  7  pieds. 
Il  est  facile  de  le  reconnaître  parmi  les  autres  Otaries.  La 
partie  antérieure  de  son  corps  ou  le  cou,  est  recouverte  d'une 
très  épaisse  couche  de  graisse  et  semble  arrondie  en  sac.  Le 
poil  est  grossier,  tient  fortement  à  la  peau  et  pousse  irrégu- 
lièrement ;  au  cou,  il  est  de  5  centimètres  plus  long  que  sur 
les  autres  parties  du  corps,  c'est  le  garrot.  La  conformation 
de  la  tète  change  également;  la  tête  d'un  jeune  animal  rap- 
pelle, de  profil,  celle  d'un  Rat  ;  chez  les  vieux,  au  contraire, 
la  tête  devient  plus  courte,  le  front  plus  proéminent,  tandis 
que  sur  la  lèvre  supérieure,  poussent  de  longues  et  fortes 
moustaches.  Les  dents,  surtout  les  défenses,  s'allongent  et 
avancent  visiblement,  en  dehors  des  gencives.  Avec  l'âge,  la 
voix  s'épaissit,  devient  plus  basse  de  ton  et  plus  forte.  En 
général,  les  Otaries  font  entendre  des  sons  entrecoupés,  les 
Siékatchs  crient  en  o,  les  jeunes  mâles  et  les  femelles  ap- 
puient sur  le  son  é,  et  semblent  bêler  à  la  façon  des  Brebis. 

On  raconte  même  que  des  Brebis,  importées  de  l'île  Saint- 
Paul,  restaient  pendant  des  heures  entières  comme  hypno- 
tisées par  le  cri  des  Otaries,  oubliant  même  de  manger. 

Ce  cri  s'entend  de  loin  et  aide  souvent  aux  marins  à 
s'orienter  en  mer  lorsqu'ils  savent  la  disposition  des  «  repo- 
sées »  dans  une  île. 

Une  fois  sur  le  littoral,  les  Siékatchs  se  dirigent  vers  des 
•endroits  choisis  de  longue  date  et  toujours  les  mêmes  —  les 
reposées,  où  chaque  animal  s'approprie  un  emplacement  par- 


LA  CHASSE  KT  LE  COMMERCE  DES  OTARIES.  ''01 

ticulier  pour  servir  d'abri  à  son  futur  harem.  Les  Otaries  ont 
de  la  préférence  pour  les  côtes  sablonneuses  ou  recouvertes 
de  menus  débris  de  coquillages,  le  long  desquelles  s'étendent 
des  récifs  sous-marins  ou  des  rocs.  Ces  derniers  sont  tou- 
jours occupés  par  des  Otaries.  Les  animaux  se  disposent  par 
familles  entières  sur  les  reposées,  qui  sont  toujours  d'une 
grande  propreté. 

En  même  temps  que  les  Siékatclis,  arrivent  aussi  des 
«  demi-Siékatclis  »,  des  «  célibataires  »  et  des  «  demi-céliba- 
taires ».  Le  «  demi-Siékatcb  »  est  un  jeune  vSiékatch  moins 
fort,  moins  lourd,  que  le  vrai  Siékatch,  mais  pourvu  déjà 
d'un  garrot.  Un  certain  nombre  d'animaux  de  cet  âge  choi- 
sissent, à  l'exemple  des  Siékatchs,  des  emplacements  sur  la 
côte  et  participent  à  la  vie  familiale  des  animaux  adultes. 

On  appelle  «  Célibataire  »  un  animal  de  deux  à  quatre  ans, 
long  de  3  pieds  3/4  à  4  pieds  1/2  et  pesant 'ÎO  à  100  livres. 
Dans  les  conditions  actuelles  de  la  chasse  et  du  commerce  des 
Otaries,  on  ne  tue  que  les  animaux  de  cet  âge.  La  raison  en 
est  que  le  poil  des  «  Célibataires  »  est  d'égale  longueur  sur 
tout  le  corps  et  ne  tient  pas  trop  solidement  a  la  peau,  et  que 
le  duvet  est  épais  et  doux.  De  plus,  à  cet  âge,  les  mâles  se 
distinguent  extérieurement  des  femelles,  il  est  donc  possible 
d'éviter  de  tuer  celles-ci,  pour  ne  pas  entraver  la  i^eproduo 
tion  de  l'espèce 

Le  «  Demi-Célibataire  »  est  une  Otarie  de  moins  de  deux 
ans,  longue  de  2  pieds  et  pesant  1  poud  (14  kilos).  Avant  cet 
âge,  les  animaux  mâles  peuvent  être  facilement  confondus 
avec  les  Otaries  femelles,  mais  à  partir  de  deux  ans,  la  diffé- 
rence dans  l'extérieur  des  animaux  des  deux  sexes  s'accentue 
de  plus  en  plus.  Tandis  que  la  taille  du  mâle  de  trois  à  quatre 
ans  continue  à  s'accroître  rapidement,  la  femelle  se  ralentit 
de  plus  en  plus  dans  son  développement,  et  à  la  fin  de  la 
troisième  année  elle  atteint  sa  taille  maximum.  En  outre, 
le  poil  sur  la  poitrine  de  la  femelle  est  marron  clair.  Son 
corps  a,  à  cet  âge,  4  pieds  de  longueur  et  pèse  1  poud  1/2. 

Les  femelles  arrivent  aux  îles  un  mois  après  les  Siéhafchs.  La 
plupart  d'entre  elles  sont  pleines  et  ne  sortent  sur  la  côte  que 
quelques  jours  ou  même  quelques  lieures  seulement  avant  le 
moment  de  leur  délivrance.  Les  Siékatchs  cherchent  à  l'envi 
à  attirer  dans  leur  domicile  le  plus  de  femelles  qu'ils  peuvent. 
Dans  certains  cas  exceptionnels,  les  mâles  les  plus  forts  et 


358  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

les  plus  adroits  ont  avec  eux  des  troupes  de  cinquante  à  cent 
femelles,  mais  ordinairement,  on  compte  de  cinq  à  trente 
femelles  pour  chaque  mâle.  Peu  après  leur  débarquement  sur 
la  côte,  les  femelles  accouchent,  presque  toujours  d'un  seul 
petit.  Le  nouveau-né,  allaité  par  sa  mère  et  laissé  sur  la 
reposée  du  Siékatch,  oblige  la  femelle  à  y  revenir  après  de 
courtes  absences.  Quelques  jours  (huit  à  quinze  jours)  après 
sa  mise-bas,  l'animal  se  trouve  de  nouveau  fécondé. 

Les  petites  Otaries  ont  toujours  leur  poil  coloré  en  noir, 
mais  lorsqu'à  l'âge  de  trois  mois  elles  apprennent  à  nager, 
ce  poil  devient  gris.  Le  corps  d'une  Otarie  grise  a  2  pieds  de 
longueur  et  pèse  1  poud.  Autrefois,  c'étaient  presque  exclusi- 
vement les  animaux  de  cet  âge  qui  étaient  utilisés. 

On  les  chassait  au  mois  de  septembre,  exterminant  les 
animaux  des  deux  sexes  (pi'il  est  impossible  de  distinguer 
entre  eux. 

Le  séjour  des  Otaries  aux  lies  peut  être  divisé  en  cinq 
périodes,  qui  sont  les  suivantes  : 

1.  Appropriation  des  emplacements  par  les  Siékatchs,  du 
!«'■  mai  au  1'-""  juin. 

2.  La  période  familiale;  la  mise-bas  et  la  fécondation  jus- 
qu'au 15  juillet. 

3.  La  période  des  fêtes,  jusqu'au  mois  d'août. 

4.  La  mue,  jusqu'au  milieu  du  mois  de  septembre. 

5.  Période  des  Otaries  grises,  jusqu'à  l'époque  du  départ 
des  lies. 

Durant  la  première  période,  la  côte  est  occupée  par  des 
Siékatchs,  isolés  de  dix  à  quinze  pas  l'un  de  l'autre,  disposés 
sur  deux,  et,  plus  rarement,  trois  rangées  parallèles  à 
la  côte.  Les  uns  sont  couchés,  d'autres  assis,  ou  en  train  de 
se  battre  en  défendant  les  limites  de  l'emplacement  choisi. 
Plus  loin  se  tiennent  couchés  les  malades  et  les  blessés. 

L'aspect  de  la  côte  change  avec  la  deuxième  période,  du 
l"''  juin  au  L''  juillet.  Les  reposées  sont  recouvertes  des 
mères  blotties  étroitement  les  unes  contre  les  autres.  Les 
Siékatchs  qui  s'y  rencontrent  tranchent  visiblement  en 
masses  plus  foncées,  et  derrière  s'aperçoit  la  ligne  noire  des 
animaux  nouveau-nés. 

Les  groupes  de  Célibataires  et  de  jeunes  femelles  se  logent 
à  part.  Là  règne  un  mouvement  perpétuel,  les  animaux 
luttent  entre  eux  et  jouent. 


LA  CHASSE  ET  LE  Cu.MMERCE  DES  UTARIES.         3J9 

Avec  la  fin  juillet  arrive  la  période  des  letes.  Les  Otaries 
noires,  c'est-à-dire  les  jeunes  de  l'année,  commencent  â 
s'animer,  s'amusant  comme  de  petits  chats,  souples  et  gra- 
cieux dans  leurs  mouvements  ;  de  là,  probablement,  le  nom 
russe  de  ces  animaux  :  «  Petits  chatons  de  mer  ».  Les  Sié- 
katchs,  las  et  épuisés  par  la  période  du  rut,  descendent  dans 
l'eau,  tandis  que  d'audacieux  «  Célibataires  »  se  glissent  dans 
leurs  harems.  Les  mères  quittent  aussi  la  côte  et  trahissent 
quelquefois  leur  sultan. 

Au  mois  d'at)iit  et  de  septembre,  le  désordre  devient  plus 
grand  encore,  les  limites  des  emplacements  particuliers  ne 
sont  plus  guère  respectées.  Les  Otaries  muent  à  cette  époque 
et,  à  ce  moment,  leur  peau  est  absolument  impropre  comme 
fourrure. 

Au  moment  où  les  jeunes  Otaries  noires  deviennent  grises, 
a  lieu  le  départ  des  îles.  Les  animaux  sont  de  moins  en  moins 
nombreux  sur  la  cote.  La  plupart,  remis  de  la  mue,  descen- 
dent dans  l'eau  et  y  restent  longtemps.  Après  avoir  été  chas- 
sée tout  un  été,  rotarie  est  devenue  très  peureuse,  son  ouïe 
s'est  aiguisée. 

Actuellement,  la  chasse  aux  Otaries  a  donc  lieu  exclusive- 
ment durant  la  deuxième  période,  lorsque  la  peau  est  dans 
un  bon  état  et  que  la  destiniction  des  «  Célibataires  »  ne  dé- 
range que  les  jeunes  femelles  et  les  Demi-Célibataires,  avec 
lesquels  ceux-là  avaient  coutume  de  jouer. 
Voici  comment  se  fait  la  chasse  : 

Après  avoir  choisi  l'emplacement  sur  lequel  s'est  établi  un 
troupeau  de  Célibataires,  et  attendu  un  de  ces  jours  gris  et 
froids  où  on  en  rencontre  le  plus  sur  la  côte,  les  chasseurs 
s'apprêtent  avant  l'aube.  Armés  de  bâtons,  ils  s'approchent 
des  animaux  se  tenant  sous  le  vent,  dans  le  plus  complet 
silence.  Tout  en  accélérant  le  pas,  ils  se  tiennent  courbés  et 
tâchent  de  rester  le  plus  longtemps  possible  inaperçus  des 
Otaries.  Mais,  aussitôt  que  ces  dernières  donnent  quelques 
signes  d'inquiétude,  les  chasseurs  courent  rapidement  à  la 
côte  et,  formant  une  chaîne,  coupent  aux  animaux  la  retraite 
du  côté  de  la  mer.  L'animal,  eflfrayé,  ne  sait  plus  que  faire, 
pousse  des  cris,  se  rassemble  en  tas,  et  s'en  va  de  plus  en 
plus  loin  de  la  mer,  reculant  devant  les  hommes  qui  en  agi- 
tant leurs  bras  et  leurs  bâtons,  jetant  de  l'herbe  aux  yeux 
des  animaux,  les  entourant  de  tous  les  côtés  et  les  étourdis- 


360  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

saiit,  forcent  le  troupeau  à  avancer  jusqu'à  l'endroit  où  a 
lieu  ordinairement  l'abatage.  Cet  emplacement  se  trouve 
quelquefois  à  plusieurs  Xilomètres  de  la  côte  et  l'on  met  plu- 
sieurs jours  à  y  conduire  les  Otaries.  Si  le  troupeau  est  trop 
nombreux,  on  le  divise  en  plusieurs  groupes. 

Au  moment  de  la  chasse,  il  faut  ordinairement  dix  à  quinze 
hommes  pour  faire  avancer  un  troupeau  de  cinq  mille  Ota- 
ries. Une  fois  arrivées  à  l'endroit  désigné,  on  laisse  les  Ota- 
ries se  reposer  ;  car,  à  ce  qu'on  dit,  la  peau  d'un  animal  tué 
échauffé  et  fatigué  se  sale  mal  et  se  gâte. 

La  surveillance  de  deux  à  quatre  mille  «  Célibataires  »  ne 
demande  qu'un  ou  deux  ouvriers. 

Lorsque  le  temps  est  clair  et  chaud  ou  très  humide,  on 
remet  l'abatage  à  un  ou  deux  jours,  mais  par  un  temps  favo- 
rable, un  repos  d'une  heure  et  même  d'une  demi-heure  suffit. 

Alors  l'extrémité  du  troupeau  est  subitement  cernée  de  deux 
côtés  opposés,  et  tandis  que  les  animaux  se  jettent  éperdus  à 
droite  et  à  gauche,  les  hommes  se  rapprochent  de  plus  en 
plus  les  uns  des  autres,  serrant  et  séparant  ainsi  un  groupe 
de  vingt  à  trente  Otaries.  Cinq  à  six  hommes  choisis  à  cet 
effet,  saisissent  alors  des  bâtons  longs  d'un  mètre  et  plus 
gros  à  une  extrémité,  s'approchent  du  groupe  condamné.  Les 
animaux  effrayés  ne  cherchent  même  plus  à  fuir  ;  quelques- 
uns  seulement,  comme  pour  faire  peur  aux  assaillants,  font 
des  bonds  en  avant.  Mais  bientôt,  désespérant  de  pouvoir 
résister,  ils  se  rejettent  en  arrière,  se  serrent  les  uns  contre 
les  autres,  la  face  tournée  à  l'ennemi,  et  crient,  agitant  ner- 
veusement la  tête  et  montrant  les  dents. 

Les  ouvriers  ne  perdent  pas  leur  temps  ;  après  avoir  clioisi 
un  célibataire  convenant  par  son  âge,  son  sexe  et  la  qualité 
de  sa  fourrure,  on  lui  assène  un  coup  mortel.  Râlant,  avalant 
son  sang,  la  pauvre  Otarie  tombe  le  crâne  fracassé,  les  yeux 
sortis  des  orbites. 

Les  coups  se  multiplient,  et  au  bout  de  deux  à  quatre  mi- 
nutes, les  trente  animaux  ne  sont  plus  qu'un  monceau  de 
cadavres,  sur  lesquels  sont  couchés  les  animaux  laissés  vi- 
vants à  cause  de  leur  âge,  de  leur  sexe  ou  de  la  mauvaise 
qualité  de  leur  fourrure.  Sans  forces,  cruellement  secoués  par 
les  émotions  ressenties,  ils  couvrent  de  leurs  corps  ceux  de 
leurs  frères  morts  et  ne  veulent  point  s'en  séparer.  Le  senti- 
ment d'un  chagrin  immense,  d'un  malheur  irréparable,  semble 


LA  CHASSE  ET  LE  COMMERCE   DES  OTARIES.  361 

se  refléter  dans  leurs  beaux  A'eux  noirs  rem})lis  de  larmes . 

Après  en  avoir  fini  avec  le  premier  groupe,  on  passe  au 
deuxième,  troisième,  etc.  Pendant  que  les  uns  abattent  les 
Otaries,  d'autres  dépouillent  les  animaux  tués  de  leurs  peaux, 
que  l'on  porte  aussitôt  aux  magasins  où  des  ouvriers  spéciaux 
les  salent.  Cependant,  les  animaux  laissés  vivants  sortent  de 
leur  torpeur  et  se  mettent  en  marclie  très  lentement,  avan- 
çant à  peine,  se  dirigeant  vers  la  mer.  Un  ou  deux  hommes 
s'occupent  à  les  faire  avancer  et  à  les  diriger  vers  les  endroits 
les  plus  commodes  pour  la  descente  à  l'eau,  car  TOtarie  n'a 
presque  aucune  idée  de  la  distance  dans  le  sens  vertical,  à  tel 
point,  qu'arrivée  à  la  pointe  d'un  rocher  haut  et  escarpé,  elle 
se  jette  aveuglément  dans  la  mer,  pour  aller  se  tuer  contre 
le  fond  et  les  pierres. 

L'Otarie  aussit(3t  tuée,  est  dépouillée  de  sa  peau.  On  fait 
une  coupe  dans  le  sens  longitudinal,  de  l'extrémité  des 
nageoires  de  derrière  jusqu'au  bout  du  museau.  La  peau  est 
coupée  en  outre  autour  du  museau,  derrière  les  yeux,  autour 
des  nageoires,  immédiatement  après  la  ligne  où  la  peau 
glabre  se  couvre  de  poils.  Après  avoir  fait  ainsi  une  coupe 
longitudinale  et  quatre  coupes  rondes  et  plongé  le  couteau 
dans  le  cœur  de  l'animal,  de  peur  des  coups  convulsifs  de  la 
queue,  on  se  met  à  enlever  la  peau,  en  y  laissant  adhérer  une 
couche  égale  de  graisse  d'un  petit  doigt  d'épaisseur.  Pour 
savoir  accomplir  cette  dernière  manœuvre,  il  faut  une  cer- 
taine habileté. 

Les  peaux  sont  recouvertes  de  sel  et  mises  l'une  sur 
l'autre  :  la  première  couche,  la  fourrure  en  bas,  la  deuxième, 
le  poil  en  dehors,  la  troisième,  le  poil  de  nouveau  en  bas,  etc  , 
avec  du  sel  entre  chacune,  bien  entendu. 

L'opération  continue  jusqu'à  ce  que  les  piles  des  peaux 
aient  presque  rempli  le  bâtiment  en  ne  laissant  que  la  place 
des  ouvriers.  Les  peaux  laissées  ainsi  pendant  dix  à  douze 
jours,  sont  resalées  ensuite  de  la  même  façon  ;  mais  on  y  em- 
ploie cette  fois  moins  de  sel. 

La  première  salaison  demande  environ  33  livres  russes  de 
sel  par  peau,  pour  la  deuxième,  10  livres  suffisent. 

Salées  la  seconde  fois,  les  peaux  restent  couchées  quatre  à 
sept  jours  ;  après  quoi,  on  les  plie  et  on  les  roule  en  cylindres 
de  50  centimètres  de  long  et  de  20  centimètres  environ  de 
diamètre,  la  fourrure  en  dehors. 


36-2  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Ces  rouleaux  ficelés  et  saupoudrés  encore  de  sel,  sont 
couchés  les  uns  sur  les  autres.  Le  procédé  de  la  salaison, 
consacré  par  l'expérience,  conserve  fort  bien  les  peaux,  mais 
il  exige  de  l'habileté  et  l'emploi  d'une  bonne  qualité  de  sel,  ce 
qui  permet  de  ne  pas  prolonger  le  séjour  dans  la  saumure. 

Pour  le  transport  par  nier,  les  rouleaux  sont  descendus 
dans  la  cale  ;  en  chemin  de  fer.  on  les  emballe  dans  des 
tonneaux. 

Les  peaux  provenant  des  îles  de  la  mer  de  Behring  et  de 
File  du  Phoque,  étaient  transportées  })ar  mer  à  San-Fran- 
cisco,  sur  des  bâtiments  de  la  Compagnie  d'Alaska,  pour  être 
transportées  de  là  par  chemin  de  fer  à  New- York.  De  New- 
York,  elles  étaient  expédiées  à  Liverpool,  d'où  elles  gagnaient 
Londres  par  voie  de  terre. 

Tout  ce  qui  vient  d'être  dit  sur  la  chasse  aux  Otaries,  la 
préparation  des  peaux  et  leur  transport,  se  rapporte  aux  iles 
Pribylofï",  du  Commandeur  et  du  Phoque,  oi'i  la  chasse  avait 
été  affermée  par  les  gouvernements  des  Etats-Unis  et  d(i  la 
Russie  à  la  Compagnie  d'Alaska. 

On  se  procure  les  peaux  {provenant  des  autres  lieux  de 
chasse,  c'est-à-dire  du  Cap  Horn,  des  îles  de  l'Océan,  du  P()le 
Sud,  de  la  mer  Australe,  du  Japon,  etc.,  à  diverses  époques 
de  l'année,  par  différents  moyens,  comme  la  chasse  au  l'usil 
sur  terre,  et  dans  l'eau,  au  moyen  des  filets  et,  enfin,  par  le 
procédé  de  l'enlèvement  ci-dessus  décrit.  Ces  peaux  présentent 
une  grande  diversité  de  ([ualité  suivant  le  sexe  et  l'âge  ;  leur- 
préparation  est  fort  insuffisante,  ce  qui  tient  à  plusieurs 
raisons  :  à  la  cherté,  an  manque  d'ouvriers,  à  leur  ]>eu 
d'habileté,  à  l'absence  de  bâtiments  et  de  sel  convenable,  etc., 
mais  surtout  aux  conditions  défectueuses  de  la  chasse  qui  se 
fait  furtivement,  à  la  hâte. 

(A  suivre.) 


EXTINCTION  DE  DIFFERENTES  ESPÈCES 

D'OISEAUX  AAIÉRIGAIXS 

Par  m.  h.  BRÉZOL. 


Les  oiseaux  des  États-Unis  ont  été  atteints,  comme  tous  les 
autres  animaux  sauvages  de  cette  immense  République,  par  la 
lièvre  de  destruction  qui  a  caractérisé  les  cinquante  dernières 
années  écoulées,  et  un  certain  nombre  d'espèces  ont  disparu 
complètement,  ou  ne  comptent  plus  que  de  rares  représen- 
tants. Tels  sont,  d'après  une  liste  dressée  en  1888,  par  le 
Muséum  national  de  Washington,  la  Smithsonian  Institution, 
le  grand  Auk,  Plotus  impinnis.  Pingouin  absolument  dis- 
paru, le  Canard  du  Labrador,  Cainptolœmiis  labradorlus, 
dont  le  dernier  échantillon  connu  a  été  pris  en  1871.  et  qui 
faisait  jadis  de  i*ares  apparitions  jusque  dans  l'île  Grand- 
Manan,  près  d'Eastport,  État  du  Plaine. 

C'est  ensuite  la  Poule  des  bruyères,  ou  Health  hen,  Jy//<- 
panuchus  cupido,  qu'on  trouvait  encore  occasionnellement 
dans  ces  deux  ou  trois  dernières  années  sur  le  vignoble 
Martha  et  l'île  Naushon.  La  destruction  de  ce  beau  volatile 
ne  serait  pas  imputable  à  l'homme,  mais  au  renard.  Le 
Pigeon  passager,  Ectopistes  migratorms,  existerait  encore 
en  petit  nombre,  mais  sa  destruction  absolue  ne  serait  plus 
qu'une  question  de  quelques  années. 

Le  Vautour  de  Californie,  PseiidO(jri/plms  californiauHS, 
devi-ent  cliaque  année  de  plus  en  plus  rare,  un  grand  nombre 
de  ces  rapaces  ayant  été  détruits  par  des  aliments  empoison- 
nés destinés  à  d'autres  animaux. 

Le  Perroquet  des  Carolines,  Conurus  carolincnsis,  chassé 
pour  son  élégant  plumage,  n'est  plus  représenté  que  par 
quelques  spécimens.  On  en  a  détruit  des  quantités  énormes, 
car  ces  oiseaux  vivaient  par  couples,  et  si  l'un  d'eux  venait  à 
être  blessé  ou  tué,  son  compagnon,  refusant  de  l'abandonner, 
se  faisait  prendre  en  même  temps. 

Le  Pic  à  bec  d'ivoire,  Ifory  dilled  woodpecher,  CampepJii- 


364  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

lus  x>7ùnci[iaUs,  marche  à  grands  pas  vers   une   extinction 
complète,  dont  les  caii.^es  sont  absolument  ignorées. 

Quant  au  Cormoran  de  Vâllas,  Phalacrocorax  2yers2ncil- 
laius,  qui  vivait  dans  la  mer  de  Behring,  sur  les  Iles  du 
Commandeur,  il  est  absolument  disparu  depuis  trente  ans  et 
les  différents  musées  n'en  possèdent  que  trois  peaux,  mais 
n'ont  ni  son  squelette,  ni  son  œuf.  C'était  le  plus  grand  des 
Cormorans  ;  il  revêtait  un  magnifique  plumage,  aux  reflets 
métalliques  vert  et  pourpre.  La  race  du  Ploliis  s'est  éteinte. 
il  y  a  plus  de  cinquante  ans  ;  son  existence  n'ayant  été  cons- 
tatée par  la  science  que  pendant  trois  siècles  à  peine. 

C'est  en  1574,  en  effet,  qu'il  lut  découvert  sur  les  îles 
Danell,  non  loin  de  la  côte  orientale  du  Groenland,  par  le 
pêcheur  islandais  Clemens.  Une  forte  colonie  vivait  là  sur  le 
Gairfowlskerry,  près  du  cap  Reykjane.  En  1840,  une  érup- 
tion volcanique  détermina  la  dislocation  de  cet  îlot  et  les 
Plotus  durent  chercher  un  refuge  sur  l'île  Eldey.  Ce  palmi- 
pède avait  cependant  un  habitat  fort  vaste,  dont  l'étendue 
aurait  dû,  semble-t-il,  empêcher  une  disparition  aussi  rapide. 
On  le  rencontrait  aux  îles  Feroë.  dans  l'Amérique  septentrio- 
nale, au  Groenland  et  même  sur  quelques  points  de  la 
Grande-Bretagne.  Le  Plotus  a  joué  à  Terre-Neuve,  île  sur 
laquelle  il  était  encore  abondant  au  seizième  siècle,  un  rôle 
analogue  à  celui  des  bisons  dans  les  prairies  de  l'ouest  des 
États-Unis.  Les  premiers  navigateurs  français  et  anglais  le 
consommaient,  en  effet,  à  l'état  frais  ou  salé  et  l'employaient 
comme  appât  pour  amorcer  leurs  lignes.  On  le  massacra  en- 
suite par  masses  pour  ses  plumes,  et  tous  les  anciens  ou- 
vrages écrits  sur  Terre-Neuve  parlent  des  cruelles  tueries 
auxquelles  on  se  livrait  sur  ces  oiseaux  inoflènsifs  et  inca- 
pables même  de  chercher  leur  salut  dans  la  fuite.  En  1534. 
Cartier  le  mentionnait  sous  le  nom  iVApponafh. 

A  partir  de  1536,  les  récits  des  voyageurs  le  décrivent  sous 
le  nom  de  Pingouin,  dénomination  que  cet  oiseau  fut  le  pre- 
mier à  porter.  Les  îles  Fink,  les  îlots  rocheux  entourés  de 
brisants,  situés  dans  l'Atlantique,  à  cinquante-deux  kilomè- 
tres des  côtes  américaines,  lui  servaient  de  princi[>al  refuge. 

En  1839  et  1844,  Audubon,  qui  n'écrivait  pas,  il  est  vrai, 
d'après  des  documents  personnels,  le  disait  très  rare  sur  les 
côtes  de  Terre-Neuve,  ses  apparitions  n'y  étant  qu'acci- 
dentelles. 


EXTINCTION  bE  ÛIFFÉKL.NTES  ESPÈCES  L'OISEAUX  AMÉUICAINS.     365 

En  la  même  année  1839,  un  article  d'un  journal  américain, 
le  Salera  Regisler,  signé  par  M.  Fisherman,  un  pêcheur,  le 
disait  à  peu  près  dis])aru,  les  derniers  représentants  de  cette 
espèce  ayant  été  pris  dans  leurs  nids  par  des  pêcheurs  de 
maquereaux  qui  les  recherchaient  pour  faire  provision  de 
leur  graisse. 

Le  Révérend  William  Wilson,  qui  résida  à  Terre-Neuve  de 
1820  à  1834,  en  qualité  de  missionnaire,  prononça  de  nom- 
breux prêches  contre  Todieux  massacre  du  grand  Auk,  et,  en 
1864,  il  écrivait  que  50  ans  plus  tôt,  cet  oiseau  était  encore 
Ibrt  abondant  à  Terre-Neuve. 

Dans  les  mers  européennes,  la  destruction  avait  été  plus 
rapide  encore.  Le  Plains  disparut  en  1812  de  Papa  Westra, 
îles  Orcades;  en  1822  de  Saint-Kilda;  en  1829  de  l'île  Lundy, 
dans  la  baie  de  Lundy,  Angleterre  ;  en  1844,  de  la  longue 
plage  de  Castle-Freek,  en   Irlande. 

Les  deux  derniers  Ploliis  de  l'Islande,  un  mâle  et  une  fe- 
melle, furent  tués  en  1844.  En  1845,  un  individu  isolé  fut 
signalé  dans  la  baie  de  Belfast. 

D'après  le  professeur  Newton,  le  nom  du  Pingouin  dont 
d'autres  espèces  de  palmipèdes  ont  ensuite  hérité,  aurait  été 
attribué  à  cet  oiseau  par  les  pêcheurs  de  langue  anglaise 
à  cause  de  la  forme  rudimentaire  de  ses  ailes,  des  pmwings. 

Le  professeur  Steenstrup,  d'autre  part,  fait  dériver  Pin- 
gouin des  mots  gallois  :  peu,  blanc  et  gwin,  tête.  La  tête  du 
grand  Auk  n'était  pas  blanche  â  proprement  parler,  mais  elle 
portait  entre  les  yeux  une  tache  blanche  susceptible  d'expli- 
quer cette  dénomination. 

D'autres  étymologistes  font  dériver  Pingouin  de  l'espa- 
gnol pingue ,  gras ,  qualification  que  cet  oiseau  justifiait 
également. 

Cette  origine  du  mot  serait  la  plus  rationnelle,  les  premiers 
marins  qui  aient  exploré  les  côtes  de  Terre-Neuve,  dès 
1504,  étant  des  pêcheurs  français  d'origine  normande,  bre- 
tonne et  basque,  et  les  Anglais  ne  les  ayant  suivis  que  beau- 
coup plus  tard  dans  ces  parages. 

En  1517,  on  y  comptait  quarante  navires  portugais,  fran- 
çais et  espagnols,  mais  pas  un  seul  bâtiment  anglais. 

En  1518,  l'Espagne  et  la  France  envoyaient  à  Terre-Neuve 
trois  cent  cinquante  bâtiments  de  pêche  et  l'Angleterre  qua- 
rante seulement. 

20  Octobre  1892.  23 


366  REVUE  DEï,  SCIENCES  NATURELLES   APPLIQUÉES. 

La  destruction  de  ce  palmipède  fut  si  rapide  et  si  peu  re- 
marquée que  les  Musées  ne  songèrent  pas  a  en  taire  re- 
cueillir des  échantillons. 

On  évalue  à  soixante  le  nombre  des  œufs  conservés  dansv 
divers  établissements  publics  ou  chez  des  particuliers.  Ces 
œufs,  légèrement  pyrifornies.  de  la  taille  des  œufs  de  Cygne, 
ont  vu,  depuis  près  de  trois  quarts  de  siècle,  leurs  prix 
suivre  une  progression  sensiblement  croissante.  En  1830,  un 
œuf  fut  payé  4  fr.  65  c,  un  autre  œuf,  qui  figure  actuelle- 
ment au  musée  de  Breslau,  fut  payé  25  francs  en  1834,  et  ce 
prix  se  maintint  jusque  vers  1840.  En  1860.  un  œuf  fut  payé 
450  francs,  un  autre  1,600  francs  en  1869.  l':n  1880,  deux 
œufs  achetés  autrefois  pour  31  francs  furent  vendus  5.215 
francs.  En  1883,  lord  Lilford,  célèbre  ornithologiste  anglais, 
payait  deux  œufs  de  Plot  us  3,125  et  3,500  francs.  Ces  deux 
échantillons  vaudraient,  paraît-il,  actuellement,  7,500  francs 
chacun.  Un  autre  œuf  payé  450  francs  en  1851  fut  revendu  â 
Londres  en  1888  pour  6,625  francs.  Quant  aux  oiseaux  eux- 
mêmes,  on  n'en  aurait  que  quatre-vingts  individiis  empaillés, 
dont  vingt  environ  dans  des  collections  anglaises.  Seul  de 
tous  les  établissements  scientifiques  des  États-Unis,  le 
Muséum  national  de  Washington  possédait  un  Plolus  em- 
paillé, accompagné  d'un  œuf  et  d'un  humérus. 

En  1863,  on  avait  trouvé  trois  de  ces  oiseaux  desséchés, 
momifiés  dans  des  gisements  de  guano  exploités  sur  les  îles 
Fink,  et  cette  découverte  pouvait  faire  supposer  que  de  nom 
breux  ossements  existaient  encore  sur  ces  îles  qui,  pendant  si 
longtemps,  avaient  servi  de  refuge  au  grand  Auk.  Un  natu- 
raliste américain,  le  professeur  Lucas,  avait  proposé  en  1885, 
à  la  Smithsonian  Institution,  d'aller  fouiller  ces  îlots  afin  d'y 
recueillir  les  débris  de  squelettes  qu'il  pourrait  trouver.  Ce 
projet  ne  fut  pas  réalisé  tout  d'abord  ;  son  exécution  parais- 
sant fort  onéreuse  pour  une  question  d'intérêt- secondaire  et 
d'un  succès  incertain  iùi  1881,  cependant,  le  professeur 
Baird  ayant  obtenu  de  la  Commission  des  pèches  améri- 
caines que  le  schooner  Grampus  allât  dans  les  mers  situées 
au  nord-est  de  Terre-Neuve  et  sur  les  côtes  du  Labrador 
faire  une  enquête  sur  l'abondance  des  maquereaux,  signalée 
par  certains  pêcheurs,  M.  Lucas  fut  autorisé  à  prendre  pas- 
sage sur  ce  navire  qui  le  conduisit  aux  îles  Fink. 

Il  n'y  put  trouver  un  seul  squelette  entier,  mais  recueillit 


EXTINCTION  DE  DIFFÉIŒNTES  ESPÈCES  D'OISEAUX  AMÉRICAINS.      367 

des  milliers  d'os  avec  lesquels  on  a  pn  reconstituer  quelques 
squelettes.  Un  de  ces  squeletttes  figure  dans  les  collections 
du  Muséum  national  des  États-Unis.  Un  autre  a  été  donné  au 
Musée  de  zoologie  comparée  de  Cambridge,  Massachusetts. 
Un  troisième  au  Musée  américain  d'histoire  naturelle  de 
New- York. 

Un  autre,  objet  d'un  échange  avec  un  marchand  natura- 
liste anglais,  figure  actuellement  au  Musée  des  sciences  et 
des  arts  d'Edimbourg. 

Un  cinquième  squelette  a  été  l'objet  d'un  échange  avec  le 
Musée  australien  de  Sydney,  Nouvelle-Galles  du  sud. 

Le  Muséum  national  américain  a  enfin  conservé  en  réserve 
deux  squelettes  montés,  et  les  os  nécessaires  pour  en  monter 
trois  ou  quatre  plus  ou  moins  complets. 

Si  l'Oie  de  Saland  ou  Gannet  Sida  bassana  n'est  pas  en- 
core disparue,  c'est  simplement  parce  qu'elle  était  trop  abon- 
dante, mais  elle  ne  se  rencontre  plus  aujourd'hui  que  sur 
quelques  points  bien  déterminés  de  l'Europe  et  de  l'Amérique 
du  Nord.   En  Europe,  elle  niche    dans  quelques  tjords  de 
l'Ecosse,  dans  l'île  Fundy,  située  dans  la  baie  du  même  nom, 
dépendance  du  canal  de  Bristol,  où  il  en  existait  encore  douze 
paires  en  1887  ;  sur  l'île  Bonaventure,  un  îlot  du  fleuve  Saint- 
Laurent  situé  en  face  de  Percée,  non  loin  de  la  rive  cana- 
dienne. Les  Gannets  sont  assez  tra  quilles  dans  cette  station 
d'un  abord  difficile,  aux  rocs  escarpés,  mais  leur  nombre  y 
diminue  cependant.  C'est  dans  ce  pays  et  dans  Birds  Rocks, 
c(  rochers  des  oiseaux  »,  sur  lesquels  Cartier  les  avait  si- 
gnalés le  premier,  qu'ils  reviennent  encore  en  assez  grand 
nombre  aujourd'hui  pour  nicher. 

En  1833,  Audubon  en  vit  une  si  grande  quantité,  qu'il  les 
comparait  à  une  nappe  de  neige.  Leur  chair  était  alors  re- 
cherchée comme  appât  par  les  pêcheurs,  qui  ramenaient 
parfois  quarante  bateaux  pleins,  des  Birds  Rocks.  Audubon 
rapporte  que  cinq  hommes  en  tuèrent  540  en  moins  d'une 
heure. 

En  1860,  le  D"-  Bryant  estimait  à  50,000  le  nombre  des 
couples  de  Gannets  vivant  sur  le  Great  Rock,  le  grand  ro- 
cher, un  des  îlots  constituant  le  groupe  des  Birds  Rocks.  Le 
groupe  entier  en  aurait  hébergé  75,0  )0  paires  ;  mais  certains 
naturalistes  ont  trouvé  ces  chiffres  un  peu  exagérés. 

En  1812,  la  construction  d'un  phare  sur  le  Great  Rock,  ré- 


368  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

(luisit  sa  puissante  colonie  à  5.000  couples.  Le  Little  Rock 
était  encore  Ibrtement  occupé,  en  1881,  et  M.  BreAvster  fixe 
aux  environs  de  25,000  paires  le  nombre  des  Gannets  vivant 
alors  sur  tout  ce  groupe  rocheux. 

En  188"/,  ces  Oies  avaient  disparu  du  Little  Rock,  il  en 
restait  d'après  M.  Turhid  lô  couples  environ  sur  Tilot  du 
Pillar,  et  5,000  couples  sur  le  Great  Rock. 

Dans  le  groupe  des  îles  Mingans,  un  certain  nombre  de 
ces  oiseaux  s'étaient  établis  sur  l'ile  Perroquet  où  les  Indiens 
les  poursuivaient  continuellement.  M.  Brewster  en  dénombra 
plusieurs  centaines  en  1881,  mais  les  Indiens  les  détruisirent 
radicalement  peu  de  jours  après  son  passage. 


LES   RAGES   DE   HARENGS 

DANS    LA    BALTIQUE 
Par  Cath.  KRANTZ. 


Un  spécialiste  éminent,  M,  le  D''  Henicke  a  tait  récemment 
un  voyage  en  Danemark,  en  Suède  et  dans  la  Prusse  orien- 
tale, dans  le  but  spécial  d'étudier  l'histoire  naturelle  du 
Hareng  et  surtout  ses  variétés  locales.  C'est  à  cette  dernière 
question  qu'il  consacre  la  plus  grande  partie  de  ses  Notes 
de  voyage,  publiées  dans  les  numéros  10  et  11  des  Mitthei- 
lungen  der  Section  f.  K'ùsten-  u.  HochseefiscliereL 

On  s'est  livré  en  Allemagne,  dans  ces  derniers  temps,  à 
des  recherches  fort  sérieuses  sur  la  question  de  savoir  si  le 
Stromling  (Hareng  de  la  partie  occidentale  de  la  Baltique),  le 
Hareng  de  Kiel,  celui  du  Sund,  du  Cattégat  et  du  Skager- 
Rack  et  enfin  les  variétés  de  Harengs  qui  api)araissent  dans 
un  même  endroit  au  printemps  et  en  automne,  étaient  des 
races  distinctes  ou  bien  de  simples  variations  d'un  même 
type. 

Ces  questions  qui  paraissent,  au  premier  abord,  ne  pré- 
senter qu'un  intérêt  pui^ement  théorique,  ont  cependant  une 
grande  importance  pratique  :  la  solution,  dans  le  sens  positif 
ou  négatif,  des  questions  de  la  protection  du  poisson  de  mer 
d'une  destruction  excessive,  celle  de  l'élevage  artificiel,  en 
dépendent  directement. 

C'est  à  MM.  Malm,  Ljungmann,  Lundberg  et  Smit  que  l'on 
doit  les  études  les  plus  complètes  relatives  à  ce  sujet. 

M.  Henicke,  le  dernier  en  date  parmi  ces  observateurs,  a  vu 
au  mois  d'avril,  dans  les  écueils  du  Cattégat  et  du  Skager- 
Rack,  plusieurs  variétés  du  Hareng.  Quelques-uns  très  forts 
paraissaient  avoir  frayé  récemment,  ils  avaient  plus  de  30 
centimètres  de  longueur.  Ce  sont  des  HaffsllL  tardifs,  que 
les  pêcheurs,  à  la  fin  de  la  saison  de  pêche  (fin  février-mars), 
placent  dans  de  grands  tramails  plongés  dans  la  mer,  bien 
entendu,  et  y  entretiennent  vivants  pour  les  vendre,  plus 
tard,  un  prix  plus  élevé.  De  plus,  à  la  même  époque,  on  pêche 


370  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

à  Gotenbourg  un  assez  grand  nombre  d'autres  Harengs  de 
bien  moindre  taille  (25  cent.)  se  distinguant  du  poisson  pré- 
cédent par  une  peau  plus  fine  et  plus  tendre  et  une  coloration 
toute  différente.  Ce  sont  des  Vaarsill,  Hareng  du  printemps 
qui  d'ailleurs  fraye  à  cette  époque.  Enfin,  dans  la  partie  cen- 
trale des  écueils,  on  rencontre  une  variété  de  plus  petite 
taille  encore  ;  le  Lottsitl  ayant  en  moyenne  20  cent.  ;  ses  or- 
ganes génitaux  étaient  à  cette  époque  très  peu  avancés,  leur 
état  indiquait  que  le  poisson  ne  fraierait  que  vers  le  milieu 
ou  la  fin  de  l'été. 

Il  est  à  remarquer  que  le  gros  Hareng  que  l'on  péclie 
adulte  ou  ayant  déjà  frayé,  —  principalement  autour  des 
écueils  extérieurs  de  Marstrand,  à  partir  du  mois  de  no- 
vembre et  jusqu'en  février,  —  est  devenu  surtout  abondant 
à  partir  de  1877,  tandis  que,  dans  une  période  précédente  qui 
a  commencé  en  1808,  il  était  fort  rare,  sur  la  côte  de  Bo- 
guslen.  Dans  une  autre  période  de  soixante  ans,  avant 
1808,  il  y  eut  également  affluence  de  Harengs  vers  cette  côte. 
M.  Ljungmann  a  démontré  que,  pendant  plusieurs  siècles, 
ces  périodes  soixantenaires  de  disette  et  d'abondance  de 
Harengs  s'étaient  répétées  avec  une  très  grande  régularité, 
qui  permet  de  prédire  que  l'époque  d'abondance,  commencée 
en  1877,  prendrait  fin  vers  la  moitié  du  siècle  prochain. 

D'où  vient  donc  le  Hareng  qui  fraie  en  automne  et  en 
hiver?  Appartiendrait-il,  en  effet,  à  cette  grande  famille  de 
Harengs  qui  se  tiennent  sur  les  côtes  méridionales  de  la  Nor- 
vège, de  janvier  jusqu'en  mars,  y  fraie,  et  est  connue  sous  le 
nom  de  Vaarsilo,  ou  Hareng  norvégien  du  printemps  ?  Ou 
bien  sa  patrie  serait  le  Cattégat,  et  dans  ce  cas,  sa  dispari- 
tion périodique  s'expliquerait  par  ce  fait  qu'une  pèche  exces- 
sive, la  destruction  des  alevins  en  diminuent  le  nombre  dans 
de  telles  proportions  qu'il  faut  de  longues  années  pour  la  ré- 
génération de  la  race  '?  Quels  sont  les  rapports  du  Hareng  de 
haute  mer  avec  le  petit  Hareng  printanier  du  Cattégat  et  un 
autre  de  plus  petite  taille  encore  frayant  l'été,  le  Lottsill  des 
baies  intérieures.  Sont-ce  là  trois  races  différentes,  ou  bien 
les  mêmes  poissons  aux  différentes  époques  de  leur  existence, 
comme  on  l'avait  soutenu  ?  —  Là  est  toute  la  question.  Un 
grand  nombre  de  savants  norvégiens  et  danois,  comme  Peter- 
sen,  par  exemple,  inclinent  à  croire  que  les  mômes  Harengs 
qui  se  rencontrent  dans  l'intérieur   des  baies  et  y  fraient 


LES  RACES  DE  HARENGS  DANS  LA  BALTIQUE.        371 

iiii  printemps  et  en  été  —  ne  seraient  que  de  futurs  gros 
Harengs,  à  un  âge  moins  avancé  et  qui  plus  tard  s'éloigne- 
raient de  plus  en  plus  avant  dans  la  mer,  fraieraient  à  des 
ép0({ues  de  plus  en  plus  précoces  —  et  finalement,  du  petit 
Lottsill  se  transformeraient  en  gros  Hi.ffsill.  Poui*  être  dé- 
montrée, cette  hypothèse  devrait  être  étayée  par  le  fait  de 
l'absence  de  toutes  dilférences  zoologiques  essentielles,  cons- 
tantes entre  les  deux  poissons.  Cette  opinion  admise,  il  de- 
vient évident  que  la  destruction  trop  intense  du  poisson  dans 
l'intérieur  du  détroit  et  dans  les  baies,  doit  entraîner  la  dimi- 
nution dans  le  nombre  des  Harengs  de  pleine  mer,  et  peut 
même,  dans  certaines  conditions,  déterminer  leur  disparition 
complète,  car,  en  efïét,  ce  sont  les  Harengs  des  eaux  inté- 
rieures, comme  nous  désignerons  désormais  les  poissons  de 
petite  taille,  (£ui  deviennent  Harengs  de  haute  mer.  De  là  — 
la  nécessité  des  mesures  de  protection  pour  les  premiers. 

M.  le  D''  Heineke,  en  ce  qui  le  concerne,  serait  plutôt 
d'avis  que  les  trois  races  de  Harengs;,  qui  se  rencontrent  le 
long  des  c(3tes  de  Boguslen,  n'appartiennent  qu'à  une  seule  et 
même  espèce  ;  le  Hareng  des  écueils  intérieurs,  qui  fraie  en 
été,  serait  dans  tous  les  cas  une  race  différente  du  Hareng 
de  mer.  Une  étude  approfondie  de  la  faune  de  Harengs,  de  la 
partie  occidentale  de  la  Baltique,  lui  a  permis  de  faire  cette 
conclusion.  On  y  rencontre,  dans  l'intérieur  des  fiords  et 
dans  des  baies  à  eau  peu  salée,  des  Harengs  du  printemps, 
frayant  en  avril  et  en  mai  et  ceux  d'automne,  frayant  d'oc- 
tobre au  mois  de  décembre,  en  pleine  mer.  Ces  deux  variétés 
se  distinguent,  d'après  les  observations  du  D'  Heineke,  non 
seulement  par  certains  indices  extérieurs  peu  importants, 
mais  encore  par  la  différence  des  conditions  physiques  du 
développement,  car  les  œufs  et  les  alevins  du  poisson  prin- 
tanier  passent  leur  premier  âge  dans  une  eau  peu  salée  et 
tiède,  tandis  que  c'est  dans  les  eaux  froides  de  la  pleine  mer 
qu'est  élevée  la  descendance  du  Hareng  d'automne. 

Une  fois  ce  fait  bien  établi,  à  savoir  que  le  Hareng  de 
Boguslen  est  une  race  différente  des  Harengs  du  printemps 
et  d'été  du  Cattégat,  et  les  ditTérences  zoologiques  constatées, 
l'inutilité  des  mesures  de  protection  des  Harengs  des  eaux 
intérieures,  ayant  surtout  pour  but  de  sauvegarder  ainsi  la 
fécondité  de  la  pleine  mer,  serait  démontrée.  D'autre  part, 
tous  les  essais  d'élevage  artificiel  et  de  transplantation  per- 


372  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

draient  toute  raison  d'être.  Malheureusement,  les  recherches 
faites  dans  ce  sens  jusqu'à  ce  jour,  ne  sont  point  assez  avan- 
cées pour  permettre  de  trancher  définitivement  la  ({uestion  et 
de  tirer  les  indications  pratiques 

La  pèclip.  des  Harengs,  régénérée  depuis  1877,  a  une  impor- 
tance extrême,  vitale,  pour  la  population  de  Boguslen.  La 
pêche  de  poissons  de  haute  mer,  pendant  l'hiver  1886-87,  a 
donné  au  total  jusqu'à  3,300.583  pieds  cubes  de  harengs,  pour 
une  somme  de  709,618  kron.  Le  produit  de  la  pêche  de  la 
saison  1885-86  pouvait  se  chiffrer  par  600,000  kron.  Les- 
capitaux  engagés  dans  cette  pêche  étaient,  en  1886.  selon  les 
appréciations  du  D''  Malm,  intendant  de  pêche  à  Lizekiel,  de 
3,400,000  kron.  La  sixième  partie  de  la  population  de  la  côte 
est  intéressée  directement  à  la  pêche. 

La  pêche  hivernale  qui,  au  premier  abord,  semble  devoir 
être  extrêmement  avantageuse,  ne  l'est  point  autant,  selon  le 
D""  Malm,  et  cela  tient  surtout  à  ce  que  l'abondance  de 
Harengs,  survenue  en  1887  d'une  façon  inattendue,  a  trouvé 
la  population  au  dépourvu.  Les  premières  années,  le  pois'^on, 
qui  était  de  qualité  intérieure,  ne  rémunérait  pas  suffisam- 
ment les  pêcheurs.  On  s'est  livré  à  de  nombreux  essais  por- 
tant sur  Toutillage  et  les  procédés  de  salage  ;  la  Société 
économique  locale  fit  venir  d'Ecosse  des  spécialistes,  afin 
d'introduire  les  méthodes  en  usage  dans  ce  dernier  pays, 
dans  la  pratique  des  saleurs  de  Boguslen.  Mais  jusqu'en  1882 
on  ne  salait  que  par  procédés  norvégiens.  Une  tonnellerie 
spéciale  l'ut  installée  à  Uddevane.  Toutes  ces  expériences,  qui 
avaient  pesé  sur  les  frais,  n'ont  point  eu  pour  résultat  (h^ 
baisser  le  prix  des  poissons,  ni  d'en  augmenter  le  débit. 

Le  principal  engin  de  pêche  demeure  toujours  la  «  seine  '>  ; 
il  en  existe  jusqu'à  300  dans  Boguslen;  chaque  filet  vaut 
3,000  kron  environ  Tous  ces  filets  n'ont  pas  pris  [)our  plus 
de  422,000  kron  de  Hareng,  en  1886,  et  dans  les  années  sui- 
vantes, le  produit  de  la  i)êche  avait  diminué  de  moitié.  Les 
prix  du  poisson  sont  tellement  bas,  même  aujourd'hui,  15 
années  après  la  première  apparition  des  Harengs  en  masse, 
qu'en  vendant  sur  place  une  centaine  de  Harengs,  on  ne  retire 
que  5  à  6  centimes  de  bénéfice. 

M.  le  D''  Malm  pense  que  le  relèvement  des  [irix  du  Hareng 
peut  être  obtenu,  non  i)as  au  mo3'en  des  droits  protection- 
nistes, mais  par  une  préiiaration  mieux  comi)rise  qui  aiderait 


LES  RACES  DE  HARENaS  DANS  LA  BALTIQUE.        373 

le  Hareng  salé  de  Boguslen  à  conquérir,  sur  le  marché  de 
l'Europe  centrale,  la  place  qui  lui  appartient.  Une  exposition 
spéciale,  tenue  du  20  au  22  avril  1888,  a  été  fort  utile  à  ce 
point  de  vue.  De  115  échantillons  ex])Osés,  4  lurent  reconnus 
excellents,  24  bons  et  31  passables,  c'est-à-dire  bons  à  vendre, 
les  autres  lurent  rejetés  purement  et  simplement.  Les  pro- 
cédés actuellement  en  usage  sont  fort  imparlaits,  et  cela 
tient  surtout  à  ce  qu'il  n'existe  presque  pas  d'établissements 
de  salaison  organisés  sur  une  grande  échelle-,  et  la  plupart 
des  pêcheurs  salent  les  poissons  par  petites  quantités  C'est 
ainsi  qu'en  1806,  350  de  ces  petits  industriels  n'ont  préparé 
que  50,000  tonneaux  de  Harengs,  c'est-à-dire  160  tonneaux 
chacun.  La  marchandise  est  fort  diverse,  suivant  la  méthode 
(le  triage,  la  marque,  les  procédés  employés  pour  vider  les 
poissons,  le  sel  et  les  tonneaux.  Le  jury  de  l'exposition  est 
arrivé  aux  conclusions  suivantes  :  1"  le  Hareng  doit  être  vidé 
aussitôt  après  avoir  été  retiré  de  l'eau  ;  2'  on  ne  doit  se  servir 
que  du  sel  de  Saint-Yves  ou  de  Marseille,  en  y  ajoutant, 
selon  les  circonstances,  du  sel  de  Liverpool  ;  3°  sur  le  marché 
norvégien,  on  préfère  les  poissons  emballés  de  telle  sorte 
qu'ils  sont  couchés  sur  le  côté,  tandis  qu'ils  doivent  être 
pressés  sur  le  dos,  pour  être  expédiés  en  Allemagne.  La 
question  des  procédés  de  salage  et  le  modèle  de  tonneaux  à 
adopter,  ont  été  l'objet  de  débats  très  animés.  Les  opinions 
se  sont  partagées  en  deux  groupes  :  les  Norvégiens,  saleurs 
et  marchands,  défend^iient  leurs  méthodes,  tandis  que  les 
Suédois  se  sont  déclarés  partisans  des  procédés  écossais. 
L'exposition  de  ces  détails  techniques  nous  entraînerait  trop 
loin,  nous  nous  bornerons  donc  à  dire  que  la  population  des 
pécheurs  de  Boguslen  cherche,  par  tous  les  moyens,  à  secouer 
le  joug  des  Norvégiens  qui  ont  accaparé  tout  le  commerce  de 
Hareng  de  la  Suède.  De  là  ces  efforts  pour  remplacer  la 
marque  norvégienne  par  une  marque  suédoise  propre.  Un 
projet  très  poi)uLiire  demande  la  création  d'un  poste  spécial 
pour  examiner  tous  les  Harengs  salés  et  rejeter  les  pièces 
défectueuses. 

La  tin  de  la  séance  a  été  consacrée  à  l'examen  de  la  ques- 
tion du  transport  du  Hareng  frais,  et  à  des  améliorations  à 
apporter  aux  méthodes  d'emballage,  à  la  forme  et  aux  pro- 
jjortiuns  des  tonneaux  à  adopter,  etc. 


UNE    PLANTE    UTILE   DES   DESERTS   SALANTS 


LE  SAXAOUL  DU  ÏURKESTAN 

Pak  Jullcs  GRISAHD, 

Secrétaire     du    Comilé     de     réua.tion, 

KT  Jkan  vilbouchevitch, 

Ancien  élève  de  l'Académie  agricole  de  Mos -ou. 


(1) 


Le  Saxaoul  mérite  de-flxer  l'attention  des  amis  du  règne 
végétal,  pour  jjlusieurs  raisons  importantes  : 

1"  En  ces  dernières  années,  et  grâce  à  M.  Aiph.  de  Candolle, 
on  s'est  vivement  intéressé  au  Saxaoul  dans  le  monde  des  ac- 
climateurs.  Tout  dernièrement  encore,  nous  avons  entendu 
dire  à  M.  le  D''  Bonnet,  qu'au  congrès  de  l'Association  Fran- 
çaise pour  l'Avancement  des  Sciences  de  1888,  à  Oran,  le 
Saxaoul  était  l'objet  de  toutes  les  conversations.  On  pensait 
qu'il  pourrait  servira  boiser  le  Sahara  et  les  Hauts-Plateaux. 

Les  tentatives  d'introduction  du  Saxaoul  en  Algérie  ne  pa- 
raissent pas  jusqu'ici  avoir  abouti  à  grand'cliose  ;  le  résultat 
heureux  obtenu  par  M.  Leroy,  et  publié  dans  la  Revue  du 
5  décembre  1890,  p.  1153,  semble  être  le  seul  que  la  presse 
ait  signalé.  Des  autres  nombreux  lots  distribués,  tant  en 
Algérie  que  dans  diverses  colonies  anglaises,  en  Egypte,  etc., 
M.  de  Candolle  lui-même  n'a  eu  aucune  nouvelle,  ni  bonne 
ni  mauvaise  ;  il  a  dit,  à  l'un  de  nous,  ne  pas  savoir  du  tout 
ce  qu'ils  sont  devenus. 

D'ailleurs,  la  culture  du  Saxaoul  serait-elle,  même  partout, 
facilement  réalisable  qu'elle  ne  pourrait  guère,  à  notre  avis, 
acquérir  d'importance  économique  en  dehors  de  sa  patrie, 
pour  cette  raison  que  ce  végétal  est  d'une  croissance  déses- 
pérément lente,  particularité  que  M.  de  Candolle  paraît  avoir 
ignorée  Nous  ne  nous  taisons  pas  d'illusions  sous  ce  rapport. 
Nous  avons  cru  néanmoins  utile  de  rechercher  le  plus  de 
documents  possibles  sur  le  Saxaoul  dans  sa  patrie  et  de 
vous  présenter,  dans  tous  ses  détails,  le  résultat  de  nofre 
enquête.  Il  a  été  fait  trop  de  bruit  autour  de  ce  végétal  pour 

(1)   Communication  faite  en  séance  générale  du  5  février  1892. 


LE  SAXAOUL  DU  TUBKESTAN.  3/o 

que  nous  puissions  vous  demander  de  vous  en  rapporter  sim- 
plement à  notre  appréciation  personnelle.  Il  faut  que  vous 
soyez  mis  en  état  de  juger  par  vous-mêmes. 

'2"  Le  Saxaoul  est  un  des  rares  arbres  de  la  famille  des 
Salsolacées,  famille  qui  ne  fournit  guère  que  des  plantes 
herbacées,  des  sous-arbrisseaux,  ou  tout  au  plus  quelques 
arbrisseaux  de  taille  peu  élevée. 

3"  Cet  ai'bre  bizarre  est  un  exemple  extrêmement  curieux 
de  sobriété  ;  il  végète  dans  des  conditions  absolument  invrai- 
semblables. 

Il  s'accommode  si  bien  des  variations  atmosphériques  les 
plus  extrêmes,  des  sols  chargés  de  sels,  des  sables  mouvants 
et  des  ouragans  les  pins  violents,  qu'il  arrive  à  constituer  de 
vastes  peuplements,  de  véritables  forêts  au  milieu  du  désert. 

Les  particularités  d'organisation  qui  lui  permettent,  non 
seulement  de  subsister,  pendant  des  siècles,  dans  des  condi- 
tions vitales  îles  plus  difficiles,  mais  encore  d'y  prendre  de 
l'accroissement,  sont  des  plus  remarquables. 

4"  Le  Saxaoul  fournit  un  bois  d'une  structure  toute  parti- 
culière qui  est  un  combustible  hors  ligne,  et,  de  ce  fait,  il 
joue  un  rôle  très  important  dans  l'économie  du  Turkestan 
russe,  du  Khanat  de  Khiva,  de  la  Mongolie  et  des  autres 
contrées  de  TAsie  Centrale. 

Nous  sommes  très  heureux  de  pouvoir  vous  présenter 
une  collection  de  figures  et  de  parties  du  végétal  à  divers 
états,  qu'il  ne  nous  a  pas  été  précisément  facile  de  réunir  ; 
Deux  échantillons  d'herbier  ;  un  fragment  de  tronc  ;  deux 
planclies  coloriées  représentant  des  portions  de  branches, 
des  fleurs  et  des  graines,  des  sections  transversales  et  lon- 
gitudinales du  bois,  etc.,  Tune  —  de  Ledebour  {Icônes  Plan- 
tarum,  1829,  I,  pi.  12),  l'autre  —  de  Sorokine  [Bulletia  de  la 
Société  Ouralienne  des  Naturalistes,  1889)  ;  une  chromo- 
lithographie, par  Sorokine,  représentant  l'aspect  général  d'un 
])euplement  de  vieux  Saxaouls,  au  milieu  du  désert  {Bulletin 
delà  Société  des  Naturalistes  de  Moscou,  1884);  une  belle 
phototypie  (vue  d'une  forêt  de  Saxaouls),  et  une  figure 
dans  le  texte  (arbre  isolé),  tirées  du  Troisième  voyage,  de 
Prjevalski  ;  deux  reproductions ,  très  inexactes ,  de  ces 
figures  de  Prjevalski  dans  le  Tour  du  Monde,  liv.  1356  ; 
enfin  une  planche  de  Ledebour,  représentant  le  Phelipœa 
luiea  Desf.,  Orobanchée  parasite  du  Saxaoul. 


376  REVUE  DES  SCIENCES   NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Voici  les  principales  données  sur  le  Saxaoïil,  que  nous 
avons  pu  recueillir  : 

Noms.  —  Le  nom  scientifique  du  Saxaoul  généralement 
adopté  aujourd'hui  est  celui  de  Bunge  :  Haloxylon  Amnio- 
dendron;  précédemment,  C.-A.  Meyer  le  nommait  Anabasis 
Ammodendron.  Deux  autres  synonymes  plus  anciens  Pimis 
orientaLis  Falk.  et  Tamarix  forte  ^ongarica  E\ersm  ,  indi- 
quent des  erreurs  botaniques  graves  de  la  part  des  explora- 
teurs qui  les  ont  employés,  mais  témoignent  en  même  temps 
d'une  l'açon  curieuse  de  la  ressemblance  extérieure  avec  les 
Conifères  et  les  Tamarix  que  notre  plante  peut  présentera 
l'observateur  superficiel.  Un  échantillon  de  bois  du  Muséum 
d'Histoire  naturelle  porte  l'étiquette,  faite  par  le  voyageur 
qui  l'a  rapporté  du  Turkestan  :  «  Saxaoul,  Halimodendron 
(irgenleum  »  ;  cependant,  nulle  part  ailleurs,  nous  n'avons 
pu  retrouver  le  nom  de  «  Saxaoul  «  appliqué  à  l'Halimoden- 
dron,  qui  est  appelé  dans  l'Asie  Centrale  entière  «  DJingil  ». 

ExiSTE-T-iL  PLUSIEURS  VARIÉTÉS  DU  Saxaoul  ?  —  D'après 
Obroutchefl",  les  Turkomans  distingueraient  deux  variétés  du 
Saxaoul  :  L'OdJare,  à  tronc  jaune  et  à  ramure  plus  éparse,  et 
le  Kandyme,  plus  rare,  à  ti'onc  rouge  et  à  ramure  i)lus  four- 
nie. Malheureusement,  nous  n'avons  pu  trouver  aucune  indi- 
cation autorisée  sur  la  valeur  botanique  de  ces  distinctions. 

Bunge  a  fait  une  variété  à  part  du  Togh,  Saxaoul  du 
grand  désert  salé  (Kewir)  de  la  Perse;  mais  on  sait  que 
ce  botaniste  voyait  des  espèces  nouvelles  un  peu  partout. 
Aussi  Bulise  conteste-t-il  l'opportunité  d'ériger  en  espèce 
distincte  le  Togli,  qu'il  dit  n'être  qu'une  forme  locale  et  cli- 
matérique  déi)ourvue  de  caractères  spécifiques  particuliers 
bien  saisissables. 

Organisation.  —  Le  Saxaoul  est  presque  apJujlle,  les 
feuilles  sont  remplacées  par  des  écailles  insignifiantes  de 
deux  millimètres  à  peine,  emboîtées  le  long  des  grêles  fais- 
ceaux de  branches  pendantes  semblables  à  des  fouets  ;  l'as- 
pect de  l'arbre  a  souvent  été  comparé  à  celui  d'un  grand 
prèle  ;  la  couronne  n'ombrage  presque  pas  le  sol. 

Cette  absence  de  feuillage  contraste  étrangement  avec  l'ex- 
trême abondance  des  fleurs  et  des  graines  qu'il  fournit. 

La  floraison  commence  au  mois  de  mai  ;  les  fleurs  sont 


LE  SAXAUUL  DU  TUKKESTAX.  :U7 

roses  sur  la  liyure  de  Ledeboiir,  jaunes  sui'  celle  de  Soro- 
kiiie  ;  les  graines  à  peine  perceptibles,  également  très  pe- 
tites, grisâtres  d'après  Prjevalski,  roses  d'après  Sorokine; 
ailées,  mûrissent  en  septembre. 

L'exiguïté  du  système  foliacé  entraine  un  mode  tout  parti- 
culier de  formation  du  corps  ligneux  du  tronc. 

Formation  du  bois.  Lenteur  et  irhégularité  de  i.a 
CROISSANCE.  — •  En  effet,  «  U  ne  se  prodiU'  povit  régulière- 
ment auldur  an  tronc  de  couclies  concentriques  awmelle -, 
mais  seulement  des  stries  descendant  sous  forme  de  bourrelets 
et  réunies  quelquefois  en  réseaux;  par  leur  teinte  verdàtre 
passant  au  brun,  elles  se  distinguent  du  bois  plus  ancien  mis 
à  jour  dans  leurs  interstices.  Ces  bourrelets  sont  d'autant 
plus  rapprochés  les  uns  contre  les  autres  que  la  tige  est  plus 
mince,  de  sorte  que  dans  les  jeunes  rameaux  elles  forment 
bien  un  cylindre  ininterrompu,  preuve  évidente  que  la  crois- 
sance incomplète  du  corps  ligneux  a  pour  cause  la  suppres- 
sion du  feuillage.  »  (Basiner.) 

En  conséquence  de  ce  mode  singulier  de  croissance,  il  se 
trouve  que  quand  sur  une  coupe  transversale  d"un  vieux 
tronc  on  veut  déterminer  l'âge  de  celui-ci,  on  arrive,  en 
comptant  sur  un  premier  rayon  médullaire,  au  chiffre  de 
55  ans,  sur  un  second  rayon  à  6G,  sur  un  troisième  à  99.  sur 
un  quatrième  à  153,  sur  un  cinquième  à  180  et  enfin,  sur  un 
sixième  à  220,  ce  qui  est  donc  enfin  l'âge  réel  de  l'arbre 
(Cas  décrit  par  JelesnofF).  Ces  couches  annulaires  incom- 
plètes sont  exlrènienieid  minces,  un  demi-millimètre  à 
pei)ie,  très  rure)nent  nu  inillimètre  (Middendorff"  :  «  chez  les 
vieux  sujets  qui  s'accroissent  relativement  plus  vite  »).  C'est 
ce  qui  précisément  nous  a  fait  dire  au  début  que  la  culture 
profitable  du  Saxaoul  nous  paraît  être  une  chimèi'e. 

Voici  quelques  plus  amples  détails  sur  la  constitution  du 
corps  ligneux  du  Saxaoul,  d'après  Sorokine  :  «  Par  suite  du 
mode  particulier  de  croissance  du  Saxaoul,  il  se  forme  à 
la  circonférence  du  tronc  une  foule  de  lobes  séparés  courant 
assez  irrégulièrement  dans  le  sens  de  la  longueur,  et  séparés 
les  uns  des  autres  par  des  sillons  plus  ou  moins  profonds. 
Aux  bords  de  chaque  lobe,  les  couches  annuelles  vont  en 
s'amincissant  pour  disparaître  enfin  complètement.  Même  le 
bois  de  ces  lobes,  malgré  son  apparence  compacte,  se  com- 


378  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

pose  de  segments  distincts  dont  les  limites  sont  indiquées 
par  de  minces  bandes,  formées  d'une  partie  de  l'écorce 
restée  dans  l'espace  qui  séparait  deux  lobes  Yoisins  avant 
leur  rapprochement  intime.  Dans  les  endroits  où  un  pa- 
reil rapprochement  n'a  pas  eu  lieu,  il  reste  des  vides  dans 

le  bois. 

»  Chaque  couche  ligneuse  annuelle  commence  par  un  rang 
de  vaisseaux  ponctués  assez  larges,  ensuite  viennent  un 
deuxième  et  un  troisième  rang  de  vaisseaux  pareils  mais  plus 
minces.  Le  reste  de  la  couche  est  formé  de  fibres  ligneuses 
très  minces,  à  parois  fort  épaisses,  au  vide  intérieur  très 
étroit  et  à  pores  peu  nombreux.  Les  rayons  médullaires  sont 
de  deux  sortes.  Les  uns  se  composent  de  peu  de  cellules  dis- 
posées l'une  au-dessus  de  l'autre  en  suivant  la  verticale; 
les  autres,  au  milieu  du  rayon,  se  composent  de  quelques 
couches  verticales  de  cellules,  entre  lesquelles  passe  assez 
souvent  un  canal  horizontal,  ressemblant  aux  conduits  à 
résine  des  conifères.  Au  bord  des  lobes  ligneux  il  y  a  une 
petite  couche  d'aubier  blanc  (lui,  grâce  à  sa  porosité  plus 
grande  n'enfonce  pas  dans  l'eau,  tandis  que  le  reste  du  bois 
est  si  dense  et  si  lourd  qu'il  coule  à  fond.  Tl  est  regrettable, 
que  les  phénomènes  de  croissance  du  Saxaoul  n'aient  pas 
fait  l'objet  d'une  étude  spéciale;  ou  trouverait  peut-être  dans 
une  pareille  étude  ami)le  matière  à  généralisation  et  de  cu- 
rieuses lois  de  physiologie  végétale.  » 

Cependant,  la  conformation  singulière  du  corps  ligneux  du 
Saxaoul  a  été  citée  à  tort  par  (irisebach,  comme  absolument 
unique  dans  l'ordre  des  dicotylédones  ;  d'autres  congénères 
du  Saxaoul  la  présentent  également,  tels  certains  Tamarix 
et  Calllgonêes,  à  plus  forte  raison  les  quelques  rares  espèces 
arborescentes  locales  de  la  famille  même  du  Saxaoul.  (Voyez 
Sorokine.) 

Densité  et  composition  uu  bois.  —  Le  chiffre  suivant 
donne  une  belle  idée  de  la  densité  phénoménale  du  bois  de 
Saxaoul  ;  ce  bois  contient  90  %  de  matière  et  seulement 
10  "/o  d'interstices  aérifères.  Son  poids  spécifique  est  : 

D'après  Petzold  =  1,0()41 

—  Basiner  =  1,01 

—  Jelesnoflf=  1,333  (bois  dont  l'air  contenu  dans^les 

interstices  a  été  i)réalablement  évacué). 


LE  SAXAOLL  DU  TURKESTAX.  379 

D'après  Jelesnoff  (dessiccation   à   120"]   le  l)ois   contient 
11,625%  (l'eau. 
—      Middendorff,  le- bois  tout  frais  en  perd  12  % 

et  le  bois  préalablement  déjà  séché  à  l'air  9-10  %. 

A  la  combustion,  il  reste  en  cendres  30  "  ^  du  poids  du  bois 
sec.  Ces  cendres  contiennent,  d'après  nne  vieille  analyse  de 
Petzold  :  28  "/o  de  calcium,  11,9  %  de  potasse  et  11,5%  de 
chlore  ;  6,7  %  d'acide  sulfurique  et  6  %  de  sodium  (tous  ces 
chiffres  sont  empruntés  à  la  notice  de  M.  Sorokine  et  au 
Ferghana  de  Middendorff). 

Le  systè?je  RADicuLAiRE.  —  Le  système  radiculaire  du 
Saxaoul  se  compose  à  la  fois  d'un  fort  juvot  souvent  plus 
gros  que  le  tronc,  extrêmement  itrofond,  et  dun  réseau  de 
racines  latérales  superficielles  et  traçantes,  qui  courent  pa- 
rallèlement à  la  surface  du  sol  sui'  des  longueurs  très  consi- 
dérables, et  servent  à  fixer  l'individu  et  à  continuer  la  vé- 
gétation par  des  rejets,  quand  le  tronc  principal  vient  à  être 
endommagé.  Dans  certains  cas,  la  faculté  du  Saxaoul  de 
pousser  des  rejets,  rappelle  comme  intensité  ce  qui  s'ob- 
serve pour  les  Peupliers  (Middendorff).  Ce  genre  d'enracine- 
ment est  encore  commun  à  beaucoup  darbustes  et  arbrisseaux 
des  sables  salins  àe  l'Asie  centrale. 

Dimensions.  —  Une  ancienne  dendrologie  russe  de  Zigra 
donne  comme  taille  maximum  de-?  Saxaouls  en  arbre  13 
mètres  (50  pieds).  Nous  n'avons  cependant  retrouvé  rien  de 
semblable  dans  aucune  d^s  sources  de  première  main.  Les 
plus  grands  des  arbres,  plusieurs  fois  séculaires,  représentés 
sur  le  croquis  de  Sorokine  n'ont  que  6  mètres  de  haut  sur 
25  à  35  centimètres  de  diamètre,  mais  comme  le  spécifie 
Prjevalski  de  pareilles  dimensions  ne  se  retrouvent  que 
dans  les  stations  i>articulièrement  favorables  au  dévelop- 
pement du  Saxaoul  ;  les  buissons  figurés  par  Prjevalski 
mesurent  environ  15  à  18  i)ieds.  D'après  Zimmerman,  les 
Saxaouls  des  sables  mouvants  de  Kara-Koumi,  aperçus  de 
la  lenèt»'e  du  coupé  du  Transcaspien,  paraissent  avoir  les 
dimensions  de  nos  noisetiers  ;  les  arbres  de  la  forêt  de 
Saxaoul,  décrite  par  Basiner,  avaient  4  à  6  mètres  de  haut 
et  des  troncs  de  20  centimètres.  Obroutcheff  donne  des 
chiffres  analogues  pour  la  région   de  Merv. 


380  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

Une  autre  forêt  composée  de  Saxaoul  et  de  Tamarix,  et 
décrite  également  par  Basiner  (la  forêt  d'Aibigoiir),  ne  pré- 
sentait que  des  sujets  de  15  pieds  haut.  Sur  les  bords  de  la 
mer  d'Aral,  le  Saxaoul  forme  des  bouquets  hauts  de  10  à  13 
pieds.  Enfln,  sur  les  bords  du  lac  Dchalangatch,  au  48"  30', 
c'est-à-dire  sur  la  limite  de  son  aire  géographique,  le  Saxaoul 
n'est  plus  qu'un  buisson  haut  à  peine  d'un  pied  et  demi. 

Les  forets  de  Saxaoul.  —  Après  vous  avoir  décrit  les 
détails,  il  ne  sera  pas  déplacé  de  vous  parler  de  l'impression 
d'ensemble,  de  l'impression  esthétique,  pour  ainsi  dire,  que 
produit  au  milieu  du  désert  une  végétation  de  Saxaouls.  Avec 
ce  que  nous  venons  de  voir  sur  l'irrégularité  et  la  lenteur 
de  la  croissance,  vous  ne  serez  pas  étonnés  d'apprendre 
que  les  troncs  sont  toujours  extrêmement  tortueux  et  bos- 
sues ;  ajoutez  à  cela  que  les  arbres  sont  cassés  et  renversés 
toutes  les  fois  que  passe  un  coup  de  vent  violent,  car  ils  sont 
très  fragiles,  et  que  de  nouveaux  fagots  verdoyants  repous- 
sent aussitôt  de  tous  les  points  des  tronçons  restés  debout, 
et  cela  vous  donnera  une  idée  de  l'état  de  désordre  que 
présente  une  pareille  végétation. 

L'absence  d'ombrage,  l'état  dénudé  du  sol  dans  les  inter- 
valles, entre  les  souches,  et  la  solitude  immense  de  la  plaine 
environnante  contribuent,  pour  leur  paVt,  à  compléter  ce 
tableau  désolant  au  premier  chef. 

M.  Sorokine  accompagne  de  la  description  suivante  la 
chromolithographie  que  vous  avez  sous  les  yeux:  «  Représen- 
tez-vous une  plaine  immense,  s'étendant  à  des  centaines  de 
verstes,  brûlée  par  le  soleil,  dépourvue  de  toute  animation, 
et  sur  cette  même  plaine  toute  une  forêt  de  plantes  ori- 
ginales. Cette  forêt  nous  apparut  tout  à  coup,  derrière  une 
immense  barhan  (dune  de  sable  mouvant). 

»  Des  tiges  tortueuses,  informes,  fragiles,  et  quelquefois 
d'une  dimension  considérable,  soutiennent  des  panaches  verts 
et  des  branches  sans  feuilles.  Ces  branches  tortueuses  por- 
tent à  leur  naissance  de  petites  feuilles  avec  des  fruits  roses. 
Une  écorce  grise,  fendue,  recouvre  le  ligneux  extrêmement 
compact  ;  sur  l'écorce  une  quantité  d'excroissances  et  des 
trous  ronds  qui  sont  les  endroits  où  étaient  auparavant  les 
panaches.  Par  endroits  on  voit  sortir  des  sables  une  tige 
toute  ronde,  delà  grandeur  d'une  tète  d'homme.  Ce  nain  est 


LE  SAXAOUL  LU  TUUKESTAX.  381 

Yivant,  car  des  rejetons  fins  et  verts  en  jaillissent.  Lors- 
qu'un orage  éclate,  il  casse  et  renverse  les  arbres,  fragiles  à 
tel  point  ({u'un  tronc  gros  comme  le  bras  se  brise  sous  le 
poids  du  corps  ;  des  tas  de  copeaux  et  de  branches  s'amon- 
cellent tout  autour.  Longtemps  après,  parmi  les  habitants  du 
désert,  on  voit  reparaître  les  jeunes  bourgeons,  cest  une 
nouvelle  génération,  et  le  soleil  brûle,  comme  toujours. 

))  Des  nuages  de  sable  l'un  après  l'autre,  amoncellent  par  ci 
par  là  des  monticules  qui  se  déplacent  sans  cesse  et  finissent 
par  former  autour  de  la  forêt  des  montagnes  mouvantes.  A 
riiorizon.  d'autres  barhans  (monticules  de  sable  plus  haut)  se 
dessinent  indistinctement  dans  un  ciel  gris.  Un  peu  plus  près 
s"étend  un  sor  (marais  salant)  paraissant  recouvert  d'une 
couche  de  neige,  mais  en  vérité  recouvert  d'une  couche  de 
sel.  Les  bords  en  sont  rouges  à  cause  des  salsolacées.  Tel  est 
le  paysage  que  nous  eûmes  l'occasion  d'admirer. 

')  Les  forêts  de  Saxaoul  ne  peuvent  passer  pour  des  Oasis 
dans  le  désert.  Les  caravanes  s'y  arrêtent  uniquement  pour 
faire  du  feu.  Quant  à  l'eau,  ici  comme  ailleurs  on  la  trouve 
difficilement.  Les  voyageurs  laissent  les  chameaux  chercher 
en  liberté  leur  nourriture;  eux-mêmes  s'accroupissent  autour 
des  bûches  crépitantes,  mettent  les  «  koungans  »  (chaudrons) 
et  apaisent  leur  faim  avec  le  maigre  approvisionnement  fait 
à  Petrowalexandrovsk  ou  à  Kazalah  (1^^.  Je  trouve  superflu 
d'ajouter  que  dans  la  forêt  de  Saxaoul,  il  n'y  a  pas  à  cher- 
cher la  moindre  ombre,  les  rameaux  étant  si  fins,  qu'ils  n'in- 
terceptent pas  les  rayons  du  soleil.  » 

«  Une  forêt  de  Saxaoul  fait  une  impression  désolante, 
même  après  qu'on  a  traversé  de  longues  verstes  de  désert 
tout  nu  »  confirme  Prjevalski. 

M.  Zimmerman  trouve  le  pays  sablonneux  de  Kara-Koumi 
singulièrement  analogue  au  désert  de  l'Arizona,  et  le  rôle 
esthétique  du  Saxaoul  à  celui  du  Cactus  épineux. 

L'aire  géographique  du  Saxaoul,  —  «  La  patrie  du 
Saxaoul  »,  dit  Kôppen,  est  «  peut-être  sur  le  bord  oriental  du 

(1]  L'approvisionnement  d'eau  doit  être  fait  dans  les  puits,  souvent  bien 
éloignés,  et,  quoique  on  se  trouve  heureux  et  satisfait  d'en  boire,  ceci  ne  l'em- 
pêche pas  d'être  sale,  salée  et  de  sentir  la  peau.  Nous  trouvâmes  une  fosse 
creuïéo  dans  l'espoir  de  trouver  de  l'eau,  et  malgré  la  profondeur  de  quarante 
toises  russes,  elle  fut  abandonnée  parce  que  l'eau  ne  se  présentait  pas. 
20  Octobre  1892.  24 


■■iS2  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

lac  cVAral  et  le  long  du  Djani-Darya,  où  il  y  en  a  des  mas- 
sifs parfois  impénétrables.  »  De  là,  il  se  répand,  vers  le  nord, 
jusqu'au  40<'  30'  lat.  nord  (jusqu'aux  bords  du  lac  Dclialan- 
gatch);  en  descendant  vers  l'ouest,  le  Saxaoul  traverse  la 
plaine  de  l'Oust-Ourt  et  va  jusqu'à  la  rive  orientale  de  la 
mer  Caspienne  ;  on  en  trouve  dans  l'Ile  Ogourtchin. 

Le  Saxaoul  existe  en  Perse.  Bulise  en  a  constaté  jusque 
dans  la  province  de  Jesde,  au  pied  de  la  chaîne  du  Ko- 
rounde. 

Dans  la  direction  Est,  le  Saxaoul  traverse,  d'après  Prje- 
valski  et  Riclithofïen,  la  Dzoungarie  et  la  dépression  de  l'Ul- 
joungour  ;  pénètre  dans  le  bassin  du  Hais-Haï,  et  s'avance 
jusqu'à  la  pente  septentrionale  de  l'Ala-Chan. 

Il  va,  au  sud,  jusque  dans  le  Tzaïdame  et  y  monte  jusqu'à 
l'altitude  de  10,000  pieds. 

Tel  est  à  grands  traits  l'aire  d'habitation  du  Saxaoul. 
Mais  dans  ces  limites,  il  présente  certaines  irrégularités  de 
distribution,  qui  ont  frappé  plusieurs  voyageurs,  et  plus  par- 
ticulièrement Prjevalski  et  Middendorff".  Il  y  a  des  régions 
où  on  est  très  étonné  de  ne  pas  trouver  de  Saxaoul.  Midden- 
dorff" pense  «  qu'il  y  aurait  à  faire  une  étude  très  attachante 
sur  ce  sujet  ». 

Stations,  sol.  —  Toutes  les  fois  qu'on  aperçoit  le  Saxaoul 
on  est  en  pays  salant.  D'après  Prjevalski,  on  n'en  rencontre- 
rait que  dans  les  endroits  sablonneux  ou  sui' les  sables  mou- 
vants, mais  d'autres  indications  nous  font  croire  que  l'argile 
ne  l'exclut  pas  absolument  dans  tous  les  cas.  On  en  trouve 
enfin  même  dans  les  crevasses  des  rochers. 

Le  Saxaoul  peut  venir  parfaitement  bien  dans  des  endroits 
à  sous-sol  complètement  dépourvu  de  nappe  aquifère.  ^Mais 
on  peut  aussi  en  indiquer  d'autres  stations  oii  il  est  réguliè- 
rement envahi,  tous  les  i)rintemps,  par  les  crues  des  cours 
d'eau  (Basiner,  Middendorff",  Obroutchelf). 

D'après  Obroutclieff",  le  Saxaoul  serait  incapaljle  de  se  fixer 
à  demeure  dans  les  dunes  d'origine  très  récente  et  ne  pren- 
ilrait  possession  que  des  sables  déjà  quelque  peu  rassis. 

Les  végétaux  qui  accompagnent  le  Saxaoul.  —  On  a 
présenté  le  Saxaoul  comme  étant  l'unique  habitant  arbores- 
cent de  ces  régions  inhospitalières.  Nous  avons  déjà  eu  l'occa- 


LE  SAXAOUL  DT'  TURKESTAX.  383 

sion  de  (lire  que  cette  conceittion  est  erronée.  On  trouve 
couramment  dans  des  stations  communes  avec  le  Saxaoul, 
des  'Tamaricç,  des  Calligonêes  arborescentes  et  plusieurs 
Salsolacàes,  buissonnantes  ou  arborescentes.  Parmi  ces  der- 
nières VAmmodendron  Sievcrsii  DC.  c  Sésène  »,  quoique 
assez  grêle,  atteint  d"après  Obroutchetï'  les  dimensions  d'un 
vrai  arbre,  haut  de  2  toises,  et  quelques  arbres  et  arbrisseaux 
appartenant  à  d'autres  familles.  Le  Saxaoul  n'est  même  pas 
toujours  la  plus  sobre  de  parmi  toutes  ces  formes.  Midden- 
dorfi'  affirme  que  e  son  fidèle  compagnon  et  précurseur  »  le 
Tamarix  {T.  laxa  ?)  est  encore  bien  moins  exigeant  que  lui. 
<(  La  forêt  du  désert,  dit-il,  commence  d'habitude  par  une 
lisière  de  basses  broussailles  épineuses  (Alhagi  Camelorum, 
Callir/onées,  etc.),  peu  à  peu  à  celles-ci  s'associent  des 
Tamarix  et  enfin  des  Saxaouls  buissonnants,  plus  ou  moins 
entremêlés  de  Roseaux  deux  fois  plus  hauts  qu'un  homme  ; 
il  n  y  a  qu'au  centre  du  peuplement  qu'on  trouve  des 
Saxaouls  en  arbre.» 

Faune  du  Saxaoul.  —  Lus  forêts  de  Saxaoul  abondent  en 
gibier.  Les  jeunes  pousses  servent  de  nourriture  préférée  à 
d'innombrables  gerboises  qui,  avec  cette  nourriture  succu- 
lente, peuvent  se  passer  d'eau,  à  VAntUope  sub/yuttwrjsa,  et 
à  plusieurs  espèces  d'oiseaux  dont  quelques-uns  sont  tout  à 
lait  caractéristiques  pour  ces  stations,  comme  le  «  Pierrot  du 
Saxaoul  »  [Passer  Ammodendroii],  la  Perdrix  Chucar  et 
une  espèce  particulière  de  Podoces  (en  russe  Saxaoulnaïa 
soïka).  D'après  Middendorff",  cette  dernière  est  aussi  liée  au 
Saxaoul  que  VAntUope  s/jhgutturosa  au  Tamarix. 

Les  loups  et  les  renards  font  la  chasse  à  tout  ce  petit 
monde. 

Le  Saxaoul  comme  fourrage.  —  Le  Saxaoul  est  brouté 
très  volontiers  même  par  les  moutons  et  par  les  chèvres, 
mais  surtout  par  le  chameau  et  plus  particulièrement  par  le 
chameau  à  deux  bosses  ;  il  est  vrai  que  ce  dernier  ne  laime 
pas  autant  que  le  Tamarix  qu'il  préfère  à  tout  Prjevalski), 
mais  le  Saxaoul  vient  en  second  lieu.  On  sait,  d'ailleurs,  que 
les  chameaux  ont,  en  général,  un  fai])le  pour  les  plantes 
salines. 

Usages  du  bois  de  Saxaoul.  —  Nous  avons  déjà  dit  que  ce 


384  UEVIIE  DES  SCIENCES  NATURELLES  .U'FLIQUÉES. 

bois,  tout  en  étant  si  dur  <iu"il  n'y  a  pas  moyen  de  l'inciser 
avec  un  canif,  est  trop  IVagile  pour  servir  à  quelque  chose. 
On  peut  casser  un  tronc  gros  comme  le  bras  en  s'appuyant 
dessus  avec  le  poids  du^corps;  une  forte  huche,  jetée  à  terre, 
se  brise  en  pièces.  Avec  cela,  on  ne  peut  pas  trouver  un 
bout  d'un  mètre  et  demi  de  long  ({ui  soit  droit. 

Les  Turkomans  font  cependant  des  boisages  de  puits  en 
Saxaoul  ;  c'est  le  maximum  de  ce  i^u'on  peut  demander  au 
Saxaoul  en  fait  de  bois  d 'œuvre. 

Mais  comme  combusliblc,  le  Saxaoul  est  incomparable. 
Même  les  branches  toutes  vertes  et  fraîches  brûlent  à  mer- 
veille. Quant  au  hnis  parfait  il  brûle  «  comme  du  charbon 
de  terre  »,  et  chauffe  si  bien  que  un  poud  et  demi  (vingt- 
quatre  kilos)  de  bois  de  Saxaoul  par  jour,  et,  par  consé- 
quent quarante  -  cinq  pouds  pai-  mois  suffisent  pour  rem- 
placer un  tiers  de  toise  cube  de  bouleau  ou  une  toise  culx' 
de  roseau  (Middendorfï"). 

En  1819,  on  payait  à  la  station  Wladimirskaïa,  le  Saxaoul 
amené  d'une  forêt  située  â  douze  verstes  de  distance,  trois 
kopecks  le  poud  (16  kilogrammes),  et  à  Ak  Djar,  à  cinquante 
verstes  de  la  forêt,  six  kopecks  le  poud  ;  mais  à  mesure  que 
le  bois  se  fait  rare  les  prix  montent  toujours. 

Le  chai  don  de  Saxaoul  est  également  très  haut  coté  ;  il 
reste  rouge  très  longtemps,  en  couvant  sous  les  cendres  et 
répand  un  arôme  en  brûlant. 

Pour  se  faire  une  idée  de  la  consommation  du  Saxaoul 

dans  les  villes  du  Turkestan,  il  suffit  de  citer  un  cliill're  de 

M.  Capus,  d'après  lequel  il  serait  apporté  annuellement  rien 

que  sur  le  marché  de  Samarkand,  50,000  charges  de  chameau, 

soit  6.400  tonnes  de  chai-bon  de  Saxaoul,  représentant  une 

valeur  de  600,000  francs.  Kt  i'emar([uez  que  ce  Saxaoul  vient 

de  250  verstes  de  là  tout  au  moins.  Un  chameau  ne  peut  faire 

que  quatre  voyages  par  an  en  moyenne,  ce  qui  représente 

45  francs  de  gagnés  {La  Géograp/iie,  n°  du  26  mars  1890). 

Les  vapeurs  qui  parcourinit  le  lac  d"Aral,  sont  chaullés  par  du 

Saxaoul.  dont  des  i)rovisions  énormes  sont  amenées  à  cette 

fin  à  Kasalinsk,  sur  le  bord  de  l'Amou-Daria.  Le  personnel 

du  nouveau  chemin  de  fer  transcaspien  en  consomme  des 

quantités  énormes. 

Ajoutez  à  cela  que  les  indigènes  qui  se  sont  constitués  une 
profession  spéciale  de  la  recherche  du  combustible  dans  1h 


LE  saxaoul  du  TUHKESTAX.  38S 

désert  (on  appelle  ces  gens  des  oiounichi],  ne  se  conten- 
tent jamais  d'enlever  les  troncs,  mais  fouillent  encore  le 
sol  avec  leur  houe  {keùnen)  jusqu'à  ne  plus  laisser  un  seul 
brin  de  racine,  une  seule  pousse  tant  cliétive  qu'elle  soit, 
et  vous  comprendrez  comment  le  Saxaoul  disparaît  de  plus 
en  plus  dans  la  région.  Le  Tamarix  a  déjà  complètement 
disparu  de  cette  façon  de  la  vallée  du  Fergliana,  et  pour  ce 
qui  est  du  Saxaoul,  en  1880,  il  n'y  en  restait  plus  qu.'une 
seule  réserve,  en  face  de  la  ville  de  Kokand,  sur  l'autre  bord 
du  fleuve  ;  et  cette  forêt  encore  ne  s'était  conservée  que 
grâce  à  des  circonstances  toutes  particulières  et  à  une  légis- 
lation spéciale. 

La  disparition  du  Saxaoul  du  fait  de  sa  dévastation  dérai- 
sonnée  est  à  tel  point  menaçante,  que  tous  les  voyageurs 
qui  ont  vécu  au  Turkestan  en  parlent.  Le  gouvernement  a 
édicté  à  plusieurs  reprises  diflerentes  mesures  de  sauve- 
garde, mais  elles  ont  l'air  de  devoir  rester  encore  long- 
temps lettre  morte. 

Culture  du  Saxaoul.  —  Le  Saxaoul  ne  parait  encore  pas 
avoir  été  en  Russie  l'objet  d'essais  de  culture,  malgré  les  re- 
commandations nombreuses  que  des  personnes  très  en  vue, 
comme  Middendorff,  par  exemple,  ont  faites  dans  ce  sens. 

Des  passages  relevés  dans  des  récits  de  récents  voyages 
ont  pu  faire  croire  que  le  Saxaoul  est  planté  le  long  du  che- 
min de  fer  transcaspien  pour  retenir  les  sables  qui  menacent 
à  tout  moment  d'envahir  cette  voie  (M.  Ed  Cotteau,  Bull,  de 
la  Soc.  de  Géogr.  co/mnerc.  de  Paris,  p.  412  ;  Jate,  Proc.  de 
la  Soc.  de  Géogr.  de  Londres,  janvier  1891),  mais  nous  avons 
pu  nous  assurer  qu'en  réalité  il  ne  s'agit  là  que  de  haies  et  de 
])arrières  faites  avec  des  fagots  de  bois  mort,  piqués  dans 
une  direction  déterminée  contre  le  vent,  et  nullement  de 
cultures.  (M.  ObroutchefFa  donné  dans  son  récit  d'expédition 
un  dessin  de  cette  défense.) 

Nous  n'avons  pu  trouver  dans  les  sources  russes  aucun 
exemple  de  semis  ou  de  plantation  de  Saxaoul,  mais  quand 
M.  Boulanger  dit,  dans  Le  Tour  du  Monde  (1887),  qu'on  <f  ne 
connaît  pas  le  secret  de  sa  reproduction  »,  cette  explication 
n'est  pas  sérieuse;  tout  bonnement,  personne  n'a  essayé,  ou 
bien,  si  cela  a  été  fait  quelque  part,  il  n'y  a  pas  eu  de 
communications  faites  à  ce  sujet.  Le  peu  d'empressement 


386  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUÉES. 

des  forestiers  russes  à  cultiver  le  Saxaoul  tient  probable- 
ment à  ce  qu'ils  s'arrêtent  devant  la  lenteur  de  sa  croissance 
dont  nous  avons  déjà  cité  des  preuves. 

Les  tentatives  faites  pour  répandre  le  Saxaoul  au  delà  des 
limites  de  sa  patrie  datent  de  1885,  époque  à  laquelle  aucune 
collection  botanique  n'en  possédait  eiicore  à  l'état  vivant. 
Un  article  de  M.  Sorokine,  professeur  de  botanique  à  Kazais, 
paru  en  franrais  dans  le  Bulletin  de  la  Société  des  Natu- 
ralistes de  Moscou,  attira  l'attention  de  M.  Alpli.  de  Can- 
dolle,  de  Genève.  L'année  d'après,  M.  de  Candolle  obtint  de 
M.  Regel,  directeur  du  Jardin  botanique  de  Saint-Péters- 
bourg, un  sac  de  graines,  qu'il  distribua  à  un  grand  nombre 
de  personnes.  Dans  le  Midi  de  la  France  par  M.  Naudin,  en 
Egypte  par  MM.  Scb^^  einfurth  et  de  Lesseps,  en  Australie, 
au  Cap,  aux  Indes  et  à  la  Jamaïque  par  la  Direction  de  Kevv 
et  pour  l'Algérie  par  le  llamm'a.  En  septembre  1891,  M.  de 
Candolle  ne  savait  encore  rien  de  ce  que  ces  envois  étaient 
devenus.  Cependant,  M.  Leroy,  à  Orau,  ayant  semé  en  jan- 
vier-février 1887  des  graines  qui  lui  étaient  venues  de  chez 
M.  Naudin,  a  obtenu  la  floraison  (en  avril  1890)  des  petites 
l)lantules  qui  en  sont  sorties  ;  il  dit  avoir  également  repro- 
duit sans  dilliculté  le  Saxaoul  par  marcottes  et  par  boutures 
prises  sur  ses  plantules. 

Il  serait  désirable  que  M.  Leroy  communiquât  l'état  et  les 
dimensions  actuelles  de  ses  plantes,  aussi  leur  nombre  et  les 
conditions  de  sol  et  d'arrosage  (le  sol  est-il  salant  f).  Nous 
engageons  en  même  temps  toutes  les  autres  personnes  ayant 
semé  du  Saxaoul  à  communiquer'  à  la  Société  les  résultats 
de  leurs  essais,  bons  ou  mauvais  n'imi»orte. 

Quelques  p.arasiïes  du  Sax.aoul.  —  Bubse  a  décrit  des 
galles  du  Togli,  dues  à  un  insecte  inconnu  ;  M.  Smirnoff,  des 
larves  à  tarières  qui  creusent  la  moelle  de  ses  jeunes  pousses 
(comme  cela  arrive  pour  les  trembles).  Les  racines  du  Togli 
servent  de  supjjort  à  un  parasite  de  la  famille  des  Oroban- 
cliées,  le  Plielipœa  luiea  Desf.  Cette  plante  a  un  tronc  gros 
comme  le  bras,  succulent,  long  de  plusieurs  pieds.  Aussitôt 
arrivée  à  la  surface,  la  tige  déploi*^  un  puissant  bouquet  de 
fleurs,  bouquet  long  d'un  jiied  et  composé  de  corolles  per- 
sonijées,  qui  sont  longues  chacune  de  1  pouce  1/2  et  teintées 
d'une  façon  magnifique  :    le  tout  est   violet   et  les    lèvres 


LE  SAXAOUL  DU  TURKESTAX.  38? 

rabattues,  blaiiclies  et  jaunâtres.  On  s'imagine  l'effet  que  cela 
lii'oduit  là,  au  milieu  du  désert. 


PRINCIPALES  SOURCES  UTILISEES 

I<N   DEHORS  DES  TRAVAUX  CUrÉS    DANS  LE  COURS  DE  CE  MÉMOIRE. 

BuHSE.  Eine  Reise  clurch  Tran&liauka&ieii  und  Persien  in  iSi7--i!),  in 
Bulletin  de  la  Soc.  des  Naturalistes  de  Moscou,  1855,  pp.  302,  303, 
305,  etc. 

X.  SoROKiNE.  Courte  description  d'un  voyage  dans  fAsie  centrale  en 
■IS7S-7!),  IX  Bull,  de  la  Soc.  des  Nat.  de  Moscou,  1884,  pp.  92-95, 
103,  etc. 

—  Notices  sur  la  Flore  de  la  dépression  A ralo- Caspienne,  in  Bull,  de  la 
Société  Ouralienne  des  Naturalistes,  18S9. 

IBasiner.  Voyage,  ix  Beitràge  zur  Kenntniss  des  Ricssischen  Reiches, 
1S48,  pp.  64  et  autres.  (Publication  de  rAcadëmie  des  Sciences 
de  Saint-Pélei'sbourg),  reproduit  dans  Grisebach  [La  végétation  dîi 
Globe). 

XoppEN.  Geographische  Yerbreitung  der  HolzgewàcJise  des  Earopàischen 
Russlands,  in  Beitr.  z.  Kenntn.  des  Russ.  Reiches,  1888. 

V.-A.  OuROUTCHEFF,  incrcnieur  des  mines.  La  dépression  transcaspienne, 
explorations,  exécutée  en  iSSG,  1887,  48SS,  in  Zapishi  Rousskavo  Geo- 
grafifckeshavo  Obchtchestva,  vol.  XX,  mém.  n"  3. 

MiDCENDORFF.  Einl/lick  in  das  Ferghana-Thal,  in  Mém.  de  VAcad.  des 
Sciences  de  Saint-Pétersbourg ,  1891. 

Prjevalski.  Troisième  voyage  et  Voyage  chez  les  Tangouts. 


EXPOSITION  D'ANIMAUX  DE  BASSE-COUR 

AU  JARDIN  ZOOLOGIQUE  D'ACCLIMATATION. 


La  S(3Ction  d'Aviculture  pratique  de  la  Sooiélo  Nationale  dAccli- 
mataticn  Aient  d'organiser,  au  Jardin  Zoologique  d'Acclimatation,  sa 
4*^  Exposition  périodique  d'animaux  de  basse-cour. 

Ce  concours,  international  comme  les  précédenis.  a  duré  du  5  au 
9  octobre,  et  nous  voyons,  dans  la  durcie  restreinte  de  cette  expo- 
sition, un  grand  progrés  au  point  de  vue  du  bien-être  des  animaux. 

Répondant  au  désir  de  la  plupart  des  Eleveurs,  la  Section  d'Avi- 
culture, en  restreignant  la  durée  de  ses  concours,  et  en  faisant  juger 
chaque  classe  par  un  juge  unique,  a  satisfait  les  exigences  de  tous  et 
a,  par  là  même,  assuré  le  plein  succès  des  expositions  qu'elle  doit  or- 
ganiser à  l'avenir. 

C'est  avec  une  vive  satisfaction  que  nous  avons  constaté  le  nombre 
sans  cesse  croissant  des  lots  présente's,  et  leur  qualité  incontestable. 

Les  Exposants  et  les  juges  des  nations  voisines  se  sont  donné 
rendez -vous  dans  l'enceinte  du  Jardin  d'Acclimatation,  et  nous 
voyons,  avec  un  inte'rôL  bien  sincère,  les  amateurs  anglais,  suivant  en 
cela  l'exemple  des  Belges  et  des  Allemands,  nous  apporter  le  contin- 
gent important  de  leurs  remarquables  élevages.  Le  temps  n'est  pas 
éloigné  où  la  Section  d'Avi'jiuUure,  ayant  à  sa  disposition  de  plus 
grandes  ressources,  pourra  augmenter  la  valeur  des  récompenses. 
Attendons -nous  donc  à  voir,  dans  un  avenir  très  prochain,  des  Expo- 
sitions de  2000  et  8000  lots,  qui  n'auront  rien  à  envier  à  celles  orga- 
nisées ciiez  nos  voisins. 

Multiplier  le  nombre  des  concours,  assurer  leur  succès  par  des  rè- 
glements donnant  satisfaction  à  tous,  n'est-ce  pas  le  meilleur  moyen 
de  propager  le  goût  des  animaux  de  race  pure.  L'Aviculture  est  une 
des  branches  les  plus  intéressantes  de  l'agriculture,  qui  est  elle-même 
une  des  plus  grandes  sources  de  prospérité'  pour  le  pays. 

Les  animaux  présentés  étaient  installés  dans  le  grand  hall-boule- 
vard plante  de  palmiers. 

Nous  devons  remercier  la  Société  du  Jardin  d'Acclimatation,  qui  a 
bien  voulu  mettre  à  la  disposition  de  la  Section  d'Aviculture  un  ma- 
tériel confortable  et  un  local  offrant  aux  visiteurs  et  aux  exposants 
un  merveilleux  cadre  pour  ses  concours. 

Je  demande  pardon  au  lecteur  de  cette  digression  et  j'arrive  à  la 
partie  technique  de  mon  sujet. 

Sans  doute,  à  cette  époque  de  l'année,  la  plupart  des  volailles 
adultes  sont  en  mue.  Mais  cette  crise  passagère  n'influe  pas  tellement 
sur  les  sujets  présentés,  qu'un  juge,  expert  en  la  matière,  ne  puisse 
discerner  le  mérite  respectif  des  concurrents. 


EXPOSITION  IXTERXATIOXALE  D'AXIMArX  DE  BASSE-COUR.     389 

Par  contre,  l'c'poque  choisie  présente  cet  avantage,  que  l'on  peut 
parfaitement  apprécier  les  produits  de  l'anne'e.  En  effet,  les  élevés, 
n'ayant  pas  acquis  tout  leur  développement,  vont  être  relarde's  dans 
leur  croissance  par  les  premiers  froids,  avant-coureurs  de  l'hiver,  et 
no  feront  jamais  que  des  reproducteurs  de  deuxième  ordre.  Elever 
des  sujets  de  premières  couvées,  voilà  le  secret  de  tout  e'ievage  bien 
entendu. 

Les  volailles  de  race  Française  sont  là  au  grand  complet.  Un  très 
bon  lot  de  Houdau  :  MM.  Voitellier,  Anceaume,  M'"'=  Durand  renou- 
vellent leurs  succès  habituels.  M"^'^  Judic,  la  sympathique  artiste, 
que  nous  avons  eu  maintes  fois  l'occasion  d'applaudir  dans  ses  di- 
vers rôles,  alors  qu'elle  nous  tenait  sous  le  charme  de  son  talent,  se 
présente  à  nous  sous  un  aspect  nouveau.  Elle  nous  montre  un  lot  de 
volailles  et  de  pigeons  choisis  de  main  de  maître.  Applaudissons 
donc  à  ce  succiîs  d'un  nouveau  genre  et  souhaitons  la  bienvenue  à 
cette  prc'cieuse  recrue  de  l'aviculture.  Son  coquelet,  2"  prix  des  Hou- 
dan,  est  un  bon  spécimen.  J'en  dirai  autant  de  ses  deux  poules, 
n"^*  GS  et  67.  M.  Yoitellier  a  un  lot  vraiment  hors  de  pair  et  remporte 
le  prix  d'honneur. 

Les  Crévecœur  pourraient  être  plus  nombreux.  M.  Cornélius  expose 

cependant  un  beau  couple  de  l'année,  qui  lui  vaut  le  prix  d'honneur. 

Môme   observation  pour  les  la   Flèche.    Le  coq,   P''  prix,  n'a  pas 

l'oreillon    d'un   blanc    assez    pur.   Le    1"'  prix   des   poules    revient   à 

M.  Chevalier.   Dans  les  jeunes,  M.  Leroy  obtient  les  re'compenses. 

L'absence  des  Barbezieux,  engagés  par  M.  Giet,  rend  la  classe  peu 
iute'ressantc. 

Un  bon  lot  de  Mans.  Le  coq  adulte,  de  M.  Yoitellier,  est  remar- 
quable. Dans  les  produits  de  l'année,  M.  Lejeune  obtient  les  récom- 
penses avec  de  magnifiques  sujets. 

Très  bons  également  le  coq  Courtes-pattes,  V  prix  à  M.  Lejeune, 
et  la  poule,  P''  prix,  à  M.  Lagrange.  M.  Pointelet  remporte  le  1"  prix 
des  jeunes,  avec  un  coquelet  très  correct. 

Les  Bresse  sont  de  qualité  satisfaisante.  M.  Lagrange  prend  le 
P''  prix  des  coqs,  et  le  marquis  de  Chauvelin  voit  placer  première 
une  très  belle  poule.  M.  Lejeune  reçoit  le  V'  prix  des  coqs  et  le 
1^''  prix  des  poules  de  l'anne'e,  avec  une  excellente  paire  d'oiseaux. 

Les  Coucous  de  Rennes  sont  médiocres.  M.  Voilellier  reçoit  toutes 
les  re'compenses  dans  la  classe  des  Manies.  Voilà  une  poule  qu'on  ne 
saurait  trop  recommander  pour  en  peupler  les  fermes.  Rendement  ex- 
cellent et  grande  précocité'. 

Les  races  diverses  présentent  un  ensemble  irrégulier  et,  par  suite, 
peu  intéressant.  Toutefois,  M.  Delmas  a  su  unifier  le  type  de  ses 
FaveroUes. 

Arrivons  aux  races  étrangères  : 

Les  Cochin  sont  assez  nombreux   et  il  y  a  parmi  eux  des  sujets  de 


390  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  AiTLIQUÉES. 

valeur.  Le  coq  et  la  poule  fauves  de  ^l.  VoilelLer,  pi-emicrs  pris  de 
leurs  classes  respectives,  lo  coq  fauve  de  M.  Poiutelet,  le  coq  et  la 
poule  blancs,  de  M.  Chevalier,  ont  particulièrement  attiré  mes  regards. 

Remarqué  dans  les  jeunes  :  le  coquelet  et  la  poulette  fauves  do 
M""  Judic,  le  coquelet  blanc  du  comte  de  Lainsecq,  et  surtout  la  ma- 
gnifique poulette  perdrix  de  la  marquise  de  Chauvelin. 

Un  bon  lot  de  Brahma  hermines,  tous  à  crête  double.  Le  coq  du 
comte  de  Maupassant,  la  poule  de  M.  Pombla,  sont  très  corrects. 
Dans  les  inverses,  M.  Chevalier  remporte  les  récompenses.  M.  Pom- 
bla expose  un  bon  couple  d'hermines  de  l'année. 

Remarqué  dans  les  Langshan,  le  coq  n''  319  à  M.  Voitellier,  le  n'^  353 
à  M.  Chevalier,  la  magnifique  poule  n'^  355  au  comte  de  Lainsecq,  le 
joli  coquelet  et  la  poulette  de  M.  Coert,  la  poulette  n°  378  à  M.  de 
Chauvelin. 

Quelques  bons  Wyandottes. 

Dans  les  Dorking  adultes,  M.  Voitellier  remporte  les  principales  ré- 
compenses. Dans  ceux  de  l'année,  M.  Lejeunc  remporte  les  prix. 

Quelques  rares  Espagnols  en  pleine  mue.  Je  leur  proft  re  les  Anda- 
lous  bleus. 

Les  Padoue  dorés  sont  médiocres.  Les  argentés  sont  meilleurs. 
M""-'  Judic  obtient  les  récompenses  avec  un  très  bon  couple  d'oiseaux. 
Rien  à  dire  des  chamois. 

Dans  les  jeunes,  un  bon  couple  de  blancs  au  comte  de  Lainsecq, 
un  charmant  coquelet  argenté'  à  M.  Pointclet,  une  jolie  poule  de 
même  nuance  à  M.  Voitellier. 

Bien  jolis  également  le  coq  et  la  poule  hollandais  noirs  de  M"''  Ju- 
dic, le  coquelet  de  M.  Poiutelet,  la  poulette  du  comte  de  Lainsecq. 

Un  bon  lot  de  Hambourg  argents.  Remarqué  les  animaux  présenti-s 
par  M"'^'  Maillet  du  BouUay  et  MM.  Lejeunc  et  Blazy. 

Quelques  bous  Campine,  à  crête  double,  et  à  crête  simple. 

De  beaux  Combattants  bleus  de  Bruges  à  MM.  Griner  et  de  Mau- 
passant. Les  grands  Combattants  anglais  seul  de  médiocre  qualité, 
sauf  la  poule  black  red  Creasted  de  M.  Griner  et  le  coq  brown  red  de 
M.  Prove.  En  somme,  pauvre  classe. 

MM.  Lejeunc,  Carrey  et  Griner  présentent  quelques  bons  Malais  cl 
Indiens. 

L'a  beau  couple  de  Leghora  dores  vaut  à  M.  Lejeune  le  T-''  prix. 
Remarqués  encore  dans  les  races  étrangères  des  Elberfeld,  des  Laken- 
feldor  cl  des  Red-cap. 

Les  races  naines  sont  me'diocres  dans  leur  ensemble  Les  Benlam 
Sebright  ne  valent  rien.  Nous  sommes  loin  des  lots  présentes  au  der- 
nier concours  par  M'"^'  de  Chabannes  La  Palice. 

Dans  les  Game  Benlam,  le  couple  de  black  Breasted  de  M.  Petiljean 
se  place  en  tête.  Le  coquelet  Duckwing  de  M.  Leroy  les  deux  pile  de 
M.  Prowe  promettent.  Un  bon  couple  de  Java  noirs  à  M.  Lejeune. 


EXPOSITION  INTEIIXATIONALE  D'ANIMAUX  LE  BASSE-COL'R.      oill 

Quelques  bons  nègres  à  M'""^  Maillet  du  BouUay  et  à  M.  Couvieux. 
Un  joli  coq  nangasaki  hermine  et  une  poule  blanche  à  M.  Petiljean. 
Le  charmant  coq  doré  de  la  comtesse  de  Sainte-Marie  d'Agneaux,  les 
Bentam  pdkin  noirs  de  MM.  Petitjean  et  Debeauvais,  la  superbe  pou- 
lette négresse  de  M'"*"  Maillet  du  BouUay  terminaient  cet  inte'ressant 
ensemble. 

Arrivons  aux  Pintades.  Classe  peu  nombreuse.  M.  Lagrange  rem- 
porte le  !'='■  prix  des  mâles  et  le  l^''  prix  des  femelles  avec  un  superbe 
couple  gris.  —  Un  bon  mâle  blanc  à  M.  Voitellier. 

Nous  voici  aux  Dindons.  M.  Pointelet  pre'sente  un  k  t  de  noirs  ab- 
solument remarquables  par  leur  développement  et  la  correction  du 
plumage.  Cet  expo^^ant  remporte  le  prix  d'honneur.  Remarqué  encore 
le  beau  mâle  blanc  de  M.  Lejeune,  ainsi  que  les  gris  d'Italie  et  les 
sauvages  au  même  exposant.  Nous  applaudissons,  chaque  année,  au 
succès  de  M.  Lejeune,  qui  joint  aux  qualités  d'un  connaisseur  sérieux 
et  d'un  éleveur  éclairé,  la  persévérance  la  plus  digne  d'éloges. 

Bonne  classe  d'Oies.  Dans  les  Toulouse,  M.  Lejeune  remporte  le 
!■■'■  prix  des  mâles  et  le  P''  prix  des  femelles.  Les  mêmes  re'compeases 
lui  sont  attribuées  pour  son  couplo  d'Embden  blanches  et  son  couple 
de  Guinée  grimes.  Dans  les  Oies  diverses,  M.  Crignon  remporte  le 
!'■'■  prix  des  jeunes. 

Bel  ensemble  de  Canards.  Dans  les  Rouen,  M.  Lejeune  et  M.  Lc- 
febvre  remportent  les  recompenses.  Dans  les  Aylesbury,  AIM.  Lejeune 
et  Voitellier  se  partagent  les  prix.  Les  Pékin  de  M.  Lejeune  se  pla- 
cent encore  premiers.  Ainsi  que  ses  Labrador,  ses  Barbarie,  ses  Du- 
clair  et  ses  superbes  canards  bleus,  race  créée  et  fixée  par  ses  soins. 
Nous  arrivons  aux  Pigeons. 

Dans  les  grandes  races,  voici  la  belle  paire  de  Romains  fauves  de 
M.  Guilly,  les  bleus  de  M.  Breschet  et  de  M.  Lejeune,  les  chamois  de 
MM.  Guilly  et  Leudet,  les  rouges  de  MM.  Breschet,  Guilly  et  Thu- 
mara,  les  Montauban  blancs  et  gris  piqué  de  M.  Leudet,  les  rouges  de 
M.  Guilly,  les  Mondains  de  MM.  Lejeune,  Pointelet,  Croizet  et  Cri- 
gnon, les  Bisets  de  Rouen  de  M.  Joly,  les  Bagadais  de  MM.  Thomas  et 
Strohecker,  les  ma^;nifiques  Carriers  rouges  et  blancs  de  M.  Fulton, 
qui  a  pris  la  peine  de  venir  nous  montrer  en  France  ses  beaux  pigeons 
connus  et  appréciés  de  toute  l'Angleterre  :  les  noirs  de  MM.  Crignon 
et  Voitellier. 

Dans  les  voyageurs,  je  remarque  les  Liégeois  blancs  de  M.  Naudin, 
les  Étincelo's  de  M.  Paradis,  les  Anversois  étincelcs  de  M.  Locque- 
neux,  les  bleus  de  M.  Van  Lier,  les  noirs  de  M.  Perrolel,  les  blancs 
de  :M.  Crignon  et  les  Elincelés  de  M.  Perrolet. 

Voici  encore  les  Volants  blancs  de  M.  Crignon,  les  Culbutants  de 
MM.  Joly  et  Lasseron,  les  pies  de  MM.  Breschet,  Fulton  et  Ilolleville," 
les  Bouvreuils  d'Arkangel,  de  MM.  Croizet  et  Voitellier,   les  Iliron- 


392  REVUE  DES  SCIENCES  NATURELLES  APPLIQUEES. 

délies  de  Saxe  noirs  barre'  blanc  de  M.  WeLtcr,  les  rouges  de  M.  Joly, 
la  paire  de  Salins  de  M.  Voitellier. 

Puis  encore  les  Tambours  de  Boukharie  de  MM.  Croizet  et  Fulton, 
les  frises  blancs  de  M"^"  Judic,  les  Russes  rouges  de  MM.  Tourey  et 
Vincelet,  les  Élourneaux  de  M.  Joly.  les  Blondinettes  négresses  de 
M-  Lejeunc,  les  Satinettes  de  M.  Joly,  les  Damascèues  de  M"°  de 
Claybrooke  et  de  M.  Voitellier,  les  superbes  Capucins  de  M.  Fulton 
et  ceux  de  M.  Lejeune  et  de  M.  Leudct. 

Plus  loin  les  Turbitéens  et  les  Cravatés  anglais  de  M.  Fulton,  les 
Cravates  viennois  de  M.  Siede,  les  Tunisiens  blancs  de  M.  Vincelet, 
les  deux  belles  paires  de  Tumbler  almond  de  M.  Fulton,  les  Polonais 
de  M    Joly,  les  Poules  de  M.  AVetler,  les  Gazzi  de  M.  Clialrol. 

Vous  cilerai-Je  encore  les  Queue  de  paon  blancs  de  MM.  HoUcville 
et  Fulton,  la  siiporbe  paire  de  noirs  à  M.  Fulton,  et  les  blancs  à  queue 
bleue  de  M.  Bachem. 

N'oublions  pas  non  plus  les  Boulants  français  de  M.  Croizet,  et  les 
deux  collections  si  remarquables  de  Boulants  anglais,  pre'sentés  par 
MM.  Croizet  et  Fulton. 

Un  dernier  souvenir,  pour  terminer,  à  la  belle  collection  de  Lapins 
ro'unie  dans  ce  concours. 

Les  lots,  si  remarquables  de  m91es  et  de  femelles  Béliers  gris, 
élevés  par  M.  Lejeune,  lui  valent  deux  premiers  prix.  M.  Petit  rem- 
porte le  2^  prix  pour  un  beau  malc  gris  et  le  4°  prix  pour  une  femelle 
grise.  Une  belle  femelle  noire  vaut  un  3"^'  prix  à  M.  Naudin. 

M.  Longuet  et  M.  Voitellier  exposent  deux  belles  paires  de  Lapins 
communs  gris. 

Dans  les  Géants  des  Flandres,  MM.  Petit  et  Lejeune  remportent  les 
prix  des  mTdes.  La  magnifique  femelle  grise  de  M.  Petit  enlève  les 
suffrages  et  obtient  le  prix  d'honneur. 

Dans  les  Argentés,  les  P''  et  2"  prix  de  mules  reviennent  à  MM.  Pe- 
tit et  Naudin.  Le  P'"'  prix  des  femelles  revient  à  M.  Naudin.  et  le  2^'  à 
M.  Lejeune. 

Dans  les  Russes,  M.  Pointelet  remporte  le  l*^"'  prix  des  mûies  et  le 
P""  prix  des  femelles. 

Dans  les  Angoras  blancs,  MM.  Pointelet  et  Lejeune  obtiennent 
les  re'compenses.  La  vicomtesse  de  Boislandry  voit  primer  ses  beaux 
Angoras  de  couleur. 

M.  Saffray  obtient  ses  succès  habituels  dans  la  classe  des  Ja- 
ponais. 

Un  dernier  regard  à  quelques  inte'ressants  Cobayes.  MM.  Cngnon  et 
Naudin  sont  les  heureux  lauréats  de  cette  classe. 

Et  maintenant,  cher  lecteur,  je  vous  dirai,  non  pas  adieu,  mais 
au  revoir.  Et  je  souhaite  que  ce  soit  le  plus  tôt  possible. 

Un  Rural. 


II.  CHRONIQUE  GÉNÉRALE  ET  FAITS  DIVERS. 


Le  Sphénops  en  captivité.  —  On  ne  i-onnaissait  que  peu  jus- 
qu'ici les  mœurs  de  ce  Saurien.  Il  y  a  quelques  mois,  M.  von  Fischer, 
de  Francfort,  en  conserva  pour  la  première  t'ois  plusieurs  individus 
dans  un  terrarium. 

Le  Sphénops  capistratus  mesure  0  m.  20  à  0  m.  "25  en  longueur.  11 
conslilue  la  seule  espèce  d'un  genre  qui  est  voisin  de  celui  des 
Scinques.  Le  Zezumia  ou  Ziagugaia,  comme  le  désignent  les  Arabes, 
se  renconlre  dans  l'Alge'rie  et  au  Sénégal  ;    ii  est  commun  eu  Egypte. 

Dans  le  terrarium,  un  compartiment  sec,  bien  expose'  au  soleil,  garni 
de  sable  finement  tamisé  est  ne'cessaire  à  sou  existence.  La  température 
moyenne  ne  doit  pas  dépasser  25-30'^  R.  pendant  la  nuit.  Cet  animal 
est  plutôt  diurne,  mais  il  se  cache  sous  le  sable,  pendant  le  milieu  du 
jour.  Ses  mouvements  rappellent  ceux  du  Heps  cha^.cides.  Le  Sphénops 
ne  paraît  pas  s'apprivoiser.  Pourtant,  il  lait  preuve  d'une  certaine  con- 
fiance, eu  prenant  dans  la  maiu  les  vers  de  farine  qu'on  lui  présente. 
Son  intelligence  est  faible.  Il  est  pourvu  d'une  bonne  ouïe  et  d'un 
odorat  assez  développé.  Sa  vue  est  surtout  remarquable.  Lorsque  des 
Sphénops  se  poursuivent  en  cage,  ils  savent  s'e'viter  de  très  loin.  Leur 
caractère  est  sanguinaire.  Quand  une  vingtaine  se  trouvent  re'unis,  les 
mâles  se  font  une  guerre  acharnée  en  se  mordant  à  la  gorge  ;  on  en  a 
vu  manger  leurs  semblables.  11  est  presque  impossible  de  les  piendre, 
car  ils  se  débattent  et  leur  corps  glissant  échappe  à  la  main  la  plus 
habituée  à  les  saisir.  Leur  queue,  d'une  fragilité  extrême,  se  brise  au 
moindre  choc.  Tout  cela  rend  la  capture  des  Sphénops  en  liberté, 
difficile.  Ajoutons  qu'ils  sont  très  lestes  à  disparaître  sous  les  sables.- 
Oq  a  trouvé  dans  les  excréments  d'exemplaires  nouvellement  pris, 
de  restes  de  Diptères  et  de  Sauterelles.  En  captivité  on  les  a  nourris 
de  Mouches  diverses  dont  on  coupe  auparavant  les.  ailes,  de  vers  de 
farine  et  de  larves  cVAlphitobii'.s  diaperiaus  et  de  Gn?dhocera  cornula. 
Ce  Saurien  est  délicat  i)our  le  transporter  vivant,  on  recounnaude 
l'emploi  d'un  sac  rempli  de  sable  tamisé. 

Les  Egyptiens  protégeaient  et  vénéraient  ce  petit  saurien,  qu'ils  em- 
baumaient ;  car  on  v